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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en vers et en Cinq Actes

Le Préjugé à la Mode

Pierre-Claude Nivelle de la Chaussée· créée en 1735· 5 actes· 1 812 vers· 9 personnages

Réprésentée pour la première fois, au Théâtre français, le 3 février 1735.

Personnages

  • CONSTANCE
  • DURVAL, époux de Constance
  • SOPHIE, nièce d'Argant
  • DAMON, ami d'Urval, amant de Sophie
  • ARGANT, père de Constance
  • CLITANDRE, marquis
  • DAMIS, marquis
  • FLORINE, suivante de Constance
  • HENRI, valet de chambre d'Urval

ACTE I

SCÈNE I. Constance, Damon.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Constance, Argant.

ARGANT d'un ton fâché

Me voici.

CONSTANCE

J'obéis.

CONSTANCE

Je l'imagine.

SCÈNE IV. Sophie, Constance, Argant.

SOPHIE, en regardant Constance

Vous a-t-on dit vrai ?

SOPHIE, en montrant Constance

Sur tout ce que je vois.

CONSTANCE, avec vivacité

Oui, Madame, je le suis.

SOPHIE, avec vivacité

Non, vous ne l'êtes pas.

SOPHIE

Moi.

SCÈNE V. Constance, Sophie.

CONSTANCE, à Sophie

Qu'avez-vous fait ?

SOPHIE, en rêvant

Damon n'osera s'en aller.

CONSTANCE, tendrement

M'en soupçonneriez-vous ?

SCÈNE VI. Florine, Constance, Sophie.

CONSTANCE

Mon époux ?

CONSTANCE

Comment ?

SCÈNE VII. Durval, Constance, Sophie, Florine.

DURVAL, à part

Ce temps n'est plus.

SOPHIE

Ingrat.

CONSTANCE

Épargnez...

CONSTANCE, à Sophie

Vous me perdez, madame.

DURVAL

Vous ?

CONSTANCE, avec fierté

Florine, je vous chasse ; Sortez.

FLORINE, à Constance

Moi ?

FLORINE, en recevant quelques louis

Je n'ai pas cru vous induire en dépense.

CONSTANCE, avec embarras

Monsieur...

SCÈNE VIII. Constance, Sophie, Florine.

ACTE II

SCÈNE I. Durval, Damon.

DURVAL, paraît rêveur ; il va et vient

Notre cerf n'a pas fait assez de résistance.

SCÈNE II. Constance, Durval, Damon.

DURVAL, après quelque résistance, se rapproche avec Damon, à Constance

Je retenais Damon qui voulait s'en aller : Je crois que devant lui nous pouvons nous parler ?

DURVAL, avec trouble

Cela suffit, Madame...

À Damon.

Je ne sais où j'en suis.

DAMON, bas, à Durval

Il faut t'aider un peu.

DURVAL, bas, et vivement, à Damon

Cher ami, n'en fais rien, ou crains mon désaveu.

CONSTANCE, étonnée, s'approchant d'eux

Qu'avez-vous ?

CONSTANCE

Eh ! Bien ?

DURVAL, vivement

Justement.

DAMON, bas, à Durval

Morbleu, parlez pour vous.

DURVAL, en la regardant de même

Madame, on en pourrait trouver plus d'un modèle.

SCÈNE III. Clitandre, Damis, Argant, Constance, Durval, Damon.

CLITANDRE, aux autres, en entrant

Voilà ce que jamais on n'aurait attendu.

CLITANDRE, à Durval

On m'écrit... tu riras.

DURVAL, froidement

Peut-être.

CLITANDRE

Bien pis.

ARGANT

Mort ?

TOUS, c'est-à-dire, Durval, Argant, Damon

De qui ?

CLITANDRE

Non.

CLITANDRE

Non.

CLITANDRE

Pardonnez-moi.

SCÈNE IV. Argant, Durval, Damon, Clitandre, Damis.

ARGANT

Abîmé.

CLITANDRE

Confisqué.

DAMIS

Nul.

DURVAL, à Damon

Ami, quels propos !

DURVAL, froidement

Si l'on veut.

DAMON, avec colère

C'est une farce infâme.

ARGANT

Fort bien.

DURVAL, froidement

De quoi ?

SCÈNE V. Durval, Damon.

DURVAL

Dès ce soir même.

Il sort.

ACTE III

SCÈNE I.

SCÈNE II. Sophie, Damon.

SOPHIE

Suffit.

DAMON, étonné

Me serais-je échappé ?

Il recommence.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Damis, Damon rencontré par Damis.

SCÈNE V. Damis, Clitandre.

CLITANDRE

Sans contredit.

DAMIS

Non.

DAMIS

Quoi ?

CLITANDRE, mystérieusement

J'espère.

DAMIS, le contrefaisant

Et moi, de même...

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Damis, Durval, Damon.

SCÈNE VIII. Durval, Damon.

Durval a les yeux fixés sur les rôles qu'il tient à la main.

SCÈNE IX. Durval, Henri.

SCÈNE X.

SCÈNE XI. Durval, Henri.

SCÈNE XII.

SCÈNE XIII. Durval, Henri, en équipage de postillon.

DURVAL, en cachetant la lettre

Tu n'iras pas si loin.

DURVAL, en donnant la lettre et l'écrin

Va chercher la réponse, et donne cet écrin.

SCÈNE XIV.

SCÈNE XV. Henri, Durval.

DURVAL, reprenant la lettre

Étourdi.

SCÈNE XVI.

ACTE IV

SCÈNE I. Constance, Florine.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Constance, Florine.

CONSTANCE, tendrement

Quand on n'est plus aimée !

FLORINE

Lequel ?

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Damis, Clitandre, Florine.

SCÈNE VI. Damis, Clitandre, recevant l'écrin.

CLITANDRE

Le dépit...

CLITANDRE

Voici Durval.

SCÈNE VII. Durval, Damis, Clitandre.

DURVAL, à part, en entrant

Que vois-je ! Mon écrin !

CLITANDRE, à Durval

Nous disputons ensemble.

DAMIS, en montrant l'écrin

En voici le sujet.

DURVAL, ironiquement

C'est être courageux.

DAMIS, en regardant Clitandre

Un de nous l'a donné.

CLITANDRE, en regardant Damis

Oui, rien n'est plus constant.

DAMIS, en frappant sur l'épaule de Durval

Si je l'avais donné, crois qu'on l'aurait gardé.

CLITANDRE

Oui.

CLITANDRE, avec confusion

Ah ! L'infidèle !

Il sort.

SCÈNE VIII. Damis, Durval.

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Durval, Damon.

DURVAL, avec un regard fixe sur Damon

Il a bien réussi.

DURVAL, en prenant la main de Damon

Constance a surpassé ton attente et la mienne.

SCÈNE XI. Constance, Durval, Damon.

DAMON

Elle est évanouie.

Constance se laisse aller dans un fauteuil ; et en tirant son mouchoir, elle laisse tomber un paquet de lettres, que Damon veut ramasser furtivement ; mais il est aperçu par Durval, qui les saisit.

SCÈNE XII. Durval, Constance, presque évanouie.

SCÈNE XIII. Sophie, Argant, Florine, Damon, Durval, Constance.

SOPHIE, à Durval

Constance à vos genoux ?

Ils la relèvent, et la mettent dans un fauteuil.

SOPHIE, en prenant un billet

Moi, je les soutiens faux.

ARGANT

Oui.

DURVAL, en regardant, reconnaît son écriture

Juste ciel !

SOPHIE

Fort bien.

DURVAL, en revenant de son étonnement

Mais enfin le portrait...

SOPHIE, en se retournant vers Damon

Voilà ce beau retour... Damon, vous m'entendez.

Elles sortent.

SCÈNE XIV. Argant, Durval, Damon.

SCÈNE XV. Durval, Damon.

ACTE V

SCÈNE I. Durval, Damon, en domino.

Il paraît dans le fond du théâtre des girandoles allumées.

DURVAL, après avoir rêvé

Ma curiosité me fait trop entreprendre.

SCÈNE II. Damon, Florine, éloignée .

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Constance, en domino, démasquée, Florine.

SCÈNE V. Constance, un homme déguisé.

CONSTANCE, congédie Florine

Vous voici... reprenons le fil de ce discours, Dont on nous empêchait de poursuivre le cours. Damon, permettez-moi de répandre des larmes Dans le sein d'un ami sensible à mes alarmes ; Aux yeux de tout le monde elles m'allaient trahir : C'est encor un motif qui m'a contrainte à fuir.

Elle essuie ses yeux.

Je rappelais un temps bien cher à ma mémoire : Quand Durval commença mon bonheur et ma gloire, Mon coeur sembla pour lui prévenir sa saison. Aurais-je mieux choisi dans l'âge de raison ? Notre hymen se conclut. Aurais-je dû m'attendre, Pouvais-je imaginer qu'un coeur déjà si tendre, Le serait encor plus ? Je vis, de jour en jour, Qu'on ne saurait donner de bornes à l'amour. Quel que fût le progrès de ma tendresse extrême, Mon bonheur fut plus grand, puisqu'on m'aima de même. Qu'est devenu ce temps ? Vous ne croirez jamais D'où vint le changement d'un sort si pleins d'attraits. Un revers imprévu détruisit ma fortune ; Ma tendresse bientôt lui devint importune ; L'excès de mon amour lui parut indiscret : Je le vis ; il fallut le rendre plus secret. Le refroidissement, bien plus terrible encore, Vint éteindre l'amour d'un époux que j'adore, Et bientôt loin de moi l'entraîna tour à tour. Je crus perdre la vie en perdant son amour. J'eusse été trop heureuse ! En ce malheur extrême, Je sentis qu'on ne vit que par l'objet qu'on aime ; Qu'on perd tout en perdant ces transports mutuels, Ces égards si flatteurs, ces soins continuels, Cet ascendant si cher, et cette complaisance, Cet intérêt si tendre, et cette confiance, Qu'on trouve dans un coeur que l'on tient sous ses lois. Cependant je vécus pour mourir mille fois. Je joignis à mes maux celui de me contraindre. Je me suis toujours fait un crime de me plaindre. C'est la première fois, dans l'état où je suis, Je ne vous aurais pas parlé de mes ennuis ; Je m'épanche avec vous, je ne dois rien vous taire, Puisque je vous demande un conseil salutaire. Je ne prétends point faire un détail superflu, Ni rappeler ici ce que vous avez vu. Vous êtes le témoin de ce dernier orage... Vous vous attendrissez... est-ce un heureux présage ? Enfin, est-il bien vrai que Durval ait rendu Justice à son épouse ? Ai-je bien entendu ? C'est beaucoup. N'avait-il rien de plus à me rendre ? Vous-même n'avez-vous rien de plus à m'apprendre ? Mais comment puis-je avoir révolté mon époux ? Un coeur indifférent peut-il être jaloux ?... Je m'y perds... cependant je lis dans sa pensée. Se pardonnera-t-il de m'avoir offensée ? Je souffre, plus que lui, du juste repentir Que sans doute à présent il en doit ressentir. Je crains (s'il ne m'estime autant que je l'adore) Que sa confusion ne l'aliène encore ; Que sa honte offensante et cruelle pour moi, Ne l'empêche à jamais de me rendre sa foi. Ah ! Peut-être j'étais dans cette conjoncture ; Ce qui m'est revenu flattait ma conjecture. Je le désire trop pour ne pas l'espérer... Vous ne me dites mot ?... que dois-je en augurer ? Mais si je n'ai point pris une fausse espérance, Si son heureux retour avait quelque apparence, Qui peut le retarder ?... si mes jours lui sont chers, qu'il vienne en sûreté... mes bras lui sont ouverts... S'il voyait les transports que mon coeur vous déploie... Ah ! Qu'il ne craigne rien, que l'excès de ma joie... Que dis-je ! S'il le faut, j'irai le prévenir : C'est sur quoi je cherchais à vous entretenir. Je ne puis à présent être trop circonspecte ; Un pardon trop aisé doit me rendre suspecte. Que pourra-t-il penser de ma facilité ?... Mais n'importe, malgré cette fatalité, Autant que mon amour, mon devoir m'y convie ; Il faut que j'aille perdre ou reprendre la vie... Ah ! Daignez par pitié... vous soupirez tout bas... Je ne puis donc m'aller jeter entre ses bras ?... J'entends ce que veut dire un si cruel silence ; Vous n'osez...

LE MASQUE, en lui présentant une lettre

Il faut...

LE MASQUE

Voyez...

DURVAL

Je veux m'en souvenir pour le mieux réparer.

On entend du monde ; Constance paraît inquiète.

Devant tout l'univers je vais me déclarer...

SCÈNE VI. Constance, Durval, Sophie, Argant, Damon, Florine.

ARGANT, en lui prenant la main et la mettant dans celle de Damon

Oui, conseillez un coeur déjà déterminé... Le conseil en est pris, quand l'amour l'a donné.

1 812 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica