Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Prologue en vers· Pour Servir de Prologue du Grondeur

Les Sifflets

Jean de Palaprat, Louis Chalmeton· créée en 1691, imprimée en 1755· 335 vers· 5 personnages

Représentée pour la première fois le 3 Février 1691.

Personnages

  • ERASTE, homme du monde, sérieux
  • DAMON, jeune homme de condition, enjoué
  • LICIDAS, auteur
  • MADEMOISELLE BEAUVAL, célèbre Aétrice
  • UN GASCON

LES SIFFLETS,

SCÈNE PREMIÈRE. Damon, Licidas.

SCÈNE II. Eraste, Damon, Licidas.

DAMON

Grâces à la Crosnier, qui les enferme à clé.

Crosnier : Ouvreuse de Loges.

DAMON

Mais.

DAMON

Oh ! Je ne doute point que vous ne trouvassiez Cette amende fort équitable, Et surtout si le tiers en était applicable Aux auteurs disgraciés. Vos plaintes là-dessus sont de pures chimères ; Rien ne tient mieux les gens dans leur devoir. Écoutez-moi ; vous allez voir Si les Sifflets font nécessaires. Chez un Marchand moins riche en bijoux qu'en caquet, L'un près de l'autre un jour se rencontrèrent La Trompette et le Sifflet, Qui sur le pas d'abord se querellèrent. Leur procédé fut violent ; L'un est traître et moqueur, l'autre fière et bruyante. Sans la présence du marchand Leur querelle eût été sanglante. La Trompette bravant d'un ennemi si vain Le ridicule orgueil et l'impuissante rage, Crut avoir tout l'avantage D'une Géante contre un Nain. Oses-tu, disait-elle, au plus beau de mon règne, De ton mérite au mien faire comparaison ? Es-tu jusqu'à ce point dépourvu de raison, Vil instrument que l'on dédaigne, Qui serais ignoré de tous, Sans les criminels rendez-vous Où tu servais jadis dans l'horreur des ténèbres ? Aujourd'hui le Pont-Neuf jouit d'un plein repos. Trop de catastrophes célèbres Ont servi de pompes funèbres Aux prouesses de tes Héros. Si tu prends déformais ces manières mutines, Vois en moi qui te châtiera. Es-tu si glorieux, parce qu'à l'Opéra Tu fais mouvoir des façons de machines ? Je vois bien ce qui t'a gâté, Ce font les airs d'autorité Qu'on te souffre à la Comédie. Les tours que tu fais là te paraissent galants : Mais regarde de quelles gens Ton insolence est applaudie. Moi, je fais mon devoir toujours près des guerriers, Je leur fais moissonner des forêts de lauriers, Je ramène, j'excite un languissant courage ; On me doit des hauts faits qu'on ne peut oublier. N'as-tu pour tout avantage Autre chose à publier, Répartit le Sifflet d'un air assez tranquille ? Avec un mot je veux t'humilier. Dans le camp des Français, instrument inutile, De leur haute valeur tu n'es que le témoin ; D'exciter leur courage a-t-on quelque besoin ? Crois-moi, rabaisse un peu de ce ton de tonnerre, Tu n'auras pas longtemps matière à tes discours : Eh ! Fanfaronne, la guerre Ne durera pas toujours. Nos victoires sont trop complètes Pour ne voir pas dans peu tout calme, ou tout soumis. À quoi servirez-vous alors, pauvres Trompettes ? La France au premier jour sera sans ennemis, Et jamais sans mauvais poètes. Pendant ce plaisant démêlé Le Marchand par plaisir ayant dissimulé, À la fin éclata de rire. Pour mettre toutefois la paix dans sa maison, Je suis fâché, dit-il, Trompette, de vous dire Que le Sifflet a raison : Vous nous contez des sornettes, Quand vous faites sonner si haut vos grands emplois : Depuis un certain temps je débite en un mois Beaucoup plus de Sifflets qu'en deux ans de Trompettes. Il vous dit vrai, bientôt vous serez au filet, La paix vous rendra muette, On ne conservera que la douce musette, Le hautbois et le flageolet, Pour chanter les amours sur les bords de la Seine ; Et le redoutable Sifflet, Pour corriger les abus de la scène. Ces vers vous plaisent-ils ?

LICIDAS

Si...

ERASTE

Qui ?

DAMON

Mademoiselle_Beauval.

Mademoiselle Beauval (1648-1720) : actrice de la Comédie Française. Elle débuta en 1670 et est devenue sociétaire en 1680.

SCÈNE III. Mademoiselle Beauval, Damon, Eraste, Licidas,

MADEMOISELLE BEAUVAL

Vous ririez trop, Messieurs, de voir ce qui se passe. L'Auteur de cette pièce, orgueilleux, confiant, (Comme ils font tous) gardant pour lui seul son estime, S'applaudissant toujours, et toujours décriant Tout ce qui ne vient point de son esprit sublime ; Idolâtre éternel de ses productions, Traitant tous les Auteurs près de lui d'Allobroges, Au Grondeur chaque jour ajoutait des éloges. Il le fallait entendre aux répétitions, Prôner sa comédie, élever ce chef d'oeuvre ; Il nous allait tous enrichir. De ce matin plus humble, et cherchant à gauchir, Le parterre lui semble aspic, serpent, couleuvre, Dans son premier courroux difficile à fléchir. L'affronter est, dit-il, une terrible chose. Combattu, mais trop tard, de ces réflexions, Je viens de le laisser dans les convulsions. On doit aux violons cette métamorphose, Qui du premier coup d'archer L'un rendu sourd et muet. D'abord il regardait allumer les chandelles, Sans trop paraître se troubler : Mais la toile levée, on l'a vu chanceler, Rougir, pâlir, céder à ses frayeurs mortelles. La peur entièrement a troublé son esprit, Il extravague et ne sait ce qu'il dit. Quoi qu'on lui représente, il raisonne pantoufle, Sa comédie en poche il tremble et n'entend rien, Nous ne la savons pas cependant assez bien Pour la jouer sans qu'on nous souffle : Nous sommes bien embarrassés. Je n'ai vu de mes jours une chose pareille.

à Licidas. qui rit.

Ne riez point, autant vous en pend à l'oreille ; Depuis assez longtemps vous nous en menacez.

SCÈNE IV. Mademoiselle Beauval, Damon, Le Gascon, Eraste.

MADEMOISELLE BEAUVAL

D'encourager l'auteur.

MADEMOISELLE BEAUVAL

Quoi ?

MADEMOISELLE BEAUVAL

Oui, beaucoup, sans mentir.

LE GASCON

N'importe.

MADEMOISELLE BEAUVAL

Oui, Monsieur.

MADEMOISELLE BEAUVAL

Je vous suis obligée.

SCÈNE V. Eraste, Damon, Le Gascon.

LE GASCON

Que dis-tu ?

335 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica