Proverbe en vers· L'on Chasse l'on Déchasse
A la Monaco
Représentée pour la première fois, à Paris, à la Comédie Française, le 17 juin 1875.
Personnages
- LA COMTESSE ARGENTINE
- LE CHEVALIER PIERROT
- LE MARQUIS POLICHINELLE
- VALÈRE, Officier
À LA MONACO
SCÈNE PREMIÈRE. Valère, Le Chevalier.
VALÈRE
Voilà, cher chevalier, comment s'est terminée La dernière campagne et comment, cette année, Dos beaux lauriers de Mars ton ami tout couvert Vient jouir à Paris de ses quartiers d'hiver. Maintenant en échange, après six mois d'absence, J'attends aussi de toi quelqu'autre confidence ; Tu m'as parlé jadis, autant qu'il m'en souvient, De certaine comtesse aimable et belle : Et bien Comment vont tes amours ?LE CHEVALIER
Mal.LE CHEVALIER
Je ne sais, mais de fait près de cette beauté Je ne suis pas toujours, mon cher, des mieux traité Et depuis près d'un an que dure mon servage, J'ignore dans son coeur où j'en suis.VALÈRE
Quel courage. Et tu peux, à ton âge, oublieux des plaisirs, Pousser aussi longtemps de stériles soupirs ? D'une telle constance il faut, je le déclare, Que l'objet, vertubleu ! Soit d'un mérite rare. Elle est donc bien jolie ?VALÈRE
Maugrebleu !LE CHEVALIER
Oui tout ce qui séduit, captive, enivre, enchante, Elle est enfin, mon cher, elle est... elle est charmante.VALÈRE
Mais cruelle.LE CHEVALIER
Hélas ! Oui. De plus, assez souvent Capricieuse, vive, exigeante, abusant Fort tyranniquement de son fatal empire, Au prix de cent tourments me vendant un sourire.LE CHEVALIER
Bien des fois je me suis tenu même langage, Et de rompre mes fers n'ai pas eu le courage,AIR : Un homme pour faire un tableau.
Elle a l'esprit et la beauté, Toutes les grâces en partage ; Un coeur loyal est reflété Sur les traits purs de son visage. Mais hélas ! Elle est a la fois Vive, impatiente, intraitable...LE CHEVALIER
De plus, j'ai par malheur un dangereux rival.VALÈRE
C'est pourquoi ton délire S'obstine à l'espérance. - Oh ! Tu me fais pitié Et je voudrais d'honneur que ma vieille amitié Put te servir, mon cher, en cette circonstance.LE CHEVALIER
Comment ?LE CHEVALIER
Impossible.LE CHEVALIER
Et comment pourrais-tu, mon cher, y parvenir Quand les soins assidus, la cour la plus fidèle...VALÈRE
Le nom de ce rival ?LE CHEVALIER
Marquis Polichinelle. Un parfait gentilhomme et, bien que mon rival, Aimable, séduisant, j'en fais l'aveu loyal.LE CHEVALIER
Tiens, le voici qui vient.SCÈNE II.
LE MARQUIS POLICHINELLE, seul
Je ne suis pas vraiment enchanté d'Argentine ; Elle ne m'encourage et me fait bonne mine Que devant mon rival ; hors de là, serviteur, On ne me montra plus qu'un assez triste humeur. Que de bizarrerie entre dans la cervelle De l'être féminin ! Et je n'ai de mon zèle D'autre fruit que de faire enrager quelque peu Ce pauvre chevalier. - Oh ! Ce n'est pas parbleu Que je tienne beaucoup à la belle comtesse ; Mais c'est mon amour-propre ici qui s'intéresse. Un échec semblerait pour moi trop singulier.SCÈNE III. Le Marquis Polichinelle, le Chevalier Pierrot.
LE CHEVALIER
Eh ! Bonjour, cher marquis,POLICHINELLE
Eh ! Bonjour, chevalier. Il n'est pas encor jour chez la belle Comtesse, Déjà chacun de nous à sa porte s'empresse.LE CHEVALIER
Votre assiduité, mon cher marquis, a moins De mérite ; en effet, vous trouvez de vos soins Un prix encourageant.POLICHINELLE
Mais, a parler sans feindre, D'honneur, cher chevalier, j'aurais tort de me plaindre ; La façon dont céans je me vois accueilli N'est pas faite pour m'en éloigner, Dieu merci.LE CHEVALIER
Ah ! Vous êtes heureux !POLICHINELLE
Croyez-vous qu'une belle Se donnant avec moi les airs d'être cruelle Me retiendrait longtemps ?POLICHINELLE
Non, vraiment, je n'ai jamais compris Près de froide beauté cette belle constance, Se payant des dédains et de l'indifférence ; Que ne peuvent jamais rebuter les mépris. Tout comme leurs faveurs notre hommage a son prix ; Quand on aime, mon cher, il faut qu'on vous réponde, La glace éteint chez moi le plus beau feu du monde.LE CHEVALIER
La comtesse d'ailleurs entre nous deux encor Ne se prononce pas ; j'espère un meilleur sert.POLICHINELLE
Ah ! Parbleu, voulez-vous l'obliger à le faire ?POLICHINELLE
Quittons-la tous les deux. Je m'offre le premier à faire mes adieux. Une femme ce voit délaissée avec peine, Elle rappellera, la chose est bien certaine, L'un ou l'autre, en ce cas celui-là restera.LE CHEVALIER
Le moyen est scabreux pour moi.LE CHEVALIER
Oui-dà.POLICHINELLE
J'aurais ma revanche soudain Et comme cette belle, avec insouciance, Goûterais les plaisirs piquants de l'inconstance, Et me consolerais bien vite. Chevalier, On à toujours le temps, allez, de se lier, Tant qu'on peut librement courir de belle en belle, On trouve chez chacune une grâce nouvelle : L'une est vive, enjouée, une autre a l'air rêveur, L'une a plus de finesse et l'autre plus d'ampleur ; Une est brune ou châtaine, une autre rouge ou blonde, Il n'en est pas vraiment deux pareilles au monde ; Mais chacune a son charme et la variété Ajoute h notre feu plus de vivacité, Il n'a que plus de flamme en ses courtes délices, La glace est immobile, un feu plein de caprices.POLICHINELLE
Il est bon, c'est le mien. Voyons, à tout hasard, Essayez-en. - Parbleu, c'est chose décidée, Vous me remercierez plus tard de mon idée. C'est en ami sincère au moins ce que j'en dis.POLICHINELLE
Voici l'heure où s'en va paraître cette belle, Tenez, je me dévoue et prendrai congé d'elle Le premier. Vous voyez que je vous fais beau jeu.LE CHEVALIER
Ô généreux ami.SCÈNE IV. Polichinelle, Argentine.
ARGENTINE
J'ai fait un vilain rêve, ai l'esprit à l'envers, Lisette m'a coiffé aujourd'hui de travers.POLICHINELLE
Je vous trouve divine.ARGENTINE
Oh ! Je suis trop maussade, Pour goûter, voyez-vous, un compliment si fade, Mais je ne vois pas là le polit chevalier.POLICHINELLE
Je n'aurais donc pas l'heur de le faire oublier.ARGENTINE
Je suis accoutumée à vous avoir ensemble. Et quand il en manque un, c'est tout comme, il me semble, Une paire de gants dont j'aurais égaré La main gauche ou la droite.POLICHINELLE
Adorable à mon gré. Ce pauvre chevalier, un peu bien téméraire, A formé le dessein, parait-il, de se faire Regretter, en privant vos beaux yeux de le voir.POLICHINELLE
Il se pourrait.POLICHINELLE
En est-ce un d'être fou de vos divins attraits ? C'est celui que pour moi je revendiquerais.ARGENTINE
Ne le plaisantez pas, Marquis ; en leur absence, De mes amis je prends volontiers la défense.POLICHINELLE
Que dites-vous, Madame, oh ! Croyez sur ma foi Qu'il ne saurait avoir d'ami plus chaud que moi. Est-il un peu naïf ? Il se peut qu'on le dise, Moi je veux appeler cela de la franchise. On l'accuse d'avoir quoique timidité, Est-on plus galant homme étant plus redouté ? Sa conversation semble terne, à vrai dire, Mais faut-il préférer un esprit qui déchire ? C'est un fort bon garçon, tel qu'on aime au total À l'avoir pour ami, mais surtout pour rival.ARGENTINE, à Pierrot qui est survenu pendant que Polichinelle parlait et qui l'a écouté
Ah ! L'éloge est pompeux. Mais approchez de grâce, Chevalier, vous craignez de rougir ?SCÈNE V. Le Marquis Polichinelle, la Comtesse Argentine, Le Chevalier Pierrot.
ARGENTINE
Vraiment, qui ne verrait Que votre ami vous porte un furieux intérêt ? S'il faut prendre à la lettre au moins ce que sur l'heure Il disait.POLICHINELLE
Non, rien n'est plus sincère, ou je meure.LE CHEVALIER
N'osant pas approcher, j'avais entendu tout, Mais, Madame, il faudrait en rabattre beaucoup.AIR : Des cabinets particuliers.
Tracé par un ami fidèle De moi ce portrait, je le vois, Vous donne une idée assez belle, Mais hélas ! Songez toutefois Qu'il faut craindre aussi que parfois L'image soit peu ressemblante Et trop flattée en un tableau Ou de l'amitié bienveillante La main dirige le pinceau. Oui, c'est l'amitié bienveillante Qui tenait ici le pinceau.LE CHEVALIER
Nous ne le sommes plus maintenant, j'aime à croire. Le marquis ne vous a-t-il pas fait ses adieux ?POLICHINELLE
Doucement, Chevalier.POLICHINELLE
Voici, nous avions fait partie D'aller nous pondre enfin tous deux de compagnie, Pour vos beaux yeux armés d'un peu trop do rigueur.LE CHEVALIER
À moins que la pitié pourtant ne vous décide.LE CHEVALIER
Oh ! Pour moi, je n'ai pas cette présomption.POLICHINELLE
Et moi, belle comtesse, un seul petit sourire Pour me rendre et la vie à présent peut suffire.ARGENTINE
Bon, je vois qu'il ne faut pas plus que de raison Compter, mon cher marquis, sur votre pendaison. Je crois que si je veux qu'on mette en mon histoire, Chose faite après tout pour rehausser ma gloire, Un gentilhomme est mort d'amour pour elle, il faut Que j'espère plutôt du Chevalier_Pierrot.LE CHEVALIER
Vous me connaissez bien.POLICHINELLE
Il est mélancolique.SCÈNE VI. Le Chevalier Pierrot, Valère.
LE CHEVALIER
C'est une ingrate, hélas ! Valère, une cruelle.LE CHEVALIER
Oh ! Mais je suis ma foi poussé, mon cher, à bout, J'efface de mon coeur son image si chère.LE CHEVALIER
Je te jure que si.LE CHEVALIER
J'y consens volontiers.LE CHEVALIER
Bon, cela m'obligera.VALÈRE
Je me montre jaloux, brutal et coetera ; Menace ses amants de ma fureur terrible Et si pour leurs dangers elle reste insensible, C'est qu'elle est sans tendresse et que son coeur tari N'a que vanité seule.LE CHEVALIER
Alors, je suis guéri.VALÈRE
Si je la vois trembler pour le péril extrême D'un des deux, c'est qu'alors c'est celui-là qu'elle aime. Si c'est pour toi.LE CHEVALIER
Mon cher, alors, tout me sourit.LE CHEVALIER
Que de reconnaissance IVALÈRE
Allons donc et pourquoi ? Je voudrais de grand coeur faire encor mieux pour toi.Air : On dit que je suis sans malice.
Te supplanter près de ta belle, Et, mon cher, tu dois bien savoir Que c'est là d'un ami fidèle Remplir simplement le devoir. À l'amour c'est un bon office Que l'amitié rend constamment, Sans réclamer pour ce service Le plus petit remerciement. Sans vouloir de remerciement.LE CHEVALIER
Justement, la voici seule.SCÈNE VII. Valère, Argentine.
VALÈRE
Excusez mon audace, C'est celle d'un soldat par Mars lui seul formé, Que l'éclat de vos yeux a soudain enflammé.VALÈRE
J'en conviens, mais chacun la fait à sa manière, Je sais que par malheur j'ai des rivaux nombreux ; Que vous donniez ou non quelqu'espoir à mes feux, J'y suis bien résolu, je m'en ferai justice, Afin que, resté seul, votre coeur me choisisse,ARGENTINE
Vous le tuerez ?ARGENTINE
Oui-dà, mais savez-vous, monsieur le pourfendeur, Qu'aux petites maisons il faudra qu'on vous mette.Petites maisons : asile d'aliénés.
VALÈRE
Oh ! ce n'est pas sa mort pourtant que je projette, Pour m'en défaire on va l'exporter simplement. Pour les Indes demain part tout mon régiment : Quatre hommes dévoués enlèvent à la brune Mon rival préféré, qui va chercher fortune Avec Royal-Vexin.ARGENTINE
Quel guet-apens affreux !VALÈRE
Vous vous êtes trahieÀ part.
Oh ! Voyons cependant Si ce n'est qu'une feinte,Haut.
Oh ! Mais alors, Madame, J'ai fait une bévue énorme, atroce, infâme.ARGENTINE
Comment ?ARGENTINE, à part
Ciel ! Je me meurs.VALÈRE, à part
Elle a pâli, c'est lui qu'elle aime.ARGENTINE
Mais je vais l'avertir.SCÈNE VIII. Valère, Le Chevalier Pierrot et le Marquis Polichinelle, sans être vu.
LE CHEVALIER
Eh ! Bien ?LE CHEVALIER
Se peut-il ? Quel espoir !VALÈRE
Mais il faut obtenir qu'enfin elle décide De t'accorder sa main, que ce Marquis perfide De céans soit banni.LE CHEVALIER
Sans doute.POLICHINELLE
Oui-dà, divisons-les.LE CHEVALIER
Que faut-il que l'on fasse ?LE CHEVALIER
Voilà. Quel est ton plan ?VALÈRE
Tu vas voir s'il est bon. Regardons bien d'abord si personne n'écoute.Pendant qu'ils vont regarder chacun de leur côté, Polichinelle, sans être vu, s'avance au milieu et donne un coup de bâton à Pierrot par derrière.
LE CHEVALIER
Oh ! Pourquoi l'essayer sur moi ?VALÈRE
Quoi donc ?VALÈRE
Ah ça ! Deviens-tu fou ?LE CHEVALIER
Sur ma nuque, parbleu, j'ai bien senti le coup.LE CHEVALIER
Enfin, c'est singulier.VALÈRE
Mais, mon cher, le temps presse, Il nous faut du secret ; regardons si par là Personne ne survient.Même jeu, Polichinelle donne un coup de bâton à Valère.
Oh ! C'est bête cela.LE CHEVALIER
Quoi ?LE CHEVALIER
Mais je n'ai pas bougé.VALÈRE
Bon, quittes nous voici. Je disais donc qu'il faut... N'entends-je pas du bruit ?Pendant que chacun tourne la fêle d'un côté sans s'éloigner l'un de l'autre, Polichinelle revient par derrière entre eux et leur donne un coup à chacun, puis se sauve.
VALÈRE
Ah ! C'est trop !LE CHEVALIER
Lorsque je me confie et suis plein d'abandon...LE CHEVALIER
Tu m'assommes ; vraiment, ce procédé me choque.LE CHEVALIER
C'est toi-même plutôt, et j'en suis fort touché, Qui me railles encor par dessus le marché, Mais la plaisanterie est tout à fait mauvaise.VALÈRE
Ah ! Tu veux du bâton, et bien tout à ton aise.Ils se donnent des coups de bâton.
Tiens coquin, tiens pendard.LE CHEVALIER
Tiens traître, tiens bourreau.POLICHINELLE vient taper sur tous tes deux
Parbleu, je veux m'en mettre.LE CHEVALIER, l'aperçoit
Ah ! Valère !VALÈRE le voit aussi
Ah ! Pierrot.POLICHINELLE
Je veux vous séparer.VALÈRE, le menace
Attends, mon camarade.SCÈNE IX. Le Chevalier Pierrot, la Comtesse Argentine.
LE CHEVALIER
Rien qu'avec le marquis un colloque animé.ARGENTINE
Vous n'êtes pas blessé ?LE CHEVALIER
C'est mon meilleur ami, n'en dites pas de mal.ARGENTINE
En êtes-vous bien sûr ?ARGENTINE
Il a menti.LE CHEVALIER
Madame, oh ! Laissez-vous fléchir, Sur le choix d'un époux c'est assez réfléchir. Tant d'esprit, de beauté, de grâces infinies, Doivent à la bonté se trouver réunies.ARGENTINE
Oh ! Oh ! Mais, Chevalier, si j'avais, voyez-vous, Ces perfections-là, pour le choix d'un époux J'aurais droit de montrer furieuse exigence. Mais du peu que je vaux j'ai trop la conscience.LE CHEVALIER
Air : Dans un bosquet.
Non ce n'est point un type imaginaire, Tous ces dons là sont réunis en vous, Et cependant d'un mérite ordinaire Vous daigneriez accepter un époux. Prêt à fermer des noeuds de cette sorte, Jamais coeur noble, aimant et généreux S'occupe-t-il du peu que l'antre apporte, Lorsqu'il se voit assez riche pour deux ? Que fait enfin le peu qu'on vous apporte ? N'êtes-vous pas assez riche pour deux ! Oui vous serez assez riche pour deux.SCÈNE X. Le Chevalier Pierrot, la Comtesse Argentine, Le marquis Polichinelle.
ARGENTINE
Voici fort à propos le Marquis.ARGENTINE
Approchez, tous les deux il faut que je vous gronde : J'entends, sachez-le bien, que vous restiez amis.POLICHINELLE
Touchez-là, Chevalier.LE CHEVALIER
Touchez aussi, Marquis.POLICHINELLE
Vous nous l'aviez promis un jour, mais après tout J'ai craint que d'insister ne fût de mauvais goût.POLICHINELLE
J'ai pensé quelquefois avoir la préférence.LE CHEVALIER
Peut-on se plaire ainsi à torturer les coeurs ?POLICHINELLE
Vous me verrez bientôt occis par vos rigueurs.LE CHEVALIER
Ah ! Vous auriez en moi l'époux le plus fidèle.POLICHINELLE
Des esclaves en moi vous avez le modèle.ARGENTINE
Air du Menuet d'Exaudet.
On voudrait Un arrêt Qu'on coeur tendre, Un sage et discret amant Doit toujours patiemment Sans murmurer attendre.SCÈNE XI. Les mêmes, Valère.
ARGENTINE
Encore ce soldat.VALÈRE
Ma parole d'honneur, Il faut, puisqu'en ces lieux je retrouve mon homme, Madame, excusez-moi, qu'à vos yeux je l'assomme.POLICHINELLE
Il ne sait pas du tout vivre ce guerrier-là.ARGENTINE
Oh ! Mon cher chevalier, le butor que voilà. Restez auprès de moi, je saurai vous défendre.LE CHEVALIER
Il n'en est pas besoin.VALÈRE
Tiens et sans plus attendre, Vlan ! Vlan ! Voilà, pour toi.Il donne des coups de bâton à Polichinelle.
POLICHINELLE
À la garde, au secours.ARGENTINE, au Chevalier
Ah ! Je respire, il n'en voulait pas à vos jours.VALÈRE, à Argentine
Votre coeur a parlé.ARGENTINE
Comment ?LE CHEVALIER
Pourquoi vous en défendre ?POLICHINELLE
Vous appelez cela, mon brave, une leçon ? Mais l'heureux dénouement c'est de rester garçon.LE CHEVALIER
Il est incorrigible.ARGENTINE
Et bien grand bien lui fasse.VALÈRE
Non, je ne puis souffrir qu'ainsi cela se passe, De céans aujourd'hui quand on va le bannir, Sur ce mot immoral nous ne pouvons finir, Il en triompherait, montrons-lui donc, de grâce, Comme à la Monaco l'on chasse l'on déchasse.Il tape polichinelle avec son bâton.
À la Monaco L'on chasse l'on déchasse, À la Monaco L'on chasse comme il faut.POLICHINELLE
Ah ! Ah ! Là là. Lorsque d'un fat Avec éclat On veut punir La sotte suffisance Et le bannir De sa présence, Pour le chasser on fait comme cela.Il tape Polichinelle qui crie.
À la Monaco, etc.LE CHEVALIER
Quand un amant Vient constamment À la beauté Qui nous donna son âme, Trop entêté, Conter sa flamme, Avec vigueur on lui montre comment. À la Monaco, etc.Il tape Polichinelle qui crie.
ARGENTINE
Au sexe fort, Sans nul effort, Le sexe fin Oppose sa faiblesse. On voit enfin Que par adresse, Le sexe faible est encor le plus fort. À la Monaco, etc.Pierrot et Valère battent tous deux Polichinelle qui crie.
POLICHINELLE
Coricoco, Fait un coco, Par quiproquo Qui me roule et me joue, Main à peco, S'il me bafoue, Peut-être un jour lui dirai-je en écho : À la Monaco, etc.Ils se battent tous les trois, Polichinelle est chassé par Valère qui te poursuit.
ARGENTINE
Trêve aux coups de bâton, donnez-moi, s'il vous plaît, Votre main, Chevalier, pour le dernier couplet.ARGENTINE au publie, donnant la main au Chevalier
Ne croyez pas, Messieurs, qu'hélas ! Ce proverbe allie Pour un air de bataille, Au bal demain, Pour notre hymen, Nous chanterons en nous donnant la main. À la Monaco, etc.456 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0