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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Geta

Nicolas Péchantré· créée en 1687· 5 actes· 1 386 vers· 9 personnages

Représentée pour la première fois le 28 janvier 1687 au Théâtre de l'Hôtel Guénégaud.

Personnages

  • ANTONIN CARACALLA, Empereur romain, fils de Sévère
  • GETA, Empereur Romain, son frère
  • JULIE, impératrice, leur mère, femme de Sévère
  • JUSTINE, Vestale, fille de Pertinax empereur Romain
  • ALBIN, Confident d'Antonin
  • ARCAS, Confident de Geta
  • ÉMILIE, Confidente de Julie
  • PAULINE, Confidente de Justine
  • GARDES D'ANTONIN
MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.

Ce n'est point une espèce de présomption que j'ose prendre la liberté de vous consacrer ce premier essai de ma Muse. Je sais que votre auguste Nom ne doit paraître qu'à la tête des ouvrages les plus excellents ; mais le mien vous appartient par tant de titres que je ne puis m'empêcher de vous en faire une très respectueux hommage. Je vous le dois, MONSEIGNEUR, quand ce ne serait que pour ce favorable accueil dont il vous a plu de l'honorer, et pour avoir trouvé seulement en vous tous ces traits de grandeur nécessaires pour remplir le caractère de mon héros. Cette sagesse consommée de Geta en la fleur de son âge, cette modération merveilleuse dans la suprême puissance, cette piété si religieuse au milieu des plaisirs et des magnificences de Rome, cette fierté, cette douceur, cette ardeur pour la gloire : et ce qui est le plus à estimer cette grandeur d'âme qui le rend toujours maître de lui-même, et qui le met au dessus des passions les plus fortes ; Tout cela, Monseigneur, n'est qu'un faible crayon, ou qu'une légère ébauche de ces hautes vertus qu'on voit briller en vous, et qui vous rendent la parfaite image du plus grand de tous les Monarques, d'un Roi que tous les prince de la Terre se font une étude d'imiter, et qui ne peut être dignement imité que par vous seul. Je ne doute pas, MONSEIGNEUR, que ce ne soit ce rapport que j'ai mis entre mon héros et vous,, qui a attiré à mon poème l'estime de cette incomparable princesse votre épouse, qui assure pour jamais le bonheur de cet état par des princes d'une espérance est si grande et si belle. Ce serait ici un vaste champ pour étamer tous ces grands avantages qui la rendent seule digne de vous posséder, et qui la font admirer de tout le monde ; il me suffit de les révérer par mon silence, et de vous assurer en même temps et de ma parfaite reconnaissance, et du respect très profond avec lequel je suis,

MONSEIGNEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

PECHANTRÉ

PRÉFACE

Ami lecteur, l'heureux succès qua eu cette tragédie semblerait me dispense du soin d'y ajouter une préface, et trop content des applaudissements dont il a plu de la favoriser, je devrais m'en tenir là, sans m'engager dans tous ces discours préliminaires, qui sont ordinairement plus exposés à la censure, que la pièce même qu'on veut justifier. Mais l'indulgence que tu m'as témoignée, ne saurait m'exempter de l'obligation de répondre à quelques difficultés qu'on m'y a faites, et peut-être que dans la représentation tu as bien voulu me pardonner des choses que tu m'excuserais pas dans la lecture, si je ne t'en rendais raison.

Pour ce qui regarde l'Histoire de mon sujet, je me suis fait une loi de m'attacher autant que j'ai pu à la vérité, ou du moins à la vraisemblance, suivant le précepte d'Horace :

Aut faman sequere, aut sibi convenientia singe. Rien n'est si célèbre chez les historiens d'Antonin et de Geta, tous deux fils del'Empereur Sévère, fameux par la défaite de trois empereurs ; Rien de si connu que le soin que prit cet illustre père de prévenir les suites de leur haine par le partage de l'Empire : Rien de si bien marqué que les oppositions de Julie leur mère à l'exécution de la Traité, suivant lequel l'un de ces princes devait aller régner en Asie, et l'autre à Rome. Voici comment Hérodian exprime ses sentiments de cette mère : O filii ! Jam invenistis que pacto terrainet mare dividatis, matrem vero quomodo dividetis ? Quo modo infoelix ego distribuar inter utrumque vestrum ? Rien de si bien autorisé que la réconciliation de ces deux princes. L'illustre Monsieur Vaillant en propose une médaille, dans laquelle ils paraissent se donner les mains en présence de leur mère, avec cette inscription ; Concondiaae Augustorum. Le meurtre de Geta, commis par Antonin dans les bras de Julie, la mort de Plantilie sa femme ; en un mot tous ses traits de cruauté répandus dans ma pièce sont précisément tirés de l'Histoire, et il n'y a en tout cela rien de mon invention.

Pour ce qui concerne la Vestale, c'est Dion qui m'en a fait naître sa pensée : Vestales occidit quatuor (dit-il en parlant d'Antonin) ex quibus unam vitiare tentavit,quae tamen in altum exclamabat scire ipsumm Antoninum, se Virginem esse. Sur ce fondement, l'Histoire ne m'apprenant rien de sa naissance, et d'ailleurs sachant bien que les Vestales étaient des filles du premier rang, et qu'on ne recevait qu'à six ans au temple de Vesta, j'ai cru pouvoir faire celle-ci fille de Pertinax, et la faire paraître à la première année de l'Empire de Caracalla, sans blesser la Chronologie, n'y ayant entre le meurtre de Pertinax et la première année de l'empire Antonin que vingt ans de plus, qui furent remplis par le règne de Sévère ; Julien, Pescannius, et Albin ayant étét presque aussitôt opprimés par sa valeur, qu'ils osèrent se faire proclamer Empereurs. Mais venons au principal.

Quelques uns m'opposent d'abord la trop grande simplicité de l'action, qui semble être dépourvue de cette variété d'incidents, qui sont le plus grand agrément de ces sortes d'ouvrages ; mais soit dans le noeud, soit dans le dénouement, cette pièce est traversée par tant de changements, que je craindrais plutôt d'y en avoir trop mis que trop peu, s'ils n'étaient presque tous nécessaires, et tous tirés du centre même du sujet.

D'autres me disent que j'ai fait Antonin trop honnête homme pour un scélérat, et que je le fais tout d'un coup fratricide, sans l'avoir fait méchant dans le cours de ma pièce : mais ces messieurs n'y prennent pas garde ; presque tous les actes d'Antonin ne se propose que la perte de son frère, et sa malice est d'autant plus grande qu'elle est cachée sous de plus belles apparences. C'est la caractère que lui donne Qpartian, Fingebat se benignum, quum effet natura truculentus

D'autres m'opposent que Geta insulta mal à propos son frère, lorsqu'il se déclare son rival. Mais qui ne voit qu'après avoir combattu la passion d'Antonin par des raisons tirées de la Religion et des Lois, s'il lui déclare son amour, ce n'est que pour le porter à faire sur son coeur les mêmes efforts qu'il fait lui-même sur le sien.

L'on ajoute encore que Geta convaincu de la perfidie de son frère, ne devait pas si facilement se fier à ses feintes réconciliation, et à la parole qu'il lui donne de renoncer à Justine. J'avoue que c'est une imprudence à lui d'en croire si légèrement son frère ; mais c'est une faute d'un peu trop de bonne foi, et qui par conséquent lui doit plutôt attirer l'estime et la pitié, que le blâme et l'indignation des honnêtes gens ; ce sont ces sortes de fautes qui entraînent souvent les plus grands hommes dans les plus grands malheurs, et dont Aristote veut que ces héros des tragédie soient en quelque façon coupables : necesse enim est optimam fabulam mutari es prospera fortuna in adversem non propter improbatatemn sed propter errorem magnum.

On me demande à quel titre cette preêtresse (car c'est ce nom que Tite-Live aux Vestales) est mandée par l'Empereur de venir faire un sacrifice en son Pa[..] : à quoi je réponds, que depuis que les Empereurs s'étaient attribués le suprême Pontificat, comme le remarque Dion sous Auguste, ils étaient en droit de mander les prêtres et les prêtresses pour faire des sacrifices dans leur Palais même, où ils avaient des chapelles, qu'ils appelaient Sacella, comme celle qu'Auguste à bâtir dans le sien, consacrée à Apollon, sous ce titre Apollo Palatinus.

On condamne enfin la déclaration d'amour que fait cette princesse à Geta sur le point de s'en aller renfermer ; mais sans vouloir l'excuser par les obligation où elle était de consoler ce Prince désolé, cet aveu de Justine dit plutôt voir la fermeté de son coeur, et l'estime qu'elle a pour Geta, que la moindre faiblesse en elle, puisqu'elle ne lui déclare sa tendresse, que par la constance qu'elle a en sa propre vertu, et en la discrétion d'un prince aussi sage et aussi retenu que Geta. Je ne t'ai dirai pas davantage, ami lecteur, de peur de te fatiguer, ou de t'irriter même par une trop longue préface.

ACTE I

SCENE I. Antonin, Albin.

SCÈNE II. Antonin, Julie, Émilie.

ANTONIN

Madame, il vous souvient de ce jour si célèbre Où Rome dans l'éclat d'une pompe funèbre À l'Empereur Sévère élevant dans autels Lui rendit les honneurs qu'on rend aux immortels ; Moi-même ayant laissé pour honorer mon père La Bretagne conquise à Rome tributaire, Je vins avec Geta consacrer son cercueil, Et mêler mon triomphe à cet auguste deuil. La bûcher fut dressé, la victime parée, Moi-même sur l'autel je mis l'urne sacrée, Et les prêtres enfin dans le temples assemblés Célèbrent son nom par leurs chants redoublés ; Mais par une surprise à mon repos fatale Dans le milieu du Temple un[e] auguste Vestale Que le foule n'osait par respect approcher, Vint par ses feux sacrés allumer le bûcher : Sa grâce, sa fierté, son port noble et modeste Relevaient tous les traites de se beauté céleste, Un air doux et serein sur son front répandu, Avec sa majesté se trouvait confondu, Et tous ses ornements sacrée et vénérables Brillait le vif éclat de ses feux adorables ; De ce divin objet tous mes sens occupés Comme d'un coup du ciel se sentirent frappés ; Dans le fond de mon coeur son image tracée, Depuis ce jour sans cesse occupe ma pensée, Et le feu de ses yeux dans mon âme imprimé, M'inspire un feu sacré, dont je suis consumé : J'ai fait de mon amour un assez long mystère, Il éclate aujourd'hui, je ne puis plus le taire, Et dans le temple enfin cet amour allumé Doit être dans le temple aujourd'hui confirmé ; La Peuple et le Sénat nous y doivent attendre, Bientôt dans ce palais Justine doit se rendre, Et mon coeur se promet de vos soins généreux, Que vous la résoudrez à répondre à mes voeux.

SCÈNE III. Julie, Antonin, Géta, Émilie.

SCÈNE IV. Julie, Geta, Émilie.

ACTE II

SCÈNE I. justine, Pauline, Albin.

SCÈNE II. Antonin, Justine, Pauline, Albin.

SCÈNE III. Antonon, Justine, Julie, Albin, Pauline, Émilie.

SCÈNE IV. Justine, Émilie, Julie, Pauline.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Géta, Julie.

SCÈNE VII. Julie, Émilie.

ACTE III

SCÈNE I.

SCÈNE II. Geta, Arcas.

GETA

Ne me connais-tu plus Arcas ? Oses-tu croire Que mon coeur pour l'amour abandonne la gloire ? Et que trop possède de mon aveugle ardeur, J'oublie un seul moment les soins de ma grandeur ? J'aime, mais d'un[e] amour et si pure et si belle, Qu'il y va de ma gloire à paraître fidèle ; À soutenir ma flamme, et sans rien espérer À défendre l'objet qui me fait soupirer : Oui j'adore Justine ; et puis-je l'avoir vue Sans adorer ces traits dont son âme et pourvue ? Mais quel est le mortel à qui son seul aspect N'inspire avec l'amour la crainte et le respect ? Et cependant Arcas un barbare, un impie, Contre son innocence arme sa tyrannie, Et je pourrais souffrir qu'un lâche,un inhumain Souillé du plus beau sang de l'Empire Romain, Foulant la majesté des Dieux qu'elle révère, Profane en l'épousant son sacré caractère ? Que sais-je, file traître, inquiet, violent De meurtre d'une épouse encore tout sanglant, Ne lui réserve pas une mort plus infâme, Qu'il ne la fit souffrir à sa première femme ? Je frémis à penser ; tâchons de prévenir Un crime que sur moi le Ciel pourrait punir ; Arrachons, ma Princesse à sa main trop barbare, Brisons l'indigne joug qu'un tyran lui prépare ; Quand j'aurai fait pour elle Arcas ce que je dois, Je partirai de Rome alors content de moi, Et faisant de ma flamme un noble sacrifice, Je rendrai tout le Ciel à mes desseins propice : C'est par là que je dois commencer mes exploits. Nous allons voir Justine : est-ce elle que je vois ? Juste Ciel ! Quelle horreur sur son visage est peinte ? Confuse, elle ne sait à qui porter sa plainte ; Elle cherche Julie, où peut-être...

SCÈNE III.Justine, Pauline, Geta, Arcas.

JUSTINE

Ah ! Seigneur, Est-ce vous que je vois ? Quel serait mon bonheur Si dans la triste horreur de mon sort déplorable Je rencontrais en vous un secours favorable ; Toutefois je l'espère, et mon coeur abattu Sent en vous approchant rassurer sa vertu : du pur sang des Césars comme vous je suis née, Mais des premiers ans au temple destinée À nos Dieux tous puissants je consacrai mes voeux, Et je vis moins pour moi que je ne vis pour eux ; Les implorer toujours pour cet auguste Empire, De leurs profonds secrets m'éclaircir et m'instruire, Garder nos feux sacrés, leur fournir de l'encens C'étaient là de mon coeur les emplois innocents, Emplois, dont le douceur et si sainte et si pure, Semblaient être à couvert du crime et de l'injure, Et qui loin des efforts ou des yeux criminels Paraissaient à mon coeur devoir être éternels ; Et cependant celui pour qui nos Dieux propices Ont cent fois accepté mes humbles sacrifices, Pour qui j'ai tant de fois encensé nos autels, M'arrache impunément du sein des immortels, Et sous ses dures lois me tenant asservie Veut m'ôter pour jamais le repos de ma vie ; Le cruel Antonin, Ciel ! Puis-je le nommer ! C'est lui Seigneur, c'est lui qui prétend m'opprimer, Et qui sans respecter les héros de ma race, D'un tyrannique hymen aujourd'hui me menace, Malgré ma liberté, contre toutes nos lois Savent m'assujettir à son injuste choix, De même avant le temps m'arrachant de mon temple D'un sacrilège hymen faire un affreux exemple ; Et vous Seigneur et vous, vous pourrez consentir, Que votre propre sang vienne à se démentir ? Et qu'un fils se Sévère oubliant sa mémoire D'un nom si glorieux puisse flétrir la gloire ? Non quelque noeud, Seigneur qui puisse vous unir, Je vous crois contre lui prêt à ma soutenir : Toujours votre vertu fit ma seule assurance, Et si je n'eusse en vous fondez mon espérance, Ce bras de mon malheur fidèle à mon devoir, Eût déjà d'Antonin prévenu le pouvoir, Et punissant sur moi sa flamme illégitime, Eut fait d'une prêtresse une illustre victime ; Mais j'espère Seigneur.

SCÈNE IV. Justine, Pauline.

SCÈNE V. Antonin, Albin, Justine, Pauline.

SCÈNE VI. Antonin, Albin.

ACTE IV

SCÈNE I. Julie, Émilie.

SCÈNE II. Julie, Émilie, Geta.

SCÈNE III. Antonin, Geta, Julie.

SCÈNE IV. Antonin, Albin, Julie, Geta.

SCÈNE V. Antonin, Albin.

ACTE V

SCÈNE I. Geta, Arcas.

SCÈNE II. Justine, Geta, Pauline.

SCÈNE III. Justine Pauline.

SCÈNE IV. Antonin, Justine, Pauline.

SCÈNE V. Justine, Pauline.

SCÈNE VI. Justine, Pauline, Émilie.

SCÈNE VII. Geta mourant, Justine, Paline, Arcas, suite.

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Antonin, Justine mourant, Pauline, Albin.

SCÈNE DERNIÈRE. Antonin, Albin.

1 386 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica