Opéra comique en vers et en prose· Opéra Comique en un Acte
Le Rêve
Représentée pour la première fois sur le Théâtre de la Foire en 1738.
Personnages
- CHRYSANTE, oncle d'Angélique
- ANSELME, ami de Chrysqnte
- CLITANDRE, ami d'Angélique
- JULIE, femme de Chrysante
- FLORETTE, soubratte de julie
- JACQUES, portier de Chrysante
- NICOLE, cuisinière
- SCAPIN, valet d'Anselme
LE RÊVE
SCÈNE PREMIÈRE. Chrysante, Florette.
CHRYSANTE
Eh ! Bien ; Florette, as-tu exécuté mes ordres ?
FLORETTE
Avec toute la fidélité possible.
FLORETTE
Oui, Monsieur ; votre aimable nièce ; Du cloître inutile ornement, Va bientôt sécher de tristesse Sans savoir par où, ni comment Elle a mérité ce tourment.Ah ! Monsieur, j'en pleurerai plus d'un jour. Si vous saviez avec quelle tendresse la pauvre enfant m'a embrassée, quand j'ai pris congé d'elle ! Elle m'a dit, les larmes aux yeux : ma chère Florette, assure bien cher mon oncle de mes respects ; dis lui :
AIR. Quand le péril est agréable.
Que, sans peine et sans répugnance, Je me conforme à son désir Et, que je mets tout mon plaisir Dans mon obéissance.CHRYSANTE
Passons là-dessus.
FLORETTE, à part
C'est un rocher que ce vieux bourru-là.
CHRYSANTE
As-tu vu Monsieur Anselme ?
FLORETTE
Oui, Monsieur ; il sera ici dans un moment.
CHRYSANTE
Tu peux aller à tes affaires : je n'ai plus rien à te dire.
FLORETTE
Oh ! J'ai à vous parler, moi : il faudrait être dépourvu de tout sentiment pour demeurer dans le silence. En bonne foi, Monsieur, faites-vous les actions d'un homme sensé ? Est-il possible qu'un notable comme vous, un personnage versé dans les lois se donne un pareil ridicule ? Savez vous bien comme on vous traite dans le monde ?
AIR : Dans un amoureux mystère.
De vous on tient ce langage ; Que vous êtes un jaloux, Qui d'un rien prenez ombrage ; Le plus fâcheux des époux ; Un vrai sauvage, Plus fou cent fois que les fous Que l'on encage.On dit que vous êtes un homme impraticable, ennemi déclaré de tout plaisir et de toute société ; en un mot que le vieux hibou desséché que vous avez fait clouer sur votre porte_cochère, sont des armes parlantes. Voilà ce que j'avais à vous dire, faites en votre profit.
SCÈNE II.
CHRYSANTE, seul
Tous ces dictons-là ne m'empêcheront pas d'aller mon train. J'aperçois Monsieur Anselme ; c'est un bon voisin et un ancien ami : ses conseils peuvent m'être de quelqu'utilité.
SCÈNE III. Anselme, Chrysante.
ANSELME
Bonjour à Monsieur Chrysante.
CHRYSANTE
Votre serviteur très humble, Monsieur Anselme.
ANSELME
Je viens d'apprendre une étrange nouvelle. On dit que vous avez fait mettre Angélique au Couvent.
CHRYSANTE
On vous a dit la vérité.
ANSELME
AIR. Place au Régiment de la Calotte.
Ce procédé n'est pas humain. D'où vient ce bizarre dessein ? J'en suis surpris ; car votre nièce Est une exemple de sagesse.CHRYSANTE
Des amants je sais le trantran. C'est pourquoi j'ai formé le plan...Trantran : La manière ordinaire de conduire certaines affaires ; la routine qu'on y suit. [L]
CHRYSANTE
Voici ma raison, qui est, ce me semble, très sensée. Un long usage du monde m'a fait connaître que dans la maison où il y a une jeune femme et une fille à marier, celle-ci sert de prétexte aux amants de la femme. Je ne veux point chez moi de ces amours équivoques. En un mot, je veux voir clair dans mes affaires.
ANSELME
Ceci serait fort bon, si vous aviez une femme coquette. Mais vous devez être sûr de Julie.
CHRYSANTE
Pas autrement : je vous avouerai même confidemment que je crains quelqu'intrigue secrète : allez, allez ; si j'en pouvais faire d'elle autant que de ma nièce....
ANSELME
Vous l'enfermeriez ? Quelle folie ! Ce n'est pas le moyen de ramener une femme.
AIR. Que faites-vous, Marguerite ?
On aime un époux facile, Chez qui régné la douceur.ANSELME
Mon cher voisin, apprenez de moi qu'il en est d'une bosse au front d'un mari, près à peu comme d'un rhume de cerveau. Quand on a cette petite indisposition, il faut laisser aller son cours.
AIR. J'avais, Lisette, un billet doux.
Fleurs de pas d'âne, Conserve, ce jus Sirop, ptisanne Sont superflus. S'imaginer que l'on s'en trouve bien ; Sottise extrême ! Faites-y quelque chose, ou rien ; C'est tout de même.La seule différence que j'y trouve, c'est que la diète est salutaire aux enrhumés, et pernicieuse aux jaloux. Il faut que ceux-ci mangent beaucoup, et boivent encore davantage. Le vin de champagne fait digérer bien des choses ; mais vous n'êtes pas dans ce cas.
Ptisanne : Nom, chez les Grecs, de l'orge pilée, avec laquelle on faisait une décoction qu'on administrait aux malades soit non passée et avec le grain, soit passée. [L]
CHRYSANTE
Plût au ciel !
ANSELME
AIR. De quoi vous plaignez-vous ?
De quoi vous plaignez-vous ? Voudriez-vous me l'apprendre , De quoi vous plaignez-vous ? Qui vous met en courroux ? Julie a l'air doux et tendre : Tous les coeurs en sont charmés. Je ne saurais comprendre Pourquoi vous la blâmez.CHRYSANTE
Pourquoi je la blâme ! Je l'ai vue l'autre jour tête_à_tête avec un jeune homme qui la conjurait, les larmes aux yeux, d'avoir pitié de lui.
ANSELME
Bagatelle.
CHRYSANTE
Elle lui a promis, (et je l'ai bien entendu,) qu'il ne tiendrait pas à elle qu'il ne fût bientôt heureux. Comment appelez-vous cela ?
ANSELME
Pas grand' chose.
CHRYSANTE
Vous me feriez mourir.
ANSELME
Je suis persuadé que ce jeune homme est un nommé Clitandre.
CHRYSANTE
Clitandre, Valère ; que m'importe ? Je ne m'étonne plus moi-même si Julie a tant de froideur pour moi. C'est une glace que cette femme-là ; je n'en reçois pas deux caresses dans un an de temps.
ANSELME
AIR. La nuit et je jour.
Elle a, (j'en suis témoin,) Grand sois de vous complaire. Chrysante, est-il besoins Qu'elle passe, à vous faire Sa cour, La nuit et le jour ?Les démonstration les plus vives ne sont pas les plus sincères, au moins. Quelqu'un vient.
CHRYSANTE
C'est elle. Qui ne serait trompé à cet extérieur ?
SCÈNE IV. Chrysante, Julie, Anselme.
JULIE
De ma tendre flamme L'objet le plus doux. Oui, je viens chercher ici Mon gen, mon gen, mon gentil mari.AIR. Ah ! qu'il est beau, l'oiseau !
Ah ! que mon coeur est réjoui, Quand je me vois près de celui Que j'aime, que j'aime ! Loin de lui, Mon ennui Devient extrême.ANSELME
Sont-ce là des froideurs, à votre avis ?
JULIE
Qu'as-tu donc, mon fils ? Te voilà bien rêveur !
AIR : Il vous faudrait un biscuit.
Que te faut-il, mon petit, Pour te , pour te, pour te remettre ; Que te faut-il, mon petit, Pour te remettre un peu l'esprit ?Réponds-moi, je te prie : est-ce que tu me boudes ? Monsieur_Anselme, engagez-le à nous dire quelque chose.
ANSELME
Monsieur Chrysante, parlez donc à Ma dame. Faut-il être comme cela ?
CHRYSANTE
AIR : Je ne bois jamais qu'un coup.
C'est ainsi qu'est mon humeur. Je hais tout ce vain langage, Le babil, le verbiage, Qui du sexe est le partage.ANSELME
Un petit mot de douceur.JULIE
AIR : C'est ce qui vous enrhume.
Sur votre estomac que ceci soit joint ; Boutonnez vous bien, fermez ce pourpoint. Ici grand feu s'allume. Allez vous chauffer ; ne craignez-vous point Que l'air ne vous enrhume ?Chrysante regarde d'un autre côté.
ANSELME
De quel air il reçoit cela.JULIE, entendant tousser Chrysante
Voilà une toux qui m'inquiète.
AIR. Vous avez bien de la bonté.
T'a-t-on fait prendre, ce matin, Certain , jus de réglisse ? Donne-moi ta petite main : Vite, qu'on m'obéisse.JULIE
Puisque tu ne veux point me parler, je m'en vais : adieu, mon petit mari. J'avais pourtant quelque chose à te dire au sujet d'Angélique ; ce fera pour une autre fois.
SCÈNE V. Chrysante, Anselme.
ANSELME
En vérité, vous avez grand tort d'accuser Julie d'indifférence ; ce que je viens de voir de d'entendre.
CHRYSANTE
Redouble mes inquiétudes. Vous ne connaissez pas les femmes, Monsieur Anselme. Je suis à présent presque sûr de mon malheur. Julie est devenue trop caressante, pour n'être point coupable.
ANSELME
Ma foi, je ne vous conçois pas.
AIR. Et voilà, comme l'homme.
Tantôt vous blâmiez fa froideur ; Vous lui demandiez plus d'ardeur. À présent qu'elle vous caresse. Ce témoignage de tendresse Vous déplaît.CHRYSANTE
Avec fondement.ANSELME
Et voilà comme L'homme N'est jamais content.AIR. Du Confiteor.
Mais quelle est donc votre raison ? Dites-la moi, je vous conjure.CHRYSANTE
Tant d'amitiés hors de saison Pour moi sont d'un mauvais augure. Femme si bonne à son mari Fait soupçonner un favori. Je parlerais que Clitandre...ANSELME, à part
Cet homme-là a le cerveau frappé.
Haut.
Vision, vision toute pure ! Je connais ce Clitandre, encore une fois. Angélique est l'objet qui le touche. Je suis sûr que c'est à son sujet qu'il a parlé l'autre jour à Julie. Il doit même tantôt vous aller voir pour cela.
CHRYSANTE
C'est de quoi nous nous éclaircirons.
ANSELME
Je ne songe pas que je m'arrête ici trop longtemps. Certaine affaire pressante m'oblige de vous quitter. Au revoir.
CHRYSANTE
Votre serviteur, mon voisin. Je vais si bien éclairer la conduite de ma femme rien, que ne pourra m'échapper. Je veux, à quelque prix que ce soit, avoir le coeur net sur le chapitre de Clitandre.
SCÈNE VI. Julie, Florette.
FLORETTE
Il faut avouer, Madame, que vous avez un mari bien singulier !
JULIE
Je ne sais plus tantôt qu'y faire, moi : je ne suis pas de ces femmes politiques qui étouffent leurs maris par leurs caresses ; sachant que mon époux se plaignait de ma froideur, je l'ai flatté, cajolé, mignardé j'ai joué auprès de lui ; en un mot le rôle de la femme du monde la plus prévenante : chose inutile.
AIR. Je suis la fleur, etc.
Bien loin, hélas ! Qu'une tendre et doux langage Ait la vertu de la fléchir, Plus on le flatte, et plus il est sauvage ; Les douceurs ne sont que l'aigrir.Mignarder : Affecter de la délicatesse, de la grâce. [L]
FLORETTE
Il y a trois ans que vous êtes ensemble ; a-t-il toujours été jaloux ?
JULIE
Toujours ; mais non pas à ce point là.
FLORETTE
Quelque chose lui aura passé par la tête ; ne serait-ce point Clitandre. Il vous a vue l'autre jour avec lui. Je parierais qu'il ne aura conçu de l'ombrage.
JULIE
Je l'ai déjà pensé comme toi. Ah, ah, ah.
FLORETTE
AIR. Talalarire.
Vous riez ; qu'avez-vous ? Madame ? Daignez m'apprendre quel plaisir Dans ce moment touche votre âme.JULIE
Je me rappelle un souvenir. Il faut que je te fasse rire. Talaleri, etc.Tu sais qu'hier au soir mon mari, selon sa louable coutume, me fit une querelle aussi mal fondée que toutes les autres. Ses tracasseries, et la visite de Clitandre que j'avais reçue l'après-midi, s'emparèrent de mon idée en me couchant : tout cela m'a occaSIonné le plus plaisant rêve du monde.
FLORETTE
Je suis impatiente de le savoir : les rêves quelquefois deviennent des vérités.
JULIE
AIR. L'autre nuit j'aperçus en songe.
Cette nuit j'ai cru voir en songe D'Angélique le jeune amant. Je ne puis deviner comment L'esprit le forge un tel mensonge : Mais jamais, jusques à ce jour On ne m'a tant marqué d'amour.FLORETTE
AIR. Souvenez-vous-en.
Vous rêvez fort joliment ; Je vous en fais compliment. De ce longe si charmant Détaillez-moi tout ; souvenez-vous-en : De ce songe si charmant Voyons le commencement.CHRYSANTE, arrivant à pas de loup
Les voilà toutes deux ; n'y aurait-il point quelque confidence sur le tapis ? Écoutons.
JULIE
J'étais seule dans ma chambre à travailler. Il était, je crois, cinq à six_heures_du_soir ; et Monsieur Chrysante était à son occupation ordinaire : j'entends ouvrir ma porte tout doucement ; je regarde, je vois Clitandre.
CHRYSANTE, à part
Je ne me suis pas trompé.
JULIE
Cet amant s'est approché de moi d'un air fournis et respectueux ; il m'a fait une décla[ra]tion si tendre, si tendre ! Quelle différence de ce langage à celui d'un mari ! Belle Julie, m'a-t-il dit, ne croyez pas qu'un autre objet que vous m'attire en ces lieux.
AIR. La ferrure.
Votre seule beauté me pique ; Je languis sous votre pouvoir. Ce que je fais pour Angélique N'est qu'un prétexte pour vous voir.CHRYSANTE, à part
Je l'avais bien deviné ; je ne suis pas une dupe.
JULIE
Mais, lui ai-je dit, comment avez-vous pu pénétrer jusqu'ici ? Monsieur Chrysante a donné des ordres bien précis. Je n'y ai pas trouvé la moindre difficulté, m'a répondu Clitandre. Le portier était ivre, la cuisinière m'a ouvert, et j'ai donné deux_louis à Florette qui m'a conduit à votre appartement... J'en ris encore.
FLORETTE
Ces deux_louis-là ne m'ont point échauffé les mains.
Elle rit aussi.
CHRYSANTE
Le portier Ivre, la cuisinière qui ouvre la porte, deux_louis donnés à Florette : retenons bien ceci ; vous le payerez, malheureux que vous êtes !
FLORETTE
Après, après, Madame.
JULIE
Clitandre, dans ce moment, s'est jeté à mes genoux avec transport. J'étais résolu, dit-il, de tout sacrifier pour avoir l'avantage de vous entretenir. Peut-on trop l'acheter ? Non, belle Julie, rien ne le saurait payer.
AIR. Quand le péril est agréable.
Malgré la blessure profonde Que font dans les coeurs vos beaux yeux, Un de leurs regards précieux Vaut tous les biens du monde.FLORETTE
Où diantre va-t-il chercher toutes ces sornettes ?
JULIE
Je n'en sais rien.
CHRYSANTE, à part
Les fripons de séducteurs en trouvent bien d'autres.
FLORETTE
Le plaisir de vous entendre dire tant de douceurs aurait dû vous réveiller.
CHRYSANTE, à part
Je crois qu'elle n'était pas endormie, la belle coquine.
FLORETTE
Ensuite ?
JULIE
Ensuite, il m'a conjuré de lui accorder du retour.
AIR. Que je l'aimais infiniment.
Donnez moi du soulagement : N'est-il pas temps que j'obtienne, M'a-t-il dit ? Et, dans le moment, D'une main saisissant la mienne, Il la baisas si tendrement, Qu'on l'aurait pris pour son amant. Il la serra, Il la pressa, La baisa Rebaisa, Si tendrement, Que c'était un enchantement.CHRYSANTE, à part
Avec quelle impudence elle avoue cela !
FLORETTE
Enfin ?
CHRYSANTE, a part
Ouf, voilà un enfin qui va m'achever.
JULIE
Dans ce moment, j'ai cru entendre la voix de mon époux. Clitandre s'est caché vite dans cette bibliothèque.
CHRYSANTE, a part
C'est donc là la cachette. Que j'ai bien fait de venir ! Sans cela....
FLORETTE
Et Monsieur Chrysante entra-t-il ?
JULIE
Non : au lieu de mon époux, que je m'attendais de voir, il est entré un monstre furieux.
AIR. Des fraises.
Il avait les yeux ardents ; Une fureur sans bornes, Il avait de longues dents, Et sur la tête...CHRYSANTE, a part
Je n'y puis plus tenir.
FLORETTE
AIR. Ah ! Que Colin l'autre jour.
Cet ornement, sur la tête du Sire Convenez-en, venait comme de cire. Ah, ah, ah, ah ; Qu'on en rira !TOUS DEUX
Ah, ah, ah.JULIE
N'est-il pas vrai que cela est plaisant ?
FLORETTE
Fort plaisant.
CHRYSANTE, se mettant au milieu d'eux
Très plaisant.
JULIE, fuyant d'un côté
Aye !
FLORETTE, fuyant de l'autre
Ouf !
SCÈNE VII.
CHRYSANTE, qui refle feul
Ah ! J'ai découvert le pot aux roses : me voilà joliment accommodé ! J'avais bien raison de me défier de toi, femme abominable.
AIR. Le Grondeur.
De ta caresse perfide Voilà donc l'effet trompeur ! C'est Lucifer qui te guide Sexe ingrat et séducteur. Sous un air simple et timide, Que tu caches de noirceur !AIR. Les Trembleurs.
J'implore votre justice ; Qu'à ma rage elle s'unisse. Dieux, que la foudre punisse Celui qui m'ôte l'honneur. Et toi, qui servis son crime, De la fureur qui m'anime Sois la première victime ; Péris sous ce bras vengeur.Il brise la bibliothèque.
SCENE VIII. Chrysante, Florette, Nicole, Jacques, arrivant au bruit.
FLORETTE
Quel bruit !
NICOLE
Queu tapage !
JACQUES
Queu bacchanal ! Qu'est-ce donc que vous faites là, Monsieur_Chrysante ?
CHRYSANTE
Ce qui me plaît. Écoute, écoute ; j'ai à te parler. Restez-là, vous autres. Je voudrais bien savoir, Monsieur Jacques, pourquoi vous êtes entré dans ma maison ?
JACQUES
Eh ! bien ?JACQUES
Non, Monsieur ; je ne sais pas ce que vous voulez dire.
CHRYSANTE
Cela signifie, Maître Jacques, que je vous donne votre congé : je ne veux point de portier qui s'enivre, et qui laisse le soin de sa porte à une cuisinière. M'entends-tu à présent ?
JACQUES
Pas plus qu'auparavant.
CHRYSANTE
Est-ce que tu es encore fou ? Parle.
JACQUES
Ma foi, Monsieur, s'il y en a ici, ce n'est pas moi.
CHRYSANTE
Tu oses m'insulter, maraud ! Sors tout_à_l_heure.
JACQUES
Et mes gages ?
CHRYSANTE
Attends, attends ; je vais te les payer. Un coquin, qui est entré ici la veille des étrennes, et qui demande des gages ! Il faut être bien effronté.
SCÈNE IX. Chrysante, Florette.
FLORETTE
AIR. Confiteor.
Près de vous, on l'a desservi. C'est un garçon sûr et fidèle : J'en répondrais,CHRYSANTE
Je suis ravi De vous voir pour lui tant de zèle. Florette, c'est fort bien penser : Je veux vous en récompenser.Approchez, Madame_l_Avocate ; combien y a-t-il que vous êtes ici ? Six_mois, je crois ?
FLORETTE
Oui, Monsieur.
À part.
Quel est son dessein ?
CHRYSANTE
Vous gagnez quarante écus par an ? C'est pour la demi-année soixante_livres.
FLORETTE
Monsieur, je n'ai pas besoin d'argent.
CHRYSANTE
J'en suis persuadé ; mais je n'ai plus besoin de vous, moi.
FLORETTE
Pourquoi donc, s'il vous plaît ?
CHRYSANTE
Un petit moment, laissez-moi arranger votre compte ; nous disions que pour six_mois ce serait soixante_livres, mais :
AIR. Aux Dardanelles.
Il faut sur ces vingt_écus Déduire une somme.FLORETTE
Plaît-il ?FLORETTE
De qui donc ?CHRYSANTE
D'un homme.FLORETTE
Que jamais, si de mes jours...FLORETTE
Moi, Monsieur ! Cela est faux.
À part.
Est-ce qu'il aurait pris le change sur le Rêve de Madame ?
CHRYSANTE
Comment ! Tu n'as pas reçu de Clitandre deux_louis pour l'introduire dans ma maison !
FLORETTE
Non, Monsieur ; non, non, non, cent_mille fois non ; j'en mettrais ma main au feu.
CHRYSANTE
Sors d'ici, impudente soubrette ! Malheureuse, qui vends l'honneur de ta Maîtresse ! Il faut dans ma juste fureur...
FLORETTE
Quels yeux ! Fuyons.
SCENE X. Nicole, Chrysante.
CHRYSANTE
Me nier ce que j'ai entendu, quelle audace ! Venez, Madame Nicole, qu'est-ce que vous tenez-là ?
NICOLE
Monsieur, c'est un mémoire ; je venais vous rendre compte de ma dépense : peut-être que je ne prends pas bien mon temps ; remettons cela à tantôt.
CHRYSANTE
Non, non, donnez.
Il lit.
NICOLE, à part
Je suis bien fâchée d'être venue à cette heure-ci ; mon mémoire en souffrira ; quelle moue il fait ! Heu ! Le vieux renfrogné 1
CHRYSANTE
Qu'est-ce que cet article là, Pour ce que vous savez bien, trente_sols ?
NICOLE
C'est pour cette machine, avec quoi vous faites la ronde toutes les nuits. Comment nommez-vous ça ? Une lanterne pour les sourds ?
CHRYSANTE
Je sais ce que c'est ; trente lois ! C'est bien cher... Pour deux pucelles quatre francs ; quatre francs deux pucelles ! Friponne,tu m'as volé plus de la moitié là-dessus.
NICOLE
Non, Monsieur, en conscience ; c'est un poisson bien rare cette année.
CHRYSANTE
Encore, si elles avaient été bonnes ; mais elles ne valaient pas le diable.
NICOLE
Ce n'est pas ma faute, à moi ; que ne les mangiez vous dans la journée sans les garder pour le lendemain ?
AIR. Réveillez-vous, belle endormie.
Voilà toujours comme vous faites. Les pucelles, vous savez bien, À dépérir sont très sujettes ; Cela se gâte en moins de rien.L'air de Paris les corrompt tout d'un coup.
CHRYSANTE
Pour du goujon, six_francs ; oh ! Pour celui-là, j'en rayerai les trois-quarts : six_francs pour du goujon !
NICOLE
Comment vouiez-vous que je fasse, Monsieur ? Allez donc au marché vous-même, du goujon ! Du goujon ! Je sais qu'il y en a beaucoup, mais aussi on en consomme terriblement : est-ce que vous ne savez pas que toutes les femmes en font avaler st'année à leurs maris !
CHRYSANTE
L'impertinente ! Elle se moque de moi à ma barbe ! Tiens, fais-moi un autre mémoire. N'oublie pas en même temps de faire ton paquet. Une cuisinière qui se mêle d'ouvrir la porte aux amoureux de ma femme, cela ne convient pas.
NICOLE
Qu'est-ce que vous dites, Monsieur ? Moi ! J'ai ouvert la porte à des amoureux ! Pardi, il y a de mauvaises gens dans le monde ; fi ! Que cela est vilain de chercher querelle à de pauvres domestiques ! Je pardonnerais cela à queuque étourdi, mais pour vous ;
AIR. Vivons comme le voisin vit.
À votre âge ces façons là Me surprennent.NICOLE
Vous me frappez ! Mort de ma vie, n'y revenez pas.
CHRYSANTE
Tiens, les deux font la paire.
NICOLE
AIR. Des sept sauts.
C'en est trop, je saurai te le rendre ; Oui, je vais décamper, vieux jaloux. Mais je veux auparavant t'apprendre Que l'on risque à Te gausser de nous. Je te vais, dans mon courroux, Donner dessus et dessous Un coup, deux coups, trois coups, etc.CHRYSANTE
Aye, aye ! Au secours, au voleur, au feu !
SCENE XI. CHRYSANTE, CL1TANDRE, Nicole.
CLITANDRE
Que vois-je, insolente ? Oses-tu bien lever la main sur ton Maître !
NICOLE
Oh ! Morguienne, j'y lèverons bien le pied itou.
CLITANDRE
Retire-toi, ou tu vas périr de ma main.
NICOLE
Bien t'en prend, vieux hibou, que Monsieur soit venu à ton secours ; va te faire friser voilà assez peigné.
CHRYSANTE
Que je vous suis obligé de m'avoir dépêtré de cette harangère !
Harangère : femme qui vend du hareng, de la morue, du saumon, et autres salines. On appelle figurément et par ressemblance toutes les femmes fortes en gueule, qui disent des parles, ou qui font des actions sales et insolentes. [F]
CLITANDRE
Je fuis bien mortifié, Monsieur, de l'accident qui vous est arrivé ; mais en_même_temps je me tiens heureux d'être venu fi à propos.
AIR. Convalescent.
Pour moi, c'est un plaisir bien grand De soulager, en arrivant, Celui de qui dépend mon choix. Je vous sers la première fois Que je vous vois.Je m'appelle Clitandre.
CHRYSANTE, prenant un air froid
Vous, Monsieur suivre, ayez la bonté de me suivre.
CLITANDRE, à part
Où veut-il me conduire !
À Chrysante.
Monsieur, nous sommes bien ici, et ce que j'ai à vous dire...
CHRYSANTE
Voulez-vous bien passer, s'il vous plaît ?
CLITANDRE
Monsieur, je suis bien votre serviteur.
CHRYSANTE, à part
Il est bien heureux d'être arrivé dans cette conjoncture, sans cela, morbleu....
CLITANDRE, revenant
Il y a là quelque chose que je ne conçois pas.
CLITANDRE, à part
Vous verrez qu'il faudra que je le chasse tout comme les autres.
CLITANDRE
Votre procédé aurait lieu de me surprendre ; mais,
AIR. Non, }e ne veux pas rire.
J'en devine bien la raison, C'est un tour qu'en cette saison Le carnaval inspire. Bon ! bon ! Vous cherchez à rire, Bon ! Bon ! bon ! Vous cherchez à rire.Je crois que Madame votre épouse a eu la bonté de...
CHRYSANTE
Elle n'en eut que trop, et je vous prie d'avoir celle de me laisser en repos.
CLITANDRE
Vous devez savoir....
SCÈNE XII. Chrysante, Anselme, Julie.
ANSELME
En vérité, il faut que vous soyez un grand fou !
CHRYSANTE
Et vous, un grand fourbe ! Bonsoir.
JULIE
Mon cher petit mari.
CHRYSANTE
Allez au Diable, et n'en revenez jamais.
Il sort.
SCÈNE XIII. Anselme, Julie.
ANSELME
Voilà une extravagance dont il n'y a jamais eu d'exemple.
JULIE
Si on pouvait lui parler, on le désabuserait ; mais, il ne veut rien entendre.
AIR : Savez vous bien, Beauté cruelle.
Pauvre cervelle insensée, Que de maux tu me fais souffrir !ANSELME
De ces vapeurs qui troublent sa pensée, [P]ar quelque tour je voudrais le guérir. Pour cet effet il faudrait nous unir.ANSELME
Qu'appeliez-vous commencée ?
JULIE
Oui, je suis convenue avec Florette, qu'elle tâchera de se raccommoder avec lui, par une fausse confidence, et en feignant de me trahir. Le reste, je vous l'expliquerai. Il s'agit actuellement de nous trouver un homme qui fasse le Prévôt connaissez-vous quelqu'un ?
ANSELME
Scapin, mon valet, jouera le rôle à merveille ; j'en suis caution.
JULIE
Mon époux vient ; Florette le suit ; retirons-nous. Allez faire travestir Scapin ; je vais prendre le déguisement nécessaire à notre projet.
SCÈNE XIV. Chrysante, Florette.
CHRYSANTE
Je suis fâché d'avoir été tantôt si vif ; la vengeance que je médite contre ma femme demande un certain ménagement. Voici, je pense, Florette ; j'ai besoin de son secours : tâchons de renouer avec elle.
CHRYSANTE
Où vas-tu ?
FLORETTE
Je vous obéis, et m'en vais.FLORETTE
Ah ! Je respire.J'étais au désespoir de ma séparer de vous : car, au fond, vous êtes un bon coeur, et ce que l'on vous reproche, ne provient que d'un excès d'amitié.
CHRYSANTE
Cette fille-là pense bien.
FLORETTE
Tout_à_l_heure quand je vous ai rencontré, je vous cherchais, pour avoir avec vous un moment d'entretien.
AIR. C'est la pure vérité.
J'avais un certain regret, Certain reproche secret ; De quitter un si bon maître, Sans lui donner à connaître Qu'il est vraiment maltraité.CHRYSANTE
Par ce Clitandre peut-être ?FLORETTE
C'est la pure vérité.Qu'il faut être méchant pour tromper un si honnête homme ! Mon pauvre Monsieur_Chrysante !
Elle lui baise les mains.
Attendez, il y a une ordure sur votre basque ; accommodez donc votre perruque.
Basque : Partie découpée et tombante de certains vêtements. [L]
CHRYSANTE
Je te suis obligé... Florette, veux-tu gagner cinquante_pistoles ?
FLORETTE
Plus ou moins, je n'y regarde pas avec vous ; que faut-il faire ?
CHRYSANTE
M'avertir de l'heure et du moment où je pourrai surprendre ma femme avec son amant.
FLORETTE
Ah ! Monsieur, que vous êtes heureux ! Il faut que vous soyez né coiffé : j'ai actuellement la plus belle occasion du monde, pour vous venger de votre infidèle.
CHRYSANTE
Voyons, voyons.
FLORETTE
Je vous dirai qu'elle a rendez-vous avec Clitandre pour ce soir, à six_heures, chez Monsieur_Anselme : ils doivent se rendre tous deux en masques ; Primo, de peur d'être reconnus ; Secundo, parce que de-là ils comptent aller au bal.
CHRYSANTE
Ils comptent sans leur hôte.
FLORETTE
Mon cher maître, savez-vous bien ce que je ferais à votre place ?
CHRYSANTE
Quoi ?
FLORETTE
J'irais à ce rendez-vous, sous l'habit et le nom de Clitandre.
CHRYSANTE
Je le veux bien ; mais s'il y vient lui, nous nous trouverons ensemble.
FLORETTE
J'ai à cela le remède qu'il faut ; je vais courir chez Clitandre ; je lui dirai que Madame le prie de mettre la partie à demain, pour des raisons quelle lui expliquera.
CHRYSANTE
Fort bien.
FLORETTE
Par ce moyen vous pourrez en compter à Julie sous le nom de votre rival, et après un moment d'entretien,
AIR. L'allumette.
Avec elle vous sortirez, Sous les espérances flatteuses D'aller au bal ; vous la mettrez Où l'on fait danser les danseuses.CHRYSANTE
Que je t'embrasse, ma chère Florette ; rien n'est mieux imaginé.
FLORETTE
Le temps approche, allez pourvoir à ce qu'il faut pour vous transformer en Clitandre ; moi, je vais lui porter le contre-ordre du rendez-vous.
CHRYSANTE, seul
Allons, il faut risquer le paquet. Quel plaisir j'aurai de confondre l'ingrate ! Mais hélas ! En même temps quelle douleur !
AIR. Comme un coucou.
Victime de mon stratagème, Si Julie a le coeur humain, Je m'enregistrerai moi-même Sur le grand livre de Vulcain.Il sort.
SCÈNE XV. Julie, Florette.
FLORETTE
Monsieur_Chrysante a donné tête baissée dans le panneau ; je crois que notre affaire ira bien.
JULIE
Ton habit et le mien se ressemblent si fort, qu'il y sera aisément trompé. C'est ici, je pense, le lieu du rendez-vous ; il est bientôt six_heures : toutes les mesures sont-elles prises ?
FLORETTE
Oui, Madame ; Scapin, valet de Monsieur_Anselme, sera ici dans un moment en habit de Prévôt ; tout est concerté, ne vous inquiétez de rien.
JULIE, riant
Florette, crois-tu qu'il n'y ait aucun risque pour moi dans ce tête-à-tête ? Mon mari, tout fâcheux qu'il est, ne hait pas encore la galanterie.
AIR. La ceinture.
S'il allait avec trop d'ardeur...JULIE
Mais enfin....JULIE
J'entends quelqu'un, cache-toi là ; quand il fera temps que tu remplisses ma place, je te ferai signe. C'est mon mari : la brillante métamorphose ! Voilà un petit-maître dans les formes ; il approche : commençons notre rôle.
SCÈNE XVI. Chrysante, Julie.
JULIE
AIR. Menuet de l'Amour et de l'Hymen.
Viens, cher Clitandre, Viens donc couronner mes feux : Rien sous les deux, Sans toi, ne peut rendre Mon fort heureux. Quel soin t'arrête ? Ce tête à tête Doit te charmer , Si ton coeur sait bien aimer. Pour te prouver la flamme Qui régné dans mon âme, J'attends ; Attendrai-je longtemps ?CHRYSANTE, à part
C'est elle-même, le son de sa voix ne me permet pas d'en douter.
JULIE
Est-ce vous, Clitandre ?
CHRYSANTE
Oui, belle Julie.
AIR. Votre toutou me flatte.
Ce que je viens d'entendre M'annonce mon bonheur ; Un langage si tendre Redouble mon ardeur.JULIE
Clitandre, Loin des fâcheux et des jaloux. Ah ! qu'il m'est doux, Ah ! qu'il m'est doux D'être avec vous !Avouez que mon mari mérite bien le destin que nous lui préparons ; vous le connaissiez ?
CHRYSANTE
Parfaitement.
À part.
La perfide ! Quel plaisir je vais avoir 1
JULIE
C'est un fantasque, un grondeur, un...
CHRYSANTE
N'en parlons pas d'avantage.
AIR. Ma femme est femme d'honneur.
Rendons nos désirs contents.
CHRYSANTE, s'approchant d'elle
Ma chère maîtresse, l'amour que j'ai pour vous ne peut souffrir de délai.
JULIE, le repoussant
Mon cher Clitandre,
AIR. Vivons comme le voisin vit.
Je saurai combler votre espoir, Quelqu'effort qu'il m'en coûte ; Mais auparavant il faut voir Si personne n'écouteCHRYSANTE
J'y cours, j'y cours ; Dieux ! Je vais êtes plus heureux que je ne voudrais.
CHRYSANTE
Je reviens vite sur mes pas ; J'entends un certain bruit là-bas Ô ciel ! Quelqu'un s'avance.Le fâcheux contre-temps !
CHRYSANTE, à Florette
Sauvons-nous tout doucement.CHRYSANTE, tremblant
Moi, Monsieur ?
SCAPIN
Oui, vous-même ; point de résistance ; vous savez de quoi il est question.
CHRYSANTE, à part
Il faut que Clitandre ait quelque mauvaise affaire sur le corps.
SCAPIN
Marche, marche.
CHRYSANTE
Maudite Florette, dans quel péril m'as-tu engagé ! Monsieur, vous vous trompez ; je ne suis point celui que vous cherchez ; regardez-moi.
SCAPIN, faisant l'étonné
Que vois-je ? C'est Monsieur Chrysante, notable bourgeois. Dans cet équipage-là ! C'est fort joli ! Eh ! Mais, je crois qu'il est en partie fine ! Oui, vraiment ; cela convient fort à un homme de son âge et de son caractère.
CHRYSANTE
AIR. Non, je ne ferai pas.
Vous vous trompez encor, votre erreur est extrême ; C'est là ma femme.CHRYSANTE
Ô ciel !CHRYSANTE
Tout ceci me confond.SCAPIN
Il en sera fait un exemple sur ma parole : à moi, la Rose, Francoeur, La_Ramée.
JULIE
Monsieur le Prévôt, je vous conjure.
SCAPIN
Non , non, point de miséricorde.
JULIE
AIR. Bouchez, Naïades, vos fontaines^
À vos genoux voyez Julie : Pour son époux elle vous prie ; De grâce, ne l'emmenez pas, Ou je saurai partout le suivre ; Si vous nous séparez, hélas ! Croyez-vous que je puisse vivre ?Laissez-vous toucher.
SCAPIN
Discours inutiles : un docteur_ès_lois, un homme en charge, un ancien [syn]dic, marguillier et doyen de sa Communauté ! Le cas est trop grave, Madame, le cas est trop grave ;
Marguillier : Anciennement on les nommait aussi trésoriers. [L]
JULIE, tirant son diamant de son doigt
Il faut s'y prendre autrement.
SCAPIN, d'un ton de colère
AIR. Réveillez-vous, belle endormie.
Je vais, malgré votre prière, Vos pleurs et vos gémissements ; Je vais, dans ma juste colère, Je vais....Julie lui donne son diamant.
SCAPIN, d'un ton dur
Sortir avec mes gens.Madame, je vous laisse cet homme-ci, sous votre garde ; vous m'en répondrez.
À Chrysante.
Si j'entends parler de vous, par la mort....
Il sort.
SCENE XVII et dernière. Chrysante, Julie, Anselme, Clitandre, Florette.
CHRYSANTE, après être un peu revenu
Ma femme, il y a ici quelqu'un plus fin que moi ; avouez-le, je vous le pardonne.
FLORETTE
Dites-vous cela de bon coeur ? N'y a-t-il point de tricherie ? Mettez la main là.
CHRYSANTE
D'homme d'honneur.
FLORETTE
Eh ! Bien, cela est vrai ; le désir de guérir votre imagination nous a réunis tous contre vous.
JULIE
Sachez que l'entretien où vous m'avez surprise tantôt avec Florette, et qui vous a mis si fort martel_en_tête, ne roulait que sur un rêve, dont je lui faisais le récit.
ANSELME
Assurez-vous que Clitandre n'a cru d'autres vues, en allant chez vous, que d'épouser votre nièce.
CLITANDRE
J'ose vous la demander, Monsieur, dans le dessein de partager avec elle une fortune allez considérable, dont je peux disposer.
CHRYSANTE
Je vous crois tous, c'est le meilleur parti : Clitandre, soyez mon neveu ; vous, Julie,
AIR. Très volontiers.
Oublions le passé, Nous ne pouvons mieux faire,FLORETTE
Ma foi, c'est bien pensé.CHRYSANTE
Très volontiers, fort volontiers, ma chère. Que déformais, Chez nous, la paix Soit durable et sincère.On entend une symphonie.
Que nous annonce cette symphonie ?
ANSELME
L'arrivée du Carnaval qui vient céléb[r]er lui-même votre raccommodement, et le mariage d'Angélique,
CHRYSANTE
AIR. Toque, mon tambourin.
Tant mieux, sa présence Bous rendra joyeux ; C'est lui qui dispense Les ris et les jeux. Ça, que tout dans, danse, Que tout dans en ces lieux.DIVERTISSEMENT.
AIR.
Quelle folie, Quelle manie , Pour un époux, D'être jaloux ! Que fa chimère Me fait pitié, De vouloir garder toute entière Celle qui n'est que sa moitié ! Il a beau faire, il a beau dire ; Ce que l'Amour voudra Sera. Le pauvre Sire De son martyre Vainement se plaindra : Chacun le raillera, Le blâmera, Le bernera, Le honnira, S'en moquera, Lui chantera Ce refrain-là ; Quelle manie ? Quelle folie Pour un époux, D'être jaloux ! Que sa chimère Me fait pitié, De vouloir garder toute entière Celle qui n'est que fa moitié !AUTRE AIR, en forme de Cantatille.
Du Carnaval chantez la gloire. Amants, par son secours, vous goûtez des plaisirs. On lui doit plus d'une victoire , Qui ne coûte à vos coeurs ni tourments ni soupirs. Les jeux bruyants que l'on voit à sa suite Font avancer l'amoureuse moisson ; Ils étourdissent la raison, Et l'Amour souvent en profite.VAUDEVILLE.
AIR. C'est un carnaval.
Bacchanal : Familièrement, grand bruit, vacarme. [L]
L'Amour aime le bacchanal, Festins, concerts, spectacle et bal C'est toujours fête, Toujours carnaval.Présidial : Ancien terme de jurisprudence. Tribunal qui, en certains cas et pour certaines sommes, jugeait en dernier ressort ; hors ces cas, il y avait appel au parlement. [L]
Loups-cerviers du Présidial, Griffonneurs d'exploits et d'enquête, Huissiers, Sergents, peuple infernal, Vous nous sucez comme une arrête. Mettre un mineur à l'hôpital, Pour votre appétit déloyal, C'est une fête, C'est un carnaval.AUTRE.
AIR. C'est un rêve que cela.
492 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica