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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Drame en vers· Drame en Cinq Actes et en vers Libres

Roméo et Juliette

M. d'Ouzicourt· imprimée en 1771· 5 actes· 1 350 vers· 8 personnages

Personnages

  • MONSIEUR CAPELLET
  • MADAME CAPELLET
  • ROMÉO, Amant de Julie
  • JULIE, fille de Capellet
  • LAURE, confidente de Julie
  • BENVOGLIO, Médecin
  • GERVAS, Valet de Roméo
  • DOMESTIQUES
PRÉFACE

Il faut avouer, dit M. de Voltaire, que Saint-Evremont a mis le doigt dans la plaie secrète du Théâtre Français, quand il a dit "que nos pièces tragiques ne font pas une impression assez forte, que ce qui doit former la pitié, fait tout au plus de la tendresse ; que l'émotion tient lieu du saisissement, l'étonnement de l'horreur ; qu'il manque à nos sentiments quelque chose d'assez profond".

Il faut, pour éviter ces inconvénients, un sujet simple, dénué d'épisodes, d'incidents et de ressorts étrangers, qui n'offre qu'une seule intrigue, qu'une seule action, et le développement, les détails et les effets d'une ou de deux grandes passions ; il faut un style et une versification, simples sans bassesse, nobles sans enflure, qui rendent le dialogue naturel, et qui le rapprochent de la vraisemblance, autant qu'il est possible, dans un poème dramatique où on doit conserver toute la vérité, l'énergie, la véhémence et le délire de la passion, afin que jamais aucun des personnages ne paroisse poète ; il ne faut pas qu'on enveloppe, selon l'usage, la passion dans un fatras poétique, moral et philosophique, qui l'empêche de produire une impression assez forte et assez profonde ; il faut, sans échafaudage, sans maximes sentencieuses et sans esprit, réunir le touchant et le pathétique, le naturel et les grands effets ; enfin , il faut trouver dans le mélange du sentiment, de l'émotion, de la pitié, du saisissement et de la terreur qu'inspire la passion, les degrés de nuances, propres à former le tableau vraiment tragique ; mais surtout, il ne faut pas mettre le dénouement en récit, rien ne nuit* plus à l'intérêt, dans le moment où il doit monter au dernier degré.

La mort de Roméo et Juliette, consacrée dans l'Histoire, par la tradition, et aux Théâtres Anglais et Allemand, paraît un sujet susceptible d'être traité dans ces principes,** et d'être approprié à notre Théâtre d'après Shakespeare et M. Weiss.

Une main plus habile que la mienne y aurait mieux réussi : cependant la lecture de ma pièce, telle que je la donne ici, a fait désirer à plusieurs Gens de Lettres de la première classe et à beaucoup de personnes de distinction et de goût, de la voir sur la Scène, parce que tous l'ont trouvée très intéressante, et que, comme dit le grand Homme déjà cité, "jamais une Pièce intéressante ne tombe".

Pourquoi, me dira-t-on, si cela est ainsi, pourquoi ne la pas faire représenter ? Pourquoi ! C'est qu'on a craint d'en hasarder la représentation devant un public accoutumé aux chef-d'oeuvres de nos bons Auteurs modernes qui sont en possession du Théâtre. Il faut savoir être modeste et se rendre justice ; il faut, etc. etc. il faut surtout qu'une Préface soit courte. D'ailleurs le public sait bien mieux que personne ce qu'il faut pour lui plaire ; il faut qu'un Auteur le consulte : et c'est pour cela qu'il faut que j'imprime.

* Tout le monde fait qu'autrefois les Acteurs étant confondus sur le Théâtre avec une partie des spectateurs, l'Auteur était contraint de suppléer par un récit toujours froid dans la bouche d'un acteur du second ordre, à l'action même qui seule peut produire un grand effet. Cet inconvénient n'existant plus, les auteurs doivent avoir la liberté d'exclure cette ancienne méthode. L'art et le public y gagneront.

** "Jamais on ne parlera bien d'amour, si l'on cherche d'autres ornements que la simplicité et la vérité." M. de Volt. II. Lettre à M. Fakener, sur Zaïde. C'est ce principe qui a dicté le ton naïf qui règne dans ma pièce, toute d'amour, les vers libres, et le style simple dont elle est écrite. J'ai remarqué après M. de Voltaire, "qu'il faut au public qui fréquente les spectacles , de la tendresse et du sentiment ; c'est même ce que les acteurs jouent le mieux, et il n'y en a point sans la simplicité et la vérité". C'est pourquoi je n'ai pas craint de me livrer tout entier à la sensibilité de mon coeur, et d'écarter tous les ornements de l'esprit. Bien des gens me crieront que la haute poésie est consacrée pour le genre tragique ; mais je les renvoie à Beverlei. Quelle grande Tragédie produit plus d'effet ? Ce grand art consiste à bien peindre les passions, et non à faire des vers pompeux ; Ce fut le secret de Racine, qui ne l'a laissé à personne.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE.

Le théâtre représente une salle du Palais des Capellets, qui communique d'un côté aux Jardins.

SCÈNE II. Julie, Laure tenant une bougie.

JULIE, se frappant les mains

Ah ! Veille seulement à notre sûreté.

SCENE III. Roméo, Julie.

SCÈNE IV. Laure, Julie, Roméo.

ROMÉO

Adieu !

SCÈNE V. Laure, Julie.

ACTE II

SCÈNE I. Monsieur Capellet, Un Domestique.

SCÈNE II. Monsieur Capellet, Madame Capellet, Laure, Un domestique

SCÈNE III. Madame Capllet, Laure.

LAURE

Non.

MADAME CAPELLET

Hé bien !

SCÈNE IV. Monsieur et Madame Capellet.

MADAME CAPELLET

Mais enfin, Monsieur...

MONSIEUR CAPELLET

Quoi !

Il sort.

SCÈNE V. Madame Capellet, Julie ; Elle baise la main de sa mère.

MADAME CAPELLET

Ma fille !

MADAME CAPELLET

Vous oubliez, Julie !

MADAME CAPELLET

Je vais t'envoyer Laure.

SCÈNE VI. Julie, Laure.

SCÈNE VII. Julie, Laure, Gervas.

SCÈNE VIII. Julie, Laure.

ACTE III

SCÈNE I. Monsieur Capellet, Madame Capellet.

MONSIEUR CAPELLET

Et vous trop indulgente.

SCÈNE II. Monsieur Capellet, Un Domestique (le même qui a déjà paru au second acte.

LE DOMESTIQUE

Monseigneur !

MONSIEUR CAPELLET

Vas, je compte sur toi.

SCÈNE III. Monsieur Capellet, Julie, appuyée sur Laure.

MONSIEUR CAPELLET, à Laure

Sortez.

Quand Laure est sortie, Julie s'appuie sur un fauteuil les yeux baissés.

Daignerez-vous jeter les yeux sur moi ?

JULIE, se jetant à ses pieds

Ah ! Monsieur ! Pardonnez.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Julie, Laure, qui craint d'avancer.

SCÈNE VI. Julie, Laure, Benvoglio, il fait tous les signes d'un homme qui veut parler sans témoins.

SCÈNE VII. Julie, Benvoglio.

BENVOGLIO

Hé bien !

SCÈNE VIII. Julie, Madame Capellet.

JULIE, se jette aux genoux de sa mère

Ah ! Madame ! Cessez ! Ah ! Cessez...

MADAME CAPELLET

Hé bien ! Adieu, Julie ! Adieu, ma chère enfant. Le repos calmera le trouble qui t'agite : C'est à regret que je te quitte : Je ne sais ; j'ai le coeur... Il le faut cependant.

Madame Capellet, en s'en allant, tourne la tête plusieurs fois ; et Julie qui la regarde, court à elle pour l'embrasser encore, avec l'air de vouloir lui dire son secret.

SCÈNE IX.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Laure, Garvas, déguisé, Julie dans la situation ou elle est restée à la fin du troisième Acte.

SCÈNE II. Laure, Julie , ensuite un domestique.

SCÈNE III. Julie, Monsieur Capellet, Laure.

SCÈNE IV. Julie, Monsieur Capellet.

SCÈNE V. Julie, Monsieur Capellet, Benvoglio.

MONSIEUR CAPELLET

Hé bien !

BENVOGLIO, il tâte le pouls de Julie

Aucun secours ne peut plus vous la rendre.

