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Opéra comique en vers et en prose· Opera-Comique en un Acte, Mêlé d'Ariettes sur des Airs Connus

Zelmis, ou La Jeune Sauvage

Charlotte d'Ormoy· imprimée en 1780· 216 vers· 3 personnages

Personnages

  • ZELMIS, jeune sauvage
  • ALMANZAÏDE, Mère de Zelmis
  • MIRVILLE, Amant de Zelmis
ÉPÎTRE DÉDICATOIRE

A MADAME.

AVERTISSEMENT

Tous les Auteurs font de belles Lettres Dédicatoires, pour louer les Princes à qui ils veulent offrir leurs Ouvrages ; la mienne est d'un nouveau genre, et je crois qu'elle n'en est que plus délicate : le titre seul suffit, et avec lui j'ai tout dit.

ZELMIS, OU LA JEUNE SAUVAGE

SCÈNE PREMIÈRE.

Le Théâtre représente un bois épais.

ALMANZAÏDE, seule

Quoi ! Depuis quinze ans j'habite cette île inconnue au reste du monde, et je n'ai pas plus d'espérance d'en sortir que le jour ou j'y fus jetée par la tempête ! Je soupire en vain après une patrie, hélas ! Que je ne reverrai jamais ! ô ma chère Zelmis ! Je venais de voir périr ton malheureux père au milieu des flots ; tu naquis, dans ce désert, ou sans toi, sans les soins que je devais à ton enfance, le désespoir eût cent fois terminé ma vie et mes malheurs. Je n'aurais pu longtemps survivre à un époux adoré. J'aurais rendu à la mer en fureur la proie qu'elle devait engloutir, si la vue d'un objet si cher à mon coeur n'eût ranimé sans cesse mon courage. Cette enfant me rappelle son père, elle en a tous les traits, c'est le seul gage qui me reste de son amour, il m'attache à la vie. Mais, Dieux ! Que cette vie est agitée !

ARIETTE.

AIR : Lise, entends-tu l'orage ?

Ces vagues, dont la rage Expire sur ces bords, Pour s'ouvrir un passage Font d'impuissants efforts. De même impatiente De changer son destin, Mon âme se tourmente, Et se tourmente en vain. Le soir, l'astre du monde, Témoin de mes douleurs, En se plongeant dans l'onde Me laisse dans les pleurs : Le matin, quand l'aurore Lance ses premiers traits, Elle me trouve encore En proie à mes regrets.

Cachons à ma fille le trouble qui m'agite. Elle dort encore.... son coeur paisible est fermé à l'amour ; il ne connAît de sentiment, que celui qui l'attache à sa mère... Puisse-t-il n'en connaître jamais d'autre ! Son âme naïve est tranquille ; ce calme est le partage de l'innocence : tâchons de lui conserver sa félicité ; on est heureux quand on s'imagine l'être... Mais, croira-t-elle toujours que nous soyons seules dans la nature ? J'ai tâché de lui persuader que la terre était habitée par des monstres qu'on appelle hommes, et qui dévoraient notre espèce ? Par cette ruse innocente, je l'ai effrayée et prémunie contre le danger. S'il se présente jamais de ces animaux la devant ses yeux, elle viendra bien vite m'en avertir, et je saurai la défendre contre leurs attaques... Mais, la voici qui vient me joindre : que ses grâces sont touchantes ! Hélas ! C'est une rose condamnée à mourir sur sa tige !

SCÈNE II. Almanzaide, Zelmis.

ZELMIS, en habit de sauvage

Ma mère, que cette matinée est belle ! Comme le Ciel est pur ! Son riant aspect rend les oiseaux plus joyeux, ils chantent et s'égayent en se poursuivant sous l'épais feuillage.

ALMANZAÏDE

Tu viens de t'amuser à les entendre.

ALMANZAÏDE

Que signifie ce propos, ma chère enfant ? Manque-t-il quelque chose à ta félicité ? Pour moi, je ne me plains point de la mienne. Tu me tiens lieu de tout, tant que tu m'aimeras, je serai heureuse. Comme ces oiseaux que tu vois se rechercher, ne sommes-nous pas toujours ensemble ? N'es-tu pas l'objet de mes caresses ? Ne le suis-je pas des tiennes ? Si tu t'éloignes, je suis inquiète, et ma joie à ton retour est inexprimable.

ZELMIS

Vos tendres soins me sont chers ; mon coeur ne respire que pour vous aimer : vous n'êtes occupée qu'à me procurer sans cesse de nouveaux amusements, et cependant je soupire, je deviens rêveuse. Je ne sais à quoi attribuer la mélancolie qui me consume depuis quelque temps. Jusques dans le sommeil j'éprouve des inquiétudes.

ARIETTE.

AIR : De mes moutons le nombre augmente.

Du triste ennui qui me tourmente J'ignore la cause naissante ; Des feux que j'éprouve en secret, Non, non, vous n'êtes pas l'objet. Peut-être suis-je trop sincère ; Mais de ces feux si tendres et si doux, Ah ! Le dirai-je enfin, ma mère ? L'objet secret est un autre que vous. Au sein de ces belles retraites, Je n'ai de plaisir qu'où vous êtes. Mille caresses chaque jour Me prouvent votre tendre amour. Mon sort devrait me satisfaire. Mais de ces feux si tendres et si doux, Ah ! Le dirai je enfin, ma mère ? L'objet secret, pardon, ce n'est pas vous.

ALMANZAÏDE

Est-ce ainsi, ma Zelmis, que tu récompenses les soins que j'ai pris de ton enfance ? Tu cesses de m'aimer, je le vois ; si je possédais ton coeur, tu n'éprouverais pas ces inquiétudes qui m'affligent, elles me font craindre ton indifférence.

ZELMIS

Vous m'aimez donc bien tendrement ?

ALMANZAÏDE

Si tu en doutais, tu serais bien injuste.

ZELMIS

Donnez m'en, je vous prie, une preuve.

ALMANZAÏDE

Parle, je n'ai rien à te refuser.

ZELMIS

Vous allez peut-être blâmer ma curiosité ; mais je voudrais pourtant être instruite sur un point qui m'occupe et m'embarrasse. Tous les étés, je vois ces oiseaux charmants, dont le ramage nous réjouit, se rechercher, s'unir deux à deux et construire ensemble de petits nids, avec une adresse admirable : ces nids se remplissent d'oeufs, et puis après de petits oiseaux tout semblables à ceux qui ont bâti les nids avec tant de peine et de plaisir ; leur nombre augmente tous les ans, Ma mère, pourquoi cela ? C'est sans doute parce qu'ils s'aiment ; nous nous aimons aussi, et cependant nous restons toujours seules.

ZELMIS

Il sont donc plus heureux de n'être pas si parfaits ?

ZELMIS

Ces monstres sont donc bien méchants ? N'y en a-t-il pas au moins dans notre île ?

ALMANZAÏDE

Ma fille, je n'y en ai pas vu encore, et il faut espérer qu'il n'y en viendra jamais.

ZELMIS

Ô ma mère ! S'ils venaient vous dévorer, que deviendrais-je ? Mais sans doute ils m'auraient bientôt dévorée aussi ;

Elle aperçoit des papillons voltiger et se met à courir après.

Ah ! Les jolis papillons, Maman ! Je vais courir après.

Elle sort.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Almanzaïde, Zelmis.

ZELMIS, tenant un papillon

Maman, j'en ai attrapé un, le voilà ; que ses ailes sont brillantes !

ALMANZAÏDE

Oui, ma fille, il est charmant. Ne le fais pas souffrir.

ZELMIS

Maman, ne craignez point : il est si joli !

ALMANZAÏDE

Je vais cueillir de nouveaux fruits que j'ai découvert dans notre île : je les porterai dans notre cabane, leur goût délicat réveillera ton appétit.

Elle sort en regardant Zelmis, avec intérêt, et en poussant un soupir.)

SCÈNE V.

ZELMIS, seule

Comme il s'agite et se débat entre mes doigts ! Sans doute il souffre d'être captif, il regrette sa liberté. Mais s'il voulait s'apprivoiser , ah ! Que je l'aimerais ! Que je le caresserais !

ARIETTE.

AIR : Par pitié daignez vous rendre.

Papillon, petit volage , Avec moi sois moins sauvage ; Zelmis veut te caresser , Et près d'elle te fixer. Ah ! Si tu pouvais comprendre Combien elle est douce et tendre ! De ses mains, ton coeur léger Voudrait-il se dégager ! si ton âme plus fidèle Répondait à mon amour, Chaque jour, faveur nouvelle Serait le prix de ton retour. Mais en vain je le caresse ; Tout m'annonce sa tristesse ; Ah ! Je le fais trop souffrir. Je le vois prêt à mourir, L'esclavage le dépite ; De douleur son coeur palpite. Reprends ta vive gaîté, Je te rends la liberté,

Elle le laisse envoler.

Ainsi de tous les êtres qui m'environnent, aucun ne veut s'attacher à moi. Il me semble pourtant que je serais si heureuse, si quelqu'autre que ma mère répondait à mes caresses ! Un oiseau que j'avais attrapé, m'a joué le même tour que le papillon ; tant que je l'ai tenu en esclavage, il avait l'air triste, inquiet, il faisait des efforts, se débattait pour s'échapper ; je l'ai rendu libre, il s'est envolé sur une branche, et je ne l'ai plus revu ; que ne suis-je oiseau ou papillon, je ne m'ennuierais pas comme je fais.

Elle s'enfonce d'un air chagrin dans le bois.

SCÈNE VI. Zelmis, Mirville.

MIRVILLE, sortant du bois sans voir Zelmis, qui s'est éloignée de façon qu'on la perd presque de vue

Que je paye cher la curiosité qui m'a fait des cendre dans cette île ! Voilà trois jours que j'y suis égaré. Je la parcours sans rencontrer aucune figure humaine. J'ai bien retrouvé l'endroit où s'était arrêté le vaisseau qui me portait, mais ce vaisseau a disparu ; le capitaine, ne me voyant pas revenir, aura continué sa route.

ZELMIS, à part, dans l'éloignement, et qui s'est rapprochée un peu

Que ces fleurs sont belles ! Je veux en orner mes cheveux.

Elle semble se mirer dans un ruisseau en arrangeant les fleurs dans ses cheveux.

MIRVILLE, à part, d'un air de douleur

Ô ma patrie !... En vous fuyant, devais-je m'attendre à vous regretter ? J'ai perdu en peu de mois mon père et ma mère ; peu avantagé de la fortune, le désespoir dans l'âme, je quittai, pour me distraire de ma douleur, des lieux ou je ne pouvais plus vivre.

ZELMIS, à part

J'en paraîtrai plus jolie aux yeux de ma mère, elle m'en aimera davantage.

MIRVILLE, à part

Les représentations de ma famille n'ont pu arrêter mes pas ; je me crus, après ces coups affreux du sort, isolé dans la nature. Jeune, inconsolable, je m'embarque, je franchis avec intrépidité la vaste étendue des mers : je revenais chargé d'or, lorsqu'une tempête m'a fait aborder dans cette île.

ZELMIS, à part

Je ne sais : les fleurs m'intéressent moins que les oiseaux.

ZELMIS, à part

Qu'ai-je entendu ?... Quels accents ont frappé mon oreille ? C'est une voix pareille à la mienne... Et ce n'est point celle de ma mère.

Elle fait quelques pas en écoutant.

MIRVILLE, à part

Plus j'avance dans ce désert, plus je m'égare. Si j'allais y rencontrer quelque bête féroce ; bannissons toute crainte, et mettons-nous en état de nous défendre.

Comme il amorce son fusil, il aperçoit Zelmis, paraît dans l'admiration, et fait un mouvement de frayeur en entendant du bruit.

ZELMIS ayant aperçu Mirville la première, fait un mouvement de surprise

Mais, que vois-je ?

MIRVILLE, à part

Ciel !

ZELMIS, à part

La surprise me rend immobile !

MIRVILLE

À part.

Ma vue l'intimide...

Haut.

Belle enfant, rassurez-vous. Je ne veux point vous faire de mal.

À part.

Que d'attraits ! Quel air de noblesse !

ZELMIS, à part

Comme sa voix est touchante ! Elle pénètre mon âme : elle a un charme qui m'attire ; cependant je tremble.

MIRVILLE, à part

Sa présence m'enivre de plaisir, j'oublie mon vaisseau et tout ce que j'ai perdu.

ZELMIS, à part

Mais, si c'était un de ces monstres dont ma mère m'a parlé, je serais perdue... Je voudrais fuir, et je ne le puis.

Elle s'éloigne un peu.

MIRVILLE, à part

C'est une jeune sauvage, tâchons de l'apprivoiser.

ZELMIS, voyant que Mirville la suit

N'approchez pas, n'approchez pas, je vous prie. Qui êtes-vous ?

MIRVILLE

Je suis... le plus heureux des êtres en ce moment. Un homme enchanté de vous voir.

ZELMIS, donnant des signes de la plus grande frayeur, et prenant des postures attendrissantes

Un homme !... Qu'entends-je ? Je frissonne... Homme, je t'en conjure, ne me dévore pas, épargne la timide Zelmis.

À part.

Comme ses yeux s'enflamment ! Mes sens se glacent.

MIRVILLE, en s'arrêtant

Pourquoi me défendre d'aller à vous ? D'où vous vient cette frayeur ? Rassurez-vous, belle Zelmis, je n'ai rien qui doive vous inspirer de la crainte.

MIRVILLE

Vous la reverrez ; de grâce, ne craignez point. Votre mère elle-même, croyez-moi, je vous le jure, ne prend pas plus d'intérêt à vos jours.

ZELMIS

Parlez-vous vrai ?

MIRVILLE, pose son fusil au pied d'un arbre, et se précipite à ses genoux

Oui, ma chère Zelmis, recevez l'hommage de l'amoureux Mirville, vous voyez à vos pieds l'amant le plus tendre, le plus soumis : bannissez donc entièrement la peur que je vous cause ; ouvrez votre âme timide à des sentiments plus doux ; je suis ébloui de vos charmes, et mon coeur vous adore.

ZELMIS entr'ouvre la paupière, regarde Mirville d'un air mêlé de crainte et de douceur ; elle se rassure par degré, et le caresse

Où suis-je ? Le monstre ne m'a donc pas mangée ! Comme mon coeur est ému !

En portant la main sur le coeur de Mirville.

Comme le sien bat aussi ! Il est encore plus tremblant que moi. Je n'en ai donc rien à craindre.

MIRVILLE

C'est à tort que vous me redouteriez. Je suis de votre espèce, mon sexe est fait pour adorer le vôtre. Quelle fausse idée avez-vous prise des hommes ? Vous n'en avez donc jamais vus !

ZELMIS

Vous êtes le premier.

MIRVILLE, à part

Que je suis heureux !

ZELMIS

Ma mère m'a bien dit qu'il en existait ; mais de si méchants, qu'il fallait éviter leur rencontre, parce qu'ils ne pouvaient souffrir notre espèce, et qu'ils la détruisaient.

MIRVILLE, à part

J'entrevois ici une ruse.

Haut.

Combien de femmes êtes-vous dans cette île ?

ZELMIS

Ma mère et moi, voilà tout. Il n'y en a pas d'autres sur la terre ; votre sexe ayant anciennement mangé tout le nôtre : j'en ai bien du chagrin, je vous assure.

MIRVILLE

Y a-t-il longtemps que vous habitez cette île ?

ZELMIS

Nous y avons toujours été.

MIRVILLE

Vous n'avez donc jamais connu votre père ?

ZELMIS

Mon père ! Je ne sais ce que cela veut dire.

MIRVILLE

Cela veut dire, l'homme qui vous a donné le jour.

ZELMIS

Ma mère m'assure que je l'ai reçu d'elle. Les hommes seraient bien éloignés de nous donner le jour, puisqu'au contraire ils se plaisent à nous le ravir. Il me vient une idée, c'est peut-être que vous dévorez vos petits quand ils sont nés.

MIRVILLE, avec vivacité

Nous ne sommes pas si barbares ; votre mère a abusé de votre crédulité. Les hommes ne sont pas tels qu'on vous les a dépeints. Ils sont faits pour vous aimer, pour partager vos peines et vos plaisirs ; enfin, pour reproduire avec vous d'autres hommes et d'autres femmes semblables à vous et à moi. C'est-là le voeu de la nature ; mais pour le remplir, il faut que l'homme et la femme (vous et moi, par exemple) s'aiment bien tendrement. Ma chère enfant, éprouveriez-vous ce sentiment pour moi ?

ZELMIS

Je ne sais si ce que vous me dites est vrai ; mais mon âme en est transportée, et je sens que je vous aime à présent plus que je ne vous crains.

MIRVILLE, lui baisant la main

Vous m'aimez ! Je me plais à le croire, quel bonheur ! Pour y mettre le comble, jurez-moi de m'aimer toujours.

ZELMIS

Jurer ! Que signifie ce mot : c'est la seconde fois que vous le prononcez. Il est inintelligible pour moi ; est-ce un mot usité quand on s'aime ?

MIRVILLE, lui donnant un baiser

Il faut que l'Acteur s'approche avec passion de Zelmis ; prêt à la baiser sur la bouche, il se retient ; et après avoir résisté, il ajoute :

Je vais vous l'apprendre, comprenez bien. Je jure sur la main de Zelmis, de l'adorer toute ma vie. Voilà, entre amants, ce qu'on appelle jurer et faire un serment.

ZELMIS

Je commence à vous entendre ; mais vraiment cela est tout-à-fait agréable.

MIRVILLE

DUO du silvain.

Si ce serment flatte votre âme, Daignez jurer à votre tour.

Elle baise la main de Mirville avec une joie mêlée de crainte. Elle vient d'entendre que baiser la main, c'est faire un serment.

ENSEMBLE.

Zelmis lui baise la main une seconde fois.

ZELMIS, à Mirville, après le Duo

Les hommes ne sont pas si dangereux que ma mère le prétend ; apparemment qu'elle n'en a vu que de sauvages, qu'elle n'aura pu apprivoiser : je suis enchantée de pouvoir lui prouver qu'il en existe de bien doux.

MIRVILLE, conduisant Zelmis dans le bois, de manière qu'ils soient toujours vus par les spectateurs

Viens, ma Zelmis, viens dans ce bois respirer la fraîcheur.

ZELMIS

Je te suivrai partout, je n'ai plus peur ; mais de crainte que tu ne m'échappes, je veux t'enchaîner.

Elle détache une guirlande de fleurs dont elle l'entoure.

MIRVILLE

Je n'ai pas besoin de ce lien, l'Amour m'attache à toi pour jamais. Eh bien ! Qu'il nous unisse tous les deux.

Il l'entoure avec le reste de la guirlande.

SCÈNE VII et dernière. Mirville, Zelmis, Almanzaïde.

ALMANZAÏDE

Voici le déclin du jour, et je n'ai point vu reparaître Zelmis ; elle a passé toute la journée sans revenir, je lui avais apprêté des fruits pour son repas. Ou peut-elle être ? J'ai parcouru toute la plaine sans la rencontrer. Depuis quelque temps elle est rêveuse ; son coeur se consume sans objet ; tout ce qui se passe dans la nature fixe son attention. Sans cesse elle me questionne avec un air d'inquiétude, qui met souvent ma prudence en défaut, il me sera difficile de lui en imposer encore longtemps... Mais j'entends du bruit dans ce bosquet ; n'est-ce pas elle qui s'y serait retirée. Voyons.

Elle écarte quelques branches, et voit sa fille avec Mirville, assise sur un gazon.

Avec surprise.

Ô Ciel ! Ma fille avec un homme !

ZELMIS , se levant et allant à elle

Rassurez-vous, ma mère, celui-ci n'est pas méchant.

ALMANZAÏDE, à Mirville

Est-ce ainsi, Monsieur, que vous respectez l'innocence ? N'avez-vous traversé les mers que pour venir séduire une enfant, ravir peut-être une fille à sa mère ? Cette île abandonnée semblait devoir nous mettre à l'abri de vos fureurs ! La beauté naïve et sans défense...

MIRVILLE

N'achevez pas, Madame, daignez m'entendre avant de me condamner, et j'ose espérer que je vous paraîtrai moins criminel ; le fils d'un gentilhomme n'est point un ravisseur, ni un aventurier.

ZELMIS

Ma mère, ne le grondez pas, puisqu'il est si doux ; il ne veut pas me faire de mal, il m'en a bien assurée.

COUPLETS.

ALMANZAÏDE, à part

Ils m'attendrissent, je ne peux résister à leurs larmes. Puisque je n'ai pu éviter le malheur que je redoutais, tâchons au moins de le réparer.

Haut à Mirville.

Je vous donne ma fille ; mais, c'est à condition que vous chercherez tous les moyens de nous reconduire dans notre patrie, et que là vous y renouvellerez les serments d'aimer toujours ma Zelmis.

MIRVILLE

Madame, je reçois de vous le plus grand des bienfaits. Mon coeur en sent tout le prix : il vous promet d'adorer toujours votre aimable fille. Le Ciel a déjà reçu mes serments, et je les renouvelle entre vos mains. Mais, ma mère, ma digne mère, pourquoi exiger que je vous reconduise en Europe ? Restons dans cette île ; nos mains la fertiliseront ; j'y ai trouvé le bonheur ; j'y possède Zelmis. Voudriez-vous que j'exposasse à la fureur des flots un trésor si cher à mon coeur et au vôtre : fixons-nous plutôt à jamais dans ce désert ; nous y sommes seuls, nous en sommes les Rois, peut-être y donnerons-nous le jour à un peuple d'heureux. Je bénis à présent le mouvement de curiosité qui m'a attiré dans cette île : mon vaisseau est reparti, les gens de l'équipage se seront imaginés que j'ai été la proie de quelques animaux sauvages. Ils déplorent mon sort, tandis que j'en goûte un qui me serait envié, s'ils pouvaient le connaître ; je leur laisse sans regret tout mon or : qu'ils se le partagent, le coeur de Zelmis me suffit : un seul de ses regards est préférable à tous les biens que je voulais posséder. Avec elle et vous, je puis oublier l'univers.

ZELMIS

Maman, Mirville a raison ; je sens que je n'ai plus rien à désirer. J'ai trouvé ce que mon coeur cherchait ; demeurons dans notre île : jamais elle ne me parut si belle.

ALMANZAÏDE

Mes enfants, je consens à vos désirs ; et d'ailleurs, j'en formerais d'inutiles pour sortir de ce lieu.

À Mirville.

Vous saurez, Mirville, comment j'y ai été jetée.

Elle met la main de Zelmis dans celle de Mirville.

Que le Ciel bénisse votre union ! Soyez époux, aimez-vous, aimez-moi. Je trouverai ma félicité dans la vôtre.

VAUDEVILLE.

Sur celui de Rose et Colas.

216 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0