Comédie en vers· Comédie en vers et en Cinq Actes
La Gouvernante
Réprésenté pour la première fois le 27 avril 1747 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain à Paris.
Personnages
- LE PRÉSIDENT DE SAINVILLE
- SAINVILLE, fils du Président
- UNE BARONNE, parente du Président
- ANGÉLIQUE
- UNE GOUVERNANTE
- JULIETTE, suivante
- Un LAQUAIS
ACTE I
SCÈNE I. Angélique, Juliette.
JULIETTE, suit Angélique qui rêve
Angélique, est-ce tout ? Faites-vous violence : Je voudrais bien savoir à quoi sert le silence Il ne guérit de rien ; au contraire, il aigrit Les maux et les tourments du coeur et de l'esprit. Se taire est n'être plus qu'une ombre qui s'ennuie ; Le babil est le charme et l'âme de la vie... Vous ne répondez rien ! Quel est donc votre but, Et votre idée ?Babil : bondance de paroles sur es choses de néant ou superflus ; un parler continuel et importun. [F]
ANGÉLIQUE
Hélas !ANGÉLIQUE
Je n'ai plus rien à dire.JULIETTE
On n'a que trop de quoi parler quand on soupire. Où sont donc ces transports, cette vivacité ? Nos entretiens faisaient votre félicité ; Vous ne pouviez finir. Lorsque je me rappelle...JULIETTE
Doit-on, lorsque l'on perd le coeur d'un inconstant, Perdre aussi la parole ? Allons, il faut d'autant Soulager son dépit ; rien n'est plus salutaire.Inconstant : particulièrement. Qui cesse d'aimer d'amour une personne. [L]
ANGÉLIQUE
Oui.ANGÉLIQUE
Non, ce guide propice A porté la lumière au fond du précipice Où j'aurais essuyé le plus grand des malheurs.ANGÉLIQUE
Non, je n'ai plus en lui la moindre confiance. Où m'allait entraîner mon peu d'expérience ! Eh ! Comment pouvons-nous ne nous pas égarer ? Comment fuir les dangers qu'on nous laisse ignorer ? À qui notre jeunesse est-elle confiée ? Hélas ! Pour l'ordinaire elle est sacrifiée. Quel est le sort du sexe ! Ah ! Juliette, il s'ensuit Qu'on croit qu'il ne vaut pas la peine d'être instruit.JULIETTE
Ah ! Diantre, vous voilà tout-à-fait surprenante ! Ce beau chef-d'oeuvre vient de notre gouvernante. Depuis six ou sept mois qu'elle a trouvé moyen De s'impatroniser ; je n'y connais plus rien ; La Baronne elle-même en a fait son amie, Et ne fait que vanter sa rare prud'hommie : Nous étions, vous et moi, bien mieux auparavant.ANGÉLIQUE
Je voudrais l'avoir eue en sortant du couvent : oui, Juliette, ce sont quatre ans que je regrette.JULIETTE
Oui, votre tante a fait une fort belle emplette... Cette femme n'entend qu'à donner des vapeurs. Mais parlons de Sainville. Espérez que vos coeurs Seront bientôt remis en bonne intelligence. Je sais que de sa part un peu de négligence...JULIETTE
Si Sainville a quitté sa retraite profonde Pour aller se fourrer dans le tracas du monde, C'est malgré lui ; pour moi, j'ai tout lieu de douter Qu'il puisse encor longtemps s'y plaire et le goûter ; Il n'a fait qu'obéir, et par force, à son père ; Son esprit, son humeur, son goût, son caractère, Feront qu'il y sera tout-à-fait étranger : Il est trop philosophe.ANGÉLIQUE
Ils l'auront fait changer.JULIETTE
Non, il est trop bien né ; c'est sur quoi je me fonde. Quel triomphe pour vous ! Quand dégoûté du monde...JULIETTE
Eh ! Pourquoi faire ? Au lieu de bénir chaque jour La main qui vous a fait sortir de ce séjour, Où les infortunés de qui vous êtes née, Dès vos plus jeunes ans vous ont abandonnée, Vous songez à rentrer dans le sein de l'ennui ?ANGÉLIQUE
Le monde n'a plus rien qui me plaise. Aujourd'hui ; Mais demain il pourra vous plaire davantage. Le dépit prend toujours le parti le moins sage. Demeurez... les absents sont bientôt oubliés. La Baronne vous fait mille et mille amitiés ; elle a pour vous les yeux de la plus tendre mère ; C'est une tante enfin comme il ne s'en voit guère ; Mais si vous ne restez sous ses yeux, j'ai bien peur Qu'un autre ne parvienne à vous ôter son coeur, Et qu'avec un époux elle ne s'en console. La veuve la plus sage est toujours assez folle Pour se remarier ; cela se voit souvent. Il ne sera plus temps de sortir du couvent ; Il y faudra gémir, enrager comme une autre, Et pleurer à la fois sa folie et la vôtre : Je vous en avertis, craignez cet incident. Mais la voici qui vient avec le Président. Sortons.Elle entraîne Angélique.
SCÈNE II. Le Président, La Baronne.
LE PRÉSIDENT
Vous n'avez fait aucune découverte ? Ah ! Ciel, n'aurais-je plus qu'à gémir de leur perte ? Faudra-t-il que j'emporte avec moi la douleur De n'avoir jamais pu réparer un malheur, Dont en quelque façon je suis presque coupable ?LA BARONNE
Mais vous ne l'êtes point : est-ce qu'on est comptable Des jugements qu'on croit rendre avec équité ? Quoi ! Ne peut-on jamais cacher la vérité ? Tant de gens sont payés pour conspirer contre elle, Pour lui tendre toujours une embûche cruelle ! Quel juge est à l'abri d'un semblable malheur ?LE PRÉSIDENT
Et voilà justement ce qui fit mon erreur, Et l'arrêt dont je fus l'organe trop funeste : Mais se peut-il qu'enfin nul espoir ne vous reste, Et qu'en dix ou douze ans à peine révolus, Des gens d'un si grand nom ne se retrouvent plus ?LA BARONNE
Eh ! Croyez-moi, monsieur, quand on est misérable, C'est un fardeau de plus qu'un nom considérable ; Ils en ont pu changer. Peut-être que la mort Au sein de l'indigence aura fini leur sort.LE PRÉSIDENT
Mais le défunt avait une femme, une fille ; Il doit être resté quelqu'un de leur famille.LE PRÉSIDENT
Qu'importe ? Ils me sont chers ; Ne les négligez pas, redoublez votre zèle ; Vous n'aurez jamais eu d'occasion plus belle D'obliger un parent que vous-même avez mis Depuis longtemps au rang de vos plus vrais amis.LE PRÉSIDENT
Je vois d'un pas rapide arriver la vieillesse ; J'aurai bientôt fini le cours qui m'est prescrit : Que je serais content et de coeur et d'esprit, Si je pouvais, avant le terme qui s'approche, N'être plus accablé d'un si cruel reproche ! Ce serait mon plus cher et mon plus grand bonheur. En tout cas, j'ai mon fils ; il est homme d'honneur, Et capable, entre nous, j'ai tout lieu de le croire, De faire une action qui le couvrant de gloire, Éternise après moi le sang dont il est né, Et me donne en mourant un repos fortuné. Oui, j'en jouis d'avance, et mon âme est tranquille. Il pourrait cependant arriver que Sainville, Répandu, dissipé comme il l'est à présent, Eût altéré ses moeurs.LE PRÉSIDENT
D'un autre côté, c'est sur quoi je me fonde, Sainville a grand besoin de l'école du monde. Philosophe un peu jeune, et même trop ardent, Il s'abandonne trop à son zèle imprudent : Ami de la franchise, il croit que la souplesse Est indigne d'un homme, et taxe de bassesse Ces égards mutuels dont la nécessité A forgé les liens de la société. Que sert une sagesse âpre et contrariante ? Heureuse la vertu douce, aimable et liante, Dont les ris et les jeux accompagnent les pas ; La raison même a tort, quand elle ne plaît pas.LA BARONNE
La sienne se ressent des défauts de son âge, Le temps adoucira ce qu'elle a de sauvage. Espérez.LE PRÉSIDENT
Que je crains qu'il n'ait été trop loin ! Tel est des jeunes gens le malheureux besoin, Qu'il faut, pour les polir, risquer de les corrompre ; Avec lui-même enfin je l'ai forcé de rompre, D'aller, de se répandre, et de se faire voir ; Mais son obéissance a passé mon espoir : Vous ne le voyez plus, moi-même il me néglige.LE PRÉSIDENT
Ah ! Pourvu qu'il ne soit devenu qu'amoureux, L'amour ne gâte point un caractère heureux ; Je lui laisse le choix entre d'aimables filles Qu'il pourra rencontrer dans de riches familles Où je l'ai présenté ; mais je l'attends ici, Et par lui-même enfin je vais être éclairci. Vous, madame, de grâce, achevez votre ouvrage ; Et surtout, point d'éclat, le moindre est un outrage : Vous avez des soupçons, ne les méprisez pas.SCÈNE III. Le Président, Sainville.
LE PRÉSIDENT, à part, en voyant arriver son fils
Il me semble qu'il a plus de grâce et d'aisance.Haut.
Je n'abuserai pas de votre complaisance, Le temps vous est trop cher pour en perdre avec moi.LE PRÉSIDENT
Vous devenez flatteur.SAINVILLE
Je dis ce que je pense.LE PRÉSIDENT
Ce sont des compliments, et je vous en dispense. Eh ! Bien, vous voilà donc au milieu du torrent. Votre genre de vie est un peu différent : Que dites vous du monde ? Allons, daignez m'instruire.SAINVILLE
Moi, mon père, j'en dis tout ce qu'on en peut dire ; Il n'est qu'une façon de le bien définir.LE PRÉSIDENT
Je ne crois pas qu'il soit aisé d'en convenir.SAINVILLE
Avec sincérité, s'il faut que je réponde, J'ai vu que l'impudence est la reine du monde, Et qu'il faut, quand on veut y faire son chemin, Aller à la fortune avec un front d'airain ; Que l'art d'en imposer est le seul art utile ; Qu'une louange aride, une estime stérile, Est tout ce qu'on accorde à peine aux gens de bien.LE PRÉSIDENT
En exagérant tout, on ne définit rien : Brisons là. Mais d'ailleurs, dites-moi, je vous prie, Vous avez fréquenté la bonne compagnie ?SAINVILLE
La bonne compagnie ! Eh ! Croyez-vous aussi À cette rareté que l'on appelle ainsi ? J'ai tout vu, j'ai partout cherché cette merveille, Dont le nom résonnait sans cesse à mon oreille ; Mais ce n'est qu'un grand mot nouvellement admis, Qui n'a rien de réel, que l'usage a transmis Par l'organe des sots dans la langue ordinaire, Qui sert à désigner un être imaginaire, Ouvrage de l'orgueil et de la vanité ; Tout cercle, quel qu'il soit, toute société Croit en être, de droit, la véritable sphère : Du bien, de la naissance, et telle autre chimère, De la fatuité, des airs et du jargon, Voilà tout ce qu'il faut pour usurper ce nom. Quant à moi, j'en appelle ; elle est mal définie : Ce sont les moeurs qui font la bonne compagnie.LE PRÉSIDENT
Il en est cependant à qui ce titre est dû ; Mais avec ces défauts le monde vous a plu, Et j'en vois la raison : parlons avec franchise, L'amour... eh ! Comment donc, ce mot vous scandalise ! À votre âge, parbleu, c'est une nouveauté !SAINVILLE
Qui m'en aurait donné ?LE PRÉSIDENT
L'esprit, ou la beauté.SAINVILLE
La beauté, j'en conviens, peut, quand elle est réelle, Inspirer un amour aussi passager qu'elle. Quant à l'esprit du sexe...SAINVILLE
Qu'une femme aisément passe pour un prodige ! Mais c'est nous qui faisons nous-même le prestige.LE PRÉSIDENT
Comment ?SAINVILLE
Pour peu qu'elle ait de jeunesse et d'appas, L'amour et les désirs attirent sur ses pas Une foule empressée à porter jusqu'aux nues Mille perfections qu'elle aurait peut-être eues, Si l'on ne l'accablait d'un encens trop flatteur : Elle peut tout risquer ; plus d'un adulateur Lui prête avidement et le coeur et l'oreille, Et d'avance applaudit. Qu'alors cette merveille, Aux dépens du bon-sens, anime ses propos, Et surtout avec art distribue à propos Une oeillade traîtresse, un souris infidèle, Et voilà tous nos sots enchantés autour d'elle.LE PRÉSIDENT
Vous n'avez pas été du nombre ?SAINVILLE
Ah ! Vraiment non.SAINVILLE
Je n'en suis pas le maître.LE PRÉSIDENT
Lorsqu'on est comme un autre, on est comme on doit être ; Qui donne de l'encens ne donne rien du sien.SAINVILLE
À des faits ?LE PRÉSIDENT
Permettez. Quand j'entrai dans le monde, Je le vis à peu près des mêmes yeux que vous ; Chacun m'y déplaisait, et je déplus à tous ; Ne faisant point de grâce, on ne m'en fit aucune.SAINVILLE
On s'en passe.LE PRÉSIDENT
L'on prit ma franchise importune Pour un fiel répandu par la malignité ; D'autres ne la taxaient que de rusticité ; Et chacun s'élevait sur mes propres ruines. Où l'on cueillait des fleurs, je cueillais des épines. Ainsi par un scrupule un peu trop rigoureux, J'ôtais à la vertu le droit de rendre heureux. Alors, par une erreur qui n'est que trop commune, J'imputais mes malheurs à l'aveugle fortune, J'en faisais son forfait, loin de m'en accuser. L'expérience enfin sut me désabuser : Je rompis mon humeur, rompez aussi la vôtre. Nos besoins nous ont faits esclaves l'un de l'autre. Il faut suivre ce joug ; qui se révolte à tort, Et devient l'artisan de son malheureux sort. Sachez donc vous soumettre à cette dépendance : L'usage des vertus a besoin de prudence. Dans un juste milieu la raison l'a borné : D'ailleurs il faut toujours que leur front soit orné Des grâces et des fleurs qui sont à leur usage. Quand la vertu déplaît, c'est la faute du sage. Sachez la faire aimer, vous serez adoré.SAINVILLE
Son éclat naturel doit être décoré ! Quoi ! D'un fard étranger, secours de l'imposture, L'art oserait souiller la beauté la plus pure ! Mon père, croyez-moi, son attrait lui suffit.LE PRÉSIDENT
Je n'ajoute qu'un mot à tout ce que j'ai dit. Ma fortune, mon fils, est moins considérable Qu'on ne le croit ; je suis dans un poste honorable, Où l'on n'amasse point ; ainsi je vous préviens, Que, bien loin de trouver après moi de grands biens, Vous serez étonné d'un si faible partage : Il faut vous faire ailleurs un plus grand héritage ; Et vous ne le pourrez qu'en cherchant un parti Qui soit digne, en un mot, de vous être assorti Par son nom, par son rang, et par son opulence ; Mais, pour le mériter, faites-vous violence : Allez, voyez le monde ; et mettez à profit Ce que mon amitié vous dicte et vous prescrit.SCÈNE IV.
SAINVILLE, seul
Qui ? Moi ! Pour mendier les biens les plus frivoles, J'irais de porte en porte encenser des idoles, Et feindre d'adorer l'objet de mes mépris ! La plus haute fortune est trop chère à ce prix. Ah ! Mon père, en effet, quelle erreur est la vôtre ! Mon bonheur dépend-il d'être au-dessus d'un autre, De briller dans le monde un peu plus, un peu moins ? Eh ! Bien, mon existence aura moins de témoins. Est-ce un si grand malheur de n'éblouir personne, De n'avoir que l'éclat que la probité donne ? Quoi qu'il en soit enfin, je serai dans le cas ; Et c'est un être heureux qu'on ne connaîtra pas. Oui, cet objet charmant aura la préférence : Adorable Angélique, ah ! Quelle différence ! Le ciel a pris plaisir à la former pour moi. C'en est fait pour jamais, je rentre sous sa loi... Depuis que j'ai cessé de cultiver sa flamme, Puis-je encore espérer de régner dans son âme ? Elle m'a tant aimé, que je dois me flatter D'obtenir un pardon que je vais mériter.Il va pour sortir.
SCÈNE V. Sainville, Juliette.
SAINVILLE
Angélique ?JULIETTE
Elle-même.SAINVILLE
Ah ! Je suis trop heureux.SAINVILLE
Ô gages fortunés du plus fidèle amour ! Ô bonheur qui m'assure un éternel retour ! Quand je semblais avoir abjuré son empire, Elle pensait à moi, s'occupait à m'écrire ; Ce sont tous ses billets.JULIETTE, voulant sortir
Vous verrez à loisir.SAINVILLE, en l'arrêtant
Je ne me souviens pas de t'avoir fait plaisir.JULIETTE, à part
Ni moi non plus.SAINVILLE, en tirant sa bourse
Tu m'as trop bien servi près d'elle, Pour ne pas aujourd'hui récompenser ton zèle.Il lui donne de l'argent. Il lui donne sa bourse.
Tiens, Juliette... Ah ! Prends tout.JULIETTE
Que de biens à la fois !JULIETTE, voulant s'en aller
Je suis votre servante.SAINVILLE
Attends.JULIETTE
Monsieur, je n'ose.SAINVILLE
Sois témoin des transports que mon bonheur me cause. Tu lui diras... Grands dieux ! Quel retour inhumain ! Je vois, je lis ma perte écrite de ma main ; Mes lettres, mon portrait ! Il faudra que j'en meure !JULIETTE, à part
Je ne crois pas qu'il soit besoin que je demeure.JULIETTE
Je crains de vous importuner.SAINVILLE
Parle donc, ton silence augmente mon supplice. Tu ne te tairais pas, si tu n'étais complice.JULIETTE
Mais en serez-vous mieux, quand je vous aurai dit, Que jusqu'à la rupture on pousse le dépit, Qu'à l'amour d'Angélique il ne faut plus prétendre, Et qu'elle ne veut plus vous voir ni vous entendre ?SAINVILLE
On ne peut donc jamais former qu'un noeud fatal. Il n'est donc que trop vrai que tout choix est égal. À tout âge, en tout lieu, l'amour n'est qu'en idée. Enfin, c'en est donc fait, ma perte est décidée : Je n'ai donc plus ce coeur que j'avais enflammé.JULIETTE
Jugez-vous. Quand on a le bonheur d'être aimé, Il faudrait résider auprès d'une maîtresse, Cultiver par soi-même, et nourrir sa tendresse. L'amour qu'on nous inspire exige bien du soin ; Des yeux qui l'ont fait naître, il a toujours besoin ; La moindre négligence y porte un coup funeste. Est-ce que notre coeur a des forces de reste ?JULIETTE
La bonne volonté fait toute ma vertu : Mais je suis sans crédit ; je rougis de le dire. Certaine gouvernante a sur elle un empire, Que, pendant votre absence, elle a jusqu'à ce jour Acquis, malgré moi-même, aux dépens de l'amour.JULIETTE
Et l'on refusera constamment de vous lire ; Car ce maudit Argus pense à tout, n'omet rien... Écrivez cependant.SAINVILLE
Je m'en garderai bien. Ah ! C'en est trop enfin... je ne veux rien entendre ; Puisqu'on me rend mon coeur, il faut bien le reprendre ; Puisqu'on brise ma chaîne, il faut bien en sortir. Non, je ne prétends pas perdre mon repentir. Laisse-moi, c'est en vain que la perfide y compte : J'aime encor mieux mourir de rage que de honte : J'aurais vécu pour elle, et je vivrai pour moi. Que je suis soulagé d'avoir repris ma foi ! Que je vais désormais vivre heureux et tranquille ! Tu le veux, j'écrirai ; mais ce sera d'un style... Elle apprendra qu'on peut cesser de l'adorer.SCÈNE VI.
ACTE II
SCÈNE I.
LA GOUVERNANTE, seule
Ô tendresse du sang ! Doux charme de ma vie, Qui devrait dès longtemps m'avoir été ravie ! Quel état m'as-tu fait préférer à la mort ? Grands dieux ! Lorsque j'y pense, était-ce là mon sort ? Mais je n'en rougis point, la cause en est trop chère. Continuons les soins de la plus tendre mère ; Avant que de rentrer dans ce cloître écarté, Où la main d'un parent a daigné par bonté Assurer mon destin, consommons mon ouvrage. Ah ! Ciel, permets enfin qu'à travers un nuage, J'achève de verser sur l'objet de mes pleurs, Les seuls biens qui me soient restés de mes malheurs ; Et du moins, qu'au défaut de tout autre avantage, L'usage des vertus lui serve d'héritage. Voyons ce que sur elle ont produit mes avis ; Et si, pour son bonheur, elle les a suivis.SCÈNE II. Angélique, la gouvernante.
LA GOUVERNANTE
Quoi donc, ma chère enfant ?ANGÉLIQUE
Ma victoire est complète.ANGÉLIQUE
Que j'ai tout renvoyé, je n'en ai rien sauvé. J'ignorais qu'on aimât si fort ces bagatelles ; Je n'ai pu m'en priver sans des peines mortelles : Je les regrette encor ; mais j'ai fait mon devoir. Ah ! Je suis bien vengée ; il est au désespoir.LA GOUVERNANTE
Il en fait semblant.LA GOUVERNANTE
Elle a pensé vous perdre, et sa fausse amitié Voudrait contre vous-même armer votre pitié. De ces personnes-là craignez le caractère ; On ne se perd jamais que par leur ministère ; Et, si vous m'en croyez, détachez-la de vous ; En un mot, fuyez-la, rompez.ANGÉLIQUE
Mais, entre nous, Me voilà donc réduite à ne voir plus personne ? Car vous m'ordonnerez, du moins je le soupçonne, De ne plus voir Sainville.LA GOUVERNANTE
Oui, ne balancez pas.ANGÉLIQUE
Mais s'il m'écrit ?LA GOUVERNANTE
Peut-être.ANGÉLIQUE
Ah ! Sans doute.LA GOUVERNANTE
En ce cas, Sans la décacheter renvoyez-lui sa lettre... Voilà précisément ce qu'il faut me promettre. Eh ! Quoi ! Vous hésitez ! Vous vous taisez ? Parlez.LA GOUVERNANTE
Mais c'est pour votre bien.ANGÉLIQUE
Hélas !LA GOUVERNANTE
Non vraiment ; au contraire, il l'approuve à son tour.LA GOUVERNANTE
C'est qu'il faut que l'amour ait un but légitime. Puisque vous m'y forcez : devez-vous ignorer Que pour pouvoir aimer sans se déshonorer, Il faut qu'un doux espoir mieux fondé que le vôtre, Assortisse deux coeurs qui soient faits l'un pour l'autre ?LA GOUVERNANTE
Que de faiblesse encor ! Que j'en crains les effets !À part.
Sans nous trop avancer, ôtons-lui l'espérance Qu'elle ose concevoir contre toute apparence.Haut.
Ma fille, (vous m'avez permis un si doux nom,) Il faut, à vous guérir, forcer votre raison. Non, ce n'est point à vous que le ciel le destine : Peut-il s'associer avec une orpheline Inconnue, et d'ailleurs réduite à ses attraits, Qui n'a ni bien, ni rang, qui n'en aura jamais ? Sur La Baronne en vain vous fondez votre attente.LA GOUVERNANTE
Hélas !ANGÉLIQUE
Que dites-vous ?LA GOUVERNANTE
Ôtez-vous cet espoir.ANGÉLIQUE
Mais encor, pourquoi donc ?LA GOUVERNANTE
Vous l'avez mérité ; Mais ce n'en est pas moins l'effet de sa bonté. Vous étiez, dans un cloître une charge importune, Où l'on était enfin las de votre infortune.LA GOUVERNANTE
Vos parents ruinés par un procès fatal, Furent forcés de faire un si grand sacrifice. Plaignez-les ; ce fut là leur plus cruel supplice.ANGÉLIQUE
Vous vous attendrissez. Vous les avez connus ? S'il est vrai, dites-moi ce qu'ils sont devenus, Ne me cachez plus rien.LA GOUVERNANTE
Votre malheureux père Saisit l'occasion d'une guerre étrangère : Son courage lui fit espérer tout du sort ; Mais il s'exposa trop, il y trouva la mort.LA GOUVERNANTE
Votre mère ! Jugez de sa douleur mortelle ; Peignez-vous son état et son adversité. Enfin, après avoir longtemps sollicité, D'une pension faible, à peine suffisante Pour soutenir sa vie infirme et languissante, On crut payer assez les jours de son époux. Elle comptait alors se réunir à vous, Et vous faire venir pour essuyer ses larmes ; Toute prête à jouir d'un bien si plein de charmes, Sa santé succomba sous des maux si constants. Dans les bras de la mort elle resta longtemps ; À peine elle en sortait que ce bienfait modique, Qui faisait sa fortune et sa ressource unique, Fut discontinué sans espoir de retour.ANGÉLIQUE
Sans doute que depuis un si malheureux jour, Elle n'a pu survivre à ce coup si funeste ; Vos larmes, vos soupirs m'apprennent tout le reste.LA GOUVERNANTE
Ne comptez plus sur elle, et revenons à vous. Vous étiez au couvent, où je sens, entre nous, Jusqu'où pouvait aller votre disgrâce affreuse, Quand le ciel qui voulait que vous fussiez heureuse, De La Baronne un jour y conduisit les pas : On lui parla de vous. Votre âge, vos appas, Des larmes, qui pour lors vous prêtèrent leurs charmes. Tout força La Baronne à vous rendre les armes ; Elle vous prodigua ses généreux secours : Enfin, son amitié s'augmentant tous les jours, Elle vous prit chez elle, et sa vive tendresse Daigna vous honorer du titre de sa nièce.ANGÉLIQUE
Ah ! Quelle différence !LA GOUVERNANTE
Ainsi, ne l'étant pas, Voyez quel précipice est ouvert sous vos pas. Pouvez-vous vous livrer à l'espoir inutile De devenir un jour l'épouse de Sainville ? Non ; cessez de compter sur cet heureux lien. La Baronne pourra vous faire quelque bien ; Mais ce n'est pas assez pour que l'on vous préfère Au plus riche parti que lui cherche son père : Sainville en a besoin pour vivre avec l'éclat Qu'exigeront bientôt son rang et son état.ANGÉLIQUE
Et le plus tendre amour n'est donc rien dans la vie ? Au gré de la fortune il faut qu'on se marie. Pourvu qu'on soit bien riche, on est donc bien content ? Je ne l'aurais pas cru.LA GOUVERNANTE
Le plus sûr est pourtant De ne plus espérer que l'hymen vous unisse : N'attendez pas, vous dis-je, un si grand sacrifice, Je n'imagine pas qu'il y puisse songer.ANGÉLIQUE
Vous découvrez l'abîme où j'allais me plonger. Que de combats vont être arrosés de mes larmes ! Ce n'est que loin de lui que je trouve des armes. Je dois vous avouer que mon coeur révolté Sur mes réflexions l'a toujours emporté ; Et si je reste ici...LA GOUVERNANTE
Venez.ANGÉLIQUE
Où donc, ma bonne ?LA GOUVERNANTE
Où l'honneur vous attend, aux pieds de La Baronne : Venez lui confier votre état dangereux ; Elle aime la vertu, son coeur est généreux : Priez-la de finir une peine si rude, En vous faisant rentrer dans cette solitude Où vous étiez. Pressez, redoublez votre effort ; Elle est riche, elle y peut assurer votre sort. Doutez-vous du succès ? La Baronne vous aime.LA GOUVERNANTE
Mais vous vous êtes bien confiée à ma foi ?ANGÉLIQUE
Vous n'êtes pas un tiers entre mon coeur et moi. N'est-il que ce moyen ? Si je vous intéresse, Ma bonne, sauvez-moi l'aveu de ma faiblesse.LA GOUVERNANTE
Hâtez-vous d'employer des motifs si pressants : Les remèdes tardifs sont toujours impuissants.LA GOUVERNANTE
Vous me le permettez ?ANGÉLIQUE
Oui, je vous le permets.LA GOUVERNANTE
Vous me désavouerez.ANGÉLIQUE
Non, je vous le promets.LA GOUVERNANTE
J'y vais donc.LA GOUVERNANTE
J'obéis.SCÈNE III. Juliette, un laquais, Angélique.
JULIETTE, au laquais
Viens quand je tousserai.LE LAQUAIS
Comptez sur mon adresse.SCÈNE IV. Juliette, Angélique.
JULIETTE
Pourrait-on vous parler ?ANGÉLIQUE
Tu lui diras que non.ANGÉLIQUE
Qui ? Toi !JULIETTE
Moi-même.JULIETTE
Et par quelle raison ?ANGÉLIQUE
Je n'en ai plus à rendre.JULIETTE
On vous l'a défendu ?ANGÉLIQUE
Je n'obéis qu'à moi.JULIETTE
Depuis assez longtemps, parlons de bonne foi, Votre bonne, jalouse, envieuse, inquiète, Cherche à me supplanter ; sa victoire est complète. Votre humeur trop facile a comblé son désir. N'agissez, ne pensez que sous son bon plaisir, Ayez pour tout instinct celui qu'elle vous prête, Soyez comme un enfant qu'on mène à la baguette.JULIETTE
Vous pourriez vous tromper.ANGÉLIQUE
Va, je sais qui t'envoie.ANGÉLIQUE
Quoi ! Tu me soutiendras ?JULIETTE
Moi, je ne soutiens rien.ANGÉLIQUE
Tu ne viens pas exprès pour trouver le moyen D'apaiser, s'il se peut, une amante outragée ?JULIETTE
Ce serait volontiers, s'il m'en avait chargée ; Et d'ailleurs, (ce n'est pas que je parle pour lui : ) Mais enfin, croyez-vous les hommes d'aujourd'hui D'humeur à nous passer tous nos petits caprices, À faire tous les jours les plus grands sacrifices, À braver, à souffrir les mépris, les rebuts, À demeurer constants lorsque l'on n'en veut plus, À revenir à nous, si-tôt qu'on les rappelle ? Non ; l'art d'aimer a pris une forme nouvelle : C'est à nous à présent à remplir, en aimant, Tout ce qu'une maîtresse exigeait d'un amant ; Encore arrive-t-il qu'on croit nous faire grâce. Nos esclaves ont mis leurs vainqueurs à leur place ; Ils se sont emparés de nos droits les plus doux ; Tout le poids de l'amour est retombé sur nous.ANGÉLIQUE
Que m'importe ?JULIETTE
Avouez que si, par aventure, Sainville revenait après cette rupture, Plus tendre que jamais, vous rapporter son coeur, Le vôtre aurait pour lui la dernière rigueur.ANGÉLIQUE
Sans doute.JULIETTE
Il fait donc bien de ne se pas commettre : je dis plus, s'il osait hasarder une lettre, Pleine de désespoir, (je suppose le cas,) Vous la refuseriez ?ANGÉLIQUE
Je n'y toucherais pas.JULIETTE, à part
Il se le tient pour dit. Il est temps que je tousse.Elle tousse.
À la dernière épreuve il faut que je la pousse.ANGÉLIQUE
Qu'as-tu donc ?SCÈNE V. Angélique, Juliette, un laquais.
LE LAQUAIS
N'avez-vous pas toussé !JULIETTE, à part
Peste soit du butor.LE LAQUAIS
J'ai donc mal entendu.JULIETTE
Donne.ANGÉLIQUE
Qu'est-ce ?SCÈNE VI. Angélique, Juliette.
ANGÉLIQUE
Ah ! La belle finesse !ANGÉLIQUE
Va, je sais ce que c'est. Il faut, pour m'attraper, être un peu plus habile. Ce billet qu'on t'apporte est...JULIETTE
De qui ?ANGÉLIQUE
De Sainville.JULIETTE
De lui ?ANGÉLIQUE
Je gagerais.JULIETTE, en défaisant l'enveloppe, qu'elle jette
Il faut voir.ANGÉLIQUE
Que fais-tu ?JULIETTE
Je l'ouvre.ANGÉLIQUE
Je dirai que je ne l'ai pas lu.JULIETTE, à part
Pour la pousser à bout, changeons un peu le texte,Elle lit haut.
Et lisons autrement. Pourquoi prendre un prétexte ?ANGÉLIQUE
Arrête, ou je m'en vais.JULIETTE
Eh ! Bien, lisons tout bas.JULIETTE lit, et Angélique semble s'amuser à autre chose
"Lorsque nous avons cru nous aimer l'un et l'autre, Nous nous sommes trompés."ANGÉLIQUE, à part
Dieux ! Qu'est-ce que j'entends ?JULIETTE, continuant à lire
"Il n'est pas malheureux de rompre en même temps ; Car mon erreur n'a pas duré plus que la vôtre. J'accepte la rupture, ainsi n'en parlons plus. "ANGÉLIQUE, à part, en ramassant l'enveloppe
Est-ce à moi qu'on écrit ?... Regardons le dessus.JULIETTE
À qui, diantre, en veut-on ? Quelle est cette aventure ? Pourriez-vous, par hasard, connaître l'écriture ?ANGÉLIQUE, animée
Elle est de mon perfide.JULIETTE, ingénument
Ah ! Vous l'avez bien dit.ANGÉLIQUE
Oui, Juliette, elle en est ; c'est à moi qu'il écrit, Et c'est lui qui m'outrage après m'avoir trahie, Et qui joint le mépris avec la perfidie... Poursuis.JULIETTE
Restons-en là.JULIETTE
Vous l'aimiez donc encore ?SCÈNE VII. Angélique, Sainville.
SAINVILLE
Vous me fuyez ?ANGÉLIQUE, en lui jetant le billet
Tenez, voilà votre billet.SAINVILLE
A-t-il pu vous déplaire ?ANGÉLIQUE
Autre insulte mortelle.ANGÉLIQUE, à part
De peur que je n'en doute encore, il en convient.ANGÉLIQUE
C'en est trop.SAINVILLE
Quel courroux !SAINVILLE
Quel est donc mon forfait ?ANGÉLIQUE
Feignez de l'ignorer.SAINVILLE
Ah ! Je ne vois que trop quels motifs vous engagent À m'accabler encor d'un si cruel refus. Hélas ! Tout ce qui vient de ce qu'on n'aime plus Dégénère en offense, et se tourne en injure.ANGÉLIQUE
Cessez de m'arrêter.SCÈNE VIII. Juliette, Angélique, Sainville.
JULIETTE, en riant
Eh ! Je vous cherche.SAINVILLE
Parle, est-ce là cette lettre Qu'à l'instant de ma part tu viens de lui remettre ? Tu dois la reconnaître, est-ce elle ?JULIETTE
En doutez-vous ?SAINVILLE
Eh ! Bien, mademoiselle en est dans un courroux Qui ne se conçoit pas ; sa fureur est extrême.ANGÉLIQUE
Mais à quoi servira...JULIETTE
Je puis avoir mal lu.JULIETTE, à Angélique et à Sainville
Écoutez ; vous, lisez.Sainville lit.
"Le secours de l'absence M'a bien mieux fait sentir le prix de votre coeur ; Et lorsque je reviens à mon premier vainqueur, C'est avec plus d'amour et plus de connaissance. "SAINVILLE
"Partout où j'ai porté mes pas, Je n'ai trouvé que vous, dont mon âme asservie Pût faire son bonheur le reste de ma vie. "ANGÉLIQUE, d'un air moins courroucé
Il a raison... Juliette.JULIETTE
Eh ! Bien, vous vous aimez.ANGÉLIQUE
Mais, quoi !JULIETTE
Plus que jamais vos coeurs sont enflammés. Quelle explication faut-il que je vous donne ?En leur prenant la main.
Eh ! Trop heureuse encor l'amante qui pardonne.SAINVILLE
L'amour n'avait-il pas la vôtre auparavant ? Eh ! Que voulez-vous donc faire dans ce couvent ?SAINVILLE
En grâce, dites-vous ?SAINVILLE
Et de quoi donc ?ANGÉLIQUE
De n'avoir qu'un refus.SAINVILLE, d'un ton ironique
Cette grâce, en effet, vous doit être fort chère.ANGÉLIQUE, ingénument
Entendez mes raisons, sans vous mettre en colère.SAINVILLE
En pouvez-vous avoir pour me désespérer, Lorsqu'à tout l'univers je viens vous préférer ; Quand je mets mon bonheur, ma fortune, ma vie, À vous faire régner sur mon âme ravie, À m'assurer la vôtre, à vous lier à moi Par le don éternel de ma main, de ma foi ?ANGÉLIQUE
Auriez-vous ce dessein ?SAINVILLE
Puis-je en avoir un autre ?ANGÉLIQUE
On l'a craint.SAINVILLE
Justes dieux ! Quel soupçon est le vôtre ! Il ne vient point de vous ; et je vois en ce jour L'horreur qu'on a voulu verser sur mon amour, Et l'effroi qu'on a mis dans le fond de votre âme. Oui, pendant mon absence on vous a peint ma flamme Comme un amusement frivole et criminel, Qui pourrait vous couvrir d'un opprobre éternel. Avez-vous pu souffrir qu'on me fît cette injure ? A-t-on vu dans mon coeur le germe du parjure Et de la perfidie ? Et vous, qui me blessez, Angélique, est-ce ainsi que vous me connaissez ?ANGÉLIQUE, à Juliette
On a jugé bien mal de l'amour de Sainville.ANGÉLIQUE
Ah ! Sainville.ANGÉLIQUE
Vous ne savez pas tout.ANGÉLIQUE, en s'approchant de lui
J'ignore qui sont ceux à qui je dois le jour.Juliette se retire au fond du théâtre pour faire le guet.
Vous croyez que je suis nièce de La Baronne ?SAINVILLE
Comment ?SAINVILLE
Ah ! Grands dieux ! Quel sera mon bonheur de pouvoir vous tenir lieu de tout ! Couronnez mon espoir.ANGÉLIQUE
Quoi ! Malgré cet aveu ?ANGÉLIQUE
Je pourrais être à vous ?SAINVILLE
Oui, le plus tendre amant S'engage, et pour jamais vous en fait le serment. Tendez-moi cette main... mais quel trouble vous presse ?SAINVILLE, en se jetant à ses pieds
Nous verrons. Cependant, cachons bien notre amour ; Dissimulons tous deux jusques à l'heureux jour.Il lui baise la main.
SCÈNE IX. La Baronne, La Gouvernante, Sainville, Angélique, Juliette.
JULIETTE, arrivant en courant
Levez-vous, et fuyez.ANGÉLIQUE
Que vois-je ! C'est ma bonne !SCÈNE X. La Baronne, La Gouvernante.
LA BARONNE, ironiquement
Sont-ce là les adieux de ces pauvres enfants ?LA GOUVERNANTE
Je suis au désespoir.LA BARONNE
Vos soins sont triomphants.LA GOUVERNANTE
Ah ! Madame.LA GOUVERNANTE, confuse
Ah ! Daignez me traiter avec moins de rigueur. Ce que je viens de voir a déchiré mon coeur.LA GOUVERNANTE, d'un ton ferme
Ne la consultez point en cette extrémité, Madame ; il faut user de votre autorité. Eh ! Comment voulez-vous qu'une fille à son âge Puisse de sa raison faire un heureux usage, Quand la séduction, avec tous ses appas, L'environne, l'obsède, et la suit pas à pas ? Arrachez au péril une aveugle victime, que son propre penchant entraîne dans l'abîme.LA GOUVERNANTE
Angélique à ce point ne saurait s'abuser ; Sa facilité seule emporte la balance. Sait-elle seulement qu'elle est sans espérance ? Dans l'ivresse où son coeur est plongé sans retour, Ses yeux ne portent pas plus loin que son amour ; Et son bonheur présent, qui n'est qu'une chimère, Fait que son avenir ne l'embarrasse guère : Elle ne sait qu'aimer, et ne sait rien prévoir. Mais enfin, supposé qu'un si fatal espoir, Sur la foi des serments, autorise sa flamme, Et, malgré la raison, règne au fond de son âme, Que de sujets pour vous de crainte et de terreur ! Jusqu'où peut la conduire une semblable erreur ! Je frémis ; ôtez-vous cette frayeur mortelle. Eh ! L'amour et l'hymen ne sont pas faits pour elle.LA BARONNE
Je le sais comme vous, Sainville est dépendant ; Jamais il n'obtiendrait l'aveu du président. Mais sur une terreur qui peut être indiscrète, L'enterrer toute vive au fond d'une retraite, C'est une cruauté.LA GOUVERNANTE
Qui lui sauve l'honneur. Leur amour passera. Vous-même, en sa faveur, Empruntez un moment des entrailles de mère. Quoi ! Vous priveriez-vous d'une fille si chère ? Vous soupirez ? Parlez.LA GOUVERNANTE
J'y résoudrais mon coeur.LA BARONNE
À part.
Fort bien.Haut.
Je ne saurais avoir cette rigueur. Mais je veux lui parler ; et, si ma remontrance Est sans succès, j'irai jusques à la défense.LA GOUVERNANTE
Elle ne servira que d'un attrait de plus.LA BARONNE
Veillez-la de plus près encor.LA GOUVERNANTE
Soins superflus ! Contre deux coeurs unis que sert la vigilance ?Elle se jette à ses pieds.
J'embrasse vos genoux.LA BARONNE, à part
Faisons-nous violence.LA GOUVERNANTE
Éloignez Angélique, ôtez-la de ces lieux. Ah ! Voulez-vous la voir se perdre sous vos yeux ?LA BARONNE
C'en est trop ; laissez-moi, je vous demande grâce. Tant de vivacité m'importune et me lasse.LA GOUVERNANTE
En se relevant.
Eh ! Puis-je en mettre moins ?En s'en allant.
Allons cacher mes pleurs. Ah ! Ciel, daigne empêcher le plus grand des malheurs !SCÈNE XI.
ACTE III
SCÈNE I. Juliette, Angélique.
JULIETTE
Reprenez vos esprits.JULIETTE
Pour un petit malheur faut-il se dérouter ? La Baronne, entre nous, n'est pas à redouter ; Elle est femme du monde, et n'en fera que rire : Pour l'autre, au pis aller, il faut la laisser dire.JULIETTE
Quelle enfance ! Eh ! Qui peut, malgré vous, malgré moi, Vous contraindre à rester ainsi sous sa tutelle ?ANGÉLIQUE
Sa raison, sa vertu.JULIETTE
Je n'en ai pas moins qu'elle.ANGÉLIQUE
Je ne sais, mais je sens qu'elle ne me dit rien, Qui véritablement ne soit que pour mon bien : C'est un fait ; mais j'ai beau m'en convaincre moi-même, Quelle conviction tient contre ce qu'on aime ? Quand Sainville paraît, tout est évanoui.JULIETTE
Cela se doit ; il va venir.ANGÉLIQUE, en regardant de côté et d'autre
Eh ! Vraiment, oui.JULIETTE
Arrangez-vous tous deux, tandis que La Baronne Dans le fond du jardin est avec votre bonne, En un grand pour-parler.ANGÉLIQUE
C'est à notre sujet.SCÈNE II. Sainville, Angélique.
SAINVILLE
Nous nous étions promis qu'une ombre salutaire De nos voeux mutuels couvrirait le mystère : Cependant vous voyez que tout est découvert. Vous puis-je, à ce sujet, parler à coeur ouvert ?SAINVILLE
Mon désespoir extrême.ANGÉLIQUE
D'où vient ?SAINVILLE
Je suis perdu.ANGÉLIQUE
Vous ! Quel trouble est le mien !SAINVILLE
On pourrait me sauver ; mais vous n'en ferez rien. Vous savez que l'amour nous a faits l'un pour l'autre.ANGÉLIQUE
Eh ! Bien ?SAINVILLE
Vous trahirez et son choix, et le vôtre. Les persécutions vous feront succomber On travaille au malheur où nous allons tomber.SAINVILLE
Non, ce n'est pas assez.ANGÉLIQUE
Qui peut vous alarmer ?SAINVILLE
L'instant où je vous parle est le seul qui nous reste ; On va vous accorder cette grâce funeste Que votre complaisance a fait solliciter ; On saura vous résoudre enfin à l'accepter. Que dis-je ! On obtiendra de votre obéissance D'agréer les horreurs d'une éternelle absence.SAINVILLE
Oui, je dois prendre en vous de grandes assurances ! Jamais l'éloignement, le temps, les remontrances Ne produiront sur vous leur infaillible effet, Et vous braverez tout, comme vous avez fait.ANGÉLIQUE
Que me reprochez-vous ?SAINVILLE
Une épreuve cruelle.SAINVILLE
Cruelle ! On vous aidait à vous l'imaginer ; mais au fond du désert où l'on va vous mener, On ne tardera guère à vous le faire croire, À noircir un absent par quelque fausse histoire Que l'on aura grand soin de circonstancier ; Et je n'y serai point pour me justifier. Vos feux ne pourront pas se nourrir de leurs cendres.ANGÉLIQUE
Ne m'écrirez-vous pas ?SAINVILLE
Les lettres les plus tendres Ne peuvent soutenir longtemps un faible coeur : Notre ennemie alors usera de noirceur ; Les unes en secret seront interceptées ; Les autres à son gré seront interprétées. La perfide saura, d'un air doux et trompeur, Vous fasciner les yeux de l'esprit et du coeur.ANGÉLIQUE
Mais je les lirai seule.SAINVILLE
Elle les aura vues : Vous n'en recevrez point qu'elle ne les ait lues ; Elle s'en servira, vous dis-je, à mes dépens, Et les supprimera quand il en sera temps.ANGÉLIQUE
Je vois, en frémissant, quel péril nous menace. Puis-je le détourner ? Que faut-il que je fasse ?SAINVILLE, en tirant un papier
Me croire, m'imiter, et m'en signer autant ; Voilà ce que l'amour exige en cet instant :En lui donnant l'écrit.