SCÈNE VI. Julie, Monsieur Capellet, Benvoglio, Laure.

SCÈNE VII. Les Précédents, Madame Capellet, Plusieurs domestiques.

BENVOGLIO, se mettant à sa rencontre

Au nom de Dieu, Madame ....

MONSIEUR CAPELLET

Épargnez votre époux...

SCÈNE VIII. Julie, Monsieur Capellet, Benvoglio, Domestiques.

MONSIEUR CAPELLET

Mon cher Benvoglio !

MONSIEUR CAPELLET

Il n'en est plus pour moi.

MONSIEUR CAPELLET, se retournant et revenant

Voilà donc tes effets, ô rage sanguinaire ! Fortuné Montaigu, quel triomphe pour toi ! Ta haine a le dessus ; tu l'emportes fur moi : Ton fils nous a ravi l'espoir de ma famille En Thébaldo ; peut-être, il m'ôte encor ma fille. Après ce coup affreux, j'espère que longtemps Tu ne jouiras pas de mes gémissements ; La douleur va bientôt consommer ta vengeance.

Il ramasse la lettre que Laure a laissé tomber, et lit : pendant ce temps-là, Benvoglio est près de Julie.

« Tu me caches quelque chose, ma chère Julie ! Quelques mots échappés devant Gervas, me causent les plus cruelles inquiétudes. Je me suis encore rapproché de Vérone, afin que tu puisse m'informer plus facilement de ce qui arrivera. Je me rendrai aux tombeaux à minuit, comme tu me le fais dire, et j'espère que tu ne refuseras plus de fuir nos persécuteurs, et de suivre enfin ton fidèle, ROMÉO. »

Suivre mon ennemi ! Honte des Capellets ! Fille ingrate ! Autrefois ma plus chère espérance, As-tu pu concevoir ces coupables projets ? Ah ! Qu'il vienne aux tombeaux, dans cette confiance !

À ses gens.

Sur ce fatal événement, Je veux qu'on garde le silence.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

Le théâtre représente des tombeaux. Une Lampe suspendue à la voûte éclaire la Scène. Au dessus de quelques unes des portes où sont censés être les cercueils, il y a des inscriptions et des statues. Laure et quelques autres Domestiques paraissent autour de Julie lorsque la toile du fond se lève. Ils se retirent dans la plus grande consternation, excepté un seul, qui ne sort que quand Roméo entre. Julie est derrière une espèce d'autel qui est au milieu, du Théâtre dans l'enfoncement. On ne la voit pas.

ROMÉO

L'homme qui guette son arrivée, dès que Roméo entre, sort du côté opposé.

Je revois ces tombeaux, ces lieux où ma Julie, En présence du Commandeur, A daigné me donner et sa main et son coeur ; Et j'y verrai bientôt cette épouse chérie : Bientôt ! Ah ! Ce n'est qu'à minuit Cette heure fortunée ! À peine la nuit sombre Dérobe à mes regards les objets dans son ombre : L'impatience me conduit. Je serai plus près d'elle, en ce triste réduit Et j'y puis, sans danger, attendre qu'elle arrive ! L'oeil même de la haine ira-t-il découvrir Que l'amour pour asile ait osé le choisir ?

Il écoute et regarde autour de lui.

Que la marche du temps pour mon coeur est tardive ! Que ce jour m'a duré ! Chacun de ses instants Fait sentir à la fois à mon âme craintive L'amertume et l'horreur de mille affreux tourments. Il me semble toujours que je la vois mourante, Victime des rigueurs de ses cruels parents ; Mais j'espère qu'enfin mon âme impatiente Pourra voir de leurs mains échapper mon amante : Cet espoir consolant embellit à mes yeux, Éclaire de la mort le séjour ténébreux.

Il prête l'oreille et garde le silence, en marquant de l'inquiétude.

Aïeux des Capellets, pardonnez mon audace ; Je ne viens point braver vos mânes au cercueil, Et j'oublie à jamais les fruits de votre orgueil. Une tige de votre race Pourrait de nos maisons faire cesser les pleurs, Et réparer enfin un siècle de malheurs : On rejette la paix que notre coeur implore. Vous ne l'ignorez pas, fiers ennemis des miens ! Vous fûtes les témoins des plus sacrés liens Et d'un amour qui vous honore. La mort même, la mort ne peut nous désunir. Quand cet hymen secret m'unit à ma Julie, Tour semblait annoncer un heureux avenir. Les soins du Commandeur allaient nous réunir, Et remettre entre nous une douce harmonie. Alors, Thébaldo ! Ta fureur N'avait pas élevé la querelle sanglante , Dont la suite funeste a détruit cette attente, En renversant notre bonheur. Au lieu de traverser une union si chère, Que l'amour de la paix n'était-il dans ton coeur ! Quel plaisir j'aurais eu de te nommer mon frère ! Hélas ! Ta violence a causé ton malheur. Je t'ai sauvé deux fois de ra propre furie, Deux fois je t'ai rendu ton épée et la vie : Tu ne l'as pas voulu !

Il s'arrête encore, pour écouter s'il n'entend rien.

Quel tableau de néant Présente à mon esprit cet asile effrayant ! Enfant, homme formé, celui que l'âge glace ; Amitié, haine, amour ; le faible, le puissant ; Tout dans la tombe, hélas ! se confond et s'efface ; Et c'est l'ouvrage d'un moment. Tel est l'ordre de la nature.

Il s'approche d'un tombeau.

D'Octave Capellet voici la sépulture : Ô toi ! Qui le premier, pour un vain point d'honneur, Osas contre les miens signaler ta vengeance, De combien de forfaits tu t'es rendu l'auteur ! Et de quoi t'ont servi ton orgueil, ta hauteur, Pendant quelques jours d'existence ? Quand tu vécus, la haine empoisonna ton coeur : Ta vie, au sein du deuil, passa comme un nuage ; Et victime bientôt de ta propre fureur, La mort et le néant devinrent ton partage.

Il fléchit un genou devant l'autel, derrière lequel est Julie.

Pardonne, Dieu puissant ! Pardonne aux Capellets, Ainsi qu'aux Montaigus, leurs horribles excès.

Il s'approche d'une autre tombe.

Sur cette tombe encor rien ne me fait connaître Qui le trépas y livre à la destruction. Hélas ! C'est Thébaldo peut-être ! D'où me vient cette émotion ? Elle annonce à mon coeur l'approche de Julie, Et je touche au moment le plus beau de ma vie. Elle suivra mes pas loin de ces tristes lieux ; Éloigné d'un rival et d'un père odieux, Sans craintes et sans jalousie, Je vivrai désormais amant, époux heureux : À l'abri de leur haine, et méprisant leur rage, L'amour et le repos seront notre partage ; Une volupté pure, en comblant tous nos voeux, Embellira toujours l'hymen qui nous engage.

Pendant cette tirade, il s'approche de l'entrée qui est du côté du Palais, par où sont sortis les domestiques.

Je n'entends rien encor.

Il revient devant une autre tombe.

C'est ici le tombeau D'un enfant que la mort ravit dans le berceau. À peine il commençait le printemps de son âge, Qu'il est rentré dans le repos. Nos plaisirs passagers, nos besoins et nos maux, Nos craintes, nos désirs qu'ici bas tout irrite, Lui furent inconnus.

Il porte ses regards inquiets vers le tombeau du fond.

Mes regards, malgré moi, Recherchent ce tombeau. Le trouble qui m'agite Augmente à son approche, et me saisit d'effroi.

Il vient jusqu'auprès de l'autel.

Quel noir pressentiment tient mon âme alarmée !

En se rapprochant de l'entrée du côté du Palais.

Julie ! Hâte l'instant de voler dans mes bras !

Il revient vers l'endroit où est Julie.

Pourquoi vers ce tombeau porté-je encor mes pas ? Tient-il de Thébaldo la dépouille enfermée ? La porte n'en est point fermée , Et je puis satisfaire un désir curieux. Pardonne Thébaldo ! Cette main désarmée, Ne veut point insulter à tes restes poudreux.

Il passe derrière l'autel pour aller ouvrir le tombeau du fond, il aperçoit Julie.

SCENE II. Roméo, Julie.

ROMÉO

Que vois-je ? Quel objet ? Ô Dieu ! grand Dieu, c'est elle ! Julie ! Ô malheureux ! Julie ! éveille-toi : C'est Roméo, ton amant, ton époux qui t'appelle. Julie ! Ouvre les yeux, regarde, et réponds moi. Elle n'est plus ! Ô ciel ! Sa dépouille mortelle Ne fait plus tressaillir aux accents de ma voix. J'entendis, ce matin, pour la dernière fois, Les accents de la sienne ! Ô fortune cruelle ! Ce jour, qui la voit prête à suivre son époux, Qui promet à nos voeux un avenir si doux, L'engloutit pour jamais dans la nuit éternelle ! C'est son père sans doute... Ah ! Oui, c'est par ses coups. Hélas ! De ses fureurs innocente victime, Julie aura voulu me conserver sa foi ; Il n'a point eu d'horreur de commettre un tel crime ! Il aura découvert... Elle est morte pour moi. Hé Dieu ! Que n'ai-je pu te forcer à me suivre ! Tous mes pressentiments, mes craintes, mon effroi, Mon amour, mon devoir, tout m'en faisait la loi ! De ce regret affreux que la mort me délivre, Et dans l'éternité me réunisse à toi. Insolent Thébaldo ! Sa perte est ton ouvrage ! Ose quitter la tombe et reprendre ta rage ; Que je t'immole encore à mon juste courroux. Le voilà ! Je le vois à travers la poussière, Qui d'un air menaçant lève sa tête altière. L'implacable ennemi défie encor mes coups. Mais tu penses en vain jouir de ma misère , Et tu vas me payer ce regard insultant : Pour la seconde fois, rentre dans le néant...

Il porte la main sur son épée, et s'arrête.

Quel transport impuissant égare ma pensée ! Comment un vain fantôme a-t-il pu m'occuper, Et faire illusion à mon âme oppressée ?

En se frappant la poitrine de la main.

Ah ! C'est-là que je dois frapper.

Il se rapproche de Julie.

Toi, que ce coeur a tant chérie, Ô malheureux objet des plus tristes amours ! Toi, qui seule pouvais me faire aimer la vie, Hélas ! Il est donc vrai qu'au printemps de tes jours, La mort en a tranché le cours ; Que pour jamais je t'ai perdue ? Dans l'horreur du néant serais-tu confondue ? Un bonheur éternel a dû suivre ta mort : Ton âme, en ce moment, qui s'échappe à ma vue, Errante autour de moi, me voit et plaint mon fort, Elle cherche sans doute à s'unir à la mienne. Ma Julie ! À l'instant, mon âme fuit la tienne.

En le montrant de la main.

Ce fer va resserrer nos noeuds, Et c'est lui déformais qui peut me rendre heureux : C'est par lui que je vais finir mon existence, En contemplant encor ces restes précieux.

Il prend la main de Julie.

Grand Dieu ! Jette sur nous un regard de clémence ; Et que notre bonheur commence Dans une éternelle union !... Me trompé-je, grand Dieu ! Sa main, ma main glacée Semble se ranimer dans la mienne pressée.

Il l'examine et presse sa main contre sa joue et contre son coeur.

Ah ! Ce n'est qu'une illusion ! Et pourquoi m'arrêter dans une vaine attente ? Le temps est arrivé de suivre mon amante ! Je n'ai pu l'arracher aux mains de Capellet, Il faut, par mon trépas, expier ce forfait.

Il se frappe et jette son poignard a terre.

JULIE, d'une voix sépulcrale

Roméo ! Roméo !

ROMÉO

Ce n'est point un mensonge : Je l'entends qui m'appelle. Ah ! Julie ! Un instant... Elle sort de sa tombe !

Il tombe au pied de l'autel. Il met son écharpe à l'endroit de sa plaie, et s'aide ensuite de l'autel pour se relever.

JULIE, qui a ramassé le poignard

Non, non.

BENVOGLIO, criant derrière la coulisse et dans l'éloignement

Elle est vivante ! Ô père furieux !

SCÈNE DERNIÈRE. Roméo, Julie, Monsieur Capellet, Madame Capplet, Laure, Benvoglio, et Domestiques

MADAME CAPELLET

Je revois ma Julie !

MADAME CAPELLET, s'évanouit

Qu'as-tu fait, malheureuse ?

1 350 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica