Opéra comique en vers et en prose· Petite Pièce en un Acte
Critique à L'Opéra-Comique
Représentée pour la première fois sur le Théâtre de la Foire en 1742.
Personnages
- MLLE. RAIMOND
- UN ACTEUR
- UN PROCUREUR
- UN GASCON
- UN MÉDECIN
- UNE ACTRICE
- LA CRITIQUE
- L'ANTIQUITÉ
- LA NOUVEAUTÉ
LA CRITIQUE À L'OPÉRA-COMIQUE
SCÈNE PREMIÈRE. Mademoiselle Raimond, Un acteur.
MADEMOISELLE RAIMOND
Restons un moment ; laissez-moi regarder cette salle ; Qu'elle est riante ! Que cet aspect est beau ! Quel plaisir, si cela continuait jusqu'au dix-huit_de_mars !
L'ACTEUR
C'est de quoi je n'ose ma flatter.
AIR. Je ne suis pas si diable.
Le jour où l'on commence, Le jour où l'on finit, D'une grande affluence Tout ceci se remplit.MADEMOISELLE RAIMOND
Volontiers on nous donne Le bon jour et l'adieu ; Mais on nous abandonne Vers le milieu.L'ACTEUR
Nous nous sommes plaints plus d'une fois.
MADEMOISELLE RAIMOND
Il faut tâcher que cela n'arrive point cette année... Vous soupirez ! Qu'avez-vous ? Votre esprit est furieusement agité !
AIR. La serrure.
C'est avec raison qu'il se frappe ; Nous avons à rendre contents Des censeurs à qui rien n'échappe, Beaucoup de frais, et peu de temps.L'ACTEUR
En deux mots, voilà notre situation.
MADEMOISELLE RAIMOND
Elle n'est pas gracieuse ; mais j'espère que notre rossoli de Turin vaudra bien les gouttes d'Angleterre qui sont à des certains spectacles de cette fille.
Rossolis : Liqueur composée d'eau-de-vie brûlée, de sucre, et de jus de quelque fruit doux, tel que celui de cerises, de mûres, etc. [L]
L'ACTEUR
Je n'aurais aucune inquiétude, ma chère camarade, si l'ancien protecteur de l'Opéra-Comique nous avait tenu parole. Vous savez ce que Momus nous a promis.
MADEMOISELLE RAIMOND
AIR. Vivons comme le voisin vit.
Il nous avait, pour aujourd'hui. Flatté de sa présence ; Il devait d'un solide appui Nous prêter l'assistance.L'ACTEUR
Il nous avait même fait espérer qu'il amènerait ici la Critique, sa fille, pour mettre un peu de son fiel dans nos épigrammes.
MADEMOISELLE RAIMOND
AIR. Comme un coucou.
D'où vient que ce Dieu nous oublie ? Manque-t-on de parole aux Cieux ? Et le vice de Normandie S'est-il introduit chez les Dieux ?L'ACTEUR
Momus nous a donné trop de preuves de son zèle pour le penser ; je suis persuadé que sans une cause très grave, il n'aurait pas manqué à sa promesse.
MADEMOISELLE RAIMOND
Je le crois comme vous ; il a subi plus d'un exil, et je vous dirai qu'hier, en passant, j'ai entendu parler de quelque chose : on nommait tout bas, Momus, la Critique, Jupiter.
L'ACTEUR
AIR. Comment faire ?
Ceci confirme mon soupçon : Sûrement à notre patron Il est arrivé quelqu'affaire. Je voudrais bien m'en éclaircir.MADEMOISELLE RAIMOND
Il faut tâcher d'y réussir.L'ACTEUR
Comment faire ?MADEMOISELLE RAIMOND
Si vous alliez consulter l'Oracle de la Comédie-Italienne ?
L'ACTEUR
Non.
MADEMOISELLE RAIMOND
Vous avez raison, la presse est trop grande ; d'ailleurs,
Cet Oracle est moins sûr que celui de Chalcas.L'ACTEUR
Il me vient une meilleure idée.
AIR. Votre époux ejl de glace.
Je m'en vais de Mercure Savoir cela. De toute l'aventure Il m'instruira.MADEMOISELLE RAIMOND
Où le trouverez-vous ?L'ACTEUR
À l'Opéra.MADEMOISELLE RAIMOND
Allez et revenez vite : en vous attendant, je vais donner audience aux trois personnes que vous voyez.
SCÈNE II. Mademoiselle Raimond, un Procureur, un Gascon, Monsieur Clamart, Médecin.
LE PROCUREUR
Madame, je suis un homme_de_Justice,
MADEMOISELLE RAIMOND
Je le vois bien..
LE GASCON
Je suis un chevalier de la Garonne.
MADEMOISELLE RAIMOND
Je l'entends bien.
MONSIEUR CLAMART
J'ai l'honneur d'être un médecin.
LE PROCUREUR
C'est...LE GASCON
Écoutez.LE MÉDECIN
Je viens pour...MADEMOISELLE RAIMOND
Que chacun parle à son tour, Tour, tour, tourlourirette.Au Procureur.
Commencez, Monsieur_Gripos.LE PROCUREUR
Voici mon affaire en deux mots.Tous les Procureurs, mes confrères, m'ont député, pour vous porter leurs plaintes.
MADEMOISELLE RAIMOND
De quoi ?
LE PROCUREUR
Des traits de satyre, dont on nous accable ici tous les jours ; vous ne cessez de dire que nous sommes tous des Arabes, des corsaires.
MADEMOISELLE RAIMOND
C'est la vérité...
LE PROCUREUR
Hem !...
MADEMOISELLE RAIMOND
Que nous le disons.
LE PROCUREUR
De plus,
AIR. Non, je ne serai pas.
Les couplets outrageants qu'en ces lieux on débite Toujours de notre épouse attaquent la conduite ; Et de quelque façon qu'une femme ait vécu, Un clerc sut l'attendrir, et le Maître est tondu.MADEMOISELLE RAIMOND
Voilà une belle affaire !
LE PROCUREUR
Je viens vous prier de ne plus parler de nous à l'avenir.
MADEMOISELLE RAIMOND
Si ce n'est que cela, vous pouviez vous épargner ce petit voyage ; il y a déjà du temps que nous avons résolu de ne vous plus mettre en scène : le Public ne peut plus vous y souffrir ; vous y feriez bientôt autant de mal qu'au Palais.
LE PROCUREUR
Vous ne nous jouerez donc plus ?
MADEMOISELLE RAIMOND
Non.
LE PROCUREUR
Tenez-moi parole ; je vous prie, sinon ?
Que d'exploits ma fureur vous prépare !AIR. Au faubourg Saint-Antoine.
Vous verrez du grabuge : Je vous apprendrai Comme un Procureur gruge Lorsqu'il est outré. , Je ferai tomber un déluge De papier timbré.Il sort.
MADEMOISELLE RAIMOND, au Gascon
À vous, Monsieur le Chevalier ; qu'est-ce qui vous amène ?
LE GASCON
Vos mauvais procédés.
AIR. Les Trembleurs.
L'injustice est évidente ; Sur ma province abondance, Votre satyre mordante Verse toujours ton poison. L'incomparable patrie Des arts et de l'industrie Doit-elle être ainsi flétrie ? J'en viens demander raison.MADEMOISELLE RAIMOND
Vous avez tort de vous plaindre ; quelle injure vous a-t-on fait ?
LE GASCON
Quelle injure, cadedis ! Depuis vingt_ans, et plus, vos pièces font farcies de Gascons.
MADEMOISELLE RAIMOND
Il est vrai ; mais ce n'est pas sur vous que tombent nos traits de critique.
LE GASCON
Sur qui donc, cap_de_bious ?
MADEMOISELLE RAIMOND
AIR. Ton humeur est, Catherine.
Sur une vieille coquette Qui chez elle vous reçoit, Sur le marchand qui vous prête, Sur un nigaud qui vous croit, Sur la veuve dont le coffre S'ouvre pour vous mettre en fonds ; Sur l'actrice qui vous offre Les débris de vingt Barons.LE GASCON
Ceci change la thèse : touchez-là, je suis le meilleur de vos amis ; adoufias, ma Reine, adoufias.
Il sort.
MADEMOISELLE RAIMOND
Approchez, Monsieur_le_Médecin ; c'est votre tour.
MONSIEUR CLAMART
Le Docteur_Ciamart, que vous voyez dans ma personne, vient se plaindre à vous des licences qu'on se donne sur votre Théâtre, dépens aux de la Médecine.
AIR. Bois de Boulogne.
Vous avez tort, en vérité De jouer notre Faculté ; Chacun aujourd'hui la révère.MADEMOISELLE RAIMOND
Comme a fait autrefois Molière.Monsieur_le_Docteur_Clamart, j'ai bien peur que vous n'ayez pris une peine inutile.
MONSIEUR CLAMART
Se déchaîner contre un Corps si nécessaire à tous les autres, quelle audace !
MADEMOISELLE RAIMOND
Il est vrai que vous rendez service à bien du monde.
AIR. Le bal du Cours.
Par vous d'une grand'mère On recueille le bien ; Vous délivrez d'un frère Un cadet qui n'a rien. Vous ôtez un gardien À de jeunes fillettes ; Aux femmes, un époux Jaloux ; Aux fils, un vieux papa. Voilà Les plaisirs que vous faites.MONSIEUR CLAMART
Chanson que tout cela ! Notre profond savoir est connu de tout l'Univers.
AIR. Monsieur le Prévôt des Marchands.
Dans tous les maux nous voyons clair.MADEMOISELLE RAIMOND
Comme on voit au fond de la mer.MONSIEUR CLAMART
Nous en connaissons l'origine.MADEMOISELLE RAIMOND
Comme je connais le grand Khan.MONSIEUR CLAMART
Nos yeux lisent dans la poitrine.MADEMOISELLE RAIMOND
Comme je lis dans l'Alcoran.MONSIEUR CLAMART
Vous ne pouvez disconvenir des effets admirables que nous opérons sur le sang.
AIR. Des époux réunis.
Quand sa masse est épaisse, De lui nous venons à bout.MONSIEUR CLAMART
AIR. Le jus d'Octobre.
Le courroux enfin m'aiguillonne ; Pour punir ces traits insultants À jamais je vous abandonne.MADEMOISELLE RAIMOND
Tant mieux, j'en vivrai plus longtemps.Ce Monsieur_Clamart a bien la mine de peupler l'endroit, dont il porte le nom... Mon camarade revient ; il aura sans doute appris des nouvelles de Momus.
SCÈNE III. Mademoiselle Raimond, un Acteur.
MADEMOISELLE RAIMOND
Croyez vous que Momus vienne ?L'ACTEUR
Turlutaine.MADEMOISELLE RAIMOND
Sera-t-il bientôt ici ?L'ACTEUR
Turlutu, tantaléri.Je crois que vous ne Le verrez de longtemps ; Mercure, que je quitte, vient de m'expliquer le sujet de sa disgrâce. Ces jours passés il y a eu fête au céleste_Palais ; Momus et la Critique, fa fille, y ont été invités, ainsi que tous les autres Dieux ; sur la fin du repas, l'ambro[i]sie, qu'on fit couler à longs traits, échauffa les esprits.
MADEMOISELLE RAIMOND
Le Dieu de la raillerie s'est sans_doute émancipé ?
L'ACTEUR
Un peu plus que de raison ; le nectar leur donna si fort dans la tête, que lui et la Critique se livrèrent tout entiers à la médisance ; les traits partaient comme un éclair, rien ne fut épargné.
AIR. Ô reguingué.
Minerve reçut son lardon ; Ils tirèrent sur Apollon : Leurs coups attaquèrent Junon ; Par une censure trop aigre Pluton fut traité comme un nègre,Air : Par bonheur ou par malheur.
Saturne fut leur jouet, Plutus reçut son paquet , Neptune eut son épithète ; De sot, on traita Vulcain ; Cérès, de vieille coquette ; Et Bacchus, de sac-à-vin.AIR. Vous m'entende ? bien.
Mars par eux fut nommé Gascon ; Mercure, intriguant et larron ; Ils ont dans leur rancune...MADEMOISELLE RAIMOND
Eh ! Bien ?MADEMOISELLE RAIMOND
Les Dieux, comme les hommes, n'aiment pas la vérité.
L'ACTEUR
Non, le Conseil céleste résolut de punir le père et la fille.
AIR. Comme un coucou.
Pour Se venger de leur licence, Les Dieux, d'une commune voix, Ont ordonné, par leur sentence, Qu'ils se tairont pendant six_mois.MADEMOISELLE RAIMOND
Le terme est long.
L'ACTEUR
Momus, pour ne rien voir qui l'excite à médire, s'est retiré dans un désert.
MADEMOISELLE RAIMOND
Et la Critique ?
L'ACTEUR
Elle est d'un sexe à qui la défense de parler peut être mortelle longtemps ; aussi n'y aurait-elle pas résisté longtemps.
AIR. De tous les Capucins du Monde,
Après quatre jours de silence, Sans pouls, sans voix, sans connaissance, Elle étouffait ; mais par bonheur, Pour elle on eut quelqu'indulgence, Et Jupiter, en sa faveur, Vient d'adoucir son ordonnance.Eu égard à la qualité de femme on lui a permis de parler, à condition quelle ne dira pas plus de trois syllabes.
MADEMOISELLE RAIMOND
Trois syllabes ! C'est bien peu.
L'ACTEUR
Ce peu-là lui a conservé la vie ; je viens de la rencontrer ici près.
MADEMOISELLE RAIMOND
N'y aurait-il pas moyen de l'attirer ici ? Peut-être nous sera-t-elle utile.
L'ACTEUR
Unissons-nous pour l'implorer.
MADEMOISELLE RAIMOND, à la Critique quelle aperçoit
AIR. Ô Pierre.
Notre amour vous en presse, Venez auprès de nous.SCÈNE IV. Mademoiselle Raimond, L'Acteur, LA Critique.
LA CRITIQUE
M'y voilà.L'ACTEUR
Soutenez notre début.LA CRITIQUE
C'est mon but.MADEMOISELLE RAIMOND
Nous ferez-vous des amis ?LA CRITIQUE
Si je puis.L'ACTEUR
On dit que Jupiter a rendu contre vous un Arrêt ?
LA CRITIQUE
Terrible.
MADEMOISELLE RAIMOND
Et que vous ne pouvez proférer que trois syllabes à la fois ?
LA CRITIQUE
Rien de plus.
LA CRITIQUE
Malgré moi.LA CRITIQUE
Vous voyez.L'ACTEUR
Que cela vous captive ?LA CRITIQUE
Qu'y faire ?
MADEMOISELLE RAIMOND
Nous en souffrirons beaucoup. Avant cela,
AIR. Des fraises.
Vous nous donniez des couplets, Qui nous faisaient connaître ; Vous ne pourrez désormais Nous fournir de pareils traits.LA CRITIQUE
Peut-être.MADEMOISELLE RAIMOND
Peut-être ?LA CRITIQUE
Peut-être.L'ACTEUR
Comment !
AIR. Si l'on vous demande à la porte.
Sans palier les bornes prescrites Vous pourriez remplir, votre emploi.LA CRITIQUE
Je le crois.LA CRITIQUE
Pourquoi non ?L'ACTEUR
Je doute de ce que vous dites.LA CRITIQUE
Effrayez.
MADEMOISELLE RAIMOND
J'y vois beaucoup de difficulté.
LA CRITIQUE
Qu'importe ?
L'ACTEUR
Cela ne paraît pas possible.
LA CRITIQUE
Oh ! Que si.
MADEMOISELLE RAIMOND
Nous sera-t-il permis de vous interroger ?
LA CRITIQUE
Volontiers.
L'ACTEUR
Que fait-on au spectacle de la rue_Saint-Honoré ?
LA CRITIQUE
Rien de trop.
MADEMOISELLE RAIMOND
Dans la rue_Mauconseil ?
LA CRITIQUE
De l'argent.
L'ACTEUR
Au Faubourg_Saint-Germain ?
LA CRITIQUE
Des dettes.
MADEMOISELLE RAIMOND
Comment trouvez-vous le premier ?
LA CRITIQUE
Passable.
L'ACTEUR
Le second ?
LA CRITIQUE
Florissant.
MADEMOISELLE RAIMOND
Le troisième ?
LA CRITIQUE
Tout à bas.
L'ACTEUR
À merveille ! Mais,
AIR. Un Berger de notre village.
Pourparler suivant notre style, Il nous faut ici....LA CRITIQUE
Quelques chants...LA CRITIQUE
J'y consens.MADEMOISELLE RAIMOND
Votre réponse est nécessaire.LA CRITIQUE
Vous l'aurez.LA CRITIQUE
Vous verrez.MADEMOISELLE RAIMOND
Nos camarades viennent à propos, pour vous seconder. Allons, Monsieur le Musicien.
LA CRITIQUE
Commencez.
SCÈNE V. Tous les acteurs.
VAUDEVILLE.
UN ACTEUR
Si je ne ma fixe jamais, Je prendrai, quoiqu'on puisse dire, Quelqu'un de ces doux objets Que sur le théâtre on admire Femme de ce goûtUN ACTEUR
Pour moi, je saurai choisir Une Agnès simple et naturelle Tous les jours, ah ! Quel plaisir ! Cette épouse tendre et fidèle Me souhaitera, Et m'aimera...LA CRITIQUE
Loin d'elle.UNE ACTRICE
Nous avons ici, dit-on Plus de trente amants dans nos chaînes, Quelle erreur ! Dans ce canton, Je connais nombre de Climènes Qui, pendant trois_mois, N'en ont que trois...LA CRITIQUE
Douzaines.UN ACTEUR
Je suis le tuteur heureux D'un objet qui me trouve aimable. Quand je suis loin de ses yeux, Cette belle est inconsolable Son plus doux espoir Est de me voir...LA CRITIQUE
Au Diable.UNE ACTRICE
Tous les jours, mon jeune amant Me promet un doux hyménée ; Quand il me voit un moment, De plaisir son âme est charmée Qu'il s'applaudira ! Quand il m'aura...LA CRITIQUE
Trompée.UN ACTEUR
Plaideurs, que vous êtes fous De manger en procès vos terres ! Plus vite, et bien mieux que vous, Nous savons terminer nos guerres. On se va, chez nous, Battre à grand coups...LA CRITIQUE
De verres.UNE ACTRICE
Le savoir et le talent Aux tréSors ont droit de prétendre. Mon grand couSin, le traitant, Mieux que moi, pourra vous l'apprendre. Tout son revenu Vient d'avoir su...LA CRITIQUE
Bien prendre.UN GASCON
Spadassins et fiers_à_bras , Ce fer-là craint peu votre brette. Je ne vous conseille pas D'attaquer un pareil athlète. Dans tous mes combats Toujours je bats...Brette : Longue épée. [L]
LA CRITIQUE
Retraite.UNE ACTRICE
Un jeune époux de vingt_ans, Selon moi, n'est pas convenable Lorsque ; nos feux font constants, D'y répondre il est incapable. Un mari barbon Nous fait raison...LA CRITIQUE
À table.UN ACTEUR
Qu'un mari nabot est laid Me disait l'autre jour Thérèse ! Puisqu'un grand homme est son fait, J'ai de quoi la mettre à son aise ; Car, certainement, Je suis un grand...LA CRITIQUE
Nicaise.Nicaise : Nom propre qui s'emploie pour désigner un jeune homme simple, crédule et même niais. [L]
UNE ACTRICE
C'est de la Cour que l'on tient Le bon goût, la mine gentille Mon origine en provient. Tout Paris dit que la famille De mon grand papa, Sortit de là...LA CRITIQUE
Courtille.Courtille : Partie des faubourgs du nord de Paris où se trouvent beaucoup de cabarets. [L]
UN ACTEUR
Le beau Tircis que voilà, En voulant m'égaler, me pique. Du valet_de_trèfle il a Le minois grotesque et comique ; Mais ou voit en moi Le port d'un Roi...LA CRITIQUE
De pique.UNE ACTRICE
Il court un écrit charmant, Qu'à bon droit le Public admire. Monsieur dit publiquement, Que c'est lui qui l'a su produire.LA CRITIQUE
Transcrire.UNE ACTRICE
Des peintres les plus brillants, Cléon doit augmenter la liste ; Pour admirer ses talents, Maint auteur le fuit à la piste.UN ACTEUR
On a bien raison ;LA CRITIQUE
Car je suis bon...LA CRITIQUE
Copiste.UNE ACTRICE
Vous voyez, dans ma maison, Tous les jours, accourir Clitandre. Que vous ensemble, Marthon ?LA CRITIQUE
Surprendre.UNE ACTRICE
Ô les aimables époux Que l'on trouve dans cet asile ! Nous plaindre, est mal fait à nous. Leur humeur est douce et facile : Ils sont amusants Vifs, et charmants...LA CRITIQUE
En ville.UN ACTEUR
Philis à mes feux répond. Dans les yeux j'ai vu qu'elle m'aime ; Pour mes rivaux, quel affront ! Pour mon coeur, quel plaisir extrême ! La Belle, je crois, N'aime que moi...LA CRITIQUE
Vingtième.UNE ACTRICE
Si des ennemis secrets Sont venus ici pour nous nuire, Contre eux aiguisez vos traits ; Dans ce jour, il faut les détruire. Quel bonheur pour nous ! S'ils crèvent tous...LA CRITIQUE
De rire.MADEMOISELLE RAIMOND
Vous avez réponse à tout, et vous vous en acquittez...
LA CRITIQUE
De mon mieux.
L'ACTEUR
Je crois que Jupiter sera la dupe de sa vengeance.
MADEMOISELLE RAIMOND
Peut-on vous demander ce que vous allez ; faire à présent ?
LA CRITIQUE
Vous quitter.
L'ACTEUR
Que dites-vous, s'il vous plaît ?
LA CRITIQUE
Que je pars.
MADEMOISELLE RAIMOND
Tout_à_l_heure ?
LA CRITIQUE
Sur-le-champ.
L'ACTEUR
AIR. Tout est dit.
Quel sujet important vous presse D'abandonner sitôt ces lieux ! Demeurez avez nous, Déesse ; Contentez nos voeux.LA CRITIQUE
Je ne peux.MADEMOISELLE RAIMOND
À des faquins donnez encor la touche.MADEMOISELLE RAIMOND
Rien ne vous touche !LA CRITIQUE
Tout est dit.L'ACTEUR, à Mademoiselle Raimond
Elle nous est nécessaire ; ne l'abandonnez pas. Moi, je m'en vais donner audience à l_Antiquité et a la_Nouveauté que je vois s'approcher.
SCÈNE VI et DERNIÈRE. L'Antiquité, La Nouveauté, L'Acteur.
LA NOUVEAUTÉ
C'est à moi qu'on la donnera.L'ANTIQUITÉ
Vous vous bercez d'une espérance Qui sûrement vous trompera. Vous avez trop de suffisance ; Ne comptez point donner le loi : Ce sera moi.LA NOUVEAUTÉ
Ce sera moi.L'ANTIQUITÉ
J'ai des suffrages d'importance.LA NOUVEAUTÉ
Les miens sont d'un meilleur aloi.L'ACTEUR
Écoutons cette dispute.
L'ANTIQUITÉ
La_Nouveauté vouloir avoir le pas sur l'Antiquité !
AIR. Simone, ma Simone,
C'est n'avoir absolument Aucun jugement ; Oui, Déesse, encore un coup, Ce procédé m'étonne : Il ne vous sied point du tout, Ma petite mignonne. Quelles sont vos raisons ? Parlez.LA NOUVEAUTÉ
Il n'est pas besoin.
AIR. Du jus d'Octobre.
Un de mes regards en impose : Mieux qu'un discours sentencieux ; Ma jeunesse plaide ma cause ; Et mes Avocats, sont mes yeux.L'ANTIQUITÉ
Quel orgueil ! Je n'en ai pas tant, moi qui rends tous les jours tant de services. Vous conviendrez avec moi, que les plus beaux esprits ont recours à mon magasin.
AIR. De notre cabane,,
Le vrai philosophe, L'auteur de bon goût, Viennent s'y fournir de tout.L'ANTIQUITÉ
Il est bien difficile de faire un bouquet, lorsque l'on a des fleurs à discrétion ! Il vous faudrait de l'expérience, et vous n'en avez point ; pour moi, j'ai vu Marius, Sylla, Pompée, Mithridate, Annibal, Scipion.
AIR. La Reine du Barostan.
J'ai vu le Grand Alexandre, J'ai vu Sénèque et Platon J'ai vu Priam et Cassandre, J'ai vu Brutus et Caton ; Dans l'histoire et dans la Fable, J'ai tout feuilleté, tout lu.L'ANTIQUITÉ
AIR. Vieillards de Thésée.
Puis-je entendre et souffrir ce langage ! Dieux ! Que cet ouvrage Blesse mon coeur ! Quelle récompense ! Moi, qui lui dispense Tout ce que j'ai de meilleur, Pour prix de mon zèle, Je ne reçois d'elle Que peine et tourment ; Au Public, j'appelle De ce traitement.Allez, allez, vous devriez mourir de honte petite ingrate que vous êtes. Le ruisseau qui méconnut sa source, l'était moins mais j'en aurai raison, et je prendrai des arbitres, des arbitres.
L'ACTEUR
Tâchons de les accommoder. Eh ! De grâce, Mesdames, finissez ces vains débats ; sied-il à ces Immortelles de faire rire à leurs dépens ?
L'ANTIQUITÉ
Ai-je tort ?
LA NOUVEAUTÉ
Est-ce ma faute ?
L'ACTEUR, à l'Antiquité
Je vous conseille de ne point plaider avec la Nouveauté ; vous avez raison : mais elle gagnerait.
À la Nouveauté.
Vous ne pouvez vous passer de l'Antiquité ; croyez-moi, faites lui une petite satisfaction.
LA NOUVEAUTÉ
Je le veux bien. Je vous allure, Déesse, que je n'ai eu aucun dessein de vous offenser, ne nous brouillons point, je ne vous prie ; je conviens de tous les avantages que vous avez sur moi ; et je les publierai partout.
L'ACTEUR, à l'Antiquité
Êtes-vous contente ?
L'ANTIQUITÉ
Je n'ai plus rien à dire.
LA NOUVEAUTÉ
Terminons tout procès.LA NOUVEAUTÉ, à l'Acteur, qui veut l'embrasser
Que voulez-vous ?
L'ACTEUR
Mon droit de médiateur.
L'ANTIQUITÉ
Vous serez payé d'une autre façon ; nous allons composer pour vous un Vaudeville, sur le vieux et le nouveau.
L'ACTEUR
Vous nous ferez plaisir.
LA NOUVEAUTÉ
Cela fera fait dans la minute.
L'ACTEUR
Tant mieux, nous nous en servirons terminer pour la petite fête que notre Maître_de_Ballet va donner ici dans un moment.
VAUDEVILLE.
AIR. Tu croyais, en aimant Colette.
AIR. Comme un coucou.
AIR. Réveillez-vous.
AIR. Ici je fonde.
AU PUBLIC.
AIR. Du jus d'Octobre.
441 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica