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Comédie en vers· Comédie en Deux Actes et en vers

Les Tuteurs

Charles Palissot de Montenoy· créée en 1760· 2 actes· 720 vers· 7 personnages

Représentée pour la première fois par les Comédiens français ordinaires du Roi, le 25 novembre de la même année [1760, au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain].

Personnages

  • ORGON, tuteur de Julie
  • BAVARDIN, tuteur de Julie
  • GÉRONTE, tuteur de Julie
  • JULIE
  • DAMIS
  • MARTON
  • CRISPIN

ACTE I

SCENE PREMIERE. Juie, Marton.

SCÈNE II. Julie, Damis, Marton, Crispin.

CRISPIN

Oui.

CRISPIN, embrassant aussi Marton

Permettez-moi tous deux d'avoir la même audace.

SCÈNE III. Julie, Marton.

SCÈNE IV. Les Tuteurs, Julie, Marton, Bavardin.

La scène 4 est noté 3 dans l'édition de 1754.

BAVARDIN

Julie ?

BAVARDIN

Comment ?

ORGON

Les trépieds ! Le cheval, Le butor !

Butor : Gros oiseau, espèce de héron fainéant et poltron. On dit figurément d'un homme stupide et maladroit que c'est un butor. [F]

ORGON st Julie

Va, ne l'écoute point, Julie ; il faut qu'un homme Connaisse les beautés de la Grèce et de Rome, Qu'il sache distinguer un Galba d'un Othon ; Qu'on respire l'antique en toute sa maison ; Qu'il ait au moins chez lui quelque peu d'eau lustrale, Quelque petit morceau de lampe sépulcrale. Conviens qu'un tel mari serait plus de ton goût, Que tu l'adorerais.

Galba, Servius Sulpitius (-4, -68) : Empereur romain. Sa sévérité et son avarice le rendirent bientôt odieux aux Prétoriens. Othon qui n'avit pu se faire choisir par Galba pour son successeur, profita de ces dispositions du peuple à son égard pour le faire assassiner, ainsi que Pison, son fils adoptif, et se fit proclamer à sa place. Galba n'a régné que huit mois. [B]

Othon, M. Salvius Otho (32 , 69) : Empereur romain, favori et compagnon de débauche de Néron, et deuxième mari de Poppée. Il fit assassiner GAlba qui lui avait préféré Pison comme fils adptif. Il lutta contre Vittelius éléver à l'Empire par l'armée de Germanie. Il ne régna que 3 mois.

MARTON

Messieurs, y pensez-vous ? Allez-vous pour cela vous quereller encore ?

À Orgon.

Avez-vous oublié que c'est une Pécore ?

À Géronte.

Ce n'est qu'un animal, un imbécile, un sot. Messieurs, faut-il ainsi se brouiller pour un mot, Ne suivre, n'écouter que son premier caprice ? Je vois qu'au fond du coeur vous vous rendez justice.

À Orgon.

S'offensa-t-on jamais des propos d'un oison ?

À Géronte.

Il radote.

Pécore : se dit figurément en burlesque pour signifier une personne sotte, stupide, et qui a de la peine à concevoir quelque chose. [F]

Oison : On dit par injure à un homme, que c'est un oison, qu'il se laisse mener comme un oison ; pour dire, que c'est un sot, qui ne sait pas se conduire qu'il n'agit que par l'organe d'autrui. [F]

SCÈNE V. Julie, Marton.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Damis, Marton, Crispin portait une lanterne, et deux habits ridicules pour le travestissement de son maître, et le sien.

DAMIS, transporté de joie, un consentement à la main

Vous avons fait, Marton, d'excellentes affaires.

MARTON

Oui ?

DAMIS

Oui, lui-même. À quatre pas d'ici, guidé par le hasard, J'ai rencontré mon sot qui rêvait à l'écart, Qui parlait, se taisait, et reparlait encore, Traitait quelqu'un de fat, d'insensé, de pécore.

Contrefaisant le ton de fausset du vieillard.

« Ignorant, disait-il, le Mogol est en paix ! Morbleu, j'irais plutôt au Mogol à mes frais, Que de venir ainsi débiter des sornettes, Et d'oser jusques-là démentir les gazettes. » J'avais deviné l'homme à cet emportement. Lui, toujours sans me voir, ajoute au même instant : « Corbleu ! Que j'avais fait une étrange folie De songer à ce fat pour l'hymen de Julie ? » À ce dernier propos qui me donnait beau jeu, Je m'écrie : « Oui Crispin, le Mogol est en feu. » À ce nom de Mogol qui frappe son oreille, Le vieillard étonné me regarde et s'éveille.

Contrefaisant toujours le Vieillard.

« Vous savez donc, Monsieur, dit-il, d'un ton plus doux, Les troubles du Mogol ? » Comment ? En doutez-vous ? Ai-je dit aussitôt. Puis tirant une lettre Que Crispin au hasard venait de me remettre : « Lisez, lui dis-je, elle est du grand eunuque noir. » Le bonhomme ravi n'a plus voulu rien voir. Enfin pour t'abréger, juge quel imbécile ! Il m'embrasse Marton, il m'offre sa pupille ; Moi je le prends au mot, et suis débarrassé De ce maudit rival dont j'étais menacé.

Pécore : se dit figurément en burlesque pour signifier une personne sotte, stupide, et qui a de la peine à concevoir quelque chose. [F]

MARTON

Bon, car voici le moment, Où quand notre antiquaire a fini quelque emplette, Il rentre à la maison.

Emplettte : Achat de marchandise. Il se dit particulièrement de celles qui concernent les habits. [F]

CRISPIN, donnant à son maître un des deux habits

Voilà votre toilette. Voici la mienne aussi.

MARTON, riant du déguisement de Damis

Ha, ha, ha, ha, ha, ha, le bizarre équipage !

MARTON, continuant de rire

Ha, ha ,ha, ha, ha, ha.

CRISPIN, se regardant

Hi, hi,hi,hi, hi, hi.

SCÈNE II. Damis, Orgon, Crispin.

ORGON, transporté

La voilà !

DAMIS, froidement

Quoi ! Monsieur...

CRISPIN

Il est vrai.

DAMIS, d'un ton de dédain

Jeune, me dites-vous ?

CRISPIN

Oui-da ?

DAMIS, d'un ton d'irrésolution

Oui... mais l'Hymen ..

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Damis, Crispin.

Pendant cette scène, ils quittent tous deux leurs déguisements.

CRISPIN

Mais, Monsieur, quelqu'un vient, éloignons-nous un peu.

Ils se retirent au fond du Théâtre.

SCÈNE V. Géronte, Crispin, Géronte

DAMIS

Fini, moi ! Dieu m'en garde ; Et n'était la saison, Monsieur, qui nous retarde, Je serais déjà loin. À mon gré c'est mourir Que de rester chez soi. Quoi, vivre sans courir ! J'espère bien encor, si le vent nous seconde, Avoir fait en deux ans trois fois le tour du monde, Et retourner encore au Monomotapa. Je mourrais aujourd'hui sans cette attente-là.

Monomotapa : Empire de l'Afrique australe, s'étendait de la Cafrérie à la côte du Sofala, le long de celle du Mozambique, et avait pour borne au nord le Zambèze, à l'Est le Monzora, au Sud et à l'Oues les monts Foura et des Botongas. [B]

DAMIS

L'Orchestre est admirable aussi. Les Spectacles d'ailleurs font plus décents qu'ici ; On n'y voit ni rumeurs, ni reflux , ni cabales, Les danseuses surtout sont autant de vestales.

Vestale : Fille vierge chez les Romains, qui était consacrée au service de la déesse Vesta, pour garder le feu sacré de son temple. [F]

GÉRONTE, à Crispin qui bat des entrechats

Hé que fais-tu donc là ?

GÉRONTE

Comment ?

CRISPIN

Ah, les honnêtes-gens que messieurs les Hurons !

Huron : Peuple indigène d'Amérique du Nord, errait sur le cote orientale du lac Huron lors de la découverte du Canada par les Français. Ils réclamèrent la protection des Français contre les iroquois leurs ennemis. D4autre hurons vivaient entre les lacs Huron et Ontario et sur les bords du Saint-Laurent ; ils ont disparu, exterminés presque entièrement par les Cherokees.

GÉRONTE

Moi ?

GÉRONTE ? enchanté

Ah ! Que je vais l'aimer !

GÉRONTE

Sans doute.

CRISPIN

Fort bien.

GÉRONTE

Enfin j'ai mes raisons pour obliger ton maître.

Il s'approche, d'une table pour écrire le consentement.

Voici précisément ce qu'il faut. Écrivons.

GÉRONTE, écrivant à Crispin qui se tient familièrement à ses côtés

Je veux qu'il mette au jour ses différents voyages.

GÉRONTE, achevant d'écrire

Comment se nomme-t-il ?

CRISPIN

Damis.

DAMIS, après avoir lu

Cet écrit m'encourage.

SCÈNE VI.

SCÈNE VI.I. Géronte, Julie, Marton.

SCÈNE VIII. Les Tuteurs, Julies, Marton.

BAVARDIN, vivement

Je soutiendrai mon choix.

GÉRONTE, d'un ton de confiance

J'en ai fait un qui va nous accorder tous trois.

ORGON

Vous ?

GÉRONTE

Moi.

BAVARDIN

Chansons.

GÉRONTE

Messieurs...

SCÈNE IX ET DERNIÈRE. Damis, Crispin et les acteurs précédents.

ORGON avec emportement

Ah ! C'est mon antiquaire.

Ils se disputent mutuellement Damis.

BAVARDIN

M'avoir ainsi joué ! Le trait est singulier.

Ils sortent en colère.

720 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0