Comédie en vers· Comédie en Deux Actes et en vers
Les Tuteurs
Représentée pour la première fois par les Comédiens français ordinaires du Roi, le 25 novembre de la même année [1760, au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain].
Personnages
- ORGON, tuteur de Julie
- BAVARDIN, tuteur de Julie
- GÉRONTE, tuteur de Julie
- JULIE
- DAMIS
- MARTON
- CRISPIN
ACTE I
SCENE PREMIERE. Juie, Marton.
MARTON
Vous soupirez, Madame ?JULIE
Ah Marton !JULIE
Que dis-tu ?MARTON
Votre coeur a raison. Comment, Damis, Madame ? Aimable, jeune, riche, Vous vouliez le cacher ? Un pareil goût s'affiche.JULIE
Je l'aime ; mais je crains, Marton, qu'un si beau feu, De mes cruels tuteurs n'obtienne pas l'aveu.MARTON
La crainte par malheur n'est que trop bien fondée ; Et même plus j'y rêve... aussi par quelle idée Feu Monsieur votre père, à qui dieu faste paix, S'avisa-t'il, Madame, au jour de son décès, De vous assujettir aux volontés bizarres De trois originaux, dans leur espèce rares : Tous trois divers d'humeur, de goût, de sentiments, Et qui n'ont en commun qu'un défaut de bon sens ? Dites-moi, s'il vous plaît, par quel autre caprice, Voulant apparemment que sa race finisse, Il vous défend d'aimer, et d'oser faire un choix, Qu'autant qu'il pourrait être approuvé de tous trois ; Mais c'est précisément le moyen infaillible De vous rendre à jamais tout hymen impossible. Trois Argus divisés du matin jusqu'au soir, L'un fait, l'autre défait, l'un veut blanc, l'autre noir ; Les accorder entre eux, ce serait un prodige. Ce maudit testament m'inquiète, et m'afflige.Argus : Nom propre d'un homme fabuleux de la mythologie, qu'on dit avoir eu cent yeux. Ce mot est venu en usage dans la langue pour signifier un homme prudent et clairvoyant. [F]
JULIE
Quel supplice , Marton ! Mais ne pourrais-tu pas M'aider par ton esprit à sortir d'embarras, Inventer... Tu m'entends... là... quelque stratagème ?MARTON
Madame, y pensez-vous, Je pourrais essayer de guérir un jaloux, De corriger un fat, de fixer un volage, De polir un savant, de rendre un abbé sage, De bannir loin d'un coeur un étourdi qui plaît, De rendre un Petit-Maître, amoureux et discret, De trouver deux époux brûlants des mêmes flammes, De contraindre un moment l'amour propre des femmes, Plutôt que d'accorder les esprits et les cours De ceux que le défunt vous donna pour tuteurs.Petit-maître : jeune homme qui a de la recherche dans sa parure, et un ton avantageux avec les femmes. [L]
MARTON
Oh ! vous courez danger de rester longtemps fille. Monsieur vous réservait ce trait pour le dernier ; C'était peu jour et nuit de l'entendre crier, Pester, jurer , gronder, dans ses accès farouches, Contrôler nos rubans, nos pompons et nos mouches ; Industrieux dans l'art d'épargner un écu, Nous contredire en tout, tandis qu'il a vécu ; Il fallait que sa fin répondit a sa vie, Que Monsieur jusqu'au bout contentât sa manie, Que par un ridicule il achevât son sort, Nous désolât vivant, et nous désolât mort.Mouche : Petit morceau de taffetas noir, de la grandeur d'environ l'aile d'une mouche, que les dames se mettent sur le visage. Une boîte à mouches. [L]
MARTON
Oh ! Je vous le promets, et de toute mon âme ; Mais quand (je vous l'accorde) un stratagème heureux Nous mettrait en état d'en gagner jusqu'à deux, Le troisième toujours maître de son suffrage, Par caprice et par goût détruirait notre ouvrage.JULIE
Je ne sais... mais enfin j'espère un sort plus doux, Je vois tous les écueils, mais l'amour est pour nous.MARTON
Oui, Madame, l'amour se plaît dans les obstacles : Si l'on en fit un dieu, c'est qu'il fait des miracles ; Il brave les tuteurs, les maris et le sort ; Le danger le réveille, et le calme l'endort.JULIE
Pas encore.MARTON
Il le faut, et je commence à croire Qu'il pourrait... oui... fort bien... en sortir à sa gloire. Damis a de l'esprit ?JULIE
Non L'Amour en sa faveur ne m'a point prévenue, Et je n'ai pas été séduite par la vue. Ah ! Si tu l'entendais, Marton, quel sentiment ! Que son ardeur pour moi s'exprime éloquemment !SCÈNE II. Julie, Damis, Marton, Crispin.
DAMIS
Madame, Dissipez d'un regard le trouble de mon âme ; En vain j'ai réfléchi, j'ai formé cent projets, Je ne puis sur aucun m'assurer du succès ; Je ne vois pour nos feux qu'un avenir funeste.CRISPIN
Un affreux désespoir est tout ce qui nous reste. Son chagrin... me chagrine, et j'ai le coeur si bon Que si je ne comptais sur l'esprit de Marton, Cet esprit si fertile en intrigues secrètes, Cet esprit qui la rend la perle des soubrettes ; J'irais, je crois, me pendre... au risque d'en mourir.MARTON
Le beau présent !MARTON, les contrefaisant
« Marton, chère Marton... » l'on a besoin de moi. Ma foi, que les amants sont une sotte espèce ! Mais à quoi vous sert donc ce grand fonds de tendresse, Si, contents de gémir et de vanter vos feux, Vous n'avez le secret de devenir heureux ; Si le moindre embarras qui vous paraît à craindre, Ne vous laisse d esprit que celui de vous plaindre ? Vous me disiez si bien, « j'espère un sort plus doux, Je vois tous les écueils, mais l'amour est pour nous. » Et qu'il vous serve donc, qu'il agisse ; j'enrage, Lorsque j'entends tenir ce doucereux langage. Ce dieu si réclamé, quand on le prend au mot, A besoin de Marton, et l'Amour n'est qu'un sot.DAMIS
Elle a raison, l'Amour est un fort mauvais guide ; Plus le mien est ardent, plus il me rend timide. Un sentiment moins vif permet de réfléchir, Nous laisse le sang-froid qu'il nous faut pour agir. Plus un objet nous plaît, plus il nous intéresse ; Souvent pour l'acquérir moins nous montrons d'adresse. Un coeur indifférent prend bien mieux son parti ; Peut-être en pareil cas servirais-je un ami ; Mais qu'on peut rarement se conseiller soi-même ! Plus j'aime, plus je crains de perdre ce que j'aime. Cette image m'accable, et quand je veux songer À former des projets pour sortir de danger, Malgré moi, cette crainte est tout ce qui m'occupe.MARTON
Mais avec tout cela vous en seriez la dupe. Ce que vous avez dit, au fonds, est très bien dit ; Mais si j'aimais, je sens que j'aurais plus d'esprit, J'aurais pour l'intérêt de Madame, et le vôtre, Gagné les trois tuteurs.CRISPIN
Oui.MARTON
Mais l'un après l'autre. L'un, grand admirateur de toute antiquité, Croit que depuis mille ans le monde a radoté, Cent manuscrits rongés sont sa bibliothèque, Souvent même, par goût, il s'habille à la Grecque. Il n'admet au logis que de vieux médaillons, Des urnes, des trépieds, ou tels autres chiffons ; Encor dans la maison n'ont-ils pas leur entrée, Que leur antiquité ne soit bien avérée ; Mais comme il n'est doué que d'un discernement Très mince, à ce qu'on dit, on le trompe aisément. Aussi sur tout cela, dieu sait comme on l'attrape ! Il croit avoir chez lui la barbe d'Esculape, Et je le vis hier payer, au poids de l'or, Le marteau d'un Cyclope, et la pique d'Hector. Quand Madame chez lui veut être bien reçue, Il faut que, dans la peur de lui choquer la vue, Elle aille en arrivant dans un vaste salon Tapissé des portraits d'Ajax, d'Agamemnon, Et de tous ces débris qu'avec soin il conserve, Avant de lui parler, s'habiller en Minerve.MARTON
Oh ! Monsieur, demandez, je l'ai peint tel qu'il est. L'autre est une autre fou que la mode gouverne. Rien ne lui paraît beau qu'autant qu'il est moderne ; Nouvelliste d'ailleurs par état et par goût ; Il faut flatter son choix, et l'admirer en tout, Appuyer fortement ses moindres conjectures, Louer sa politique, être de ses gageures ; Ne l'aborder jamais qu'une lettre à la main , En date d'Edimbourg, de Rome ou de Pékin. La gazette surtout l'enchante par le style. C'est là qu'il a puisé sa politique habile. Il a pour la gazette un respect scrupuleux, Par jour il la médite au moins une heure ou deux, Pour elle son estime est enfin si complète, Que lorsqu'il est à table on lui lit la gazette.Gazette : petit imprimé, cahier ; feuille volante, qu'on débite toutes les semaines, qui contient des nouvelles e toutes sortes de pays. Gazette de France, de Hollande, d'Angleterre, de Flandre, etc.
CRISPIN
Cet homme assurément n'a pas tout-à-fait tort, La gazette est très belle, et je l'estime fort.MARTON
De plus, certain fripon , docteur en fourberie , Assez gueux, m'a-t-on dit, mais riche en industrie , Dans l'esprit du bon homme a fait de tels progrès, Que sans l'avoir encore observé de trop près, Je ne risquerais rien à gager, que dans l'âme, Il en veut sourdement à la main de Madame.MARTON
Du valet du vieillard Qui m'a tout dit ; d'ailleurs par un heureux hasard Il connaît l'intriguant, il sait à fonds sa vie, Et s'il est amoureux, c'est du bien du Julie.MARTON
De ces aventuriers Qui se font appeler Marquis, ou Chevaliers ; Prôneurs d'un mauvais ton dont ils sont les apôtres, Fripons autorisés pour découvrir les autres, Fiers avec leurs égaux, et valets près des grands, En imposant aux sots par des airs importants ; Envieux par état, contents pourvu qu'ils choquent, Beaux esprits s'il leur plaît, il n'est rien qu'ils n'escroquent ; Orateurs des cafés, où se forma leur goût, Qui partout rejetés, reparaissent partout, Intrépides d'ailleurs à déchirer les femmes, Et laissant à leur dos payer leurs épigrammes.Épigramme : c'est une espèce de poésie courte, qui finit par quelque pointe ou pensée sublime. [F] Elle exprime souvent une pensée mordante envers une personne ou une ouvre.
MARTON
Encor plus ridicule ; Aussitôt dans son genre, et tout aussi crédule. Un vieillard singulier qui s'occupe aujourd'hui À regretter les jours qu'il a passés chez lui ; Qui plein des voyageurs, sa lecture ordinaire, Dont il est fort avide, et qu'il ne comprend guère, Ne parle avec respect que des peuples lointains, Chinois, Cochinchinois, Japonais, Africains, Voudrait avoir couru, les trois quarts de sa vie, D'Amérique en Europe, ou d'Afrique en Asie ; Qui croit un voyageur un homme vraiment grand Et qui porte, je pense, envie au Juif errant : D'ailleurs fort curieux des productions rares, Que la nature étale en ces climats barbares ; Ne louant que les moeurs de l'Inde ou du Japon, Et grand admirateur du fameux Robinson.Robinson : Personnage principal d'un roman de Daniel Defoe (1663-1731) nommé "La Vie et les Aventures de Robinson Crusoé" (1719). La première traduction française par St-Hyacinthe et Ven Effen, parut en 1720. [B]
MARTON
Que Monsieur tour-à-tour doit prendre leur figure, Copier leurs travers, leur goût, leurs sentiments, Et s'assurer par-là de leurs consentements.DAMIS
À merveille, Marton.CRISPIN, embrassant aussi Marton
Permettez-moi tous deux d'avoir la même audace.DAMIS
À tromper ces vieillards, j'ai bien quelque remord, Mais ma vie en dépend, l'Amour est le plus fort ; Adieu, belle Julie.SCÈNE III. Julie, Marton.
MARTON
Quoi ! Damis sort à peine, et vous êtes rêveuse ! Voilà donc comme on est quand on est amoureuse ? Mais c'est aimer cela comme l'on n'aime plus, Ma foi vous irez loin après de tels débuts... Mais je vois nos tuteurs.JULIE
Ah ! Fuyons-les.SCÈNE IV. Les Tuteurs, Julie, Marton, Bavardin.
La scène 4 est noté 3 dans l'édition de 1754.
BAVARDIN
Julie ?BAVARDIN
Le célibat t'ennuie, Cela doit être au moins, et nous venons exprès Délibérer ici sur tes vrais intérêts. À ton âge, un époux est un mal nécessaire, Il faut t'en donner un, mais digne de te plaire, Un homme essentiel. J'en connais un vraiment...MARTON, bas à Julie
Que vous avais-je dit ? C'est ce bel intriguant.BAVARDIN, continuant
À vous parler sans fard, ses biens sont assez minces, Mais c'est un homme instruit des intérêts des Princes ; Un homme ! Qui, je crois, est de tous leurs secrets, Qui sait quand nous aurons ou la guerre ou la paix, Qui prédit nos traités, nos marches, nos mesures, Et ne donne jamais que des nouvelles sûres. Un homme ! Qui pourrait au besoin avec moi, Composer par avance une histoire du Roi : Un homme ! Qui s'occupe à fouiller nos chroniques, Et qui m'a démontré, par des faits authentiques, Que depuis Pharamond, et deux siècles avant, Quoiqu'on en ait écrit jusqu'aux jours d'à présent, Les français n'ont jamais été battus ?BAVARDIN
Outre cela, c'est qu'il est si modeste Qu'il ne songe pas même avec tous ses talents, À paraître à la Cour, à percer chez les grands : Rien ne l'occupe moins que sa propre fortune ; Mais il a ce qu'il faut du moins pour en faire une, Et ce serait toujours un des meilleurs partis, N'eût-il que le secret de faire des paris. Qu'en dis-tu ?JULIE
Vous m'allez trouver extravagante ; Mais je ne suis, Monsieur, que son humble servante, Et je ne lui serai, s'il se peut, rien de plus.BAVARDIN
Comment ?ORGON
Elle a raison ; j'approuve son refus. Le bel époux vraiment à donner à Julie, Qu'un ridicule, assez dépourvu de génie, Pour s'occuper toujours de semblables débats.BAVARDIN
Quoi donc ! Les intérêts des plus grands potentats ! Les guerres ! Les combats ! Les traités !...ORGON
Bagatelle, Qui ne mérite pas de troubler la cervelle. Parlez-moi de quelqu'un dont les vastes talents Percent quand il leur plaît dans l'abîme des temps ; Pour qui l'antiquité n'offre point de ténèbres ; Qui connaît ses débris , ses monuments célèbres ; Qui peut, à la faveur de ses nobles travaux,Avec enthousiasme.
Dérober à l'oubli le portrait d'un héros ; Qui traite avec respect les savants les plus brusques, Enrichit sa maison de beaux vases étrusques ; Qui distingue au coup d'oeil leur usage et leur prix, Déchiffre habilement les plus vieux manuscrits ; Qui possède un trépied ! Des couteaux victimaires ! Des urnes...Etrusques : tribu de la péninsule italienne, qui a laissé de nombreux témoignages archéologiques.
ORGON
L'extravagant !BAVARDIN
Le fat !... La fureur me transporte ; Je n'y peux plus tenir... Il vaut mieux que je sorte. La Gazette, morbleu !Il sort.
ORGON
Les trépieds ! Le cheval, Le butor !Butor : Gros oiseau, espèce de héron fainéant et poltron. On dit figurément d'un homme stupide et maladroit que c'est un butor. [F]
ORGON st Julie
Va, ne l'écoute point, Julie ; il faut qu'un homme Connaisse les beautés de la Grèce et de Rome, Qu'il sache distinguer un Galba d'un Othon ; Qu'on respire l'antique en toute sa maison ; Qu'il ait au moins chez lui quelque peu d'eau lustrale, Quelque petit morceau de lampe sépulcrale. Conviens qu'un tel mari serait plus de ton goût, Que tu l'adorerais.Galba, Servius Sulpitius (-4, -68) : Empereur romain. Sa sévérité et son avarice le rendirent bientôt odieux aux Prétoriens. Othon qui n'avit pu se faire choisir par Galba pour son successeur, profita de ces dispositions du peuple à son égard pour le faire assassiner, ainsi que Pison, son fils adoptif, et se fit proclamer à sa place. Galba n'a régné que huit mois. [B]
Othon, M. Salvius Otho (32 , 69) : Empereur romain, favori et compagnon de débauche de Néron, et deuxième mari de Poppée. Il fit assassiner GAlba qui lui avait préféré Pison comme fils adptif. Il lutta contre Vittelius éléver à l'Empire par l'armée de Germanie. Il ne régna que 3 mois.
GÉRONTE
Elle a ma foi raison, non pas que je n'estime Autant, ou plus que vous, l'antiquité sublime ;À part.
J'ai pour elle, (il faut bien applaudir le brutal) Et pour ses monuments un respect sans égal ; Mais je crois qu'un savant amuse peu les femmes. Je pense que le ciel a versé dans leurs âmes Beaucoup d'affinité pour des plaisirs plus doux, Que ceux que peut donner la science. Entre nous, Pensez-vous qu'en effet dans les moments nocturnes, Elles feraient grand cas des trépieds et des urnes ? Il faudrait à Julie un époux moins savant ; Mais d'une humeur égale ; attentif, amusant, Qui fît tout son bonheur de l'aimer, de lui plaire ; Un honnête-homme enfin , tel qu'on n'en trouve guère, Sur tout dans ces climats. Je voudrais pour son bien Pouvoir la marier à quelque brave Indien, Quelque honnête Chinois, quelque petit Bramine. Ah ! c'est-là, c'est chez eux que la vertu domine : Mais du moins au défaut d'un aussi bon parti, Je veux , ma chère enfant, te donner pour mari Un voyageur instruit des moeurs et des usages De ces peuples qu'à tort on a nommé sauvages. Quel agrément pour toi d'entendre ces récits, De voir les raretés de ces charmants pays ?Avec enthousiasme.
Des serpents ! Des oiseaux ! Des poissons ! des reptiles ! Des fleurs ! Des calumets ! De petits crocodiles ! Des insectes !... Cela t'amuserait du moins : Conviens qu'un tel parti te plairait ?JULIE
Encor moins.GÉRONTE piqué
Point du tout, encor moins...ORGON, d'un ton ricaneur
Un petit crocodile a pourtant son mérite.MARTON
Messieurs, y pensez-vous ? Allez-vous pour cela vous quereller encore ?À Orgon.
Avez-vous oublié que c'est une Pécore ?À Géronte.
Ce n'est qu'un animal, un imbécile, un sot. Messieurs, faut-il ainsi se brouiller pour un mot, Ne suivre, n'écouter que son premier caprice ? Je vois qu'au fond du coeur vous vous rendez justice.À Orgon.
S'offensa-t-on jamais des propos d'un oison ?À Géronte.
Il radote.Pécore : se dit figurément en burlesque pour signifier une personne sotte, stupide, et qui a de la peine à concevoir quelque chose. [F]
Oison : On dit par injure à un homme, que c'est un oison, qu'il se laisse mener comme un oison ; pour dire, que c'est un sot, qui ne sait pas se conduire qu'il n'agit que par l'organe d'autrui. [F]
ORGON
Il est vrai.GÉRONTE
Cette fille a raison.MARTON
Pourquoi donc vous fâcher ? Et quant à ma maîtresse, Dont il paraît aussi que le refus vous blesse , Peut-elle, malgré vous, se donner un mari ? Il lui faut votre aveu pour choisir un parti.À Orgon.
Un voyageur la choque à la mettre en colère.À Géronte.
Elle prendrait la mort plutôt qu'un antiquaire. Ainsi vous avez tort de vous mettre en courroux, Et c'est de votre choix qu'elle attend un époux.SCÈNE V. Julie, Marton.
ACTE II
SCÈNE PREMIÈRE. Damis, Marton, Crispin portait une lanterne, et deux habits ridicules pour le travestissement de son maître, et le sien.
DAMIS, transporté de joie, un consentement à la main
Vous avons fait, Marton, d'excellentes affaires.MARTON
Oui ?CRISPIN
Ma foi ! Tes conseils nous étaient nécessaires ; Nous en avons aussi parbleu bien profité. Je suis dans une joie...DAMIS
Ah ! Je suis enchanté. Va, tu peux de ma part assurer ta maîtresse Que tout me réussit au gré de ma tendresse : Je suis déjà muni d'un des consentements.MARTON
Mais vous avez fort bien employé votre temps. Et quel est le vieillard qui dans le stratagème...DAMIS
Le Nouvelliste.MARTON
Quoi ! Bavardin ?DAMIS
Oui, lui-même. À quatre pas d'ici, guidé par le hasard, J'ai rencontré mon sot qui rêvait à l'écart, Qui parlait, se taisait, et reparlait encore, Traitait quelqu'un de fat, d'insensé, de pécore.Contrefaisant le ton de fausset du vieillard.
« Ignorant, disait-il, le Mogol est en paix ! Morbleu, j'irais plutôt au Mogol à mes frais, Que de venir ainsi débiter des sornettes, Et d'oser jusques-là démentir les gazettes. » J'avais deviné l'homme à cet emportement. Lui, toujours sans me voir, ajoute au même instant : « Corbleu ! Que j'avais fait une étrange folie De songer à ce fat pour l'hymen de Julie ? » À ce dernier propos qui me donnait beau jeu, Je m'écrie : « Oui Crispin, le Mogol est en feu. » À ce nom de Mogol qui frappe son oreille, Le vieillard étonné me regarde et s'éveille.Contrefaisant toujours le Vieillard.
« Vous savez donc, Monsieur, dit-il, d'un ton plus doux, Les troubles du Mogol ? » Comment ? En doutez-vous ? Ai-je dit aussitôt. Puis tirant une lettre Que Crispin au hasard venait de me remettre : « Lisez, lui dis-je, elle est du grand eunuque noir. » Le bonhomme ravi n'a plus voulu rien voir. Enfin pour t'abréger, juge quel imbécile ! Il m'embrasse Marton, il m'offre sa pupille ; Moi je le prends au mot, et suis débarrassé De ce maudit rival dont j'étais menacé.Pécore : se dit figurément en burlesque pour signifier une personne sotte, stupide, et qui a de la peine à concevoir quelque chose. [F]
MARTON
Continuez, Monsieur, payez d'effronterie, Jouez bien votre rôle, et vous avez Julie. Allons vite, Crispin, votre déguisement.CRISPIN
J'ai tout apporté.MARTON
Bon, car voici le moment, Où quand notre antiquaire a fini quelque emplette, Il rentre à la maison.Emplettte : Achat de marchandise. Il se dit particulièrement de celles qui concernent les habits. [F]
CRISPIN
Elle nous servira.MARTON, riant du déguisement de Damis
Ha, ha, ha, ha, ha, ha, le bizarre équipage !MARTON, continuant de rire
Ha, ha ,ha, ha, ha, ha.CRISPIN, se regardant
Hi, hi,hi,hi, hi, hi.DAMIS
Comment bourreau !SCÈNE II. Damis, Orgon, Crispin.
ORGON, au fond du Théâtre
C'est bien cher. Mais n'importe : un si beau monument Ne peut trop s'acheter. Mais que vois-je ? Deux hommes À ma porte.DAMIS
Il est particulier, Mais il en a, Monsieur, d'autant plus de mérite ; Et nous venons tous deux vous rendre une visite.ORGON
Une visite à moi ?CRISPIN
Sans doute, à vous.DAMIS
On dit, Et c'est faire en deux mots connaître votre esprit, Que vous avez, Monsieur, pour ce qu'on nomme antique Une amitié qu'on peut appeler sympathique ; Que l'un de vos plaisirs , et même le plus doux, Est de vous occuper à rassembler chez vous Le peu d'antiquités que vous pouvez connaître.DAMIS
Monsieur, cela peut-être ; Mais comme de tout temps je m'en occupe aussi , Et que jusqu'à présent j'ai toujours réussi, Je crois, sans me vanter, en avoir quelques unes Qui pourraient vous manquer, et ne sont pas communes.DAMIS
Non pas. J'en connais trop le prix et j'en fais trop de cas. L'antiquité, Monsieur, fut ma première étude.CRISPIN, d'un ton suffisant
Moi, sans trop me flatter , j'en ai quelque habitude.DAMIS
Et comme en arrivant j'apprends que notre goût Est le même à peu près, ou pour mieux dire en tout, Je venais admirer ces monuments...ORGON
De grâce, Souffrez qu'auparavant, Monsieur, je vous embrasse : Quoique de vos trésors je fois un peu jaloux, Je suis heureux de voir un homme tel que vous, Et vous êtes vous-même un trésor. À votre âge, Aimer l'antiquité ! C'est être vraiment sage ; Mais dites-moi, Monsieur, d'où vous vient cet habit ? C'est sans doute une antique !CRISPIN
On vous le garantit ; Mais d'une antiquité, Monsieur, si fort.... antique , Là... d'une antiquité... d'autant plus authentique.. Qu'on voit assurément que rien n'est moins nouveau. Hé bien, malgré cela, convenez qu'il est beau.ORGON
Ah ! S'il est beau !CRISPIN
D'ailleurs, c'est qu'il est si commode ! Vraiment il fut un temps qu'il était à la mode ; Mais il faut remonter à deux mille ans au moins.ORGON
Deux mille ans !CRISPIN
Oui, Monsieur, j'en aurais des témoins. En fait d'antiquité mon Maître est un bon juge, Demandez....DAMIS, froidement
Cet habit vient du temps du Déluge.ORGON
Du Déluge !DAMIS
Sans doute ; et pour juger de ces temps-là par d'autres, Ne voyons-nous pas bien que tout a dépéri ? Tout semble n'exister aujourd'hui qu'à demi. On On voit que par degrés le monde dégénère ; Notre siècle extravague à me mettre en colère : Tous nos petits auteurs, si fiers de leurs succès, Sont pour les gens sensés de vrais colifichets. Une métaphysique où le jargon domine, Souvent imperceptible, à force d'être fine, Du clinquant, honoré du nom de bel esprit : Voilà ce qui décide en faveur d'un écrit.ORGON
Il est vrai.DAMIS
Croiriez-vous que nous venons d'Athènes. Sur un simple rapport qu'autrefois Diogène, (Monsieur, vous connaissez sans doute un si grand nom) Ce Philosophe Grec...ORGON
Si je le connais ? Bon ! J'ai lu plus de cent fois tout ce qui le concerne. Hé bien, que Diogène ?...DAMIS
Y laissa sa lanterne, Et qu'on pourrait encor la retrouver. Je pars, Je m'embarque et, Monsieur, après mille hasards, La voilà.ORGON, transporté
La voilà !ORGON
C'est un homme admirable...À part.
Monsieur, si vous vouliez... il ne voudra jamais Après tant de périls et les pas qu'il a faits.Haut.
Si, dis-je, vous vouliez m'abandonner, me vendre Ce trésor... Je sens bien que j'ai tort d'y prétendre ; Mais ce serait, Monsieur, me faire un grand cadeau ; Jugez, Messieurs, j'allais acheter son tonneau ; Je le trouvais trop cher, mais j'allais m'y résoudre.DAMIS, froidement
Quoi ! Monsieur...ORGON, désolé
Puissai-je être écrasé de la foudre ; Malheureux que je suis ! Je l'avais bien prévu. Concevez-vous, Monsieur, quel plaisir j'aurais eu De pouvoir réunir deux morceaux aussi rares ?CRISPIN
Vraiment, je le crois bien.DAMIS, feignant de se concerter avec Crispin
La lanterne, Crispin, perd un peu de son prix, Si le tonneau nous manque.CRISPIN
Il est vrai.CRISPIN, d'un ton d'érudition
C'est à Rome en effet que mourut ce grand homme.DAMIS
J'étais prêt à partir pour l'acheter. De là, Comme il ne me manquait justement que cela, J'avais fait le projet de repasser en France, D'y jouir en repos d'un cabinet immense, Et de m'y marier.CRISPIN
Il faut faire une fin.ORGON
De vous y marier ?ORGON
Se marier ! Qu'entends-je ? Il me vient une idée Heureuse, et qui d'ailleurs me parait bien fondée.À part.
Avec le peu de bien dont je jouis encor , Je ne pourrais jamais acheter ce trésor. L'argent coûte si cher ; le jeter, c'est folie ! Si j'osais me flatter qu'il acceptât Julie !Haut.
Monsieur, je crois avoir votre fait.DAMIS
Hé ! comment ?ORGON, à part
Ô Ciel ! fais qu'il se prête à cet arrangement !Haut.
J ai sous mes lois, Monsieur, une jeune pupille, Aimable, belle, riche, et d'une humeur docile.DAMIS, d'un ton de dédain
Jeune, me dites-vous ?ORGON
Oui, Monsieur.DAMIS
Mais tant pis.ORGON
À part.
Ah ! Je tremble.Haut.
Il a parbleu raison ; mais , Monsieur, il me semble Que vous pourriez un peu sur cet article-là...CRISPIN
Sans doute avec le temps ce défaut passera. Je veux à soixante ans lui voir un port de Reine.CRISPIN
Oui-da ?DAMIS, d'un ton d'irrésolution
Oui... mais l'Hymen ..ORGON
Je sais quand je vous la propose, Que si vous l'acceptez, vous lui faites honneur, Et je vous le demande à titre de faveur. C'est faiblement, Monsieur, vous payer la lanterne ; Ma Pupille est pour elle un prix bien subalterne ; Mais, vous ne m'en cédez au fond que l'usufruit, Vous la retrouverez à ma mort.CRISPIN
C'est bien dit.ORGON
Et nous aurions, Monsieur, le plaisir d'être ensemble. Le goût, les sentiments, l'humeur, tout nous rassemble, Et d'ailleurs l'amitié...DAMIS, lui donnant la lanterne
C'en est fait, j'y consens : L'amitié sur mon coeur a des droits si puissants...ORGON, baisant la lanterne
Le mien ne peut suffire aux transports de ma joie : Béni soit à jamais le Ciel qui vous envoie ; Mais si par un dédit... Excusez-moi, Monsieur, Si je parais encor douter de mon bonheur, Nous confirmions tous deux ce charmant hyménée.ORGON
Je ne veux pas manquer ce précieux morceau.À Damis.
Entrez, Monsieur, entrez et nous allons conclure.DAMIS, à Crispin
Attends-moi, je reviens après la signature.SCÈNE III.
CRISPIN, seul
Bon, déjà l'antiquaire est pris dans nos filets ; Ma foi, vive Crispin pour les brillants projets ! Lanterne, que jadis alluma Diogène Pour chercher vainement un sage dans Athènes, Sage qu'il n'eût pas mieux découvert dans Paris, Il le faut avouer, tu nous a bien servis. Diogène avec toi n'en fut pas plus habile, Et Crispin a trouvé l'art de te rendre utile.SCÈNE IV. Damis, Crispin.
Pendant cette scène, ils quittent tous deux leurs déguisements.
SCÈNE V. Géronte, Crispin, Géronte
GÉRONTE, un livre à la main
Maudits soient les fâcheux et leurs tristes visages ; À peine dans une heure ai-je encor lu deux pages. Je prétends jusqu'au soir demeurer seul ici.Ouvrant son Livre.
J'en étais... à Congo...Apercevant Crispin qui lui fait des révérences.
Mais qui sont ces gens-ci ?GÉRONTE
Et vous venez ?...DAMIS
Pour vous parler d'affaires. Une jeune beauté dont vous êtes tuteur, Julie a pour jamais su captiver mon coeur. Vous savez à quel point, Monsieur, elle est aimable ! Je viens vous conjurer de m'être favorable.GÉRONTE
Le nom de voyageur a pour moi tant d'appas, Que sur ce titre seul je n'hésiterais pas ; Mais dites-moi comment vous connaissez Julie ?DAMIS
Pour le dire en deux mots... Je revenais d'Asie ; Car autant que j'ai pu... J'ai toujours voyagé.DAMIS
Fini, moi ! Dieu m'en garde ; Et n'était la saison, Monsieur, qui nous retarde, Je serais déjà loin. À mon gré c'est mourir Que de rester chez soi. Quoi, vivre sans courir ! J'espère bien encor, si le vent nous seconde, Avoir fait en deux ans trois fois le tour du monde, Et retourner encore au Monomotapa. Je mourrais aujourd'hui sans cette attente-là.Monomotapa : Empire de l'Afrique australe, s'étendait de la Cafrérie à la côte du Sofala, le long de celle du Mozambique, et avait pour borne au nord le Zambèze, à l'Est le Monzora, au Sud et à l'Oues les monts Foura et des Botongas. [B]
GÉRONTE
Va, j'en suis convaincu.DAMIS
S'il est beau ! Mais sans lui c'est que l'on n'a rien vu. C'est là, Monsieur, c'est là qu'on trouve des génies ; On y fait comme ici des vers, des comédies, Des chansons, des ballets....GÉRONTE
Au Monomotapa ?GÉRONTE
Des opéra !CRISPIN
Et la danse !GÉRONTE
Et l'orchestre ?DAMIS
L'Orchestre est admirable aussi. Les Spectacles d'ailleurs font plus décents qu'ici ; On n'y voit ni rumeurs, ni reflux , ni cabales, Les danseuses surtout sont autant de vestales.Vestale : Fille vierge chez les Romains, qui était consacrée au service de la déesse Vesta, pour garder le feu sacré de son temple. [F]
GÉRONTE, à Crispin qui bat des entrechats
Hé que fais-tu donc là ?GÉRONTE
Comment ?CRISPIN
Ah, les honnêtes-gens que messieurs les Hurons !Huron : Peuple indigène d'Amérique du Nord, errait sur le cote orientale du lac Huron lors de la découverte du Canada par les Français. Ils réclamèrent la protection des Français contre les iroquois leurs ennemis. D4autre hurons vivaient entre les lacs Huron et Ontario et sur les bords du Saint-Laurent ; ils ont disparu, exterminés presque entièrement par les Cherokees.
GÉRONTE avec admiration
Sans doute. Leurs vertus sont encor dans leur force , Au lieu que parmi nous on n'en a que l'écorce.DAMIS
Voilà pourquoi le Ciel moins prodigue envers nous, Leur a donné des biens dont nous serions jaloux ; Des secrets surprenants, des raretés uniques.CRISPIN
Des remèdes certains... mais doux et pacifiques. De ces remèdes...là, qui guérissent. Enfin, On y meurt de son mal, jamais du médecin. Ce n'est pas comme ici ; nous sommes les sauvages.GÉRONTE
Ce garçon parle d'or.GÉRONTE
Moi ?CRISPIN
Vous ! J'ai rapporté de ces heureux climats Un élixir divin. Ah ! quel plaisir extrême Si je pouvais, Monsieur, l'essayer sur vous-même : Près de cet élixir, l'eau de goudron n'est rien ; Mais, malheureusement, vous vous portez si bien !GÉRONTE
Mais pas si bien.CRISPIN
Tant mieux. Comptez sur mon service ; Deux flacons de mon eau vous rendraient un novice, Un jeune adolescent ; vous pourriez au besoin Vous faire un héritier... en m'en donnant le soin. La Sultane d'Agra, quoique laide et caduque, Dans le temps qu'au sérail je lui servais... d'eunuque, Avec cet élixir aurait eu des enfants, Et je l'aurais fait vivre encor plus de cent ans.Agreh : Ville de l'Indoustan. C'était autrefois une de splus belle set des plus riches viles de l'univers ; ce n'est plus aujourd'hui [XIXème] qu'un amas de ruines. [B]
GÉRONTE
Encor plus de cent ans !CRISPIN
Moins quelques mois peut-être. Je ne suis cependant qu'un sot près de mon maître ; Il ne doit qu'à lui seul cet excès de santé. Voyez ce coloris.GÉRONTE, transporté de joie
Ah je suis enchanté.À part.
Quel homme ! Et que le Ciel à propos me l'adresse Moi qui touche aux glaçons de la triste vieillesse. Je suis sûr avec lui de l'immortalité.Haut.
Monsieur, votre entretien, ma curiosité Nous ont jusqu'à présent écartés de Julie : Hé bien, vous disiez donc qu'au retour de l'Asie...DAMIS
L'amour guida mes pas, j'arrivai dans ces lieux ; Pouvais-je me soustraire au pouvoir de ses yeux ? Elle a cet enjouement qui plaît en Italie ; Ce port majestueux qui charme en Circassie ; Ces traits fins, délicats, ce brillant coloris. Cet oeil vif, animé qu'on recherche à Paris ; Cet air de liberté, l'ornement des Françaises ; Cet éclat de blancheur naturel aux Anglaises ; Un pied qui dans Pékin n'aurait pas de rival, L'esprit... Oh ! Pour l'esprit je n'ai rien vu d'égal : Enfin tout l'univers soupirerait pour elle ; Il n'est pas de climat qui ne la trouvât belle.Circassie : Contrée de la Russie située sur les deux versants du Caucase, entre la mer Noire à l'Ouest et la mer Caspienne à l'Est. [B]
GÉRONTE ? enchanté
Ah ! Que je vais l'aimer !DAMIS
Vous connaissez mes feux, C'est de vous que dépend le succès de mes voeux, Tout mon espoir enfin.GÉRONTE
Vraiment, j'en suis fort aise. Je me tiens honoré, Monsieur, qu'elle vous plaise, Et vous méritez bien de captiver son coeur. Si je pouvais moi seul faire votre bonheur , Vous seriez dès ce soir le mari de Julie ; Mais malheureusement elle est assujettie À deux autres tuteurs quinteux, extravagants, Et je ne réponds pas de leurs consentements.DAMIS marquant un peu d'embarras
Mais vous pourriez toujours en m'assurant du vôtre... Empêcher que leur choix ne tombât sur un autre ; Ou... s'ils lui proposaient de choisir un époux, Elle rejetterait son désaveu sur vous ; Ce prétexte du moins... lui servirait d'excuse.GÉRONTE
Oui... vous avez raison.CRISPIN
Je suis de cet avis.GÉRONTE
Mais c'est fort bien penser.GÉRONTE
Sans doute.CRISPIN
Fort bien.CRISPIN
Ils s'en pendront peut-être.GÉRONTE
Enfin j'ai mes raisons pour obliger ton maître.Il s'approche, d'une table pour écrire le consentement.
Voici précisément ce qu'il faut. Écrivons.GÉRONTE, écrivant à Crispin qui se tient familièrement à ses côtés
Je veux qu'il mette au jour ses différents voyages.GÉRONTE, achevant d'écrire
Comment se nomme-t-il ?CRISPIN
Damis.GÉRONTE
Bon ! j'ai connu son père, et nous étions amis.À Damis.
Votre nom suffisait pour fonder mon suffrage,Il lui donne le consentement.
Tenez Monsieur, lisez.DAMIS, après avoir lu
Cet écrit m'encourage.GÉRONTE
Nos Tuteurs vont gronder : Hé bien, tant pis pour eux. C'est un plaisir de plus de les choquer tous deux. Mais attendez... Fort bien... Je réponds de la chose ; Malgré les préjugés, le mérite en impose : Jamais ils ne pourront vous refuser leur choix, Et vous allez, Monsieur, nous réunir tous trois. Que j'aurais de plaisir à finir cette affaire Dès ce soir !CRISPIN, ironiquement
Mais vraiment, cela se pourra faire.SCÈNE VI.
SCÈNE VI.I. Géronte, Julie, Marton.
JULIE
Un époux ?SCÈNE VIII. Les Tuteurs, Julies, Marton.
BAVARDIN, vivement
Je soutiendrai mon choix.GÉRONTE, d'un ton de confiance
J'en ai fait un qui va nous accorder tous trois.ORGON
Vous ?GÉRONTE
Moi.BAVARDIN
Chansons.GÉRONTE
Messieurs...GÉRONTE
Mais encore une fois...ORGON, en colère
Le bien que vous m'en dites Ne m'obligera pas à changer de projet ; Je me suis engagé par écrit, qui plus est.BAVARDIN
Et moi par un dédit.GÉRONTE
J'ai fait la même chose,Vivement entre les trois tuteurs.
Et si vous connaissez celui que je propose...BAVARDIN
Je n'en démordrai pas.GÉRONTE
Parbleu, ni moi non plus.ORGON
Nous verrons.SCÈNE IX ET DERNIÈRE. Damis, Crispin et les acteurs précédents.
BAVARDIN
Que vois-je ?JULIE
Ah ! Marton.MARTON
Quel bonheur !BAVARDIN
Mais, c'est un nouvelliste.GÉRONTE avec confiance
Non, c'est mon voyageur, messieurs, sans vous déplaire.DAMIS
Non, Messieurs. Puisqu'il faut vous parler franchement, Mon rôle est achevé, je ne suis qu'un amant. J'ai pour vous accorder eu recours à la ruse ;Montrant Julie.
Mais j'étais amoureux, et voilà mon excuse.ORGON
Ah, Ciel !DAMIS, à Julie
Venez, que votre main comble mon espérance.720 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0