De notre sûreté c'est-là l'unique gage.ANGÉLIQUE, en prenant le papier
Quel est donc ce papier ?SAINVILLE
Le serment qui m'engage À rendre à vos appas un hommage éternel, Le garant et le sceau de ce don solennel, Que vous font à jamais l'amour et l'hyménée, De ma main, de mon coeur, et de ma destinée... Quoi donc ! Vous hésitez à recevoir ma foi, Et votre main balance à se donner à moi !ANGÉLIQUE
Eh ! Le puis-je ?SAINVILLE, animé
Comment !ANGÉLIQUE, tremblante
Quel courroux vous enflamme ?SAINVILLE
L'impossibilité n'est qu'au fond de votre âme. Eh ! Quel obstacle empêche un noeud si plein d'appas ? Hélas ! Vous le cherchez et ne le trouvez pas. Si vous m'avez dit vrai, vous êtes à vous-même, Vous dépendez de vous ; votre infortune extrême, Dont je rends grâce au sort, vous met en liberté De choisir qui vous plaît.ANGÉLIQUE
Oui, c'est la vérité ; Je n'ai point de parents, du moins que je connaisse. Mais, quoi ! Puis-je, à mon âge, être assez ma maîtresse, Pour que mon seul aveu dispose de ma main ?ANGÉLIQUE
Une raison n'est pas un refus.SAINVILLE, à part
L'inconstante !ANGÉLIQUE
Mais si je consultais...ANGÉLIQUE, éplorée
Tenez, vous me traitez avec trop de rigueur ; Vous me troublez si fort, qu'à peine je respire : Je ne sais déjà plus ce que j'avais à dire.SAINVILLE
Croyez donc l'un et l'autre. Eh ! Comment, je vous prie, M'assurer autrement de vous, et de ma vie ? Je ne veux seulement, pour calmer mes frayeurs, Que le titre d'époux : consentez, ou je meurs...ANGÉLIQUE
Ah ! Ciel !SAINVILLE
Je règne, ou non, dans le fond de votre âme. Le temps nous presse ; optez d'accorder à ma flamme Le titre que le ciel semble me désigner, Ou de m'ôter la vie.SAINVILLE
On a bien de la peine À vous faire agréer d'éterniser ma chaîne, À vous faire accepter le plus heureux lien. Est-ce ainsi qu'on se rend ?ANGÉLIQUE
Vous ne pardonnez rien.SAINVILLE
Non, sans doute, à l'amour.ANGÉLIQUE, en lui tendant la main tendrement
Ah ! Quelle tyrannie !SCÈNE III. Juliette, en courant, Sainville, Angélique.
JULIETTE, en poussant Angélique
Décampez au plus vite ; il nous vient compagnie.SAINVILLE
Qui donc ?JULIETTE
Le président.ANGÉLIQUE
Ah ! J'ai le coeur transi.JULIETTE, à Angélique, en la tirant de l'autre côté
Par où diantre allez-vous ? Sauvez-vous par ici.SCÈNE IV. Sainville, Juliette.
SAINVILLE, à Juliette
Toi, ne la quitte pas ; ton soin m'est nécessaire.SCÈNE V. Le Président, Sainville.
LE PRÉSIDENT
Bon ; nous serons ici plus en particulier : On voudrait votre avis sur un cas singulier.LE PRÉSIDENT
C'est par cette raison. L'affaire est délicate ; Les conseils les plus vrais sont ici les meilleurs. Un juge assez habile, honnête homme d'ailleurs... Vous riez ?SAINVILLE
C'est de voir ce titre imaginaire Être si constamment l'épithète ordinaire Que s'accordent, entre eux, les hommes indulgents.LE PRÉSIDENT
Ainsi, vous ne croyez guère aux honnêtes gens.LE PRÉSIDENT
Mon fils, quels préjugés étranges que les vôtres ! Il est des gens de bien... je pense, sur ma foi, Que vous ne jugez pas plus sainement que moi.LE PRÉSIDENT
Vous me croyez, du moins, un peu trop politique. Eh ! Prenez, ou laissez les hommes tels qu'ils sont, Tout aussi-bien que vous, je les connais à fond : Mais je suis envers eux, avec moins de rudesse, Indulgent par lumière, et non pas par faiblesse. Mais revenons enfin. Ce juge en question Fut chargé d'un procès, dont la décision Devait, à son rapport, régler la destinée De gens de qualité qu'un heureux hyménée venait d'unir.SAINVILLE
Laissons la noblesse du sang : Aux yeux de l'équité tous ont le même rang. Pesons les droits réels : la plus haute naissance Ne doit pas faire un grain de plus dans la balance.LE PRÉSIDENT
Oui, mais tout l'embarras est de bien rencontrer ; Souvent le meilleur droit ne sait pas se montrer : Car vous n'ignorez pas qu'il n'est rien que n'emploie Ce monstre ingénieux à poursuivre sa proie, Dont le métier cruel, et cependant permis, Est souvent de corrompre ou d'égarer Thémis. À ce fléau funeste, à ce mal sans remède, Ajoutez pour surcroît que la main qui nous aide Peut se laisser surprendre, ou gagner. En effet, Ne saurait-on nous faire un infidèle extrait ?SAINVILLE
Tout juge qui s'en sert a tort : c'est mon système ; Jamais il n'est trop bon pour voir tout par lui-même : Et s'il ne donne pas tous ses soins, tout son temps, Cette épargne est un vol qu'il fait à ses clients. Pourquoi se charge-t-il des fortunes publiques ?LE PRÉSIDENT
Vous êtes bien rigide !SAINVILLE
Et des plus véridiques. Je vois d'ici ce juge, indigne de pardon, Comme il le méritait, dupé par un fripon.LE PRÉSIDENT
Vous l'avez dit. Un traître, un serpent domestique, Priva la vérité de sa preuve authentique. Le titre disparut ; le bon droit succomba ; L'erreur dicta l'arrêt, et le malheur tomba Sur des infortunés trop pleins de confiance, Et qui n'avaient, d'ailleurs, aucune expérience.SAINVILLE
Mais leur juge était fait pour en savoir plus qu'eux. Peut-il se consoler de leur désastre affreux, Et d'en avoir été la cause ?LE PRÉSIDENT
Involontaire.SAINVILLE
Qu'importe ? Il a laissé trahir son ministère ; Il avait un dépôt ; à qui l'a-t-il remis ? Si l'excuse avait lieu, tout deviendrait permis.LE PRÉSIDENT
Le temps et le hasard firent enfin connaître, Mais trop tard, les excès qu'avait commis ce traître. On sut la vérité : le titre n'était plus ; Et le juge, accablé de regrets superflus, Fut réduit à verser des pleurs trop légitimes ; Ensuite l'on apprit que l'une des victimes, Cherchant à réparer les rigueurs de leur sort, Sous un ciel étranger avait trouvé la mort ; Que sa veuve, sans biens, pour élever leur fille, Unique rejeton d'une illustre famille, L'avait abandonnée aussi-bien que son nom.LE PRÉSIDENT
Ce que doit faire un juge en ce malheur extrême.SAINVILLE
Il veut que je prononce : Qu'il tremble ? Mais à quoi servira ma réponse ? Quoi qu'il en soit, enfin, j'aurais déjà rendu À ces infortunés tout ce qu'ils ont perdu. C'est à quoi je condamne un juge qui s'abuse. Qu'il répare ses torts, s'il veut qu'on les excuse ; L'ignorance et l'erreur sont des crimes pour lui.SAINVILLE
Qu'importe ?LE PRÉSIDENT
La restitution pourrait être si forte...LE PRÉSIDENT
Ainsi vous vous seriez exécuté vous-même ?SAINVILLE
Assurément.LE PRÉSIDENT, en souriant
Fort bien.SAINVILLE
Je vous parais extrême ; Ma façon de penser, contraire aux moeurs du temps, N'attirera sur moi que des ris insultants.LE PRÉSIDENT
Pardonnez-moi, mon fils.SAINVILLE
Que dites-vous, mon père ?LE PRÉSIDENT
J'ai pensé comme vous ; j'ai fait plus, et j'espère Que vous y donnerez l'aveu le plus flatteur. Vous voyez le coupable, et le réparateur.SAINVILLE
Vous ?LE PRÉSIDENT
Moi-même.SAINVILLE
Ah ! Grands dieux ! Que ma source m'est chère ! Que je suis enchanté de vous avoir pour père !Il l'embrasse.
Pardonnez ces transports à mon coeur éperdu.LE PRÉSIDENT
Sitôt que je l'ai pu, j'ai fait ce que j'ai dû, Et je viens d'expier ma méprise funeste ; Il vous en coûtera.SAINVILLE
Votre vertu me reste.SAINVILLE
Vous méritez de tous La vénération, l'estime la plus haute. Que vous êtes heureux d'avoir fait une faute Qui vous a procuré l'heureuse occasion De faire une si grande et si bonne action.Juliette paraît, et fait des signes.
LE PRÉSIDENT
Le ciel me l'inspira, le ciel la récompense ; Sachez ce qui m'arrive en cette circonstance. Un ancien ami, de même rang que nous, Et qui m'attend chez moi, vient de m'offrir, pour vous, Un des meilleurs partis qui soient peut-être en France ; C'est une fille unique, une fortune immense : Je réponds de ses moeurs, et j'en suis enchanté : Car c'est-là, selon moi, la première beauté. D'ailleurs, elle est charmante. Enfin, l'on vous préfère. Je vous en parle ici de la part de son père. Et c'est un mariage à conclure au plutôt. Vous savez notre état, je vous l'ai dit tantôt ; Ce qui vient d'arriver, comme vous pouvez croire, Nous dérange beaucoup, en nous couvrant de gloire. J'ai vendu cette terre où vous vous plaisiez tant.LE PRÉSIDENT
L'hymen vous fait-il peur ?SAINVILLE
Il faudrait lui devoir ma fortune ; C'est une dépendance un peu trop importune. Les grands biens d'une femme augmentent trop ses droits, Et par reconnaissance il faut subir ses lois ; Ce bienfait-là devient une dette éternelle, Dont on ne peut jamais s'acquitter avec elle. Quoi qu'il en soit, malgré ma situation, Je ne veux pas avoir cette obligation.LE PRÉSIDENT
Votre prudence ici me paraît en défaut.SAINVILLE
Une compagne aimable est tout ce qu'il me faut ; J'épouse pour aimer, pour être aimé de même : Je ne pourrais prétendre à ce bonheur extrême. Vingt exemples pour un semblent m'en avertir ; C'est se vendre, en un mot, et non pas s'assortir.LE PRÉSIDENT
Ah ! Vos réflexions détruiront ce scrupule ; Car, entre nous, mon fils, il est trop ridicule. Je vous laisse y penser, et je vais de ce pas Engager cet hymen.Il sort.
SAINVILLE
Qui ne se fera pas.SCÈNE VI. Juliette, Sainville.
JULIETTE
Que diantre un fils a-t-il tant à dire à son père ? Votre Angélique est folle, elle me désespère ; La crainte, l'épouvante, et la timidité Triomphent pour le coup de sa facilité. Vous ne la tenez plus.SAINVILLE
Ah ! Ciel, quel coup de foudre !SAINVILLE
Je m'en vais la trouver.SCÈNE VII.
SCÈNE VIII. La Baronne, La Gouvernante, Juliette.
LA GOUVERNANTE
Où peut être Angélique ?JULIETTE
Ah ! Je vous le demande ! L'ai-je à ma garde ? Elle est, ce me semble, assez grande Pour être sa maîtresse ?LA GOUVERNANTE
Il faut me l'amener.LA BARONNE
Obéissez, quand madame l'ordonne.SCÈNE IX. la Baronne, la Gouvernante.
LA BARONNE
Eh ! Bien, ma chère amie !LA GOUVERNANTE
Ah ! C'est trop m'honorer.LA BARONNE
Ce titre vous est dû, je ne puis l'ignorer ; Avouez que c'est vous qu'un procès déplorable A contrainte à subir un sort si misérable.LA GOUVERNANTE
Vous me désespérez.LA GOUVERNANTE
Que voulez-vous de plus de ma reconnaissance ?LA BARONNE
La faveur d'être admise en votre confidence : Mais je lis dans votre âme une noble fierté, Un courage au-dessus de toute adversité, Vous fait désavouer votre infortune extrême ; Et vous vous imposez ce déni de vous-même, Par égard pour le rang où vous avez été, Par mépris pour le sort qui vous a tout ôté : Mais ce que vous cachez, n'en est pas moins visible ; Vous brillez, malgré vous, d'un éclat trop sensible ; Vous voulez vous couvrir d'une ombre qui vous fuit ; Madame, écartez donc le charme qui vous suit.LA GOUVERNANTE
Vous êtes dans l'erreur, le Président s'abuse.LA GOUVERNANTE
De quoi ?LA GOUVERNANTE
Ciel !LA BARONNE
J'ai vu de mes yeux la preuve la plus claire D'un fait dont vous voulez soutenir le contraire ; Vous êtes sûrement la Comtesse_d'Arsfleurs.LA GOUVERNANTE
Qu'entends-je ?LA GOUVERNANTE
Madame, quel usage en avez-vous pu faire ? Fallait-il me trahir ? Jugez de mon regret, Et de quelle importance est pour moi mon secret, Puisque je le cachais à tout ce que j'adore, À ma fille, en un mot !LA BARONNE
Angélique l'ignore !LA GOUVERNANTE
Et jamais de ma part elle n'en saura rien.LA GOUVERNANTE
Je la sers beaucoup mieux que vous ne pouvez croire. Eh ! Que lui produirait ma douloureuse histoire ?LA GOUVERNANTE
L'orgueil et l'affreux désespoir. Non, madame, laissons à cette infortunée L'esprit de son état, et de sa destinée. On n'est point malheureux, quand on peut ignorer Tout ce que l'on pourrait avoir à déplorer. J'ai dit ce qu'il fallait.LA BARONNE
Ah ! Ma chère comtesse, Mes soins n'ont point blessé votre délicatesse ; Croyez que je n'ai fait nul éclat indiscret. Aucun autre que moi ne sait votre secret ; J'ai su le ménager avec un soin extrême. Le président, qui veut être inconnu lui-même, Et qui m'en imposait la plus expresse loi, A daigné s'en fier aveuglément à moi ; Content de relever votre illustre famille, Madame, il ne connaît ni vous, ni votre fille ; Son bonheur lui suffit : en effet, il est tel Qu'il se croit à présent le plus heureux mortel.SCÈNE X. Le président, la Baronne, la Gouvernante.
LE PRÉSIDENT
Madame, prenez part à ma douleur extrême ; Je croyais être heureux, vous l'avez cru vous-même ; Pour moi, tout votre zèle en vain s'est déployé. Je suis au désespoir, on m'a tout renvoyé ; Oui, tout m'est revenu.LA BARONNE
Ciel ! Quelle est ma surprise !LE PRÉSIDENT
Il faut qu'absolument vous vous soyez méprise ; Et votre erreur me rend d'autant plus malheureux, Que j'avais pu me croire au comble de mes voeux.LA GOUVERNANTE
Ah ! Je vois bien qu'il faut que je me sacrifie, Et que j'avoue enfin un secret échappé.Au président.
C'est vous-même, monsieur, qui vous êtes trompé.LE PRÉSIDENT, à la Baronne
Est-elle du secret ?LA BARONNE
Elle sait tout.LA GOUVERNANTE
Vous me pardonnerez ce que j'ose avancer. Ce renvoi vous étonne ! Avez-vous dû penser Qu'il pût être permis à cette infortunée, De relever ainsi sa triste destinée, Et de vous dépouiller en cette occasion ? La générosité vous fait illusion.LA GOUVERNANTE
Ah ! Je n'en ai que trop, je puis parler pour elle ; Mettez-vous à sa place : auriez-vous accepté ? Elle a tout refusé ; ce n'est point par fierté, Par dédain, par mépris ; elle en est incapable.LA GOUVERNANTE
Qui peut ne l'être pas ?LE PRÉSIDENT
Mais de son ministère il s'est mal acquitté.LA GOUVERNANTE
Dès qu'il n'est point coupable aux yeux de l'équité, Il ne peut l'être aux yeux de cette infortunée ; Vous ne la vaincrez point, elle est déterminée : N'en parlons plus ; elle a subi son jugement, Le ciel même a pris soin du dédommagement. Comment ?LA GOUVERNANTE
En lui donnant la force et le courage D'accepter, de braver constamment son naufrage, De voir, d'envisager désormais le passé, Et tout ce qu'elle fut, comme un songe effacé Que l'on ne devrait plus offrir à sa mémoire. Dans son abaissement laissez-lui cette gloire ; C'est tout ce qu'elle veut.LE PRÉSIDENT
Je serais criminel...SCÈNE XI. le Président, la Baronne.
LE PRÉSIDENT
Pardonnez ma surprise, elle est trop légitime ; Je n'en saurais douter, voilà donc ma victime ! C'est moi qui suis la sienne... ô refus douloureux ! Dieux ! Qu'elle m'a rendu confus et malheureux ! Que son abaissement l'élève et m'humilie ! Ainsi j'aurai causé le malheur de sa vie ; Et pour le réparer mes soins sont sans effet, Elle veut à jamais me laisser mon forfait. Eh ! C'est trop se venger : unissons-nous contre elle. Je prétends m'acquitter ; la dette est trop cruelle.LE PRÉSIDENT
Eh ! L'admiration ne la sauvera pas.ACTE V
SCÈNE I. Angélique, la Gouvernante.
LA GOUVERNANTE, à part
Elle rêve... feignons de ne l'avoir pas vue, Lorsque tous deux ont eu leur dernière entrevue.ANGÉLIQUE, apercevant la gouvernante
Vous m'avez fait chercher ?LA GOUVERNANTE
Oui : mon empressement Vous donne, je le vois, du refroidissement ; Il m'a, dans votre coeur, en secret desservie.LA GOUVERNANTE
Puis-je vous demander, sans indiscrétion, S'il vous souvient encor d'une commission, Dont vous m'aviez chargée auprès de La Baronne ?LA GOUVERNANTE
Quoi ?ANGÉLIQUE
C'est qu'il faut que j'y pense. Mettez-vous à ma place en cette circonstance ; Il s'agit de quitter, et d'abandonner tout.LA GOUVERNANTE
Le monde vous doit-il inspirer tant de goût ? Se peut-il qu'à vos yeux il offre tant de charmes Pour préférer d'y vivre au milieu des alarmes, Et de l'incertitude où je vois votre sort ? Lorsqu'à l'abri de tout, tranquille dans le port, On peut, ainsi que vous, se rendre fortunée, Faut-il mettre au hasard toute sa destinée ? On ne doute de rien dans le cours des beaux jours, On croit que l'avenir y répondra toujours.LA GOUVERNANTE
Vous vous éblouissez de l'état où vous êtes ; Et s'il vient à changer, que ferez-vous alors ? Le néant est caché sous de si beaux dehors ; La Baronne vous aime, et j'en suis convaincue ; Mais d'un moment à l'autre, une mort imprévue Peut, en vous l'enlevant, vous laisser sans espoir.ANGÉLIQUE
Vous mettez tout au pis.LA GOUVERNANTE
Vous ne le voulez pas, j'en mourrai de douleurs, Et ce sera pour vous le moindre des malheurs. Je sais que la retraite, à des gens de votre âge, N'offre pas d'elle-même une riante image ; La jeunesse s'en fait un portrait peu charmant, Bientôt l'expérience en décide autrement. Que ne m'est-il permis de vous citer la mienne ? Mais vous n'y croirez pas, on ne croit que la sienne ; À tout ce qu'il vous plaît, il faut se conformer ; On ne veut pas vous perdre. Eh ! Qui pourrait former Un projet, un complot si cruel ? Non, vous dis-je, Un sacrifice entier n'est point ce qu'on exige : Bien loin de vous réduire à cette extrémité, Consentez seulement, pour un temps limité, D'essayer avec moi d'un séjour plus tranquille, Jusques au mariage...ANGÉLIQUE
Eh ! De qui ?ANGÉLIQUE
En parle-t-on ?LA GOUVERNANTE
Son père y donne tous ses soins.ANGÉLIQUE
Et quelle est la future ?ANGÉLIQUE
On vous trompe.LA GOUVERNANTE
Eh ! Pourquoi voulez-vous vous flatter, Quand cet événement va bientôt éclater ? Je vous ai toujours dit que jamais l'hyménée N'attacherait Sainville à votre destinée ; Et s'il vous l'a juré, c'est le serment trompeur D'un traître, d'un perfide, et d'un lâche imposteur.ANGÉLIQUE
À votre zèle ardent je me livre moi-même ; Mais n'allez pas plus loin, respectez ce que j'aime.LA GOUVERNANTE
Vous l'aimez ?ANGÉLIQUE
Et jamais je n'aurai d'autre amour ; Oui, mon coeur le lui jure à chaque instant du jour : Je le dois, je remplis un devoir plein de charmes.LA GOUVERNANTE
Un devoir ! ... excusez de trop vives alarmes ; Si j'ai tort, il en faut accuser l'amitié : Mais enfin, par tendresse autant que par pitié, Ne me direz-vous rien de plus de ce mystère ? Faut-il que je l'ignore ?ANGÉLIQUE
Oui, j'aurais dû me taire.LA GOUVERNANTE
Eh ! Pourquoi me celer vos secrets les plus doux, À moi, qui ne puis être heureuse que par vous, Que par votre bonheur ? Je n'en puis avoir d'autre, Et vous me le cachez ? Quel refus est le vôtre ? Que vous ai-je donc fait pour l'avoir mérité ?ANGÉLIQUE
L'état où je vous vois, et la nécessité De me justifier dans tout ce que j'adore, Vont vous ouvrir mon coeur.LA GOUVERNANTE, à part
Quels secrets vont éclore ?ANGÉLIQUE
Sainville n'est pas tel que vous l'avez pensé : Quels regrets vous aurez de l'avoir offensé ! Cet hymen que l'on croit si prêt à se conclure, Ne se fera jamais, comptez que j'en suis sûre... Sainville est engagé.ANGÉLIQUE
Avec moi.LA GOUVERNANTE
Qui ? Vous, Angélique ?ANGÉLIQUE
Oui, moi-même.LA GOUVERNANTE
Est-il possible ?ANGÉLIQUE
Un noeud qu'à tous les yeux nous rendrons invisible, Nous enchaîne à jamais au gré de nos soupirs. Quoi ! N'était-ce pas-là l'objet de vos désirs ? Vous doutiez seulement que l'amour de Sainville Eût un but légitime ? Eh ! Bien, soyez tranquille. J'ai sa main et sa foi, mes destins sont les siens.LA GOUVERNANTE
Eh ! De quel droit ?ANGÉLIQUE
Faut-il d'autres droits que les miens ? Mon aveu doit suffire, à ce que j'imagine : Ne m'avez-vous pas dit que j'étais orpheline, Et sans nulle fortune, à la merci du sort ? S'il est vrai, j'ai donc pu, sans avoir aucun tort, Ne prendre auparavant les ordres de personne.LA GOUVERNANTE
Du moins vous auriez dû consulter La Baronne : Peut-être auriez-vous pu me faire cet honneur... Mais, non, je ne crois point ce prétendu bonheur.ANGÉLIQUE
Vous ne le croyez pas ? Il faut donc vous confondre.En tirant la promesse de Sainville.
Tenez, voyez, lisez. Qu'aurez-vous à répondre ? Est-ce là, de sa foi, le garant immortel ? Dès que nous le pourrons, nous irons à l'autel, confirmer, en secret, cette union parfaite... vous en serez témoin... êtes-vous satisfaite ? Surtout, ne dites rien de ma félicité ; Gardez bien le secret.LA GOUVERNANTE
Cette nécessité de vous envelopper des ombres du mystère, Aurait dû vous donner un remords salutaire. Voyez quel est l'abîme où vous vous enchaînez ! Ces noeuds défectueux, toujours infortunés, Sont un piège couvert d'une fausse espérance, Un écueil invisible aux yeux de l'innocence, Et qu'elle n'aperçoit que lorsqu'il n'est plus temps. Ah ! Pourquoi voulez-vous l'apprendre à vos dépens Eh ! N'est-on pas assez à plaindre quand on aime ? Un amant n'est déjà que trop fort par lui-même, Sans lui fournir encor des titres et des droits, Dont on a vu l'amour abuser tant de fois.LA GOUVERNANTE
La sagesse n'est pas toujours inaltérable ; C'est en vain qu'on se flatte, et qu'on croit être sûr De ne brûler jamais que du feu le plus pur ; Malgré soi-même, enfin, l'on manque à sa promesse, Et l'on cède, par force, à sa propre faiblesse : Tout se découvre alors, un noeud si criminel Ne laisse, en se brisant, qu'un opprobre éternel.ANGÉLIQUE, à part
Cette femme n'a rien à voir que de funeste.Haut.
Eh ! Tranquillisez-vous, je prendrai soin du reste.ANGÉLIQUE, avec dépit
Je ne puis l'empêcher.LA GOUVERNANTE
Sainville vous est cher ?ANGÉLIQUE
Cent fois plus que moi-même.LA GOUVERNANTE
Eh ! Bien, vous le perdrez.LA GOUVERNANTE
Sa fortune est au-dessous de lui : Le plus riche parti se présente aujourd'hui ; S'il rejette, pour vous, l'hymen qu'on lui propose, Le président, surpris, en cherchera la cause : Craignez tout d'un courroux justement mérité ; N'en doutez pas, son fils sera déshérité, Et vous aurez causé son malheur et le vôtre ; Alors vous deviendrez à charge l'un à l'autre. Vous croyez que l'amour, qui vous unit tous deux, Vous tiendra lieu de tout ! Il fuit les malheureux : Il aime la fortune, et n'est pas plus fidèle ; On ne l'a que trop vu s'envoler avec elle, Et ne laisser à ceux qu'il avait enflammés, Que l'affreux désespoir de s'être trop aimés... Vous ne m'écoutez pas ?ANGÉLIQUE
Oui, sans doute, à jamais.LA GOUVERNANTE
Je n'ai donc plus qu'à voir si ces noeuds sont bien faits ; Je n'en sais pas assez touchant cette matière ; Pour prendre en ce papier une assurance entière, Il faut que je consulte.ANGÉLIQUE
Il n'en est pas besoin ; Je ne souffrirai pas que vous preniez ce soin. La moindre défiance est un manque d'estime ; Sainville, avec raison, pourrait m'en faire un crime. Je ne veux, contre lui, ni garants, ni témoins ; Je ne l'aimerais pas, si je l'estimais moins.LA GOUVERNANTE
Pour plus de sûreté, souffrez que je m'informe ; Je crains que cet écrit ne pêche par la forme.ANGÉLIQUE
Eh ! Que m'importe, à moi ? Mes voeux sont satisfaits. Je crois mieux les serments que Sainville m'a faits, Que tout ce qu'on pourrait vous dire : ainsi, ma bonne, Rendez-moi...LA GOUVERNANTE
Je ne puis.ANGÉLIQUE
Votre refus m'étonne !LA GOUVERNANTE
Laissez-moi le garder, j'ose vous en prier.ANGÉLIQUE
Non, vraiment... mais on vient...SCÈNE II. Sainville, Angélique, la Gouvernante.
ANGÉLIQUE
J'ai cru pouvoir m'y confier.SAINVILLE
Qu'entends-je ?ANGÉLIQUE
J'ai tout dit, pour vous justifier.SAINVILLE
De quoi donc ?ANGÉLIQUE
Elle a tort ; il lui plaisait de croire Que vos feux offensaient votre honneur et ma gloire, Que l'hymen ne pouvant jamais les couronner, Au plus fatal espoir j'osais m'abandonner. À présent, je ne sais quel scrupule l'arrête ; Tenez, demandez-lui ce qu'elle a dans la tête.LA GOUVERNANTE
Tout ce qu'on peut penser d'un hymen clandestin.SAINVILLE
Pouvions-nous autrement fixer notre destin Que par un noeud secret ? Il était nécessaire ; Mais enfin, je le sais, vous m'êtes trop contraire Pour ne pas abuser du malheureux secret Dont elle vous a fait l'aveu trop indiscret. Vous fûtes, vous serez toujours mon ennemie ; Et cependant jamais je ne vous ai haïe. Je vous détesterais, si j'étais criminel : Connaissez un amour qui doit être éternel ; Sachez qu'il n'en est pas moins pur pour être extrême. J'adore sa vertu, j'en fais mon bien suprême ; Je n'ai rien qui me soit plus cher que son honneur : Pourrais-je l'en priver, sans perdre mon bonheur, Sans me déshonorer, sans m'avilir moi-même ? Ce n'est qu'à ses dépens qu'on corrompt ce qu'on aime. Connaissez mes désirs ; je borne tous mes droits Au seul titre secret...SAINVILLE
Hélas ! Qui les ignore ? Je les sais comme vous ; mais je connais encore Un pouvoir au-dessus de leur autorité, C'est celui de l'honneur et de la probité. Ne peut-il arriver des temps plus favorables ? Et les pères sont-ils toujours inexorables ? Un fils au désespoir en peut tout espérer ; Mais j'ai fait un serment, rien ne peut l'altérer, Et c'est entre vos mains que je le renouvelle.LA GOUVERNANTE
Je ne le reçois point.SAINVILLE
Eh ! Bien, séparez-nous, même dès aujourd'hui, C'était votre dessein ; loin que je le combatte, Je vous offre un moyen : La Baronne vous flatte.LA GOUVERNANTE
Comment ? Expliquez-vous.SAINVILLE
Je sais, à ce sujet, Qu'elle ne compte point remplir votre projet ; Elle adore Angélique ; et, malgré votre zèle, Elle n'a pas dessein de se séparer d'elle. Puisque vous me craignez, partez dès-à-présent ; J'ai le bien de ma mère, il sera suffisant Pour vous faire à jamais le sort le plus paisible, En cas que mon bonheur soit toujours impossible. Avec elle, en un mot, abandonnez ces lieux, Je remets à vos soins ce dépôt précieux ; Recevez-le de moi, pour le garder vous-même, Et pour le rendre un jour à ma tendresse extrême.À Angélique.
N'y consentez-vous pas jusqu'à des temps plus doux ?ANGÉLIQUE
Moi, Sainville ? Ah ! Pourvu que je vive pour vous, au milieu des transports d'une si douce attente, Fût-ce dans un désert, je serai trop contente ; L'espérance tient lieu des biens qu'elle promet. Oui, ma bonne y consent... votre coeur s'y soumet.LA GOUVERNANTE
Vous êtes-vous flattés, aveugles que vous êtes, que je me prêterais au complot que vous faites ? Voilà donc la vertu que vous me supposez ? C'est un enlèvement que vous me proposez. Pouvez-vous concevoir cette affreuse chimère ? Moi, je vous aiderais à trahir votre père, À son sang révolté je servirais d'appui ? La nature y répugne, et me parle pour lui. Eh ! Croyez que sa voix ne m'est pas étrangère.SAINVILLE
Mais songez qu'Angélique...LA GOUVERNANTE
Elle a beau m'être chère, Je ne porterai point un coup si douloureux Au mortel le plus digne et le plus généreux.SCÈNE III. Le Président, la Gouvernante, Sainville, Angélique.
SAINVILLE, à part
Ah ! Grands dieux, c'est mon père Je frémis ! Elle est femme à lui révéler tout.À la gouvernante.
Madame, gardez-vous de me pousser à bout.LA GOUVERNANTE
Je ferai mon devoir.SAINVILLE
Qu'est-ce qu'elle m'annonce ?LE PRÉSIDENT
Eh ! Bien, mon fils, je viens chercher votre réponse Au sujet d'un hymen qui flatte mes souhaits. Elle est entre mes mains, et je vous la remets.LE PRÉSIDENT
Quoi donc ?LA GOUVERNANTE
Ceci n'a pas besoin que je l'explique. Mais en tout cas, monsieur, je vous laisse Angélique.SAINVILLE, à part
Tout est perdu.SAINVILLE, à Angélique
Ce sera votre arrêt, et celui de ma mort.SCÈNE IV. Le Président, Sainville, Angélique.
SAINVILLE
Vous voyez ma faute et mon excuse.LE PRÉSIDENT
Quel est donc cet écrit ?LE PRÉSIDENT
Quoi donc ? êtes-vous libre ? Avez-vous pu promettre ? Et tant qu'il me plaira de ne le pas permettre, Pouvez-vous acquitter un semblable serment ?SAINVILLE
Eh ! Regardez, mon père, un objet si charmant. Voyez. Pouvais-je prendre une chaîne plus belle ?À Angélique.
Rassurez-vous.LE PRÉSIDENT
C'est donc avec mademoiselle ?SAINVILLE
Oui, voilà mon vainqueur.LE PRÉSIDENT
Quelque soit votre choix, Ainsi donc vous croyez être au-dessus des lois ? Voilà de votre part un oubli qui me passe.SAINVILLE
Mon père, je sais tout ; mais je demande grâce : La forme est contre moi ; mais, sans aller plus loin, Voulez-vous mon bonheur ? Laissez-m'en donc le soin. Eh ! Qui peut mieux choisir sa chaîne que soi-même ? Si vous avez sur moi l'autorité suprême, Est-ce un droit tyrannique, une loi de rigueur ? Ah ! Voulez-vous m'ôter l'usage de mon coeur, Et des liens du sang me faire des entraves ? Les enfants sont-ils donc de malheureux esclaves ?LE PRÉSIDENT
Non, mon fils ; mais enfin nous en savons plus qu'eux ; Ce n'est donc que par nous qu'ils peuvent être heureux, Et c'était-là le droit d'un père qui vous aime.SAINVILLE
Eh ! Que n'ai-je pas fait pour me vaincre moi-même ? Depuis plus de trois mois errant jusqu'à ce jour, J'ai cherché dans le monde à perdre mon amour ; Je me suis répandu pour éteindre ma flamme ; J'ai moi-même frayé le chemin de mon âme ; Aux plus rares beautés j'ai mendié des fers, Qu'en vain plus d'une fois les plaisirs m'ont offerts : À ce premier objet d'une flamme si belle, Le ciel même a voulu que je fusse fidèle.LE PRÉSIDENT
Oui, le ciel a tout fait. Eh ! Quelle illusion ! Je ne vous parle point de la séduction Qu'on peut vous accuser d'avoir mis en usage ; Mon fils, j'aurais sur vous un trop grand avantage.ANGÉLIQUE
Ah ! Monsieur, arrêtez ; il a dû me charmer. Est-ce séduction que de se faire aimer ? Reprochez-moi plutôt l'ardeur dont je l'enflamme. Oui, monsieur, c'est sur moi que doit tomber le blâme ; On séduit, quand on plaît sans l'avoir mérité.LE PRÉSIDENT
Qu'il use, contre lui, de sa sévérité. Devait-il vous laisser ignorer qu'à votre âge, Se donner sur la foi d'un pareil mariage, Est un vol que l'on fait à ceux dont on dépend ? L'amour rend, comme un autre, un sage inconséquent.ANGÉLIQUE
Il ne m'a point ravie à ceux dont je suis née, Dès ma plus tendre enfance ils m'ont abandonnée ; Il savait que je puis disposer de mon sort ; À cet égard encor vous l'accusez à tort.ANGÉLIQUE
Pourquoi non ?LE PRÉSIDENT
Une tante a les droits d'une mère.ANGÉLIQUE
Eh ! Ne savez-vous pas ?...LE PRÉSIDENT
Quoi ?ANGÉLIQUE
Qu'elle ne m'est rien.LE PRÉSIDENT
La Baronne ?LE PRÉSIDENT
Comment ?SAINVILLE, à part
C'en est fait.LE PRÉSIDENT, à part
Quel soupçon !SAINVILLE, à part
Ma disgrâce est entière.LE PRÉSIDENT, à Angélique
Ce que vous m'apprenez...LE PRÉSIDENT, rêvant
À merveille.SAINVILLE, à part
Il en est encor plus irrité.ANGÉLIQUE, à Sainville
Ne faut-il pas toujours dire la vérité ?LE PRÉSIDENT, à part
Plus j'y songe... ah ! Grands dieux !SAINVILLE
Quel courroux vous enflamme ! Un rapport enchanteur règne au fond de notre âme. Quels titres sont plus doux, quels biens ont plus d'appas !SAINVILLE, se jetant aux pieds de son père
Ah ! Mon père, arrêtez, je vous prie ; Si vous nous séparez, il y va de ma vie. J'ai tort d'avoir formé ces noeuds sans votre aveu ; Mais, si dans votre coeur l'excuse n'a plus lieu, J'irai dans un désert déplorer ce que j'aime, Et subir les horreurs d'un désespoir extrême. Puisse le ciel, qui lit dans mon coeur éperdu, Ajouter à vos jours ceux que j'aurais vécu, Si vous l'eussiez voulu ! Que faut-il que j'espère ?LE PRÉSIDENT
Eh ! Rapportez-vous-en, de grâce, à votre père : Croyez que je prendrai le plus sage parti ; Bientôt de votre sort vous serez averti.À son fils.
Rentrez...À Angélique.
Et vous, allez retrouver votre bonne.À son fils.
Sortez, vous dis-je.Seul.
Et nous, allons chez La Baronne La forcer de céder à mon empressement ; Il faut que j'en obtienne un éclaircissement.ACTE V
SCÈNE I. Juliette, Sainville.
JULIETTE
Je vous dis qu'en un mot cela n'est pas possible ; Ni pour moi, ni pour vous, elle n'est pas visible : L'accès près d'Angélique est si bien interdit, Qu'avec tout votre amour, avec tout mon esprit...SAINVILLE
Mais comment ?JULIETTE
C'est un fait : elle est comme enchaînée ; La porte du jardin vient d'être condamnée ; Car on a bien pensé que vraisemblablement Vous pourriez en venir à quelque enlèvement.SAINVILLE
J'aurais eu cette idée ?JULIETTE
Enfin, on l'a prévue.SAINVILLE
Et que dit Angélique ?JULIETTE
Il faudrait l'avoir vue : Mais il vous est aisé de vous l'imaginer ; Sans se voir, quand on s'aime, on peut se deviner.SAINVILLE
Ah ! Mon père, sans doute, achève la vengeance ! Et La Baronne est-elle aussi d'intelligence ?SCÈNE II.
JULIETTE, seule
Je commence à douter qu'il soit si doux d'aimer ; D'abord, la seule idée avait su me charmer : Je le croyais le bien le plus grand de la vie ; Ce que j'en vois m'en fait presque passer l'envie. Quand l'amour tourne à mal, c'est un cruel vainqueur ; Il est vrai : cependant, que faire de son coeur ?SCÈNE III. Angélique, Juliette.
JULIETTE, à Angélique, qui rêve
Comment ! Vous voilà seule ?SCÈNE IV. Angélique, la Gouvernante, achevant de lire une lettre .
LA GOUVERNANTE, à Angélique
Ah ! Ciel, je te rends grâce... Eh ! Daignez me parler.ANGÉLIQUE
Non, cruelle.LA GOUVERNANTE
Arrêtez. Où voulez-vous aller ?ANGÉLIQUE
Que m'importe à présent, pourvu que je vous fuie ? Ne vous attendez plus, après m'avoir trahie, Que je veuille avec vous passer mes tristes jours. Non, entre vous et moi, c'en est fait pour toujours. Je supporterai tout, pourvu qu'on nous sépare. Vous prononcez bien vite un arrêt si barbare.ANGÉLIQUE
C'est qu'il est dans mon coeur.LA GOUVERNANTE
Juste ciel, quel aveu !LA GOUVERNANTE
Eh ! De quels sentiments suis-je donc animée ?ANGÉLIQUE
D'un zèle amer, toujours trop inconsidéré, Porté jusqu'à l'excès le plus immodéré, Et qui vient de m'ôter le bonheur de ma vie.LA GOUVERNANTE
Il n'était qu'apparent.ANGÉLIQUE
Laissez-moi, je vous prie ; Dans toutes vos raisons je ne veux plus entrer. Quelle fatalité nous a fait rencontrer ! Je rendais grâce au ciel d'un présent si funeste ! Aveugle que j'étais !LA GOUVERNANTE
Ce ciel que j'en atteste, Connaît si je vous aime. Hélas ! Jusqu'à ce jour, Qu'ai-je fait qui ne serve à prouver mon amour, À mériter le vôtre ?ANGÉLIQUE
Ah ! Grands dieux ! à quel titre !LA GOUVERNANTE
Je pourrais à présent vous en rendre l'arbitre.ANGÉLIQUE
Quel intérêt cruel vous attache si fort ? Pourquoi vous êtes-vous subordonné mon sort ? D'où vous arrogez-vous ce pouvoir tyrannique ?LA GOUVERNANTE
Eh ! Non, il ne l'est pas... Ah ! Ma chère Angélique !ANGÉLIQUE
Moi ?LA GOUVERNANTE
Vous ; pour un moment, laissez couler mes pleurs.ANGÉLIQUE
Ne me voilà-t-il pas sensible à ses douleurs, Et presque hors d'état de soutenir ses larmes ? Quel est cet ascendant ? Où prenez-vous vos armes ?ANGÉLIQUE
Je ne vous conçois pas.LA GOUVERNANTE
Vous êtes étonnée De me voir si sensible à votre destinée ? Vous demandez pourquoi : craignez de le savoir. Par un ménagement que j'ai cru vous devoir, Je m'étais à jamais condamnée à me taire : Vous le voulez, il faut dévoiler ce mystère, Et vous causer peut-être un éternel regret.À part.
Que vais-je découvrir ?ANGÉLIQUE
Quel est donc ce secret ?LA GOUVERNANTE
Vous dépendez...ANGÉLIQUE
Comment ! De qui puis-je dépendre ? Autant qu'il m'en souvient, vous m'avez fait entendre Que vous connaissiez ceux à qui je dois le jour. Ne m'avez-vous pas dit qu'en un autre séjour, Un généreux trépas m'avait ravi mon père, Que je ne devais plus compter sur une mère, Qu'en ma plus tendre enfance à peine ai-je pu voir ? Vous a-t-elle en mourant laissé tout son pouvoir ? ... Vous la pleurez ?LA GOUVERNANTE
Le ciel n'a point fini sa vie.LA GOUVERNANTE
Je n'ose.ANGÉLIQUE
Elle vit ?ANGÉLIQUE
Ô bonheur inouï ! Je vous pardonne tout. Ah ! Ciel ! Quelle est ma joie ! Ma bonne, absolument il faut que je la voie ?LA GOUVERNANTE
Cessez...LA GOUVERNANTE
Lui pardonnerez-vous son état et le vôtre ?ANGÉLIQUE
Ah ! Vous êtes ma mère ; oui, je n'en veux point d'autre. Tout me le dit ; cédez, et qu'un aveu si doux Couronne tous les biens que j'ai reçus de vous.LA GOUVERNANTE
Eh ! Bien, vous la voyez. Puisque je vous suis chère, La nature triomphe, et vous rend votre mère.ANGÉLIQUE
Ah ! Ciel ! Mais quel remords vient déchirer mon coeur !Elle se jette à ses genoux.
C'est vous que j'ai traitée avec tant de rigueur !LA GOUVERNANTE, en la relevant
Ma fille, oublions tout. Je crains qu'on ne m'entende ; Cachons notre secret, je vous le recommande. M'en croirez-vous ? Laissons régner ici la paix. Vous voyez notre état ; renoncez pour jamais À l'espoir d'un hymen hors de toute apparence. Que sacrifiez-vous ? Une folle espérance. Dans le sein de l'oubli, cherchons un sort plus doux ; Abandonnons le monde, il n'est pas fait pour nous.ANGÉLIQUE
Je me rends, et je sens que ce n'est que la fuite Qui pourra garantir mon âme trop séduite. Mais, hélas ! Comment fuir ?LA GOUVERNANTE
Le ciel en a pris soin ; De La Baronne, enfin, vous n'avez plus besoin. Un parent éloigné, dont j'étais héritière, A depuis quelques jours terminé sa carrière ; Je viens de le savoir, et que dès-à-présent Nous jouissons d'un bien qui sera suffisant Pour vivre, loin du monde, en une aisance honnête. Partons secrètement, que rien ne nous arrête ; Et, pour nous dérober, allons tout préparer.LA GOUVERNANTE
Nous ne saurions trop tôt quitter cette demeure.ANGÉLIQUE
Que va-t-il devenir ? Quoi ! Partir tout-à-l'heure, Sans se revoir du moins pour la dernière fois !LA GOUVERNANTE
Obtenez ce triomphe.ANGÉLIQUE, en se jetant dans les bras de sa mère
Il le faut, je le dois... Arrachez-moi d'ici ; je me perds, si je reste.SCÈNE V. Sainville, Angélique, la gouvernante.
SAINVILLE, en les arrêtant
Ah ! Vous me trahissez.LA GOUVERNANTE
Quel contre-temps funeste !SAINVILLE
Cruelle ! Il est donc vrai que vous lui pardonnez ! À ses séductions vous vous abandonnez ! Elle triomphe encore !ANGÉLIQUE
Arrêtez ! C'est ma mère...En lui baisant la main.
Si vous saviez combien elle doit m'être chère !SAINVILLE, à part
Quel obstacle cruel ! ... ô sort plein de rigueur !Haut.
Madame... dites-vous... elle aurait ce bonheur ?ANGÉLIQUE
J'en fais gloire.SAINVILLE
Elle doit en faire aussi la sienne.Après avoir rêvé. À Angélique. En se jetant aux pieds de la gouvernante.
C'est votre mère ? ... Eh ! Bien, soyez aussi la mienne. Eh ! Madame, d'où vient cette opposition ? Je ne reconnais point de disproportion ; La nature et l'amour ne l'ont jamais admise.LA GOUVERNANTE
Tant de félicité ne nous est pas permise. Un inutile espoir vous enivrait tous deux ; La fortune s'oppose au succès de vos voeux.LA GOUVERNANTE, à sa fille
Que rien ne nous arrête.ANGÉLIQUE, en s'en allant
Nous ne nous verrons plus, recevez mes adieux.SAINVILLE
Que dites-vous ?ANGÉLIQUE
Lisez le reste dans mes yeux.SAINVILLE
Barbares, arrêtez...SCÈNE VI. Sainville, la gouvernante, le Président, Angélique, La Baronne.
LA BARONNE
Qui ? Moi !LA BARONNE
Voilà ce que j'ignore.LE PRÉSIDENT
Qui vous dit que j'exige un si grand sacrifice ? Nos enfants n'ont jamais su nous rendre justice.À la gouvernante.
Madame, épargnons-nous des discours superflus. Nous nous connaissons tous, ne dissimulons plus ; Ce désaveu cruel n'a rien qui m'en impose. J'ai voulu réparer les maux dont je suis cause ; Vos refus m'ont porté le poignard dans le sein :En montrant La Baronne.
Madame en est témoin. Est-ce votre dessein Que le père et le fils périssent l'un par l'autre ? C'en est fait si mon sang ne s'associe au vôtre. Ah ! Daignez nous admettre aux titres les plus doux.ANGÉLIQUE
Ma mère, il y consent.LE PRÉSIDENT
Pourquoi nous fuyez-vous ?LA GOUVERNANTE
Si nous fuyons, ce n'est que par reconnaissance.SAINVILLE
Ciel ! Qu'entends-je ?LA GOUVERNANTE
Mais dois-je consentir qu'il perde sa fortune ?LA BARONNE
Eh ! Madame, calmez cette crainte importune. En faveur d'un hymen qui comblera mes voeux, Ils auront tout mon bien, je l'assure à tous deux ; Ils seront mes enfants, ils sont dignes de l'être.LA GOUVERNANTE, au président
Monsieur, qu'ils soient heureux ; vous en êtes le maître.SAINVILLE, en prenant la main d'Angélique, et en regardant le Président et la gouvernante
Ah ! Quel bonheur ! La vie, au prix de ce bienfait, Est le moindre présent que vous nous ayez fait.1 664 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0