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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Tibère

Abbé Pellegrin, Simon-Joseph· créée en 1726, imprimée en 1727· 5 actes· 1 388 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois le 13 décembre 1726 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • AGRIPPA, fils de Julie, et petit-fils d'Auguste
  • LIVIE, Impératrice
  • TIBÈRE, fils de Livie
  • POMPÉE, Consul
  • ÉMILIE, fille de Pompée
  • MAXIME, Confident d'Agrippa
  • FAUSTINE, Confidente de Livie
  • MARTIAN, Centenier, Confident de Tibère
  • ALBINE, Confidente d'Emilie
  • GARDES, ou LICTEURS
PREFACE

Ce n'est point ici une de ces Préfaces ordinaires, où un Auteur humblement prosterné demande grâce à son Lecteur. Je ne mets celle-ci à la tête de ma Tragédie, que pour demander justice, et pour appel- ler du Public mal informé au Public mieux instruit.

Comme de tous les reproches qu'on peut faire à un Auteur, je n'en trouve point de plus déshonorant que le nom de Plagiaire, je commence par me lover d'une tache, qui suffirait pour m'ôter le peu de gloire que je puis avoir acquis jusqu'aujourd'hui. Je déclare hautement que je n'avais jamais ni lu, ni entendu lire la Tragédie d'Agrippa, quand j'ai fait celle de Tibere. Si l'on ne m'en croit pas sur ma foi, je prie l'Auteur de la première de vouloir bien la faire imprimer, la différence sera sans doute à son avantage ; mais du moins elle me rendra ma gloire, en me disculpant du larcin littéraire qu'on veut m'imputer. Cet injuste soupçon ne m'a déjà que trop coûté ; il a porté le premier coup à ma pièce, elle n'a paru aux yeux du Public déjà prévenu, que sous des traits odieux, et presque tous ses Juges sont devenus ses parties par un principe d'équité mal entendue.

J'avoue que je suis coupable, si c'est un crime d'avoir puisé dans une source commune à tous les auteurs. Mon sujet, dit-on, est le même que celui qu'on m'impute à larcin ; les caractères se ressemblent parfaitement : mais ce n'est qu'après Tacite que j'ai peint Agrippa, Tibère et Livie ; est-ce ma faute si un autre a suivi le même modèle aussi exactement que moi ?

Je conviens que je ne me suis pas si scrupuleusement attaché à mon Historien dans ce qui concerne mes autres personnages. Je leur ai prêté quelques traits de cette ancienne vigueur Romaine, que le grand Corneille a mis si heureusement sur la scène. Tacite ne fait que des esclaves des Consuls, des Sénateurs et des Chevaliers Romains, qui vivaient dans les dernières années du règne d'Auguste. Voici comme il en parle : At Romoe ruere in servitium Consules, Patres, Equites, quantò quis illustrior, tantò magis falsi, ac festinantes, vultuque composito, ne loeti excelsu Prineipis, neu tristiores primordio, lachrymas, gaudium, quoestus, adulationes miscebant.

En vérité, Tibère aurait-il eu besoin de toute la dissimulation qui le caractérise dans ma Tragédie, s'il n'avait eu que de tels hommes à tromper ? D'ailleurs n'aurais-je pas avili le grand nom de Pompée, si je n'avais fait qu'un lâche flatteur d'un Consul qui avait l'honneur de le porter.

Tacite en fait un des premiers partisans de la Tyrannie, quand il dit : Sextus Pompeius et Sextus Appuleius Consules primi in verba Tiberii juravere.

Pour mieux fonder la mâle vertu de ce Consul, je le fais descendre du grand Pompée, quoique l'Historien n'en dise rien ; j'espère qu'on voudra bien me pardonner cette liberté.

Pour ce qui est du testament d'Auguste en faveur du jeune Agrippa, il est de ma façon ; voici ce qui m'y a autorisé.

Tacite parle d'une entrevue secrète de cet Empereur avec Agrippa dans l'Isle de Planasie, et des larmes qui y furent répandues d'une et d'autre part : Multas illic utrinque lachrymas, et signa caritatis, spemque ex eo fore, ut juvenis avi Penatibus redderetur.

Qu'aurait donc produit dans ma Tragédie ce tendre retour de la nature, si Auguste eût laissé subsister son premier testament, par lequel il ne déclarait point d'autres héritiers que Livie et Tibère ? Cujus testamentum illatum per virgines Vestoe Tiberum ac Liviam hoeredes habuit.

Voilà le vrai de l'Histoire ; j'y ai substitué le vraisemblable. Si le premier auteur a fait la même chose, je me sais bon gré d'avoir pensé comme lui ; mais c'est Tacite, c'est la raison qui a produit cette conformité de sentiments entre lui et moi. Voilà la première justice que j'avais à demander à mon Lecteur ; je n'appuierai guère sur la seconde, ma gloire y est bien moins intéressée.

On a condamné ma pièce sans l'avoir entendue ; une des actrices le reprocha tout haut au Parterre ; ce qui me console de cette disgrâce, c'est que je crois mes juges assez équitables, pour vouloir bien au moins se donner la peine de lire ce qu'ils ne connaissent pas encore assez pour en pouvoir décider.

J'aurais condamné mon ouvrage à un oubli éternel, si la seconde et la troisième représentation avaient eu le sort de la première ; mais on prêta une attention si favorable à ces dernières, que la pièce se serait sans doute relevée, sans l'indisposition d'une principale actrice, et j'ose me flatter que la lecture pourra faire souhaiter qu'on en reprenne les représentations, qui n'ont été qu'interrompues, et que je suis en droit de faire continuer. Au reste, la justice que je viens de demander à mon Lecteur, n'empêche pas que je ne sente le besoin que j'ai de son indulgence.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Livie, Faustine.

FAUSTINE

Je ne reconnais plus le grand coeur de Livie. Madame, l'Empereur, prêt de quitter la vie, Ne va-t-il pas laisser l'Empire entre vos mains ? Vous perdez, il est vrai, le maître des humains, Auguste va finir sa brillante carrière ; Il court rapidement vers son heure dernière ; Déjà ce bruit fatal, dans Nole répandu, Attire en son Palais tout un peuple éperdu ; Et la Parque inflexible envie à ce grand homme La douceur d'expirer entre les bras de Rome. Mais Tibère vous reste, et le trône avec lui : Tibére y doit monter ; vous en serez l'appui. Ce fils Respectueux, et soigneux de vous plaire, Ne nous dispensera que les lois de sa mère.

Nole : Ville d'Iatalie, à 37 Km au sud-est de Capoue. Auguste mourut à Nole. Cette ville est dit-on le première où on se soit servi des cloches au Vème siècle. [B]

Parques : divinités des Enfers chargées de filer la vie des hommes, étaient au nombre de trois, Clotho, Lachésis, Atropos : Chlotho préside à la naissance et tient le fuseau, Lachésis le tourne et file, Atropos coupe le fil. [B]

LIVIE

Oui, Faustine ; Je le crains. Mais apprends d'où naît ce juste effroi. Un important secret est venu jusqu'à moi. De-là cette frayeur, dont mon âme est saisie. Auguste, à mon insu, conduit dans Planasie, A vu cet Agrippa, par lui-même exilé, Et qui, par lui, sans doute, est déjà rappelé. J'ai su, pour redoubler mes mortelles alarmes, Que d'une, et d'autre part on vit couler des larmes. Maxime était présent, un amour indiscret Lui fit, à Martia révéler son secret. Je ne te dirai point, par quel trait de prudence, J'ai pu me faire jour dans cette confidence : Martia le trahit. Juge de mon courroux. Pour les rendre plus sûrs, je suspendis mes coups. J'ai trop tardé peut-être ; et j'apprends que Maxime, Près d'Auguste mourant veut consommer son crime. Par ce traître, Pompée en secret introduit, Jusqu'au lit de César bientôt sera conduit. On cache ce projet sous un profond silence ; Mais croit-on en ces lieux tromper ma vigilance ? Auguste jusques-là peut-il me dédaigner ? Qu'un moment, sans Livie, il prétende régner ? Et ce qu'il n'a point fait, depuis que l'hyménée Sur le trône, à mon sort unit sa destinée, L'entreprend-il enfin, dans ses derniers instants, Pour détruire en un jour l'ouvrage de trente ans ? Qu'il ne s'en flatte pas. Je suis toujours la même. Tous les voeux de mon coeur sont pour le rang suprême : Et ce fut, pour remplir de si superbes voeux, Que d'un premier hymen je rompis les saints noeuds. Néron y consentit : et moins époux que père, Il céda sa Livie en faveur de Tibère. Cependant ce Tibère a-t-il assez d'ardeur ? Regarde-t-il son sort dans toute sa splendeur ? Absent, mais trop instruit de tout ce qui se passe, Il sait par mes courriers quel péril nous menace. Qui lui fait différer son retour ? Et pourquoi Semble-t-il, pour régner, moins empressé que moi ? Lui, qui plein du beau feu, que la gloire m'inspire, Après Auguste, et moi, doit jouir de l'Empire, N'a-t-il pas dû courir au devant du danger, Où son retardement pourrait nous engager ? Mais on vient. C'est mon fils !

Planasie : Île de la mer inéfrieure, entre le Corse et l'Etrurie, fut sous l'empire romain un lieu d'exil. Posthume Agrippa, 3ème fils d'Agrippa, y fut exilé par Auguste et y fut tué par ordre de Tibère, l'an 14 de J.-C. [B] Ce sont les île de Lérins.

SCÈNE II. Livie, Tibère, Martien, Faustine.

SCÈNE III. Tibère, Martian.

SCÈNE IV. Tibère, Emilie, Albine.

TIBÈRE, à part

Elle fuit, la cruelle.

À Emilie.

Madame......

SCÈNE V. Tibère, Emilie, Martien, Albine.

ÉMILIE, à part

Ô Ciel !

SCÈNE VI. Emilie, Albine.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Agrippa, Maxime.

SCÈNE II. Agrippa, Emilie, Albine.

SCÈNE III. Agrippa, Pompée, Émilie, Albine, Suite de Pompée.

SCÈNE IV. Agrippa, Pompée.

SCÈNE V. Agrippa, Pompée, Maxime.

SCÈNE VI. Pompée, Maxime.

SCÈNE VII. Livie, Pompée.

SCÈNE VIII.

ACTE III

SCÈNE PREMIèRE.

SCÈNE II. Pompée, Émilie.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. AGRIPPA, ÉMILIE.

ÉMILIE

Hélas !

AGRIPPA

Poursuivez.

SCÈNE V. Agrippa, Tibère, Émilie, Martian.

SCÈNE VI. Tibère, Martian.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Livie, Faustine.

LIVIE

Livie. Apprends quels ennemis j'arme contre sa vie. Tu sais que de tous temps nos fiers prétoriens N'eurent point d'intérêts plus sacrés que les miens, Qu'Agrippa, de leur part reçût plus d'un outrage. Sa nouvelle grandeur leur donne de l'ombrage. Ils viennent tout tremblants de s'adresser à moi. Juge, si j'ai pris soin d'augmenter leur effroi. J'ai déploré leur sort. Je leur ai fait connaître Qu'ils trouveront sans doute, un vengeur dans un maître. Qu'il leur faut dans son sein chercher l'impunité D'un zèle, qui pour moi n'a que trop éclaté. Qu'enfin pour prévenir une prompte vengeance Le sang de l'offensé doit expier l'offense. Je leur ai fait valoir leur nouvelle faveur Sous un fils, qui par eux deviendrait Empereur : Pouvais-je leur porter une plus vive atteinte ? Que ne font pas sur nous l'espérance et la crainte ? Par elles, je conduis ma victime à l'autel. On va se disputer l'honneur du coup mortel. Mon ennemi, peut-être, en ce moment expire. En ce moment heureux, il me cède l'Empire. Puisque par son trépas, que je viens d'ordonner, Le céder à mon fils, c'est me l'abandonner. Le lâche ! À son rival, il a pu rendre hommage ! Un revers a suffi pour glacer son courage ! Ah ! C'est avec plaisir ? Faustine, que je vois Qu'il n'est fait tout au plus que pour régner sous moi. Et jusques à ce point, puisque son coeur s'oublie...... Mais cachons mes transports, j'aperçois Émilie.

Prétorien : Se dit aussi des soldats de la garde de l'Empereur. [F]

SCÈNE II. Livie, Émilie, Faustine.

SCÈNE III. Livie. Émilie, Faustine, Albine.

ÉMILIE

Je tremble.

ÉMILIE

Hélas !

LIVIE, à part

Grands Dieux !

SCÈNE IV. Agrippa, Livie, Émilie, Faustine, Albine.

SCÈNE V. Agrippa, Livie, Tibère, Émilie, Fausitne, Albine.

SCENE VI. Agrippa, Tibère, Émilie, Albine.

SCÈNE VII. Agrippa, Tibère, Émilie, Alibine, Maxime.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Tibère, Martian.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Livie, Tibère.

SCÈNE IV. Agrippa, Tibère, Émilie, Albine.

SCÈNE V. Tibère, Émilie, Albine.

SCÈNE VI. Tibère, Émilie, Albine, Pompée.

POMPÉE

Ma fille...

TIBÈRE

Moi ?

SCÈNE VII. Tibère, Livie.

SCÈNE VIII et DERNIÈRE.

1 388 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0