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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Prologue en vers· Prologue ne un Acte, en vers

Molière à Pézénas

Alphonse Pagès· imprimée en 1866· 340 vers· 11 personnages

Personnages

  • MOLIÈRE, M. POREL
  • POQUELIN, son père. M. RANDOUX
  • CRESSÉ, son grand-père. M. LAUTE
  • LA COUTURE, pédant
  • BÉJART, ainé. M. RICHARD
  • LOUIS, M. MONTLOUIS
  • DUPARC, M. ROGER
  • UN ÉCHEVIN, M. PRÉVILLE
  • DROUILLAC, homme de peine de la troupe. M. CLERH
  • MADELEINE, Melle DAMIAN
  • GENEVIÈVE, M. SAMUEL

MOLIÈRE A PÉZENAS

Une salle d'auberge. Porte au fond. Portes sur les côtés. À droite, un fauteuil vu de dos. A gauche, deux chaises, et, sur une table, une collation servie.

SCÈNE PREMIÈRE. Drouillac, endormi sur le fauteuil. Au lever du rideau, il ronfle.

Entrent POQUELIN et LA COUTURE.

POQUELIN, d'un ton lamentable

Donc, affiches, décors, tout est prêt !

LA COUTURE, de même

Heu !

LA COUTURE

Epistola !

LA COUTURE

Poquelinus !

LA COUTURE, à part

Ignorantus !

LA COUTURE, de même

Blasphème !

LA COUTURE

Sacrilège !

POQUELIN, se jetant à son cou

Mon pauvre La Couture !

POQUELIN

Mon pauvre Métaphraste !... - Eh ! le sot confident ! Suis-je fou de gémir au cou de ce pédant !

Drouillac ronfle comme au lever du rideau.

Nous ne sommes pas seuls.

Métaphraste, Syméon : Historien du Xème siècle, né à Constantinople.

POQUELIN, réveillant Drouillac

Hé ! l'homme !

DROUILLAC, avec un accent gascon très fort

Je parle aussi français, moussur.

POQUELIN, avec joie

Ah !

DROUILLAC

Sans assent !

LA COUTURE

Juste.

LA COUTURE

Et que prétendent-ils donner, ces histrions ? Quelque grosse parade, avec des horions, Des grimaces, des coups de pied au cul, sans doute ?

Histrion : Aujourd'hui, comédien, mais avec un sens de mépris. Un vil, un misérable histrion. [L]

Horion : Coup rudement déchargé. [L]

DROUILLAC

Oy, moussur.

Fausse sortie.

LA COUTURE, lui montrant la table

Qu'est-ce là ?

SCÈNE II.

SCÈNE III. La Couture, Molière, Cressé.

LA COUTURE

Poquelin !

MOLIÈRE

La Couture !

Il lui tend les bras. — Le pédant fait un mouvement pour s'y jeter ; puis, tout_à_coup, d'un ton solennel.

MOLIÈRE, à Cressé avec étonnement

Que comme ambassadeur ?

MOLIÈRE

Eh bien ?

MOLIÈRE, avec ironie et en versant à boire à La Couture

Monsieur l'ambassadeur, vous aimez le bordeaux ?

LA COUTURE, avec humeur

Eh ! Sans doute !

LA COUTURE

Moi ?

SCÈNE IV. Les mêmes, Béjart aîné, Louis, Madeleine et Geneviève, qui sont entrés pendant les derniers mots de la scène précédente.

LA COUTURE, leur tendant une main à chacun

Touchez là : j'aime fort l'esprit et la science.

LA COUTURE, bas à Molière

L'embrasserai-je aussi ?

SCÈNE V. Les mêmes, Duparc, entrant précipitamment.

CRESSÉ

C'est juste !

Moment de silence.

Mes enfants, je suis illuminé !

On se groupe autour de lui et de Molière auquel il parle bas.

MOLIÈRE, l'écoutant

Superbe... Magnifique... Au cas...

On n'entend pas le reste de la phrase.

CRESSÉ

Je te renie.

SCÈNE VI. Les mêmes, moins Cressé qui sort après avoir pris la bourse et échangé quelques mots avec Duparc.

LA COUTURE

Et grec.

LA COUTURE

J'atteste...

LA COUTURE, se récriant

[Un] clin d'oeil !

LA COUTURE

O terque...

LA COUTURE

O terque...

MADELEINE et DU PARC

Ah ! Monsieur !...

Molière parle bas a Duparc qui disparaît un moment, et revient avec le costume de l'avocat.

LOUIS et GENEVIÈVE

Recevez !...

LA COUTURE

Quel avocat ?

LA COUTURE

Tu te joues !

GENEVIÈVE, le caressant

Cher monsieur !

MADELEINE, de même

Par pitié !

LA COUTURE

Baisez d'abord... pour voir !

Elles l'embrassent en même temps chacune sur une joue. Grimace de jubilation du pédant.

MADELEINE et GENEVIÈVE

Il consent !

LA COUTURE, se récriant

Je...

GENEVIÈVE, lui passant la robe par-dessus ses habits

Mettez-moi ce costume !

LA COUTURE

Mais...

GENEVIÈVE

Le rabat !

LA COUTURE

Permettez !

LA COUTURE

Je...

GENEVIÈVE

Le chapeau !

LA COUTURE

De grâce !

MADELEINE

Il ne manque plus rien !

On entraîne le pédant. - Madeleine et Geneviève le tiennent chacune sous un bras. - Duparc précède ; les deux Béjart suivent.

SCÈNE VII. Molière, L'Échevin.

L'ÉCHEVIN, bégayant un peu

Vous êtes Mo-olière ?

MOLIÈRE, qui s'est arrêté sur la porte, au bruit de la cannade l'échevin

Oui, monsieur.

L'ÉCHEVIN

Fort bien. Est-ce du Jo-odelle ou du Monchré-étien Que je vais ou-ouïr ?

Jodelle, Étienne (1532-1573) : auteur dramatique et poère qui écrivit L'Eugène (comédie), et deux tragédies Cléopâtre capitive et Didon se sacrifiant.

Monchrétien, Antoine de (1575-1621) : auteur dramatique et poère qui a donné sept pièces de théâtre.

L'ÉCHEVIN

Quo-oi donc ?

SCÈNE VIII. Les Mêmes, Cressé.

CRESSÉ

Ouf !

MOLIÈRE

Le malade ?

MOLIÈRE

Converti !

CRESSÉ

Bien !... Nous avons ce soir... le prince de Conti !

L'échevin, à cette nouvelle, fait un bond, essaye en vain de parler et sort précipitamment.

CRESSÉ

Eh bien ?

SCÈNE IX. Les Mêmes, Poquelin.

POQUELIN

Eh bien ?

MOLIÈRE, à part

Quel beau verbe !

Haut.

J'avoue...

MOLIÈRE

Direct !

POQUELIN

J'ai dit !

POQUELIN, avec fureur

Fripier !... Monsieur... !

MOLIÈRE

J'ai dit !

SCÈNE X. Les Mêmes, La Couture, titubant un peu, Duparc, apportant le pourpoint, le manteau et la toque de Sganarelle, dont il habille Molière, avec l'aide de Cressé.

POQUELIN, le prenant a la gorge

Vous êtes un drôle !

POQUELIN

Quoi ?

POQUELIN

Quoi ?

POQUELIN

Retirez-vous, lourdaud, vous empestez le vin !

À Molière.

Pour la dernière fois !...

On entend l'orchestre qui accompagne en sourdine la fin du prologue.

MOLIÈRE

Père, un mot de clémence ! Si Molière, l'acteur, le poète, insulté Dans sa profession et dans sa dignité, Redresse hautement son front sous l'anathème...

Lui prenant la main.

Votre fils Poquelin vous respecte et vous aime !

Il se jette au cou de son père qui se laisse embrasser avec un peu de mauvaise grâce, mais lui rend son baiser. Molière se dirige ensuite vers Cressé et La Couture qui l'attendent au fond du théâtre.

MOLIÈRE, avant de sortir

Jamais !

POQUELIN

Ce garçon-là ne fera jamais rien !

Il sort précipitamment. L'orchestre cesse de jouer en sourdine. Le décor fait place à celui du Médecin volant.

340 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0