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Drame en vers· Drame en Cinq Actes et en vers

Bélisaire

M. d'Ouzicourt· imprimée en 1769· 5 actes· 1 399 vers· 12 personnages

Personnages

  • JUSTINIEN, Empereur
  • BÉLISAIRE
  • ANTONINE, Femme de Bélisaire
  • EUDOXE, Fille de Bélisaire
  • TIBÈRE, Amant d'Eudoxe
  • BESSAS, Ancien Officier de l'Empire, exilé
  • LE ROI DES BULGARES
  • UN SOLDAT
  • UN ENFANT, qui conduit Bélisaire
  • PLUSIEURS ESCLAVES
  • SUITE DE L'EMPEREUR
  • TROUPE de BULGARES
PRÉFACE

L'Histoire de Bélisaire, qui venait de paraître, faisait le sujet de la conversation entre des gens de lettres et de goût, rassemblés dans une Maison de Campagne pour y jouer la Comédie. Sous les fenêtres du salon où était la compagnie, on voyait les ruines d'un ancien Château, qui avait été autrefois le séjour des Maîtres du canton.

« Bélisaire, disait-on, n'est point susceptible d'être traité pour le Théâtre, par comparaison avec le roman de M. Marmontel. Le sujet, trop au-dessus du comique, ne comporte point assez de chaleur pour le tragique. Où mettrait-on la scène ? Quels acteurs introduire ? Quel événement de la vie de Bélisaire pourrait-on choisir ? Il y a longtemps qu'on a écrit qu'un aveugle mendiant ne pouvait devenir le héros d'une tragédie ».

D'Ozicourt, jeune homme à qui personne n'avait pris garde, parce qu'il n'avait pas encore parlé, fut presque le seul de la compagnie qui osa être d'un sentiment contraire. D'Ozicourt est triste et mélancolique ; des maladies longues et cruelles ont altéré sa santé et l'ont accoutumé de bonne heure à la solitude et à la réflexion. Il venait de perdre un Maître adoré(*), dont les bienfaits étaient toute sa fortune ; ce qui le rendait plus triste encore.

Je ne fus jamais, dit-il, à portée de suivre le théâtre, mais la lecture de Racine, dans ma solitude, a souvent suspendu ma douleur ; je ne suis point auteur, je n'ai encore fait que des chansons, et quelques vers à la louange du Prince bienfaisant que je pleure, et que ma Patrie regrettera longtemps. ( Il eut l'âme de Bélisaire ).

Nous sommes de telle nature, dit Sénèque, qu'il n'y a rien au monde qui se fasse tant admirer qu'un homme qui sait être malheureux avec courage : et si j'avais à mettre en action un événement de la vie de Bélisaire, ce serait sa justification. La Scène se passerait sous les ruines de ce portique que l'on voit d'ici, où aboutit cette avenue de chênes antiques. Il me semble qu'il ne s'agitait, en conservant les mêmes interlocuteurs du Roman, que de rapprocher quelques-unes des circonstances qui ont précédé, accompagné on amené cette justification. Et il détailla le plan d'un drame, tel, à peu près, qu'on le donne ici.

« Quoi ! se récria-t-on, dans une tragédie, un Soldat ! Des femmes mises comme celles du bas peuple ! Un Héros vêtu en quinze-vingt ! Cela n'est pas supportable. »

Oui, Messieurs, répliqua d'Ozicourt, un soldat : un soldat est un homme. Quel métier plus honorable que celui de défendre la Patrie ? Malheur au Gouvernement qui l'avilit trop, et au peuple qui le méprise... On a mis des bornes trop étroites à la scène tragique. Pourquoi n'y représenterait on pas tous les états de la vie humaine ? La Tragédie ne peut-elle avoir qu'un ton, qu'une nuance ? Pour nous émouvoir faut-il que ses héros, habillés comme vos danseurs, viennent d'un pas mesuré, sous les lambris dorés d'un Palais, parler à un froid et inutile confident de leur flamme, de leur vainqueur, de leur désespoir ? Sans ce costume singulier, les hommes n'ont-ils plus de droit à nos larmes ?

Je ne pense pas qu'il y ait une âme assez insensible, pour n'être pas touchée de l'extrême infortune d'un homme, quel qu'il soit ; à plus forte raison, si le premier homme de l'État et de son siècle, le protecteur et le défenseur du peuple et du trône, devient malheureux au point de ressembler à un Quinze-vingt, se trouvera-t-il quelqu'un allez vil pour plaisanter de la ressemblance ? Et l'aspect et les discours de sa femme et de sa fille, toutes mal vêtues qu'elles soient, ne retraceront à personne deux femmes de la halle.

Si Racine eût fait une tragédie sur ce plan, elle eût été aussi bien reçue que Bérénice ; mais que moi, homme vulgaire et inconnu, je hasarde une pareille entreprise, on me taxera de témérité ; les comédiens ne recevront point mon ouvrage, et j'en serai pour ma peine.

« C'est-ce qu'il faut essayer, lui répliqua-t-on. Si on ne joue pas votre pièce on pourra la lire. La carrière est libre, et il est permis à chacun d'y courir à ses risques et périls. » Quoiqu'un ouvrage soit médiocre, le public tient toujours compte à un jeune auteur des efforts qu'il fait pour l'amuser ».

Il promit, si sa santé et le temps le lui permettaient, d'en faire l'essai. Ce travail a rempli un loisir qui lui est à charge, faute d'emploi. La pièce est faite et voilà son histoire.

On la soumet ici aux lumières des connaisseurs, dépouillée de toute l'illusion du théâtre : c'est à eux de juger si le sujet en est digne, et de lui assigner son genre. Il présente cette simplicité d'action qui a été si fort du goût des anciens ; des situations intéressantes ; des tableaux neufs et touchants ; des passions grandes et fortes ; une morale sublime ; enfin, tout s'y ressent de cette tristesse majestueuse, qui fait, ( selon Racine, ce grand Maître ) tout le plaisir de la Tragédie.

Les détails auraient exigé une main plus habile, et une connaissance plus profonde du théâtre ; mais on sait qu'un essai ne doit pas être un chef-d'oeuvre. Quant au style, on s'est efforcé de le rendre naturel ; et il vaudrait peut-être mieux tomber au-dessous, que d'employer un style trop poétique, dont l'enflure ne convient ni au sentiment, ni à la passion.

(*) Stanislas I, Roi de Pologne, Duc de Lorraine.

ACTE I

SCÈNE I. Antonine, Eudoxe.

SCÈNE II. Antonine, Eudoxe, Tibère.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Bessas, Un esclave.

ACTE II

SCÈNE I.

SCÈNE I.. Bélisaire, Un soldat, Un enfant qui conduit Bélisaire.

SCÈNE III. Bélisaire, Un enfant.

SCÈNE IV. Bélisaire, Antonine, Eudoxe, Tibère.

EUDOXE, sans voir Bélisaire

Mon père est arrivé !

TIBÈRE, soutenant Antonine

C'est lui-même !

EUDOXE, le cherchant des yeux

Ah ! Seigneur, Je vole dans ses bras.

ANTONINE

Sans se douter qu'il est devant ses yeux.

Ô mon cher Bélisaire ! Le Ciel nous réunit.

EUDOXE, l'apercevant, se laisse tomber sur Tibère

Mais que vois-je ?... Ah ! ma mère !

BÉLISAIRE, assis sur un morceau de colonne, Eudoxe à ses pieds

Ô ma chère Antonine ! imitez votre époux ; Modérez ces transports d'un impuissant courroux.

ANTONINE

Trop occupée de son malheur : elle sort sans regarder les inconnus.

Je me rassure un peu fur tant de bienfaisance.

SCÈNE V. Bessas, Un esclave.

Le même qui a déjà paru.

ACTE III

SCÈNE I. Justinien, Tibère.

SCÈNE I. Justinien, Bélisaire, Tibère.

JUSTINIEN

Pourquoi ?

JUSTINIEN

Ô ciel !

SCÈNE III. Justinien, Bélisaire, Tibère, Eudoxe.

SCÈNE IV. Justinien, Tibère.

TIBÈRE

Dieu ! quel emploi flatteur ! Et pour moi qu'il est doux !

Pendant que Justinien dit les deux vers suivants, le Soldat qui a paru au second acte, arrête Tibère dans le fond du Théâtre et lui parle.

SCÈNE V. Justinien, Bessas.

SCÈNE VI. Justinien, Bessas, Tibère.

ACTE IV

SCÈNE I.

SCÈNE II. Bélisaire, Eudoxe.

EUDOXE, se jetant dans les bras de son père

Dieu ! de les supporter donnez-moi le courage.

SCÈNE III. Bélisaire, Eudoxe, Plusieurs esclaves armés de poignards.

UN ESCLAVE

En proscrivant Bessas, tu l'as bien mérité.

Les Esclaves prennent la fuite à la vue des flambeaux qui éclairent les Bulgares.

SCÈNE IV. Bélisaire, Eudoxe dans un coin, Le Roi des Bulgares, Le Soldat qu'on a déjà vu, Troupe de Bulgares qui remplissent le fond du Théâtre.

SCÈNE V. Bélisaire, Le Roi des Bulgares, Bulgares.

LE ROI DES BULGARES

Quelle étrange vertu !

SCÈNE VI. LE ROI DES BULGARES, TROUPE DE BULGARES.

SCÈNE VII. Le Roi des Bulgares, Justinien, et Bessas enchaînés, Tibère, Troupe de Bulgares.

ACTE V

SCÈNE I. Antonine, Eudoxe.

SCÈNE II. Eudoxe, Justinien et Tibère enchaînés, Troupe de Bulgares.

JUSTINIEN, s'éloignant d'Eudoxe

Ô Ciel ! qu'ai-je entendu !

TIBÈRE, passant du côté de l'Empereur

Seigneur !

SCÈNE III. Justinien, Bélisaire, Tibère, Bulgares.

BÉLISAIRE, à un Bulgare qui lui a parlé pendant le dernier couplet d'Eudoxe

Oui, ce sont mes amis, Mes chers consolateurs au milieu de mes peines.

SCÈNE IV. Justinien, Béisaire, Tibère.

SCÈNE V. Justinien, Bélisaire, Tibère, Le Soldat qui a déjà paru.

JUSTINIEN

Hé bien !

TIBÈRE, aux vieillards

Demeurez en ces lieux...

Au Soldat.

Nous volons aux combats.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Jusitnien, Bélisaire.

BÉLISAIRE, se levant avec transport, dans l'instant que Justinien va le frapper

Enfin, grâces au Ciel ! J'entends crier : victoire aux Soldats de l'Empire.

SCÈNE VIII. Justinien, Bélisaire, Tibère.

BÉLISAIRE

Une pareille erreur ne flétrit point sa gloire : Je vous l'ai déjà dit, et vous devez m'en croire. L'art de nuire, Seigneur, est adroit dans les cours ; Pour prendre sa victime, il a mille détours. L'intrigue est assidue, active, insinuante : Ce n'est pas tout d'un coup qu'on la voit triomphante. Hélas ! Depuis longtemps, ma perte est son objet : Mon entrée à Carthage en dicta le projet. Mais, sans vous rappeler mes succès d'Italie, Sans vous faire en entier l'histoire de ma vie, Apprenez, mes amis, qu'après avoir trente ans Bien servi ma patrie, et bravé les méchants, Je croyais être enfin au bout de ma carrière ; Et je n'attendais plus que mon heure dernière. Jouissant de ma gloire et de ma liberté, Je l'attendais sans crainte, avec tranquillité, Quand les Huns, tout-à-coup, s'emparent de la Thrace. L'Empereur en danger, quoique l'âge me glace, Armant encor mon bras, couvre mes cheveux blancs De mon casque, rouillé d'un repos de dix ans. Je marche vers les Huns ; et bientôt la victoire, Couronnant mes efforts, vient augmenter ma gloire. Les honneurs excessifs qu'on me rendit alors, Préparèrent ma perte, et firent tous mes torts. L'Empereur était vieux. La faiblesse à cet âge, Des malheureux humains est le triste partage. Il crut qu'on était las de son règne et de lui ; Qu'on voulait qu'il cédât le trône à son appui. Sans autre fondement, il craint, il s'inquiète, Il me croit dangereux ; je reçois ma retraite. Elle me fit plaisir, je n'espérais plus rien. Alors, on conspira contre Justinien. Ah ! Seigneur, connaissez les ressorts de l'envie ! On prit les Conjurés, qui perdirent la vie, Sans déclarer leur chef au milieu des tourments. Leur silence obstiné, par de vils courtisans Fut pris pour un aveu qui me rendait coupable. On m'accuse de l'être ; on m'arrête ; on m'accable ; On me charge de fers.. Mais le peuple s'en plaint. Ma trop longue prison le révolte ; on le craint. L'Empereur, à ses cris, obligé de me rendre, Ne s'imaginant pas qu'on ait pu le surprendre, Croit, en m'ôtant les yeux, punir un ennemi.... Et je ne fus jamais que son meilleur ami... Le Ciel m'en est témoin....

JUSTINIEN, à part

Et voilà mon ouvrage !

JUSTINIEN, serrant Bélisaire dans ses bras

Il fut trompé !.. sans doute ;.. et c'est un grand malheur.

SCÈNE IX. Justinien, Bélisaire, Tibère, Antonine, Eudoxe.

ANTONINE, à Justinien qu'elle croit être le père de Tibère

Sans doute, c'est à vous... O Ciel ! c'est l'Empereur !

ANTONINE, se saisissant de l'épée de Tibère, qui la soutient

Va, je mourrai vengée... et je n'attendrai pas Le secours incertain d'un trop timide bras.

La suite de l'Empereur arrive, et ses Gardes se mettent en devoir de le défendre, et de frapper Bélisaire et Antonine.

TIBÈRE, la lui ôtant

Ah, Madame !

SCÈNE DERNIÈRE. Les acteurs de la scène précédente, Suite de l'Empereur.

ANTONINE, soutenue par Tibère et par Eudoxe

Qu'on m'éloigne de lui, sa présence m'irrite.

TIBÈRE, va relever Eudoxe

Ô jour tant désiré !

ANTONINE, à part dans le plus grand abattement

Et je vais le troubler,

EUDOXE, effrayée des mouvements d'Antonine

Ah !

TIBÈRE

Madame !

1 399 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0