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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Héroico-Comédie

Les Soupçons sur les Apparences

Antoine Le Métel d'Ouville· créée en 1641, imprimée en 1650· 5 actes· 1 640 vers· 11 personnages

Représenté pour la première fois en 1641 à l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • LÉANDRE, mari d'Astrée
  • FILEMON, ami de Léandre
  • ALCIPE, Amoureux d'Astrée
  • ASTRÉE, femme de Léandre
  • ORPHISE, parente de Léandre
  • HIPOLITE, servante d'Astrée
  • SYLVAIN, valet d'Alcipe
  • VALENTIN, valet de Filemon
  • PICART, laquais
  • UN VOISIN
  • VIOLONS

ACTE I

SCÈNE PREMIERE. Alcipe, Sylvain tenant un flambeau.

SCÈNE II. Alcipe, Sylvain, les violons.

SCÈNE III. Astrée, Alcipe, Syllvain.

ASTRÉE, à sa fenêtre

N'est-ce pas vous Alcipe ?

SCÈNE IV. Picard, Alcipe, Sylvain, Atrée, Hyppolite.

ASTRÉE, sortant de son logis, et suivie d'Hypolite portant une petite lanterne

Allons, ce n'est pas loin : en trois pas nous y sommes.

ALCIPE

Tais toi.

SCÈNE V. Léandre, Filemon.

FILEMON

Adieu.

LÉANDRE

Je le ferai sans fruit.

Il heurte.

SCÈNE VI. Astrée, Hyppolite, Picard, Alcipe, Sylvain, Filemon.

ALCIPE

Arrêtez.

ASTRÉE

Pour Alcipe.

ASTRÉE

Lyonnais ?

FILEMON

Lyonnais.

SCÈNE VII. Léandre, Filemon.

LÉANDRE

Passez-donc.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Alcipe, Sylvain.

SYLVAIN

L'on sort.

SCÈNE II. Léandre, Filemon, Alcipe, Sylvain.

SCÈNE III. Astrée, Léandre, Alcipe, Sylvain.

SCÈNE IV. Alcipe, Astrée, Hyppolite, Sylvain.

ASTRÉE

Je rentre.

ALCIPE

Madame !

SCÈNE V. Alcipe, Sylvain.

SCÈNE VI. Filemon, Léandre, Alcipe, Sylvain.

FILEMON

En tout cas, je m'adresse à Léandre, Je laisse quelque temps l'inconnu dans l'erreur. Il parle en menaçant, j'écoute sans terreur : Mon silence le choque, il veut que je réponde, Il demeure à ma voix le plus surpris du monde, Six en attaquer un, le prendre en trahison ; Il faut qu'en ce moment vous m'en fassiez raison, Lui dis-je, et si la mort n'a point pour vous de charmes, Que vous vous disposiez à me rendre les armes. Vous me redoutez peu, mais en vous assaillant, Vous saurez si je suis téméraire ou vaillant. S'il vous est plus aisé de me vaincre qu'un autre ; Je prends son intérêt, soutenez bien le vôtre. Lors l'oeil bon, le pied ferme, et le bras prompt et fort ; Je lui porte, il s'écrie, ah ! Cavalier, j'ai tort, L'ombre a fait mon abus que votre voix dissipe, Je vous ai cru d'abord, et traité comme Alcipe. L'abus est pardonnable où la nuit vous a mis, Je le connais, lui dis-je, et nous sommes amis. J'en ressens, répond-il, un plaisir incroyable : Je vous ferai de tout un récit véritable. Si mon juste motif n'est pas raison pour vous, Je porte à mon côté de quoi la faire à tous. Cela dit, il commence à peu près en ces termes. Que l'on voit peu d'amis véritables et fermes ! Alcipe en avait un qui le voulait trahir ; Il en aimait la femme, et c'était le haïr. Pour elle, il eut au coeur une illicite flamme. Il crut en triompher, parce qu'elle était femme. L'absence d'un mari flatta son lâche espoir, Il en venait toujours, ou toujours l'allait voir. Tout ce que l'Art d'aimer, ou plutôt de séduire ; Peut en un tel dessein suggérer et prescrire : Tout ce qu'un lâche amant saurait s'imaginer Pour plaire, pour surprendre, enfin pour suborner, Alcipe le pratique, Alcipe l'exécute. Sans relâche il poursuit, sans cesse il persécute ; Aujourd'hui les soupirs parlent pour son amour ; Ce sont demain les dons, la plainte un autre jour ; Mais la beauté qu'il aime, en épouse fidèle S'oppose, et répond mal aux pensées qu'il a d'elle. Et comme en l'élément où vont les matelots, Une roche résiste à la fureur des flots ; Elle repousse Alcipe, et sa vertu s'explique ; Plus ce brutal courage, ou s'échauffe, ou se pique. Cette rare vertu qu'il devrait respecter, Loin de guérir son mal, ne fait que l'irriter. Privé de tout espoir d'obtenir ce qu'il pense, Il le veut emporter avecque violence. Il choisit le temps propre à ce honteux dessein, Il tient à cette dame un poignard sur le sein : Et la nuit secondant sa criminelle envie, Il tâche à lui ravir, ou l'honneur, ou la vie. Lors vers lui par le Ciel heureusement conduit, Je vois cette action plus noire que la nuit : Dedans le même instant ma main paraît armée, Et sert plus promptement qu'elle n'est réclamée. Le nom de cavalier, mon courage, mon rang, Pour satisfaction me demandent du sang. Je donne à ce brutal une soudaine alarme ; J'attaque, je poursuis, je blesse, je désarme : Il fuit pour éviter de plus funestes coups, Et se croit bien vengé de crier aux filous. Voila sans déguiser le récit véritable Du glorieux motif d'un courroux équitable ; Voila pourquoi ce coeur jamais noble à demi, A généreusement entrepris votre ami. Si vous n'approuvez pas cet acte magnanime, Vous me voyez tout prêt à soutenir mon crime. Je ne m'en repends point, de si nobles forfaits N'apportent point de honte à ceux qui les ont faits.

Art d'aimer (l') : Ouevre de'Ovide.

ALCIPE

Je vous l'ai dit aussi, quoi qu'on se persuade, Qu'il sait la raillerie et la rodomontade.

Rodomontade : Vanterie, ou menace vaine et sans fondement. [F]

SCÈNE VII. Alcipe, Sylvain.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Astrée, Orphise, Hyppolite.

SCÈNE II. Valentin, Aastrée, Orphise, Hyppolite.

ASTRÉE

De Lyon ?

VALENTIN

De Lyon.

VALENTIN

Pour lui.

ASTRÉE

Qu'ont-ils de si funeste ? Venez l'entretenir, je conduirai le reste.

Astrée parle à Hyppolyte bas à l'oreille.

SCÈNE III. Filemon, Astrée, Orphise, Valentin.

FILEMON

Quoi maraud, quoi coquin, quoi perfide, quoi traître ? C'est ainsi que tu suis les ordres de ton maître ; Mes Dames pardonnez, si mon juste courroux Envers ce misérable éclate devant vous : J'attends par le courrier des lettres d'importance, Pour qui j'ai des désirs et de l'impatience ; Va vite malheureux, mille coups aujourd'hui...

Maraud : Terme injurieux qui se dit des gueux, des coquins qui n'ont ni bien ni honneur, qui sont capables de faire toutes sortes de lâchetés. [F]

Coquin : terme injurieux qu'on dit à toutes sortes de petites gens qui mènent une vie libertine, friponne, fainéante qui n'ont aucun sentiment d'honnêteté.

FILEMON

Elle est certainement bien étrange et bien dure. Oui vous saurez l'état de mes tristes amours Que la suite du temps vous apprendrait toujours. J'aimai dedans Lyon, et fus aimé de même, D'une Dame charmante et de mérite extrême, Jeune, de noble sang, et même dont les biens S'ils ne les surpassaient, ne cédaient pas aux miens ; Elle souffrait pour moi, si je brûlais pour elle ; Nous avions en un mot une amour mutuelle. Mais une vielle haine entre nos deux maisons, S'oppose au doux hymen que nous nous proposons. Nous tâchons vainement de réunir nos pères ; Plus nous les en prions, plus ils nous sont contraires, Ainsi n'espérant rien que du sort et des cieux, Je quitte pour six mois le charme de mes yeux. Rome, Naples, Venise, et Padoue, et Florence ; Furent pendant ce temps, témoins de ma souffrance. L'été quand je partis commençait ses chaleurs, L'hiver quand je revins, exerçait ses rigueurs : Florinde à mon abord ne fut pas oubliée ; L'on m'assura d'abord qu'elle était mariée, ( Florinde, c'est le nom de l'objet souverain, À qui j'ai tant rendu de services en vain) Si j'en sentis au coeur, une mortelle atteinte, Si mon ressentiment s'exprima par la plainte ; Et si mes vains regrets furent sitôt passez, Je ne vous le dis pas, vous le jugez assez. Je revois cependant cette aimable personne, Toujours dans les respects que le devoir ordonne. Son mari trop enclin aux jalouses erreurs, En conçoit contre nous de secrètes fureurs. Toutes nos actions, lui donnent de l'ombrage, Il croit que nous parlons de tout notre visage. Que nos yeux concertés s'entretiennent d'amour, Qu'ils se marquent le lieu, qu'ils se donnent le jour. Cela n'arrête pas le cours de mes visites, Je révère toujours Florinde, et ses mérites ; Enfin qu'arriva-t-il ? Nous étions elle et moi À nous entretenir de je ne sais plus quoi ; Quand son petit laquais contre son ordinaire, Ferma sur nous la porte, et crut beaucoup nous plaire. La clef tombe en fermant : il ne l'avise pas, Nous demeurons en haut, et lui descend en bas. Par un nouveau malheur, notre jaloux arrive, Florinde est à sa voix aussi morte que vive : Il hurle, l'on ne peut ouvrir par le dedans. Il redouble, et tout bas murmure entre ses dents. Enfin cet ombrageux à tel excès s'emporte, Que d'un grand coup de pied il enfonce la porte. Il entre, et sans parler, cet homme furieux Vient donner à Florinde un soufflet à mes yeux. Il relevait la main pour en donner un autre, Quand je lui dis : Monsieur, quel caprice est le vôtre ? Faut-il que vous suiviez ces ombrages légers ? Faites mieux, n'ayez plus ces indignes pensers. Et n'en venez jamais à telles violences, Pour des soupçons fondés dessus des apparences. L'apparence est trop claire, et mon bras irrité En venge le soupçon comme une vérité. Il me porte à ces mots un ou deux coups d'épée ; La mienne en ma défense est soudain occupée. Je passe, et plus adroit, ou plus aimé du sort, Je le mets sur la place, et le laisse pour mort. Sa chute fait du bruit, j'entends quelqu'un qui monte, Si l'accident est prompt, ma retraite est plus prompte. Le coup se fit le soir, je partis le matin. Voila de mes amours l'histoire et le destin ; Les lettres que j'attends sont de l'infortunée, Qui seule à tant de maux se voit abandonnée.

SCÈNE IV. Valnetin, Filemon, Astrée, Orphise.

SCÈNE V. Astrée, Orphise.

SCÈNE VI. Hyppolite, Astrée, Orphise.

ASTRÉE

Voyons en le secret, et si le cavalier N'a rien au fond du coeur de plus particulier.

Lettre de Florinde à Filemon.

MONSIEUR.

Le Ciel a voulu pour ma joie et pour votre repos, que mon mari ait presque été aussitôt guéri que blessé ; si une démarche qu'il fit, ne le garantit pas tout à fait du coup que vous lui portâtes, il le rendit léger. Le pied lui manqua, non la force, ni la résolution. Il se porte aussi bien qu'auparavant ; mais j'en suis plus maltraitée que jamais : ses soupçons le travaillent sans trêve, et lui me persécute sans relâche. S'il continue, je vous le manderai ; mais partez aussitôt, et si vous êtes généreux, venez délivrer de peine l'innocente autant qu'affligée

FLORINDE.

SCÈNE VII. Léandre, Astrée, Orphise, Hyppolite.

LÉANDRE

D'amour ?

SCÈNE VIII. Astrée, Orphise, Hyppolite.

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Hyppolite, Valentin.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Astrée, Orphise.

ASTRÉE

Il faut de plus en plus que notre esprit s'exerce À prendre leurs écrits, et rompre leur commerce. L'adresse d'Hypolite a secondé vos veux, Déplions cette lettre, et lisons toutes deux.

Lettre de Filemon à Florinde.

MADAME.

Je vous donne avis que votre mari a mis ordre de surprendre nos lettres. Ce procédé me fait croire que les soupçons qu'il a pu concevoir, s'augmentent d'heure à autre ; s'il est ainsi, quoi que vous n'en soyez pas maltraitée maintenant vous le pourrez être un jour. Je le crains

FILEMON.

SCÈNE II. Léandre, Astrée, Orphise.

ORPHISE, à Astrée

Cachez...

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Sylvain, Léandre.

LÉANDRE

Pourquoi ?

SYLVAIN

Je crains.

LÉANDRE

Donne sans résister, Il lui fait un défi ; je n'en dois pas douter. En voici le cartel, tout semble me le dire : J'en ferais un serment avant que de le lire. Alcipe, vos respects sont feints et dangereux ; Ce n'est pas là le trait d'un homme généreux. Appeler mon ami ! Je commence à connaître Que vous ne l'êtes pas, ou ne voulez plus l'être. Je lirai ce billet, non pour m'en assurer ; Mais pour en voir le style, et puis le déchirer.

Lettre d'Alcipe à Filemon.

MONSIEUR.

J'ai fait réflexion sur le sujet de nôtre différent ; j'eus tort de m'emporter, et j'avoue que vôtre récit fut plus obligeant qu'outrageux. Je vous recherche d'amitié, si vous n'êtes moins généreux que je me le persuade, vous ne refuserez pas qu'ayant aujourd'hui à visiter Léandre pour quelque chose de secret, nous nous entrevoyons, et étouffions toute nôtre haine dans nos embrassements, je vous en prie, et suis vôtre très affectionné serviteur, et si vous le voulez dès maintenant, Votre très intime ami Alcipe.

Je demeure confus, ma surprise est étrange. Alcipe, mon regret me punit et vous venge ; Je meurs de déplaisir qu'un soupçon si tôt pris M'ait fait parler de vous avec tant de mépris. Indices décevants, clartés fausses et sombres. C'est la dernière fois que je suivrai vos ombres, C'est la dernière fois que je serai déçu, Et mon repos troublé d'un soupçon mal conçu. Va retrouver ton maître, et lui dis qu'avec joie J'ai reçu de ta main le billet qu'il envoie. J'attends ici qu'il vienne, au reste cèle lui Ce qu'un trompeur soupçon m'a fait dire de lui.

Cartel : Écrit qu'on envoie à quelqu'un pour le défier en combat singulier, soit pour des tournois, soit pour une due formé. Cet écrit contient ordinairement, le lieu, la manière, le sujet, le jour et l'heure du combat. [F]

SCÈNE V. Alcipe, Léandre, Sylvain.

SCÈNE VI.

LÉANDRE, seul

Ce papier est tombé de la poche d'Alcipe, Serait-ce à son insu, serait ce par dessein ? Je n'en saurais former un jugement certain. Lirai-je cet écrit, dois-je ne le pas lire ? Secret empressement, ne me le peux tu dire ? Mouvement curieux ne saurais-tu juger S'il doit me satisfaire ou s'il doit m'affliger ? Enfin quelque en mon coeur en puisse être l'atteinte ; La curiosité l'emporte sur la crainte.

Billet d'Alcipe à Léandre.

LÉANDRE.

Connaissez mieux vos véritables amis, des deux que vous croyez avoir, l'un vous sert et l'autre vous trahit. Je ne nomme personne ; mais je suis assuré que si vous étiez revenu seul de Lyon, votre femme vivrait avecque plus d'honneur, et vous avec moins d'infamie.

Après avoir lu.

Tu te méprends Alcippe, ou le flambeau des cieux, N'est qu'un comète en l'air qui paraît à nos yeux : L'air un rien complaisant, et la terre une boule Qui se meut de tout temps, et que le destin roule : L'océan un amas de feux et de bûchers ; Ses poissons des oiseaux ; des hommes ses rochers ? Tu te trompes, te dis-je, et ton avis offense Et la sagesse même et la même innocence. Astrée et la vertu s'accordent en ce point, Qu'où l'une ne peut être, aussi l'autre n'est point. Alcipe toutefois mon intérêt te touche, Ce n'est qu'un envers moi que ton coeur et ta bouche ; Tu me chéris sans fard, et ta sincérité M'apprend que cet écrit n'est pas sans vérité. Mais que malaisément, et qu'avec peine extrême Un homme se résout à blâmer ce qu'il aime ! Que difficilement il demeure d'accord Des choses qu'il redoute à l'égal de la mort ! Astrée, il est trop vrai que vous m'êtes parjure ; J'en ai pour mon malheur plus d'une conjecture : J'en rencontre à regret dedans mon souvenir Trop d'indices puissants, que j'en voudrais bannir. Par deux diverses fois surprise à l'impourvue, N'avez vous pas caché des écrits à ma vue ? N'avez vous pas loué d'un air, que j'ai repris L'insolent qui me traite avec tant de mépris, Le téméraire ami, l'âme perfide et noire, Qui souille ingratement et mon lit et ma gloire ? C'était peu, lâche femme, infidèle moitié ; Seul et digne sujet de mon inimitié ! Tu m'as enveloppé dans tes sales pratiques, J'ai servi d'instrument à tes feux impudiques. J'ai moi-même à ton gré supplié ton amant Qu'il se tint au logis, ou sortit rarement. C'était pour le mieux voir, et selon ton envie Être en ta sale ardeur à toute heure assouvie. Si tu crois t'excuser, tu le prétends en vain ; Rien ne peut m'arracher le poignard de la main. De tes brutalités j'ai trop de connaissances, En pourrais-je douter après tant d'apparences ? Non non, je ne le puis, et je ne le dois pas ; Mais venger mon affront et hâter son trépas : Tu mourras, il le faut.

SCÈNE VII. Léandre, Hyppolite.

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Léandre, Astrée, Hyppolite.

SCÈNE X. Léandre, Astrée.

SCÈNE XI. Filemon, Orphise, Astrée, Léandre, Hyppolite.

LÉANDRE

Propos mal entendus, discours mal digérés, Soupçons injurieux, et mal conjecturés ! J'ai prononcé ces mots, je ne m'en puis défendre, Mais elle, Astrée et vous les deviez mieux entendre. Écoutez seulement, vous serez convaincus : Alcipe m'est venu demander mille écus, Il les doit, on le presse, il les faut sans demeure ; Par malheur je n'ai pas cette somme pour l'heure ; L'amitié toutefois qui m'a parlé pour lui, M'a fait la lui promettre au plus tard aujourd'hui. Je ne sais d'où l'avoir ; dans le temps où nous sommes Emprunter de l'argent, c'est poignarder les hommes. L'on ne prête plus rien, et moins que mille écus Feraient qu'un honnête homme aurait mille refus : Obligé néanmoins de tenir ma promesse, Je me suis en rêvant avisé d'une adresse, C'est de faire tantôt venir des joailliers, Leur proposer bijoux, bagues, pendants, colliers, Ce qu'Astrée en un mot peut avoir de plus rare, Et dont selon son gré parfois elle se pare ; Je sais comment son sexe aime ces petits biens, Qu'ils sont tous ses plaisirs, et tous ses entretiens. J'ai crû que pour Alcipe exécutant mon zèle, Astrée en souffrirait une peine éternelle, Et que la dépouiller de ces petits trésors, Ce serait d'un seul coup lui donner mille morts. L'âme de ce penser diversement émue, Je me délibérais d'en éviter l'issue, Quand l'objet d'un ami nuisible à mon repos, M'a fait, je m'en souviens prononcer ce propos ; Mais mon honneur le veut, sois y donc préparée, Je tiendrai ma parole, et tu mourras Astrée ; Voilà de vos soupçons les indices puissants ; Mais de ce que j'ai dit, le véritable sens.

SCÈNE XII. Filemon, Astrée, Orphise. Hyppolite.

SCÈNE XIII. Astrée, Orphise, Hyppolite.

ACTE V

SCÈNE PREMIERE.

LÉANDRE, seul tenant une lettre

Sacré respect d'Hymen, sentiments de tendresse, Silence, abandonnez une épouse traîtresse, Je crois, je sais, je vois son infidélité, Ce n'est plus un soupçon, c'est une vérité, Leur lâche trahison, me paraît toute nue, Cette lettre convainc ma raison et ma vue, Cet infidèle écrit dit tout fidèlement, Et quoi qu'il soit muet il parle hautement, J'y lis leur lâchetés, j'y vois leur artifice, Chaque trait de leur plume, en est un de malice, Le Ciel à qui nos coeurs ne sauraient rien cacher, Me fournit ce témoin qu'on ne peut reprocher.

Il lit.

Lettre de Filemon à Florinde.

MADAME.

Je vous donne avis que votre mari a mis ordre de surprendre nos lettres. Ce procédé me fait croire que les soupçons qu'il a pu concevoir, s'augmentent d'heure à autre ; s'il est ainsi quoi que vous n'en soyez pas maltraitée maintenant vous le pourrez être un jour. Je le crains, mais si ma crainte est vraie, déclarez-le moi, rien ne m'empêchera de vous voir, et de trouver si vous y consentez, le moyen de vous délivrer de sa tyrannie ; au reste comme votre réponse nous importe à tous deux également, ne la confiez qu'à Hyppolite, qui me la fera tenir, et pour chercher en tout notre sûreté, que la suscription soit d'autre main que de la vôtre, changez de cachet, et faites l'adresse non plus à Filemon, mais au Cavalier Alcandre chez Arimant dans la Place-Royale.

Traître ami, qui me rend mon épouse ennemie, Pourquoi m'as-tu jeté dedans cette infamie ? Pourquoi de cet opprobre as-tu chargé mon front ? Ah ! Je me vangerai de ce sensible affront, Ma colère sera pleinement assouvie ; Tu m'as ôté l'honneur, je t'ôterai la vie, Quand on noircit ainsi les hommes de mon rang, Pour laver cette tâche, ils demandent du sang. Et toi perfide femme autre fois tant aimée ! Pourquoi si lâchement trahir ta renommée ? Pourquoi jusqu'à ce point démentir ta vertu ? Qui t'en peut excuser, quel sujet en as-tu ? N'as-tu pas dessus moi toujours eu cet empire, Que l'amour nous demande et que l'hymen désire ; T'ai-je rien refusé, qu'est-ce en quoi mes désirs Ont jamais négligé de suivre tes plaisirs ? Quelque reste d'amour en ta faveur s'exprime, Je tâche de trouver quelque excuse à ton crime ; Mais je n'en trouve point, et puis je dois savoir Qu'un tel aveuglement n'en peut jamais avoir ; Ta faute est sans excuse, elle sera sans grâce. J'apprends de mon honneur ce qu'il faut que je fasse ; Son rigoureux désir s'accorde à mon souhait, Il demande ta mort, il sera satisfait.

Le vers 1278 rappelle l'acte I, scène 3, du Cid de Corneille, v. 238 : « N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ».

SCÈNE II. Alcipe, Léandre, Sylvain.

SCÈNE III. Alcipe, Sylvain.

SCÈNE IV. Filemon, Astrée, Alcipe, Sylvain, Hyppolite.

SCÈNE V. Alcipe, Astrée, Hyppolite, Sylvain.

ASTRÉE

Insolent !

SYLVAIN

Monsieur.

SCÈNE VI. Léandre, Filemon.

Pour lier la scène, il faut que Léandre paraisse en un coin du théâtre.

FILEMON

Léandre.

LÉANDRE

C'est...

FILEMON

Poursuivez.

LÉANDRE

Alcipe.

SCÈNE VII. Orphise, Astrée, Hyppolite.

SCÈNE VIII. Alcipe, Astrée, Orphise, Hyppolite, Sylvain.

HYPPOLITE

Il revient.

SCÈNE IX. Léandre, Filemon, Astrée, Orphise, Hyppolite, Sylvain, Valentin.

Hyppolite retient Sylvain.

FILEMON

Arrête.

SYLVAIN

J'obéis.

ORPHISE

Cousine.

1 640 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0