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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en un Acte et en vers

La Vengeance

Joseph Patrat· créée en 1798· 790 vers· 6 personnages

Représentée pour la première fois sur le Théâtre de l'Odéon le 10 Brumaire, au 7.

Personnages

  • MADAME WANDERK, riche Propriétaire. la Citoyenne DESROSIERS
  • ADÉLAÏDE, sa fille. le Citoyenne BEFFROY
  • LISBETH, Gouvernante de la maison. Citoyenne MOLIÈRE
  • JIRVAL, Secrétaire de Madame Wanderk. le Citoyen DORSAN
  • FRIDRIC, domestique de Madame Wanderk. Le Citoyen PICARD
  • UN NOTAIRE, Le Citoyen VALVILLE
Préface

Je déclare que je poursuivrai devant les tribunaux tout entrepreneur de spectacle qui au mépris de la propriété et des lois existantes, se permettra de faire représenter cette Pièce sans mon consentement formel et par écrit.

Paris, ce 20 Brumaire, an 7.

J.PATRAT.

Préface

D'après le traité fait entre nous J. Patrat, Auteur de la Comédie intitulée : la Vengeance, et S.-A. Hugelet, Imprimeur, nous déclarons que cet Ouvrage est notre propriété commune, conformément aux clauses dont nous sommes convenu. Nous la mettons sous la sauve-garde des lois et de la probité des citoyens, et nous poursuivrons devant les tribunaux tout contrefacteur et distributeur d'éditions contrefaites, et qui ne seraient pas signées de l'Auteur.

Paris, ce 20 brumaire, au 7. J.PATRAT. S.-A. HUGELET.

AVIS DE L'AUTEUR

Je dois un tribut d'éloges aux artistes dont les talents ont embelli cette petite comédie. La citoyenne Desrosiers a réuni dans le rôle de Mme Wanderk, la candeur et la finesse, et le goût à la sensibilité ; sa figure aimable, sa mise modeste et sa gaîté décente n'ont rien laissé à désirer.

La jeune Beffroy n' pas besoin d'art pour plaire ; elle a été, elle-même, vivacité franche, tendre ingénuité, ; c'était mon Adélaïde ; sa taille svelte et sa jolie mine ont prêté des charmes à tout ce qu'elle disait. Elle doit ses talents à la Nature ; on peut tout espérer.

Le Citoyen Dorsan, toujours soigneux, toujours dans le caractère u rôle qu'il représente, a mis, dans celui de Mirval, toute e retenue de la sagesse et tout le feu du sentiment ; il étudie les grands modèles, et son émulation doit faire espérer qu'il pourra les atteindre.

La citoyenne Molière et le citoyen Picard ont tiré tout le parti possible des deux faibles rôles dont ils avaient bien voulu se charger : le tout a été joué avec soin, jusqu'au personnage du notaire, auquel le citoyen Valville a donné, sans charge, un caractère très plaisant.

Heureux l'auteur qui voit ainsi embellir son ouvrage, et qui peut publiquement en témoigner toute sa reconnaissance.

Patrat

Le théâtre représente un salon dont les portes sont ouvertes et laissent voir, dans le fond, une superbe galerie préparée pour une fête.

SCÈNE PREMIÈRE. I. Lisbeth, Fridric.

Lisbeth est occupée à garnir les bougies que Fridric place dans les girandoles qui sont sur le table.

LISBETH, avec curiosité

Sur quoi le penses-tu ?

LISBETH

Perdrait.

SCÈNE II. Fridric, Mirval en botte, Lisbeth.

FRIDRIC, s'en allant

J'y vais.

SCÈNE III. Lisbeth, Mirval.

MIRVAL, très inquiet

Elle n'est point ici ?

LISBETH, avec malice

On croit qu'en rassemblant aujourd'hui sa famille, Elle a dessein...

Elle cherche à lire dans ses yeux.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Lisbeth, Mirval, Fridric.

SCÈNE VI. Lisbeth, Fridric.

FRIDRIC

Hé bien ?

FRIDRIC

Jurez-en.

LISBETH

Ma foi.

LISBETH, lui donnant un soufflet

Impertinent.

SCÈNE VII. Les Mêmes, Madame Wanderk.

MADAME WANDERK

Lisbeth ira.

FRIDRIC

C'est bon.

Il sort.

SCÈNE VIII. Mamdae Wanderk, Lisbeth.

MADAME WANDERK

En quoi donc ?

MADAME WANDERK

Quelle enfance !

MADAME WANDERK, le doigt sur la bouche

En satisfaisant ton désir, Puis-je compter ?...

LISBETH, enchantée

Sur un profond silence.

MADAME WANDERK, l'amenant au bas de la scène, après avoir regardé si personne n'écoute

Si je donne une fête avec magnificence...... C'est que tel est mon bon plaisir.

LISBETH, étonnée

Comment.

MADAME WANDERK, le doigt sur la bouche

Ne vas pas me trahir : Te voilà dans ma confidence.

LISBETH, avec humeur

Discrète autant qu'habile.

LISBETH, fâchée

En vérité, Madame.

MADAME WANDERK, sur un ton à se faire obéir

Allez chercher Mirval.

LISBETH, mâchonnant en s'en allant

Oh ! Gardez vos secrets, cela m'est bien égal.

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Madame Wanderk, Mirval.

MADAME WANDERK, gaiement

Oui, mon bon ami.

MIRVAL

Quand ?

MIRVAL, étonné

Vous le saviez ?

MIRVAL, embarrassé

Vous savez mes secret...

MADAME WANDERK

Bien vrai ?

MADAME WANDERK, mettant le doigt sur le coeur de Mirval

Cherchez là

MADAME WANDERK, en souriant

Tous, c'est un peu fort.

MIRVAL, interdit

Je vous jure...

MADAME WANDERK, vivement et sérieusement

Ne jurez pas.

MIRVAL, interdit

Mais...

SCÈNE XI. Mirval, Madame Wanderk, Adélaïde.

ADÉLAÏDE, sans voir Mirval, examinant avec étonnement les guirlandes, les lustres, etc

Ô comme c'est joli !

Elle voit sa mère, et court se jeter dans ses bras.

Maman que je t'embrasse.

Elle se trouve au milieu et tourne le dos à Mirval.

MADAME WANDERK, la caressant

Viens, mon enfant.

MADAME WANDERK

Tu le sauras dans peu.

ADÉLAÏDE tourne la tête, voit Mirval, et jette un petit cri de joie

Ah ?

ADÉLAÏDE

Mirval. Je ne vous voyais pas.

Pendant cette scène, Adélaïde se tourne du côté de Mirval, et sa mère la retourne vis-à-vis d'elle.

ADÉLAÏDE, à Mirval

J'ai perdu mes leçons...

MIRVAL, à part

À peine je respire.

MADAME WANDERK, à sa fille

Toi, j'ai quelque chose à te dire Qui t'intéresse vivement.

À Mirval.

Allez, mon franc ami.

Mirval s'éloigne lentement en regardant attentivement Adélaïde et sa mère ; Madame Wanderk les observe.

ADÉLAÏDE, voyant sa mère rire sous cape

Qu'a-t-elle donc à rire ?

MADAME WANDERK, à part

Leur embarras m'amuse infiniment.

SCÈNE XII. Madame Wanderk, Adélaïde.

ADÉLAÏDE

Oui, ma mère.

MADAME WANDERK, en confidence

Tu vas changer d'état.

ADÉLAÏDE

Comment ?

MADAME WANDERK, gaiement

Je te marie.

ADÉLAÏDE, à part

Elle a lu dans mon coeur.

MADAME WANDERK

J'ai sondé les replis de ton âme ingénue : Quand je me suis bien convaincue Que ton coeur était libre...

Adélaïde, qui écoutait avec joie, change de visage tout-à-coup. Madame Wanderk qui saisit tout ses mouvements, continue gaiement.

... Et que tu n'aimais rien. Que la parure et la magnificence...

MADAME WANDERK, lui souriant

Tu vois que je te connaît bien.

ADÉLAÏDE

Mais...

ADÉLAÏDE, très inquiète

Vous avez, dites-vous ?...

ADÉLAÏDE, les larmes aux yeux

Écoutez-moi.

MADAME WANDERK, voulant s'en aller

C'en est assez.

ADÉLAÏDE, en pleurs

À vos pieds...

ADÉLAÏDE

Quoi ?...

ADÉLAÏDE

Écoutez.

ADÉLAÏDE

Mon coeur...

MADAME WANDERK

C'est bon ! C'est bon.

Adélaïde reste absorbée : Madame Wanderk prête à rentrer, jette un coup d'oeil, et à toutes les peines du monde à s'empêcher de rire.

SCÈNE XIII.

SCÈNE XIV. Adélaïde, Mirval.

MIRVAL, à part

Ô ciel !

SCÈNE XV. Les mêmes, Fridric.

FRIDRIC, accourant en sautant dans un joie folle

Vivat, vivat ! Grande nouvelle !

ADÉLAÏDE

Mais sans doute.

ADÉLAÏDE, avec impatiente

À qui ?

ADÉLAÏDE

Quoi donc ?

ADÉLAÏDE, impatientée

Superbe ! Quoi ?

ADÉLAÏDE

Quoi donc ?

ADÉLAÏDE, impatientée

Après ?

SCÈNE XVI. Adélaïde, Mirval.

ADÉLAÏDE, avec un sourire ingénu

Mirval ? De ces leçons avez-vous profité ?

MIRVAL, avec embarras

Nous expliquer ? Sur quoi ?

ADÉLAÏDE, avec dépit

Vous m'impatientez.

MIRVAL, à part

Ô devoir trop sévère.

MIRVAL, affectant un air froid

Je m'en doutais.

ADÉLAÏDE, allant se jeter sur une chaise

Oh ! Vous êtes insupportable !

MIRVAL, hors de lui

Quoi ! Vous m'aimez !

MIRVAL

Jamais...

ADÉLAÏDE, vivement

Vous ne m'aimez donc pas ?

MIRVAL, tombant à ses pieds

Qui, moi ? Je vous adore.

SCÈNE XVII. Adélaïde, au devant de la scène, Mirval à ses pieds ; Madame Wanderk, entrouvrant doucement la porte du fond.

ADÉLAÏDE, avec joie

Ah ! Cela s'appelle parler.

ADÉLAÏDE, avec un aimable sourire

Eh ! Défend-on ce qu'on désire ?

MIRVAL, se remettant à genoux

Adélaïde !

ADÉLAÏDE, tendrement

Hé bien ?

MADAME WANDERK, sans être vue

Que l'on conduise ici Mirval et mon notaire.

MIRVAL, se levant avec confusion

Je fuis !

ADÉLAÏDE, avec un petit ton décidé

Hé bien, laisses moi faire. J'ai du courage, moi.

ADÉLAÏDE, bas à Mirval

Que vous avais-je dit ?

MIRVAL, à Madame Wanderk

C'est moi qui vous doit tout.

ADÉLAÏDE, à part

Comme le coeur me bat !

MIRVAL

Madame...

ADÉLAÏDE, bas à Mirval

Du contrat : c'est bien clair.

MIRVAL, enchanté

Ah ! Madame !

ADÉLAÏDE, de même

Ah ! Ma mère !

ADÉLAÏDE, inquiète

Hé bien ?

MADAME WANDERK, comme si elle donnait une bonne nouvelle

Vient t'épouser ce soir.

ADÉLAÏDE, avec une grande surprise

Moi ? J'épouse...

MIRVAL, à part

Quel coup !

MADAME WANDERK, à part

Il change de visage.

ADÉLAÏDE, bas à Mirval

Je m'en vais lui parler... calmez votre chagrin.

À Madame Wanderk avec timidité.

Pardon, maman... mais...

MADAME WANDERK, gaiement

Quoi ?

ADÉLAÏDE, vivement

Qui vous l'assure ?

MADAME WANDERK, sérieusement

Ton silence.

ADÉLAÏDE, inquiète

Quoi ? Mon silence ?...

MADAME WANDERK, gaiement

Oh ! Je ne risquais rien.

ADÉLAÏDE, après un moment d'embarras

Répondez franchement.

MADAME WANDERK

Hé bien ?

ADÉLAÏDE

Bien sûre ?

ADÉLAÏDE, se couvrant le visage

Oh ! ! !

ADÉLAÏDE, les larmes aux yeux

Ce coeur...

SCÈNE DERNIÈRE. Les mêmes, Fridric, Lisbeth, Le Notaire.

FRIDRIC, annonçant

Votre notaire.

ADÉLAÏDE, allant s'asseoir dans un coin

Ô ciel !

MADAME WANDERK, à Fridric

Mets cette table ici.

Au Notaire qui entre.

Je vous attendais.

LE NOTAIRE, d'un ton pédant

Me voici.

MADAME WANDERK, lui faisant des signes

Au contraire, Je vous ai prié de vous taire.

MADAME WANDERK

Ô quelle tête !

MADAME WANDERK

Hé, taisez-vous.

MADAME WANDERK, s'impatientant

Eh ! Paix donc !

MADAME WANDERK, prenant le contrat

Mais vous extravaguez, je crois !

MADAME WANDERK

Écoutez moi.

Elle le mène au coin du théâtre, le notaire lui indique l'article qu'elle lit bas, en jetant ses yeux de temps en temps sur les jeunes gens, et paraissant toujours écouter ce qu'ils disent.

ADÉLAÏDE, baissant les yeux

Quel sera le mien ?

MIRVAL

D'obéir.

ADÉLAÏDE, avec tendresse

Le vôtre, Mirval ?

MIRVAL, les larmes aux yeux

De vous fuir.

MADAME WANDERK, qui a souri en entendant leurs derniers mots, dit au Notaire en parlant haut

Ajoutez-y cela.

LE NOTAIRE, sans la comprendre

Cela ?... Quoi, je vous prie ?

MADAME WANDERK, le conduisant à la table

Asseyez-vous.

LE NOTAIRE

Que diable signifie ?...

Position de la scène.

Le Notaire à la table, Lisbeth, derrière se chaise, cherchant à lire par dessus son épaule, Fridric, dans le fond ; Madame Wanderk, au milieu de la scène. Adélaïde, ensuite, Mirval, au coin du théâtre à gauche.

MADAME WANDERK

Et quoi donc ?

ADÉLAÏDE, presque en pleurant

C'est que mon coeur n'est plus à moi.

MADAME WANDERK, feignant l'étonnement

Qui, vous Mirval ?

MIRVAL, à genoux

Madame...

ADÉLAÏDE

Ayez pitié.

MADAME WANDERK, les repoussant

Laissez moi, laissez moi.

LE NOTAIRE, à part

Mais le contrat qu'elle-même a fait faire Ne cadre point du tout avec cette colère.

Il quitte sa table et s'approche de Madame Wanderk.

Je vais savoir la vérité.

À Madame Wanderk qui paraît accablée.

Madame, expliquez moi.

MADAME WANDERK, se levant, et avec un ton absolu

Silence !

Tout le monde paraît étonné : Fridric fait un bond de frayeur : le Notaire remporte son contrat et retourne à sa table.

MADAME WANDERK, à part

Ô chère enfant !

ADÉLAÏDE, avant de signer

Mirval, que votre âme attendrie, Imite un généreux effort : Qui me donna le jour veut m'arracher la vie, Je signe l'arrêt de ma mort.

Elle signe et s'appuie sur Lisbeth. Mirval, inquiet, s'avance. Madame Wanderk les prend tous deux par la main.

FRIDRIC

C'est à présent qu'on valsera.

Fridric va pour valser, Lisbeth l'arrête tout court.

ADÉLAÏDE, lui baisant ta main

Ma mère !

790 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0