Parodie en vers et en prose· Parodie des Parodies de Titon et l'Aurore
Le Rien
Représenté sur le Théâtre de l'Opéra Comique le 10 Avril 1753.
Personnages
- MOMUS
- ROZETTE
- TRICOLOR
- RATON
- TOTINET
LE RIEN
SCÈNE PREMIÈRE.
RATON
AIR. De Nina.
Sur un point qui me chagrinait, Parlons à Totinet Net, Les siens le prônent en tous lieux ; Soyons en dépit d'eux Deux. Qu'ai-je à craindre d'un concurrent, Mon triomphe est plus apparent Malgré cela.TOTINET
Ta, la, la, la.SCÈNE II. Raton, Totinet.
TOTINET
AIR. Belle Diguedon.
En ces lieux qui vous amène ? Mon petit Raton, Raton, Titon, ton, taine.RATON
AIR. Ta, la, le rita la, le rire.
Vous croyez être fort aimable, En chantant un mauvais refrain.TOTINET
De grâce soyez équitable.TOTINET, riant
Ta, la, le rita, la le rita, la, le rire.TOTINET
Pourquoi, Monseigneur de Raton, Prendre cet air caustique ? N'usez point de tant rigueur, Même intérêt nous lie, Si je vous passe la langueur, Passez-moi la folie.RATON
AIR. Des Echos de Panart.
Hélas ! Pauvre Enfant clandestin De ton destin, Rien n'approche, Plusieurs pères t'ont fabriqué.TOTINET
Soit.RATON
Je n'ai qu'un père.SCÈNE III. Momus, Totinet, Raton.
RATON
AIR. Chacun a son ton, son allure.
Ah ! Seigneur Momus, Non, je n'y tiens plus, Imposez, s'il vous plaît, silence, À ce petit morveux qui m'offense.TOTINET
C'est lui qui vient pour m'insulter.Parce qu'il a les Éléments, La Lune et les étoiles pour lui.
RATON
Il prétend sur moi l'emporter.À cause que les vents soufflent contre nous, et qu'ils lui sont favorables.
TOTINET
Désapprouvez-vous la gaité ?Car enfin vous conviendrez qu'il en faut dans une parodie, et que partout j'en porte le caractère.
RATON
Blâmez-vous l'ingénuité ?Moi, je fus formé dans le dessein de paraître agréable et à mon gré cet avantage doit l'emporter sur celui de faire rire.
MOMUS
AIR. De tous les Capucins du monde.
Tout genre est bon, vaille que vaille Excepté le genre où l'on baille.SCÈNE IV. Momus, Rozette, Tricolor, Raton, Totinet.
ROZETTE, tenant un arrosoir
AIR. Des Sabotiers Italiens.
Mon cher Raton, Je cherche à Titon Que n'est-il en ce séjour Jour !TRICOLOR, arrivant un bout de chandelle à la main
Qu'entends-je ?TRICOLOR
Vous voilà,TOUS DEUX
Ah !TRICOLOR
AIR. Où courez-vous, Monsieur l'Abbé.
Quoi donc, Rozette à petit bruit Se hasarder ainsi la nuit ! Vous allez sans chandelle.ROZETTE
Hé bien !ROZETTE
Ah, ah, Raton, Que venez vous donc faire, Avec ce petit myrmidon ;Myrmidon : Fig. et par raillerie, un jeune homme de petite taille. [L]
ROZETTE
AIR. Quoi, vous partez.
Il vous sied bien, ma petite Mignonne : De comparer votre héros au mien ;À Momus.
Pardon, Seigneur ; mais son orgueil m'étonne ;TRICOLOR
AIR. La mort pour les malheureux.
De quel droit prétendez-vous Primer sur nous ? J'admire en vérité, Votre fierté.MOMUS, à Totinet
Et vous-même quel effet Avez-vous fait ; Citez-moi, s'il vous plaît Un seul couplet, Dont le tour simple et neuf.TOTINET
J'en compte neuf.MOMUS, à Raton et Rozette
De la Roze et du bouton Vous répétez trop le Vaudeville,À Totinet et Tricolor.
Vous avez pris de Titon, Un quatrain assez utile.TOTINET
Nous avons été couronnés.TRICOLOR
Seigneur, nous n'insistons point, Passons ce point ; Mais nos petits Ballets, Ne sont pas laids ; En trouve-t-on ailleurs De plus gais, de meilleurs, Que notre ronde de tailleurs ?MOMUS, à Rozette
Vous êtes dans vos Jeux Trop sérieux,Parlant de Totinet et Tricolor.
Eux Trop factieux.MOMUS
À Raton et Rozette.
Tous vos petits airs Sont sur des grands airs ; Nul ne chantera, Ces tirades-là.MOMUS, à Totiner
Vous chantez différemment Chaque refrain, Porte des traits dont le tout est malin ; Votre Apollon, Aurait pu prendre un meilleur ton.MOMUS
parlant de Raton.
Il est engourdi.À Totinet.
Vous êtes noirci.À Raton parlant de Totinet.
Vous êtes piquant Au commencement Et vous dans le dénouement.RATON
AIR. Bouchez Noyades vos fontaines.
Mais quand je parus sur la scène, Seigneur, la chambrée était pleine.TOTINET
Je reçus mille compliments.MOMUS
AIR. Voilà la ressemblance.
Tous deux vous avez le tic, De vouloir plaire au Public, Voilà la ressemblance :À Totinet.
L'un sait ennuyer gaiement,À Raton.
L'autre amuser froidement, Voilà la différence.MOMUS
Pour éviter les épigrammes, Et pour vous corriger en tout, Mes enfants, consultez les Dames ;Montrant les loges.
Voilà le tribunal du goût.AIR. Vogue la galère.
204 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica