Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en un Acte et en vers Libres

Molière à Toulouse

Hyacinthe Pellet Desbarreaux· créée en 1787· 1 101 vers· 8 personnages

Représentée à Toulouse, pour la première fois le 15 Mars 1787

Personnages

  • MOLIÈRE, M. Dumege
  • MADAME BÉJART, actrice de la troupe de Molière, Madame Fleury
  • MADEMOISELLE BRÉCOUR, actrice de la troupe de Molière, Mademoiselle Valville
  • LAGRANGE, acteur de la troupe de Molière, Monsieur Clavareau
  • MONSIEUR DE SAINT FIRMIN, Citoyen de Toulouse. M. Dalainville
  • LE MARQUIS, Monsieur Fleury
  • PIRLON, faux Devet, Italien de nation. M. Morin
  • LESBIN, domestique de Molière. M. Chevalier
ÉPITRE DÉDICATOIRE

À MA MÈRE.

C'EST sous vos auspices que doit paraître mon premier ouvrage. Jamais il ne sortira rien de ma plume dont la femme sensible qui m'a donné le jour puisse rougir ; ainsi je ne cherche, en vous dédiant ce coup d'essai, qu'à vous prouver que je conserverai jusqu'à la mort l'amour que vous m'avez inspiré pour la vertu.

Votre fils respectueux,

Hte. PELLET DESBARREAUX.

PRÉFACE

C'est en 1646 que le célèbre Molière vint à Toulouse, muni d'un Privilège du Roi, pour y faire ses premières armes ; il se montra d'autant plus jaloux du suffrage des Toulousains, que les Arts qui fleurissaient déjà dans leur ville, naissaient seulement ailleurs. Je n'ai point prétendu mettre en action ce qui se passa exactement à cette époque ; mon intention a été seulement de rendre hommage à la mémoire de Molière, dans une ville où je n'ai de ressemblance avec ce grand homme, que le vif désir de mériter la bienveillance d'un Public aussi encourageant pour la timide médiocrité, que juste appréciateur de la perfection. Pour célébrer plus dignement la ville de Toulouse, j'aurais pu tirer un trait plus intéressant de son histoire, mais il aurait fallu prendre un vol plus élevé. Et quand j'aurais choisi une époque plus éclatante, qu'aurais-je pu dire aux Toulousains de plus flatteur, que de leur rappeler que c'est aux encouragements qu'ils donnèrent à ses premiers travaux, que la Nation est redevable du plus grand homme qui ait illustré la scène française ?

L'accueil qu'on a fait à ce faible essai m'a payé au centuple de mon travail. Je ne répondrai pas aux différentes observations de mes juges les plus sévères. Le rôle de Pirlon en a choqué quelques-uns, mais M. Goldoni m'en a fourni l'idée dans la pièce italienne, qui a pour titre : il Molière. J'ai cru pouvoir transporter sur notre théâtre un caractère dont Molière lui-même est le premier peintre, et qui le frappa tellement dans le monde, dès son aurore, qu'il vint enfin à bout de le démasquer dans son chef-d'oeuvre du Tartuffe.

Quant aux dates, qui ne paraissent pas exactes a ceux qui y tiennent, le grand Corneille était déjà célèbre, que Molière était encore ignoré. Le Cid fut joué en 1636, et l'Étourdi ne le fut à Paris qu'en 1658. Je n'oublierai jamais l'indulgence du Public à mon égard, non plus que le zèle de mes camarades, qui ont joué dans la pièce ; je voudrais pouvoir donner à chacun d'eux le tribut d'éloges qui leur est dû, par les soins qu'ils ont mis à voiler mes défauts, mais comme j'avais prévu leurs efforts, ils doivent être bien sûrs de la durée de ma reconnaissance.

SCÈNE PREMIÈRE. Madeleine Béjart, Lagrange.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Lagrange, Mademoiselle Brecour.

SCÈNE IV. Lagrange, Mademoiselle Br2cour, Lesbin.

LESBIN, à Mademoiselle Brécour

Madame Béjart vous demande.

LAGRANGE, impatienté

On ne peut vous voir un moment.

MADEMOISELLE BRECOUR

Mon amie a des droits.

MADEMOISELLE BRECOUR

À Lesbin.

Non, j'y vais ;

À Lagrange.

donnez-moi la main.

LESBIN

Non Mamzelle, bon il trotte ; Il m'a dit de prendre en partant, Sa plus grande perruque et d'aller promptement La mettre sous la papillote, Et je n'ai pas trouvé du papier seulement.

Papillote : Est aussi un petit morceau de papier ou de taffetas dans lequel on enferme les cheveux, afin qu'ils se tiennent frisés. [F]

MADEMOISELLE BRECOUR, en s'en allant

Tu peux en prendre sur la table.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Pirlon, Lesbin.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Lagrange, Pirlon.

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Lagrange, Molière.

SCÈNE XI. Lesbin, Lagrange, Molière.

SCÈNE XII. Monsieur de Saint Firmin, Molière, Lagrange, Madeleine Béjart, Mademoiselle Brécour.

MOLIÈRE

Ah ! Du même oeil que vous, Monsieur, je l'envisage ; Mais le cruel a différents soutiens, Je le voudrais combattre avec courage, Et l'on m'en ôte les moyens. Sous différents dehors je le vois qui circule Et portant en tous lieux un visage apprêté, Sous le manteau du ridicule Infecte la société. De la simplicité le style est trop gothique Pour nos savantes de renom, En langage de rhétorique Elles ordonnent un pompon, Et leur jargon scientifique De chaque tête a banni la raison. En vain d'Agnés Arnolphe estime l'innocence, Elle sait avec art tromper sa prévoyance Et le vieillard enfin apprend à ses dépens Que l'hiver doit toujours faire place au printemps. Je vois en parcourant le monde, De sots et de fâcheux que l'univers abonde. Damon de ses yeux m'étourdit tout un jour, Et dit qu'avec raison il est bien à la Cour. Des moeurs du temps Alceste en vain fait la satire ; Si le vice le choque, il a tort de le dire ; Soyez dissimulé, complaisant lui dit-on, Pliez-vous par faiblesse aux règles du bon ton ; Sa vertu se révolte, il s'emporte, il déclame ; On rit de sa franchise et son ami l'en blâme, Il est forcé, lassé d'essuyer des dédains, De fuir dans un désert l'approche des humains. Voit-on sans s'indigner avec quelle bassesse. De ce vieillard un fourbe a surpris la faiblesse ; Comme affectant un air pieux, L'imposteur d'un dehors toujours officieux Adroitement sait colorer son crime, Et comme sans parler de ses détours cruels Il arrive au moment d'entraîner dans l'abîme Le plus crédule des mortels. Cet autre de ses jours ne fait plus qu'un supplice, Pour trop veiller à son trésor En proie à sa vile avarice Tout son mérite est dans son or. Ce rustre ose trouver son épouse infidèle, Et l'imbécile ne voit pas Que quel_que_soit l'affront qu'il reçoive par elle, Il y doit trouver des appas, Puisque sa femme est demoiselle. Jadis ce bon vieillard était maître chez lui, Il grondait à son gré sa fille et sa servante, Mais il n'a plus le droit de parler aujourd'hui, Sa soeur est philosophe et sa femme est savante. Ce bourgeois engoué d'une fausse grandeur, Veut que de quelque titre à la fin on le nomme ; Il se ruine au profit d'un fade adulateur, Qui lui dit qu'il pourra passer pour gentilhomme. Cet autre à chaque instant tremble pour sa santé, D'après le docte avis de son apothicaire ; Mais le sot ne voit pas dans son absurdité, Que son mal est imaginaire. Que d'oisifs importuns que d'esprits à l'envers ! Je ne suffirais pas à vouloir les décrire, Mais aux hommes, Monsieur, que ferait ma satire ? Ils ne les quittent pas ils changent leurs travers.

Sujet de l'Ecole des Femmes de Molière.

Voir Le Misanthrope de Molière Acte I, Scène 1, v. 144. Alceste

Sujet du Tartuffe de Molière.

Sujet de L'Avare de Molière.

Sujet des Femmes savantes de Molière.

Engouer : Boucher le passage d gosier : ce qui arrive quand on mange goulûment quelque morceau de viande trop gros qu'on a de la peine à avaler. Se dit figurément en Morale ; pour dire, se préoccuper, s'entêter en faveur de quelque personne, ou de quelque ouvrage. [F]

Sujet du Bourgeois gentilhomme de Molière.

Sujet du Malade imaginaire de Molière.

SCÈNE XIII. Madeleine Béjart, Mademoiselle Brécour.

SCÈNE XIV. Le Marquis, Madeleine Béjart, Mademoiselle Brécour.

MADELEINE BÉJART

Souffrez qu'on l'avertisse.

SCÈNE XV. Les Précédents et Molière.

SCÈNE XVI. Le Marquis, Molière.

LE MARQUIS

Ma démarche parbleu n'eut pas été futile, Mon ton eut produit son effet ; Mais au moins sur un autre objet, J'ai l'orgueil de vouloir vraiment vous être utile. Le théâtre, Monsieur, demande un plan nouveau ; Son goût actuel est difforme ; Seul vous avez le droit d'y porter le flambeau, Et d'en publier la réforme. Il est fait, il est vrai, pour corriger nos moeurs ; Mais il faut braver les scrupules ; Et si vous y voulez fronder nos ridicules, Écartez-vous un peu de nos anciens auteurs. Votre Plaute et votre Ménandre Que l'on nous vante à tous propos Et dont on cite les bons mots, Sans avoir l'art de les entendre ; Ces auteurs froids et réguliers Pouvaient bien convenir à des peuples grossiers, Qui n'ayant pas le goût qui nous épure S'en tenaient bonnement à la simple nature ; Mais nous, pour qui Monsieur une autre clarté luit, Nous qui savons fixer les plaisirs sur nos traces, Et que l'esprit adroitement conduit, Sous les tentes de Mars, comme aux temples des Grâces, Nous méritons d'autres censeurs Qui finement sachent nous faire rire Et qui répandent sur nos moeurs Ingénieusement le sel de la satire.

Plaute : poète comique latin, né vers 227 avant JC à Sarsine (Ombrie), mort en 183, était directeur de troupe en même temps qu'auteur, et jouait souvent lui-même. (...) Plaute avait composé, dit-on, jusqu'à 120 pièces, mais on lui en attribuait beaucoup qui n'étaient pas de lui. Nous n'avons plus que 20 de ses pièces dont Meneschmes. [B]

Ménandre : Poète comique d'Athènes, né en 342 av. JC, mort en 290, avait composé des pièces d'un genre nouveau, qui, au lieu de personnalités, présentaient le tableau des vices et des ridicules. [B]

SCÈNE XVII.

SCÈNE XVIII. Lesbin, Molière.

Il sort.

SCÈNE XIX.

SCÈNE XX. Molière, Lesbin, qui entre avec une grosse perruque toute en papillotes.

SCÈNE XXI.

MOLIÈRE, seul

Cet accident me désespère, Un ouvrage soigné, dont depuis si longtemps Je m'occupais avec constance, Un sot, par ses soins imprudents Me fait perdre le fruit de ce travail immense.

Cette anecdote est tirée de la vie de Molière, c'est réellement à la méprise d'un Valet fort simple, qu'on doit attribuer la perte de la traduction que ce grand homme avait fait de Lucrèce ; il fut si outré de voir une partie de son poème en papillotes, que dans sa vivacité il jeta l'autre au feu, et priva par là la littérature d'un ouvrage aussi curieux qu'instructif pour ceux qui n'entendent pas la langue latine. M. Mercier a fait usage de la même anecdote dans la traduction, ou plutôt l'imitation qu'il a faite du Molière de M. Goldoni.

SCENE XXII, et dernière. Monsieur de Saint Firmin, Lagrange, Molière, Madeleine Béjart, Mademoiselle Brécour.

MOLIÈRE, avec la plus grande joie

Est-ce vrai cher Lagrange ?

1 101 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica