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Tragi-comédie en vers

L'Endymion

Françoise Pascal· imprimée en 1657· 5 actes· 1 615 vers· 16 personnages

Personnages

  • ENDYMION, amoureux de Diane
  • POLYDAMON, ami d'Endymion
  • DIANE, Déesse
  • CHOEUR DE NYMPHES
  • ISMÈNE, Magicienne
  • PARTHENOPÉE, vieille prophétesse
  • THYMOTÉE, sacrificateur
  • STENOBÉE, Vierge de l'autel de Diane, et nièce de Thymotée
  • HERMODAN, berger amant de Diophanie
  • DIOPHANIE, métamorphosée en myrte
  • PYRIDOR, Ministre de Thymotée
  • ADMON, Ministre de Thymotée
  • CHOEUR DE PEUPLE
  • CHOEUR DE FILLES
  • UN ESCLAVE
  • CLINDOR
AVIS AU LECTEUR

Mon cher Lecteur, puisque mon Agathonphile s'était autant acquis de censeurs, que d'incrédules ; je ne sais ce que je dois attendre d'Endymion. Je sais bien que tu y trouveras moins de fautes, qu'au premier ; mais je te prie pourtant de croire, que personne n'y a mêlé de son style, comme quelques-uns l'ont cru d'Agathonphile, quoi qu'effectivement, ceux qui ont tant soit peu d'expérience à la Poésie, puissent bien juger, que ces vers ne sauraient être sortis d'un grand génie ; et qu'un homme est capable de produire, quelque chose de plus fort : et afin que l'avantage, que ce poème peut avoir sur l'autre, ne te fasse tomber dans la première erreur, c'est que j'y ai un peu plus de connaissance qu'autre fois, tu le verras. Adieu.

ACTE I

Il paraît au fond du théâtre, la face du temple de Diane : et d'un côté, plusieurs arbres touffus ; et de l'autre, une pointe de rocher fort élevée, et derrière quelques feuillages.

SCÈNE I. Endymion, Polydamon, sortant du Temple de Diane.

SCÈNE II. Parthenopée, Endymion, Polydamon.

SCÈNE III.

ENDYMION, seul

STANCES.

Mon âme s'en est fait résous-toi si tu veux, De lui continuer tes devoirs et tes voeux : Nous en verrons la fin, allons sur cette roche, Je vois finir le jour, et la nuit qui s'approche : Mon bel Astre luira, mais le jour cependant, À perdre la clarté me semble un peu bien lent. Maintenant le soleil m'est moins cher que la Lune ; sa brillante clarté sans cesse m'importune : Mais gardons d'offenser ce miracle des Dieux : Le frère de Diane, et qu'elle aime le mieux. N'importe toutefois, Diane est ma Déesse, Et la nuit s'approchant, ce bel Astre s'empresse À contenter mes yeux... Mais Dieux ! quelle clarté Vient éclairer ces lieux, quelle est cette beauté ?

SCÈNE IV. Diane, Endymion.

Diane paraît avec son croissant sur sa tête, son carquois derrière le dos, et son arc à la main : elle prend la parole voyant Endymion surpris.

SCÈNE V. Ismène, Endymion.

ISMÈNE, en s'en allant

Reposes toi mon fils.

ENDYMION, seul

Ô femme incomparable ! Que ton art est charmant, et qu'il a de vertus, De donner du repos à mes yeux abattus, Mes goûtons de cette eau, afin que je sommeille, sans être interrompu tant qu'Ismène m'éveille. Ô céleste douceur ! Ah ! Goût délicieux !

Il boit.

Ô charme qui déjà vient surprendre mes yeux ! Agréables plaisirs, délices nonpareilles, Qui me donnez repos après mes longues veilles.

Il paraît un bois d'arbres touffus, et au devant des autres est un myrte qui les surpasse en hauteur, et qui a même quelque forme d'une personne : et à l'ouverture du théâtre l'on voit un char parmi les nues attelé de deux dragons ; et l'on voit Endymion et Ismène dedans.

ACTE II

SCÈNE I. Ismène et Endymion dans le char.

ENDYMION

Ô ! femme plus qu'humaine ; Mais je ne la vois plus, c'est maintenant à moi De préparer mon coeur au plus cruel effroi.

Il voit ici tous les monstres qu'Ismène lui a dit.

Dieux ! Que vois je déjà, ce peut il que la terre souffre de ces Dragons une semblable guerre : Mais n'appréhendons rien, faisons luire ce fer, Afin d'épouvanter cette race d'enfer. J'en vois déjà fuir, ô Dieux quelle faiblesse ! Armons nous seulement d'un peu de hardiesse : Ils quittent tous ces lieux, et frémissent de peur, Par la seule clarté de cet astre trompeur, D'un fer un peu brillant ils craignent la lumière ; Tous se vont retirer dans leur place première : Ils ne paraissent plus, je suis hors de danger ; Mon âme, maintenant il ne faut plus songer Ce que signifiaient ces visions funèbres : Attendant que le jour dissipe les ténèbres, Fléchissons les genoux parmi ces sacrés lieux, Et supplions le Ciel qu'il écoute nos voeux. Ha ! Dieux, quel bruit confus vient frapper mes oreilles, Mon coeur goûte déjà des douceurs nonpareilles : Quoi ne serait ce point quelque commencement Des effets merveilleux de cet enchantement ? Mais Dieux ! quel hurlement, quelle horrible tempête, Quel foudre, justes Cieux, vient écraser ma tête ? Enfin que ferons nous pour notre réconfort, Il nous faut préparer à recevoir la mort. Ah ! Quel enchantement, quelle horrible furie ! Ismène que ton art est plein de tromperie : Viens donc me secourir, comme tu m'as promis, Dans les extrémités, où tu me vois soumis. Ha ! Bons Dieux sous mes pieds je sens trembler la terre. Je n'attends que la mort par un coup de tonnerre. He ! mais quel changement, je vois tout apaiser, Je n'entends plus de bruit, tout se vient disposer À remettre mes sens de leur mortelle crainte, À changer les couleurs dont ma face était peinte : Et je sens que déjà la douceur des Zéphirs Permettent à mon coeur de pousser des soupirs ; Et de reprendre haleine après tant d'épouvante Après tant de malheurs que le destin m'invente : Ha ! La douce clarté qui me vient éclairer ; Courage Endymion, commence d'espérer : C'est Diane, c'est elle... Ha ! Je vois son visage, Cachons nous promptement sous cet épais feuillage. Ha ! Mes sens, ha ! Mes yeux, qu'allez vous devenir ?

Il se cache parmi des feuillages ; cependant Diane vient accompagnée de ces Nymphes, et de quelques chiens : elle s'assoit sur une roche vis à vis d'Endymion, sur qui elle jette la vue.

SCÈNE II. Diane, Choer de Nymphes, Endymion.

II. NYMPHE

Et voila maintenant son audace punie.

Elles se retirent.

SCÈNE III. Endymion, Une Nymphe de Diane.

ENDYMION

Je ne puis[.]

NYMPHE

Avec plus de tendresse Qu'elle n'en eut jamais pour les autres mortels, Qui pour sa gloire seule élèvent des autels : Je ne peux assurer qu'elle te favorise Par dessus les humains avec tant de franchise, Que les Dieux s'étonnant de te voir estimer De celle que l'amour n'a jamais peu charmer, En murmurent entre eux de connaître qu'elle aime Et méprise les Cieux, et la dignité même, Pour te gratifier avec tant de bonté ; Et tu vas l'accusant de trop de cruauté ? Que ne dit elle point un jour près du Méandre, Vers Milet, et Priène, elle nous fit entendre Le dessein qu'elle avait de te favoriser, Et tout son entretien ne fut qu'à te priser : Lors qu'en se promenant, voici, nous disait elle, Le lien d'Endymion de cet amant fidèle : Mais je ne le vois plus, où s'est il retiré ; Ce lieu qui autrefois l'avait tant attiré, N'a t'il plus ce pouvoir, a t'il quitté la chasse ? Ou bien s'il a reçu ici quelque disgrâce ? Mais, nous dit elle alors ; je veux vous avertir, (Ou je vous le ferais aussitôt ressentir) Que lors qu'Endymion d'une ardeur retenue Cherche l'occasion de jouir de ma vue... Qu'à moins que d'éprouver le feu de mon courroux, Il ne ressente point la rigueur de vos coups. Elle parle aux sylvains, aux faunes, aux naïades, De tes rares vertus mêmement aux dryades. Pense tu qu'elle même ait bien tout le repos Qu'elle peut souhaiter ? voyant qu'à tous propos La Grèce la demande, et tantôt la Scythie, L'Arménie, la Crète, et dans l'Éthiopie : Voit en quelque pays par où ce grand oeil luit, Que Diane ne fasse un même cours la nuit ? Mais je retarde trop, et je suis attendue ; Enfin n'étant ici longtemps entretenue, Je te veux avertir que Diane m'a dit

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Sthenobée, Endymion couché.

STHENOBÉE, seule portant un couteau à la main, cherche quelqu'un pour lui couper une branche du myrte

Je vais cherchant quelqu'un qui veuille ici m'aider À ce que malgré moi je lui veux demander : Tel homme que je suis m'est ici nécessaire, Il me pourrait servir, et ne me saurait plaire, Car, Diane, tu sais que je suis toute à toi, Et que je t'ai promis de vivre sous ta loi Tu sais comme pour moi dix mille coeurs soupirent, Et qu'à me posséder vainement ils aspirent. Mais la nécessité me va faire accepter Quelque main qu'on me vit autrefois rejeter. Il me faut assister à certain sacrifice ; Et quelqu'un aujourd'hui me rendra cet office, De me vouloir couper du myrte que je vois, Qui surpasse en hauteur les arbres de ce bois. Mais j'aperçois un homme au pied de ce grand arbre, Qui surpasse en beauté les lys, et le cinabre : Approchons doucement pour voir cet inconnu, Et sachons depuis quand il est ici venu. Avançons... Mais bons Dieux ! Je connais ce visage, D'où peut être sorti ce divin personnage ? Ha ! Diane, il est vrai que je le vis un jour, Et malgré mes efforts j'eus pour lui de l'amour : Mais depuis quelque mois que je m'en vois absente, J'ai tâché de bannir cette idée charmante. Enfin je m'y forçai quand je ne le vis plus, Et que tous mes soupirs se trouvaient superflus. Je me remis enfin dessous la loi première, Et cependant mon coeur brûlait pour la dernière.

Endymion ouvrant les yeux, considère Sthenobée qui le prie de lui couper un petit rameau du myrte.

Toi, que les Dieux peut-être ont fait venir ici, Parmi ces bois sacrés pour m'ôter de souci, Coupe moi de ce myrte une petite branche ; Et je te vaiS donner aussitôt en revanche Ce coeur tant désiré, tant de fois pourchassé, Que jamais à nul homme on ne vit attaché : À moins que tu ne sois d'un naturel barbare.

ENDYMION, se levant tire son épée pour lui couper la

Qui te refuserait, beauté charmante et rare, Un service plus grand ?

STHENOBÉE

Trop aimable étranger, que tes bontés sont grandes, Je les reconnaîtrai.

Tandis qu'elle prend la branche, et se retire des hommes sortent du bois qui saisissent Endymion.

SCÈNE VI. Endymion, Troupe d'hommes, Hermodan, Diophanie, changée en myrte, Esclave.

SCÈNE VII.

ACTE III

SCÈNE I. Thymotée, Sthenobée, Admon, Pyridor, Esclave.

SCÈNE II. Clindor, Thymotée, Admon, Pyridor, Sthenobée.

CLINDOR

Ce prodige inouï rend mon sang tout ému. Enfin vous savez tous qu'en la forêt sacrée, Où ce myrte nouveau paraît droit à l'entrée ; Ce pauvre infortuné que nous avons laissé En terre, vers ce tronc, qu'il tenait embrassé : Après l'avoir longtemps arrosé de ses larmes, sa douleur l'a contraint à prendre d'autres armes. Je me suis approché connaissant son dessein, En saisissant le fer qu'il portait dans son sein : Il a fait ses efforts pour me le faire rendre, Mais j'ai su contre lui doucement me défendre : Ayant caché ce fer, j'ai fait tout mon pouvoir Pour tâcher d'arrêter son cruel désespoir : Et je le prie en vain, la fureur le transporte, Rien ne peut l'adoucir, à tout coup il s'emporte, Je l'ai quitté pourtant, en l'ayant désarmé De ce fer, qui pour lui m'avait tant alarmé : Il m'appelle méchant, cruel, impitoyable, De vouloir prolonger son destin misérable : Dans ce torrent de maux je le laisse crier, Malgré tous ses tourments, il a beau me prier, Je l'ai laissé tout seul dans ces dures atteintes, Qui faisaient retentir la forêt de ses plaintes : Sachant le désespoir où se porte l'amour, Je l'ai voulu revoir dans ce triste séjour : Mais qu'ai je vu, bons Dieux ! au lieu du personnage, J'ai vu touchant le myrte un olivier sauvage : Après tant de langueurs ses voeux sont exaucés, Il a tari ses pleurs, ses tourments sont passés : Ces rameaux vont joignant ceux la de son amante, Qui peut faire juger combien elle est contente De voir ce cher Berger.

ESCLAVE

Chacun sait comme Diophanie Fut avant son malheur la plus rare beauté, Qui puisse à tous les coeurs ôter la liberté : Tout cédait à l'abord d'une telle merveille, Qui fut comme en beautés en rigueur sans pareille : Dès ses plus jeunes ans, à l'imitation De celles de son âge, elle prit passion De garder les troupeaux, et trouvait ses délices Et ses contentements dedans ces exercices. Parmi tous les bergers qui lui furent connus, Qui près d'elle en ces lieux furent les mieux venus ; Ce fut cet Hermodan, qui depuis leur enfance Est de ses amitiés entière jouissance : Mais connaissant enfin leurs charmes tous puissants, Amour blesse d'un trait ces deux coeurs innocents : Car enfin s'ils étaient les plus parfaits du monde, Ils s'aimèrent aussi d'une amour sans seconde : Mais au point qu'Hermodan se croyait plus heureux, C'est lors que le destin lui fut plus rigoureux. Une beauté si rare était trop admirée, Pour demeurer longtemps sans se voir adorée, L'on voyait mille amants mourir pour ses beaux yeux, Et le seul Hermodan était victorieux. Amphidamas fut l'un des plus considérables, Et se vit à la fin un des plus misérables : Son père la pressait pour cet illustre amant ; Mais elle fut rebelle à son commandement. C'est en vain toutefois qu'elle s'en veut défendre, Son père avait dessein pour un si puissant gendre : Enfin il voulut tant user d'autorité, Qu'il en a fait périr cette extrême beauté : Feignant de s'accorder au vouloir de son père, Quant elle le voyait emporté de colère : Elle lui protesta de les rendre contents, Pourvu qu'on lui donna cinq ou six jours de temps. On lui donne ce temps avec beaucoup de joie, Mais c'était lui donner le chemin et la voie Qui leur devait coûter tant d'ennuis et de pleurs ; Puisque les Dieux touchés de ses vives douleurs, Permirent que dans peut cette beauté divine Vit couvrir son beau corps d'une dure racine. On la cherche partout après cet accident, Puisque pas un de nous, ni le pauvre Hermodan, En ne la voyant plus n'eut jamais le pensée Que les Dieux pour toujours l'eussent ainsi placée : Nous cherchâmes bien loin ce qui fut près de nous, Et si cet étranger n'eut encor parmi vous D'une main sacrilège abattu ce feuillage, Son père l'aurait fait rechercher davantage. Mais allons informer ce père malheureux Quel accident causa son dessein rigoureux.

SCÈNE III.

STHENOBÉE, seule

SCÈNE IV. Alcyonnée, Sthenobée.

STHENOBÉE

C'est lui,

STHENOBÉE

Hélas ! Tu t'es trompée en tenant ce langage ; Je le vis une fois au temple de Venus, Et d'autres avec lui qui m'étaient inconnus : Rien ne me plût que lui ; mais il me plût de sorte, Que la première loi ne fut pas assez forte Pour résister aux coups d'un vainqueur si parfait, Tout l'effort que je fis se trouva sans effet. Je lui parlai toujours pendant quelques journées, Qui pour sacrifier nous furent ordonnées : Enfin il paraissait si charmant à mes yeux, Que mon coeur aussitôt en conçut ces beaux feux. Pour lui, je ne sais pas quelle était sa pensée ? Je ne sais si pour moi son âme fut blessée ? Quoi qu'il me témoignât beaucoup d'empressement, Il me traitait toujours fort sérieusement, Par des certains respects remplis d'indifférence, Qui bannissait d'abord ma plus douce espérance : Et s'étendait toujours sur ce peu de beauté, Qui ne pût néanmoins ravir sa liberté : Car bien qu'il soupirât étant à ma présence, Je remarquais en lui beaucoup d'impatience : Je n'étais pas toujours l'objet de ses regards, Et ses yeux vagabonds allaient de toutes parts : Ils s'élevaient aux Cieux d'une ardeur suppliante, Encor que je lui fusse incessamment présente : C'est le sujet pourquoi l'on ne peut ignorer, Que quelqu'autre que moi le faisait soupirer. Et si cette raison ne fut pas bien puissante Pour bannir de mon coeur cette flamme naissante ; Encor qu'il soit certain qu'il ne m'haïssait pas, si crois-je qu'il brûlait pour des autres appas. Et bien qu'il témoignât quand nous nous séparâmes. D'avoir quelque regret lors que nous le quittâmes ; J'ai bien vu du depuis son peu d'affection,

STHENOBÉE

Hélas veuillent les Dieux ruiner le dessein Que nos prêtres ont pris, quoi qu'il soit juste et saint.

Le palais de Thymotée paraît avec quantité colonnes, et au milieu de la salle du palais une table couverte d'un beau tapis, où l'on met dessus les corbeilles de fleurs, et les vases d'or, ou d'autres métaux, le tout pour le sacrifice d'Endymion qui paraît seul au milieu de la salle chargé de chaînes d'or, et d'argent.

ACTE IV

SCÈNE I.

ENDYMION, chargé de chaînes aux mains et aux pieds

Mais que vois je venir, c'est lui ; ce sont mes maîtres Le sacrificateur, avec ses autres prêtres.

SCÈNE II. Thymotée, Pyridor, Admon, Ministres de Thymotée, Endymion.

Un esclave portant un vase d'eau lustrale, dont Thymotée jette une rosée sur Endymion avec une profonde révérence.

THYMOTÉE, en s'en allant avec sa troupe

Ha ! Mon fils, c'est beaucoup.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Sthenobée, Choeur de Filles.

SCÈNE V. Endymion, Sthenobée, Choeur de Filles.

FÉLICIE

Enfin prépare toi, Sthenobée, il est temps, mets lui cette couronne.

Elles prennent une des corbeilles de fleurs qui sont sur la table, et la présentent à Sthenobée, qui prend la couronne faite pour Endymion, et le bandeau de pourpre pour lui mettre sur le front.

STHENOBÉE

Hé bien, puis qu'il le faut, et qu'enfin tu le veux, Je m'en vais maintenant entourer tes cheveux De ce triste bandeau.

Il s'assoit, et Sthenobée lui met le bandeau et la couronne de fleurs, et quelques rubans que les filles lui attachent en attendant qu'il lève les yeux au Ciel.

STHENOBÉE, en s'en allant et les filles

J'y ferai mon effort.

SCÈNE VI.

ENDYMION, seul

Mais allons voir pourtant quelle en sera l'issue, Et si cette beauté ne sera point déçue.

L'on voit ici une forêt, dont les arbres touffus laissent pourtant une place spacieuse, où est l'autel dédié pour le sacrifice, au tour duquel est Sthénobée, et ses filles, qui portent des corbeilles de fleurs, dont elles le parsèment.

ACTE V

SCÈNE I. Sthenobée, Choeur de Filles.

STHENOBÉE

Une femme inconnue en ces lieux. Et qui sans doute sort de la race des Dieux : Enfin l'on peut juger qu'elle est presque divine, Et que des Immortels elle a prit origine. Mes filles, vous savez quels étaient mes regrets, Et vous avez ouï les propos indiscrets, Auxquels mes des plaisirs et mes maux m'ont contrainte ; Alors que j'ai trouvé pour alléger ma plainte, Quand je faisais voler mes soupirs jusqu'aux cieux, Cette fameuse Ismène est parue à mes yeux : Un lugubre torrent, de sanglots et de larmes M'ont empêché de voir cette mère de charmes : Mais lorsqu'elle a parlé me surprenant ainsi, ses discours ont rendu mon mal bien adouci. Il n'était pas besoin de lui dire la cause Des maux que je souffrais ; c'était trop peu de chose De paraître à ses yeux avec tant de douleur : Elle savait déjà le fonds de mon malheur. Enfin ce grand savoir, à qui rien ne seconde, Fait voir qu'il n'est jamais de chose si profonde Qui ne lui soit connue, aux lieux les plus cachés, Quand on croit la fuir, l'on s'en voit empêchés, Elle peut nous servir, ou nous être contraire, L'on ne doit que tâcher de ne lui point déplaire : Elle sait les malheurs qui doivent arriver, Elle en peut garantir, elle peut en priver. Elle a su ma douleur sans m'avoir jamais vie, Ainsi mes maux ont en l'allégeance imprévue, Elle m'a présenté ce couteau merveilleux, Aussi faible léger qu'il paraît à vos yeux : Enfin elle m'a dit que cette faible lame Ferait bientôt cesser les douleurs de mon âme : Quand on le plongera dans ce coeur innocent, Les charmes qu'elle y met le rendront impuissant : Et que pour faire agir l'effet de sa promesse, Elle se veut mêler au milieu de la presse. Elle m'a dit son nom, même en se nommant, Elle a vu dans mes yeux beaucoup d'étonnement : Car ce nom m'a surprise, ainsi qu'on le peut croire, Puisque je n'avais point bannis de ma mémoire Tout ce qu'Endymion m'avait dit aujourd'hui ; Ne vous souvient il pas, mes filles, que c'est lui, Qui nous avait parlé d'une certaine Ismène ?

SCÈNE II. Thymotée, Endymion, Sthenobée, Choeur de Filles, Un Esclave, Troupe de Peuple.

STHENOBÉE

Le voila ;

ENDYMION, voyant Ismène demeure surpris

Ô Dieux ! Quelle surprise, Ha ! Trompeuse[.]

ISMÈNE

Il est vrai, Diane m'autorise : Vous Thymotée sortez de cet étonnement ; J'apporte ici ce fer par son commandement. Car vous saurez qu'un jour revenant de la chasse, Ayant couru longtemps elle se trouva lasse : Mais le Dieu du sommeil l'ayant fait reposer, Quelques moments après il lui vint proposer D'agréer un repas, elle, et toute sa suite : Elle accepte l'honneur où ce grand Dieu l'invite : Après ce doux repas, ce qui lui plût le mieux, Au mépris des palais riches et précieux, Ce fut plusieurs ruisseaux par des si doux murmures Qui charmèrent ses sens : et les grottes obscures Où le Dieu lui fit voir toutes ses raretés, Dont les yeux de Diane en furent enchantés. Le Dieu lui demanda ce qui lui pourrait plaire, Qu'elle prit en ce lieu de quoi se satisfaire : Mais lui même voulut lui choisir ce couteau, Qui parût à ses yeux si léger, et si beau ; Qu'elle accepta bientôt ce présent agréable, Qui lui devait un jour être si favorable : Puis qu'elle connaissait par sa légèreté, Qu'il ouvrirait un coeur avec subtilité. Qu'on lui devait un jour faire un grand sacrifice, Dont le couteau pourrait servir à cet office. Cette victime encor satisfait tant les Dieux, Que bientôt la Déesse en descendra des Cieux : Vous la verrez venir toute resplendissante, D'une manière enfin beaucoup reconnaissante, Elle même l'a dit ; en m'ayant ordonné D'apporter ce couteau, que je vous ai donné : Observez promptement ce qu'elle vous commande.

Elle disparaît.

THYMOTÉE, s'adressant au peuple

Voyez Albaniens, ce que Diane mande.

STHENOBÉE, derrière Thymotée en secret

Ô Dieux !

STHENOBÉE, lui ayant donné le couteau tombe évanouie de l'autel en bas, et ses filles la reçoivent

Justes cieux, s'en est fait. Ismène, et ton secours ?

THYMOTÉE, se tournant

Hé ! Qu'a donc Sthenobée ?

ALCYONNÉE

Elle est évanouie.

Thymotée descend de l'Autel pour secourir Sthenobée, et Endymion demeure seul à genoux.

SCÈNE III. Diane, Endymion.

SCÈNE IV.

1 615 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica