Opérette en vers et en prose
Thésée
Personnages
- THÉSÉE
- ARIANE, Princesse, fille de Minos et de Pasiphaé
- MINOS, Roi de Crète
- PASIPHAË, Reine, femme de Minos
- MISS CLUSTENBRUT, Gouvernante anglaise d'Ariane
- SUIVANTES DE LA PRINCESSE
- DAMES ET SEIGNEURS, de la cour de Minos
- GARDES
THÉSÉE
SCÈNE PREMIÈRE. Ariane, Miss Clustenbrut, suivantes d'Ariane.
Le Théâtre représente une salle du palais. — Grand portique au fond fermé par une portière qui en s'ouvrant laisse voir le rivage et la mer.
CHOEUR
Pour dissiper la tristesse De notre jeune princesse, Ô Phébus emplis nos chants Des accords les plus touchants ! Dans l'âge de la folie, Quand par la mélancolie Son front pur s'assombrira, Qui donc la déridera ? Tralala, la déridera.ARIANE
Laissez-nous, jeunes filles ; votre zèle me touche, mais vos chansons m'agacent.
Elles sortent. Ariane soupire.
Ah !
MISS CLUSTENBRUT, prenant une prise
Dix-neuf.
ARIANE
Quoi ?
MISS CLUSTENBRUT
Rien, princesse ; je dis seulement : dix-neuf.
ARIANE
Ah ! C'est différent.
Elle soupire.
Ah !
MISS CLUSTENBRUT
Vingt.
Elle prend une prise.
ARIANE
Plaît-il ?
MISS CLUSTENBRUT
Rien, princesse ; je dis : vingt.
ARIANE
Après ?
MISS CLUSTENBRUT
C'est tout.
ARIANE
Vous m'agacez, Miss_Clustenbrut.
MISS CLUSTENBRUT
Je compte, ô princesse, les soupirs que vous avez poussés depuis que nous sommes dans cette salle, c'est-à-dire depuis un peu moins d'un quart-d'heure, et je remarque que vous avez déjà soupiré vingt fois. Je ne comprends vraiment pas votre mélancolie. Vous, une princesse du sang royal, la fille du grand Minos, le puissant roi de nie de Crète, si fameux dans le monde entier par sa sagesse. Non moins excellent père que monarque prudent, cet auguste prince vous a donné pour couronner votre brillante éducation une gouvernante anglaise d'un commerce agréable et de manières distinguées.
Elle prend une prise.
ARIANE
Vous, Miss_Clustenbrut.
MISS CLUSTENBRUT
Que manque-t-il donc à votre bonheur ?
ARIANE, soupirant
Ah !
MISS CLUSTENBRUT
Vingt-et-un.
ARIANE
Non, ne comptez plus, vous arriveriez avant la fin de la journée à un chiffre effroyable, car je ne suis pas heureuse, en effet. Vous me demandez ce qui manque à mon bonheur. Ah !... Avez-vous aimé, Miss_Clustenbrut ?
MISS CLUSTENBRUT, pudiquement
Ah ! Princesse !
ARIANE
Répondez-moi, avez-vous aimé ?
MISS CLUSTENBRUT
Et bien... Oui !
ARIANE
Il était beau, jeune, brave, n'est-ce pas ? C'était un vaillant guerrier de Thessalie ou un intrépide marin d'Argos.
MISS CLUSTENBRUT
C'était un jeune officier polonais.
ARIANE
Et comment l'as-tu rencontré, comment vos coeurs se sont-ils entendus ? Oh ! Conte moi cela, Miss_Clustenbrut.
MISS CLUSTENBRUT
C'est toute une histoire qui réveille en moi des souvenirs bien doux et bien amers. Nous nous vîmes un soir aux Champs-Élysées où je me promenais avec ma mère, une maîtresse femme, veuve d'un ancien officier de l'empereur... d'Assyrie, qui ne plaisantait pas avec la discipline. Il nous aborda, ma mère l'envoya à la balançoire, il se garda bien d'y aller ; il nous suivit, se présenta chez nous, ma mère le mit à la porte. Mais, moi, je me désespérais, car j'étais déjà toquée de lui ; si bien que j'eus la faiblesse de lui accorder un rendez-vous. Là, il me proposa de fuir avec lui dans une autre patrie cacher notre bonheur.
ARIANE
Et il t'a enlevée.
MISS CLUSTENBRUT
Hélas oui ! Il fallait que je fusse bien légère. Mais à ses brûlantes instances, je perdis la tête ; une étrange émotion maîtrisa ma volonté, les oreilles me tintaient, ma vue se troubla, il me semblait que mon coeur se fondit, et... je m'évanouis.
ARIANE
Oh !... Poursuis, je t'en prie.
MISS CLUSTENBRUT
Quand je revins à moi, je me sentis emportée au galop d'un vigoureux coursier avec mon amant. Nous traversâmes ainsi, dans une course furieuse, la barrière d'Italie, le petit Montrouge, la Thrace, la THessalie, et coetera ; enfin nous mîmes pied à terre à Athènes où nous passâmes un mois entier qui s'écoula pour moi comme un rêve do bonheur dans les délices d'une passion coupable.
ARIANE
Ah ! Tu es bien heureuse, toi.
MISS CLUSTENBRUT
Au bout de ce temps, il me planta là sans me laisser de monnaie. Après avoir donné quelques moments à mon désespoir, je m'adressai à un bureau de placement et je me fis institutrice pour guider les jeunes personnes de bonne famille dans le sentier de la vertu.
ARIANE
Et bien, Clustenbrut, tu me demandes pourquoi je soupire ? Moi aussi je voudrais être aimée, être enlevée.
MISS CLUSTENBRUT
Mais, princesse, c'est fort mal ; il ne faut pas avoir de ces idées-là.
ARIANE
Ah ! N'importe. Quelle est mon existence dans ce palais, où je meurs d'ennui ? Le roi mon père est sans doute un fort bonhomme, mais ma mère Pasiphaë n'est qu'une marâtre pour moi et me rend la vie désagréable au possible. Aussi je rêve sans cesse un jeune et galant cavalier, aimable, vaillant, fidèle, qui me délivre de cet esclavage et apaise les tourments de mon coeur.
MISS CLUSTENBRUT
Et bien, racontez donc des histoires morales aux jeunes filles, voilà comme elles en profitent.
ARIANE
Quand tonte une soirée Je contemple des cieux La voûte diaprée D'un regard anxieux, Tu crois que j'étudie Peut-être pour cela La grave astronomie Pendant tout ce temps-là ? Non, mais des cieux Je rêve qu'en ce lieu Descend un dieu Tendrement amoureux.MISS CLUSTENBRUT
Mais, Princesse, cet espoir-là est tout à fait extravagant.
ARIANE
Sur la mer infinie Quand je rois le matin Les vaisseaux de l'Asie Apportant le butin, Par une erreur étrange, Crois-tu qu'en ce moment Je sois au libre-échange À rêver longuement ? Non, mais bien mieux, Je rêve qu'en ces lieux, Sur les flots bleus, Vient un prince amoureux.MISS CLUSTENBRUT
Taisez-vous, taisez-vous, voici la reine votre mère.
SCÈNE II. Ariane, Miss Clustenbrut, Pasiphae.
PASIPHAË
Que faites-vous là, Mademoiselle ? Miss_Clustenbrut, pourquoi cette petite n'est-elle pas dans sa chambré ?
MISS CLUSTENBRUT
La princesse a désiré prendre l'air.
PASIPHAË
Prendre l'air d'une évaporée, n'est-ce pas ?
ARIANE
J'aime le ton de tendresse maternelle dont sont empreintes vos observations, Madame.
PASIPHAË
Faites-donc la sainte Nitouche, ce n'est pas moi qui serai la dupe de ces airs-là ; c'est bon avec le papa Minos.
ARIANE
Vous devez en savoir quoique chose.
PASIPHAË
Je ne veux pas que vous soyez toujours à vous promener dans le palais pour faire de l'oeil aux officiers du roi.
ARIANE
Je n'aurais garde de chasser sur vos terres.
PASIPHAË
Sortez, Mademoiselle, rentrez dans vos appartements et que je ne vous rencontre plus dans tous les coins.
ARIANE
Je ne le désire pas plus que vous.
PASIPHAË
Venez, venez, Princesse, ne fâchons pas maman.
SCÈNE III. ARIANE, MISS CLUSTENBRUT, PASIPIIAË, MINOS
ARIANE
Ah ! Bonjour papa.
MINOS
Bonjour, cher petit trognon.
PASIPHAË
Bien, vous allez encore la soutenir contre moi.
MINOS
Comment cela ?
PASIPHAË
Vous ne voyez donc pas que c'est une petite désobéissante dont je ne puis venir à bout ; je lui ordonne de rentrer chez elle et de n'en pas sortir et je la trouve toujours en l'air.
MINOS
Comment, Mademoiselle ?... Écoutez donc, ma bonne, la jeunesse a besoin de mouvement.
PASIPHAË
Parfait, encouragez-la.
MINOS
Mais non, pas du tout. - Mais savez-vous, ma chère Pasiphaë, la nouvelle que je viens de recevoir ?
PASIPHAË
Non. Quelle nouvelle ?
MINOS
Une nouvelle politique, vous savez bien que je suis constamment occupé du soin de mon royaume et du bonheur de mes sujets.
ARIANE
Le monde entier, mon cher père, admire votre justice et votre bonté.
MINOS
Je puis me flatter d'avoir relevé la Crète.
PASIPHAË
Comment, vous êtes encore là, petite curieuse.
ARIANE
Mais, madame...
PASIPHAË
Sortez, Mademoiselle, les secrets d'État ne vous regardent pas.
MINOS
Sortez, Mademoiselle, les secrets...
ARIANE
Mon bon petit papa.
MINOS
Au fait, ce n'est pas un secret d'État, je ne vois pas d'inconvénient à ce qu'elle l'entende aussi. Vous savez donc que tous les ans les Athéniens m'envoient quelques jeunes gens dont je puis disposer comme bon me semble, C'est un tribut que j'ai exigé d'eux à seule fin de leur montrer que je ne me mouche pas du pied et que les Crétois ne sont pas des crétins. - Or c'est aujourd'hui que doit se détacher le coupon de cette petite rente originale et j'apprends que, parmi les prisonniers remis cette année à ma discrétion, se trouve qui ?...
ARIANE
Oui, qui ?
PASIPHAË
Qui, qui, qui ?
MINOS
Thésée, le propre fils du roi d'Athènes.
PASIPHAË
Le fils du roi !
ARIANE
Un jeune prince, brave, aimable, beau, sans doute.
MISS CLUSTENBRUT
Ah ! Princesse, un jeune homme superbe, je l'ai vu à Athènes.
PASIPHAË
Entendez-vous cette petite effrontée ? Pour la dernière fois, rentrez chez vous, Mademoiselle.
MINOS
Un peu d'indulgence, chère amie.
PASIPHAË
Vous êtes trop bonasse aussi de souffrir qu'elle brave ainsi mon autorité.
MINOS
Mais du tout, rentrez chez vous, Princesse.
ARIANE
Mais je veux voir le prince.
MINOS
Sois tranquille, mon chou, quand il arrivera je te ferai prévenir.
ARIANE
Merci, mon papa, vous êtes bien gentil.
Elle sort avec Clustenbrut.
SCÈNE IV. Minos, Pasipiiaë
PASIPHAË
Vous êtes avec cette enfant d'une faiblesse qui n'a pas de nom.
MINOS
Mais aussi, chère amie, vous la tarabustez toujours.
PASIPHAË
Croyez-vous que je n'aie pas mes raisons ? Est-ce que vous entendez quelque chose à l'éducation d'une jeune fille ? Je vous dis que celle-ci a besoin d'être tenue avec la plus grande sévérité.
MINOS
Cependant, ma chère Pasiphaé, il me semble que la douceur !...
PASIPHAË
Vous n'y connaissez rien. Vous savez bien que si je vous laisse jouir devant le monde d'une réputation énormément surfaite de prudence et de capacité, c'est à la condition que, quand nous sommes en tête à tête, vous n'aurez pas la prétention de m'en imposer comme au public. Or je prévois que, si je n'y mets bon ordre, Ariane tournera mal.
MINOS
Du moment que vous prévoyez cela, c'est différent. Cependant je ne vois pas ce qui vous autorisée penser...
PASIPHAË
C'est que votre intelligence est horriblement myope, tout à l'heure je suis entrée dans son appartement, où je ne l'ai pas trouvée ; j'ai pénétré jusqu'à sa chambre à coucher, dont l'inventaire fait en quelques coups d'oeil m'a scandalisée.
MINOS
Vraiment, bobonne, qu'avez-vous donc vu ?
PASIPHAË
MINOS
Eh ! En effet, tout cela est assez singulier. Savez-vous, ma chère bébelle, il faudra la marier.
PASIPHAË
C'est cela, pour être grand'mère.
MINOS
Vous avez raison, je n'y songeais pas.
PASIPHAË
Vous n'êtes qu'un vieux cornichon.
MINOS
Du monde, ne compromettez pas la dignité royale.
UN GARDE
Sire, un vaisseau portant pavillon athénien vient d'aborder au port et d'y débarquer le fils du roi d'Athènes au nombre des prisonniers qu'on vous envoie. Qu'ordonne votre majesté ?
MINOS
Qu'on l'introduise en ma présence. Ah ! D'abord qu'on fasse ranger mes gardes en haie, qu'on prévienne les seigneurs de ma Cour, qu'on commande un détachement de pompiers. Un peu de pompe ne peut pas faire mal.
SCÈNE V. Minos, Pasiphaë, Ariane, Miss Clustenbrut, Seigneurs et Dames de la Cour, Gardes, puis Thésée.
Minos et Patiphaë s'assoient sur leur trône, à côté duquel t'assied Ariane et près d'elle Miss Clustenbrut.
CHOEUR
Thésée entre, escorté de quelques gardes.
MINOS à Pasiphaë
Qu'en penses-tu, ma toute belle ?PASIPHAË
Mais sa figure me revient.MISS CLUSTENBRUT, à Ariane
Qu'en dites-vous, Mademoiselle ?THÉSÉE, à part, apercevant Ariane
Ah ! nom de nom, la charmante princesse. Quel ravissant petit minois, Je n'ai pu ru son pareil dans la Grèce.ARIANE, à Clustenbrut
Ma chère, il me lorgne, je crois.PASIPHAË, à part
C'est un bel homme !THÉSÉE, regardant Ariane
Ah ! Qu'elle est belle !ARIANE, regardant Thésée
Ah ! Qu'il est bien ! Qu'il est donc bien !LE CHOEUR
Le voila, le voilà, Le célèbre Thésée, Sa démarche est fière, est aisée. Quel air il a Ce gaillard-là !MINOS
Approchez sans crainte, jeune étranger, que la majesté royale ne vous effraie pas.
THÉSÉE
Mon coeur ne connaît pas la crainte et mes yeux, ô roi, sont familiarisés avec l'éclat du trône.
MINOS
À ce fier langage, à cette noble assurance, je reconnais en vous un jeune homme de bonne famille.
THÉSÉE
Je suis Thésée, fils du roi d'Athènes.
MINOS
Thésée, vous !
THÉSÉE
Je croyais que vous m'interrogiez.
MINOS
Sans doute, je dis : Thésée ! - vous ? Mais comment se fait-il que vous, un prince du sang, on vous ait sacrifié ainsi ?
THÉSÉE
Je me suis offert moi-même pour mes concitoyens.
ARIANE, à part
Quel dévouement.
MINOS
C'est très beau, jeune homme, c'est très beau. Mais vous savez sans doute le sort qui vous attend.
THÉSÉE
Je sais que je dois être donné en proie aux fureurs du Minotaure.
MINOS
Il est étonnant. Mais vous ne connaissez pas le Minotaure, c'est une grosse bête à cornes, qui fait : hou ! hou !
THÉSÉE
Je vous l'ai dit, mon coeur ne connaît pas la crainte.
MINOS
Ce garçon est intrépide.
ARIANE
Entends-tu, Clustenbrut, quel courage.
MINOS
Je croyais que la renommée exagérait vos exploits, mais je commence a voir que ce ne sont pas des canards. Contez-nous un peu cela.
À Pasiphaë.
Voulez-vous, mon chat ?
PASIPHAË
Je ne demande pas mieux.
THÉSÉE
Vous l'exigez, ô roi. Silence, ma modestie.
À peine au sortir de l'enfance, Ma mère Ethra me mit en main Une épée avac confiance, Quoique je fusse encor gamin : Et maintenant va, Dit-elle, avec ça, Chercher ton papa Qui t'a planté la.MINOS
Et vous vous mites en voyage Muni de ce léger bagage. Ah ! Vraiment, ah ! Vraiment, Ce jeune homme est étonnant.THÉSÉE
Or, pour aller vers Athènes, Les routes sont, comme on dit, D'honnêtes gens aussi pleines Que la forêt de Bondy. Je fis bientôt rencontre D'un horrible géant Qui me demanda poliment Mon argent et ma montre. D'un coup de bâton J'envoyai le pauvre hère Voir l'heure au cadran solaire De maître Pluton.THÉSÉE
À Sinnis, autre canaille, À Sciron, à Cereyon, J'infligeai par représailles La peine du talion. Châtiment non moins juste Pour un coeur aussi noir, J'ai fait passer au laminoir Le gueusard de Procuste. J'ai su vaincre enfin Les monstres les plus perfides, Les superbes Pallantides, Le terrible Arpin.Procuste : Célèbre voleur et assassin cruel de la mythologie grecque. Il fut tué par Thésée.
MINOS
Jeune héros ! Vos exploits me pénètrent d'admiration. Mon avis est que vous méritez d'être distingué par un traitement spécial. Qu'en penses-tu, poupoule ?
PASIPIIAË
Je crois en effet que ce prince magnanime est digne de quelques égards.
À part.
C'est un fort joli garçon, ma foi.
MINOS
Qu'allons-nous faire de vous, voilà la question ?
ARIANE
Oh ! Grâce, mon père, grâce pleine et entière pour le brave Thésée.
PASIPHAË
Taisez-vous.
THÉSÉE
Puisque je viens de vous le dire.
PASIPHAÉ
Je ne vous parle pas, je parle et la princesse.
THÉSÉE
Pardon, excuse en ce cas.
À part.
La reine n'a pas l'air commode, mais la princesse est charmante.
PASIPHAÉ, à part
Elle l'aime la malheureuse.
Haut.
Pas de grâce, Ô roi, ce serait faire injure au vaillant Thésée ; il vous a déclaré qu'il n'avait pas peur du Minotaure.
THÉSÉE
C'est-à-dire que je m'en fiche proprement.
MINOS
Jeune téméraire ! Voyons, mes fidèles Crétois, devons-nous livrer...
PASIPHAË
Oui, oui, au Minotaure.
TOUS
Au Minotaure !
MISS CLUSTENBRUT
Princesse, du courage ; je dois vous faire observer qu'on vous observe, ainsi observez-vous.
THÉSÉE, à part
Elle se trouve mal, la pauvre petite. Quel amour de princesse.
Il lui envoie des baisers.
PASIPHAË, l'apercevant
Eh bien qu'est-ce que vous faites donc ?
MINOS
Puisque telle est l'opinion de la majorité, nous allons, jeune homme, vous conduire au labyrinthe. En attendant vous pouvez vous reposer quelques heures dans ce palais, où vous resterez prisonnier sur parole, sous la garde d'un piquet de gendarmerie.
Puisqu'il y tient. Livrons au Minotaure Ce jeune Athénien Qui ne doute de rien. Mais on voit bien Que le gaillard ignore Quel brutal Est cet animal.TOUS
Puisqu'il y tient, Livrons au Minotaure Ce jeune Athénien Qui ne doute de rien. Mais on voit bien Que le gaillard ignore Quel brutal Est cet animal.Tous sortent pendant le choeur excepté Thésée qui continue d'envoyer des baisers à Ariane pendant le défilé. - Quand tout le monde est parti, celle-ci revient tout_à_coup sur ses pas.
SCÈNE VI. Thésée, Ariane.
ARIANE
Malheureux prince !
THÉSÉE
Adorable princesse.
ARIANE
Votre perte est certaine, ce monstre...
THÉSÉE
Ah ! Si vous saviez comme je m'en moque. Ah ! Ah ! C'est moi qui m'en moque.
ARIANE
Héroïque intrépidité.
THÉSÉE
Regardez-moi ce biceps.
ARIANE
Je ne doute ni de votre force, ni de votre courage, mais vous ne savez pas toute l'étendue des dangers qui vous menacent et qui me désespèrent ; car...
En vain je chercherais À vous faire un mystère Des sentiments secrets Que je ne saurais taire. Dans ma naÎveté S'il est quelque imprudence, Hélas ! mon innocence Fait ma sincérité.THÉSÉE
Ah ! Si vous consentez À répondre à ma flamme, Les périls affrontés Seront doux et mon âme. Lorsque tant de beauté Répond de ma constance, Prenez donc confiance Dans ma sincérité. Ah ! Consentez qu'en partant pour Athénes Dans mon vaisseau je vous emmène. Les feux qu'ont dans mon coeur allumés vos beaux yeux Peuvent aller à l'eau, n'en flamberont que mieux.ARIANE
Quitter ainsi ces sacrés toits Crétois, En vérité, je ne sais si je dois... Le monde est si méchant, il se pourrait bien faire Que l'on trouvât la démarche légère.THÉSÉE
Faut-il, par Cupidon ! Se gêner, ma princesse, Pour le qu'en dira-t-on ? Ah ! Croyez ma tendresse. Acceptez aujourd'hui, Montrez-vous moins timide, Ce bras là pour appui, Le dieu d'amour pour guide.ARIANE
J'hésite, voyez-vous, De la mer Icarienne A braver le courroux, Ainsi que de la mienne. Je devrais refuser, De peur d'être indiscrète, Les portières de Crète Sur moi vont bien jaser.ARIANE
Mais vous parlez de fuite, infortuné jeune homme, vous ne savez donc pas ce que c'est que le labyrinthe où l'on va vous conduire.
THÉSÉE
Je n'en ai pas la moindre idée.
ARIANE
C'est un immense bâtiment, composé d'un nombre infini de corridors entremêlés de telle manière qu'une fois qu'on y est engagé il est impossible d'en retrouver l'entrée et qu'il faut infailliblement y périr.
THÉSÉE
Cette nécessité manque de charmes.
ARIANE
Que vous serviront votre vigueur, votre courage, votre héroïsme, quand vous chercherez inutilement votre chemin à travers ces inextricables détours ?
THÉSÉE
Absolument à rien.
ARIANE
Vous voyez donc bien si j'ai raison d'être inquiète et de désespérer de votre salut.
THÉSÉE
Je commence à l'entrevoir.
ARIANE
Et pourtant, vous ne pouvez périr ainsi misérablement.
THÉSÉE
J'aimerais assez à m'en dispenser.
ARIANE
Amour, amour, inspire-nous.
THÉSÉE
Oui, amour, souffle-nous quelque truc ingénieux.
ARIANE
Fournis à tes fidèles quelqu'une de ces ruses dont tu possèdes le secret.
THÉSÉE
Indique-nous quelque ficelle...
ARIANE
Que dites-vous ?... Ah ! Fameux.
THÉSÉE
Et bien, quoi ?
ARIANE
C'est le fils de Cythère lui-même qui a parlé par votre bouche.
THÉSÉE
Vous croyez, il aurait daigné se servir de mon organe ?
ARIANE
Tenez, prenez ce peloton de fil de lin.
THÉSÉE
C'est un souvenir ?
ARIANE
MaiS non. Écoutez-moi bien : vous attacherez un bout de ce fil à l'entrée du labyrinthe et vous dépelotonnerez en y pénétrant, et puis, quand vous voudrez sortir, vous n'aurez qu'à repelotonner.
THÉSÉE
Oh ! Mais c'est excessivement ingénieux. Chère princesse, je vous admire, je n'aurais jamais trouvé celui-là. Grâce à ce peloton de fil....
ARIANE
De fil de lin.
THÉSÉE
De lin, de laine, n'importe.
ARIANE
Non, le lin est bien plus sûr, car dans votre précipitation vous auriez pu perdre la laine.
THÉSÉE
C'est juste, vous pensez à tout ; mon amour se multiplie par ma reconnaissance. Sans le secours de votre imagination, je serais resté à moisir dans cet affreux labyrinthe et je me serais cassé la tête contre les murs sans pouvoir en faire sortir une idée pour me tirer de là, je me connais.
ARIANE
Il me souvient qu'on m'a conté que le malheureux Icare, enfermé comme vous dans ce lieu terrible, n'en pût jamais retrouver la porte et finit par se confectionner des ailes de cire au moyen desquelles il s'envola.
THÉSÉE
Et bien mais ce n'était déjà pas si bête.
ARIANE
Sans doute ; mais ses ailes fondirent au soleil et il tomba au beau milieu de la mer, où il se noya.
THÉSÉE
C'est différent. Dans ce cas, je préfère votre fil aux ailes.
ARIANE
Et maintenant, adieu.
THÉSÉE
Au revoir plutôt ; vous savez que c'est convenu, je vous emmène.
ARIANE
Et bien tant pis, j'accepte et je vais préparer mes malles.
ENSEMBLE
À quoi tient l'espérance, Le bonheur à quoi tient-il ? À quoi tient l'existence ? Souvent a rien de plus qu'un fil.THÉSÉE
En cette circonstance, Pour me tirer de péril, Je prends de confiance Ce peloton de simple fil.SCÈNE VII. Thésée, Pasipiiaë.
PASIPHAË, entrant
Prince, voulez-vous qu'on vous sauve ?
THÉSÉE
Encore ! Est-ce qu'elle va m'offrir une seconde bobine ?
PASIPHAË
Au lieu de vous laisser exposer aux fureurs du Minotaure et aux dangers du labyrinthe, je vous attacherai à ma personne, vous serez mon...
THÉSÉE
Votre quoi, s'il vous plaît ?
PASIPHAË
Mon écuyer, mon secrétaire, le titre n'y fait rien. Voulez-vous que je vous fasse nommer inspecteur général des musées de la Crète.
THÉSÉE
Très bien, très bien, cela ne me va pas.
PASIPHAË
On plutôt vous serez mon conseiller, mon confident, mon ami.
THÉSÉE
Ah ! Oui-dà.
PASIPHAË
Vous aurez des chevaux, des esclaves, une maison montée, de l'or à discrétion, et les devoirs de votre charge seront bien faciles à remplir, ils ne consisteront qu'à témoigner à votre reine un peu d'amitié.
THÉSÉE
Ce n'est déjà pas si aisé.
PASIPHAË
Tenez, Thésée, je dois m'expliquer sans détours.
THÉSÉE
Parbleu, je comprends parfaitement, toutes les femmes sont folles de moi.
PASIPHAË
Faut-il vous l'avouer enfin, Thésée, je vous aime.
THÉSÉE
Cela ne m'étonne pas.
PASIPHAË
Oh ! Le petit fat.
Veux-tu, c'est bien facile, Vivre oisif et gandin, Avoir hôtel en ville Entre cour et jardin ? Réponds, réponds. Et bien ?PASIPHAË
Je veux te satisfaire Dans tes prétentions ; Dans toute belle affaire Veux-tu des actions ? Réponds, réponds. Et bien ?PASIPHAË
Veux-tu qu'on te procure, Pour vivre en grand seigneur, Brillante sinécure ? Veux-tu... la croix d'honneur ? Réponds, réponds. Et bien ?THÉSÉE
De vous je ne veux rien.PASIPHAË
En toute assurance Ici sur moi tu peux compter. Dans cette occurrence T'est-il possible d'hésiter ? Quand mon tendre zèle Veut t'arracher à ce danger. À mon coeur fidèle Tout ne doit-il pas t'engager ?THÉSÉE
Quelle différence Prés d'Ariane, ô Jupiter ! Pour la préférence Comment donc pourrais-je hésiter ? Cette jeune belle Des détours vient me débrouiller, Hélas ! Tandis qu'elle Ne cherche qu'a m'entortiller.PASIPHAË
Dites un mot et, au lieu de la mort la plus misérable et la plus affreuse, je vous donne l'existence la plus voluptueuse et la plus fortunée.
THÉSÉE
Et bien non.
PASIPHAË
Comment non ? Quand je vous offre toutes tes délices de la vie avec mon coeur par-dessus le marché.
THÉSÉE
J'aime mieux le Minotaure.
PASIPHAË
Misérable, vous m'insultez, vous dédaignez ma faveur. Ah ! Je vois ce que c'est, une autre m'aura prévenue. N'est-il pas vrai, petit vaurien, vous en aimez une autre ?
THÉSÉE
Vous êtes trop curieuse.
PASIPHAË
C'est en vain que vous cherchez des détours. La petite Ariane vous a donné dans l'oeil, je m'en suis bien aperçue. Et bien je me vengerai d'elle et de vous. De vous d'abord en hâtant votre supplice.
THÉSÉE
Hâtez, Madame, hâtez.
PASIPHAË
Voyons, petit entêté, il est temps encore de vous repentir. Vous ne savez pas ce que vous refusez. Qu'auriez-vous pu espérer de l'amour d'une jeune fille ignorante et inexpérimentée ? Ah ! Vous ne connaissez pas les ressources infinies de la tendresse d'une femme mieux instruite par Vénus.
THÉSÉE
Ne m'approchez pas.
PASIPHAË
Ah ! Tu persistes à me repousser, indigne, et bien tant pis pour toi.
SCÈNE VIII. THÉSÉE, PASIPIIAË, MINOS, GARDES
PASIPHAË
À quoi pensez-vous donc, Minos, de laisser là ce misérable Athénien ? Est-ce quH ne devrait pas être en labyrinthe depuis longtemps.
MINOS
C'est très juste, mon coeur, vous avez raison. J'aurais voulu, brave Thésée, pouvoir vous faire grâce en considération de votre mérite hors ligne...
PASIPHAË
Non, non, pas de grâce.
THÉSÉE
Je n'en demande fichtre pas non plus.
MINOS
Cette fierté vous sied bien. D'autant plus que si vous en demandiez ce serait absolument la même chose, attendu que mon conseil n'est pas d'avis...
THÉSÉE
Je suis prêt, qu'on me conduise.
MINOS
C'est ce à quoi nons allons procéder. Ne pouvant faire pour vous tout ce que je voudrais, j'ai pensé vous devoir donner néanmoins toutes les marques de ma bienveillance qui ne peuvent porter atteinte à la Constitution ; c'est pourquoi je vais vous adresser quelques paroles bien senties.
THÉSÉE
Ah ! Non par exemple. Je m'en priverai très volontiers.
MINOS
Ingrat, vous refusez mes bienfaits.
THÉSÉE
La seule grâce que je demande est qu'on en finisse avec moi le plus tôt possible.
PASIPHAË
Vous l'entendez, Minos, à quoi bon lambiner davantage ?
MINOS
Ne m'appelez pas lambin, mon chat, il y a du monde.
PASIPHAË
Alors finissez-en, car si vous m'impatientez ainsi, je ne serai pas maîtresse de moi.
MINOS
Gardes, qu'on l'emmène puisqu'il est si pressé. Vous en répondez sur votre tête.
PASIPHAË
Va, jeune imprudent, va apprendre ce qu'il en coûte de braver nos fureurs et de dédaigner nos bontés.
À ce téméraire Montrons à la fin Qu'il en cuit de faire Par trop le malin.THÉSÉE
Je suis téméraire Et jusqu'à la fin, Je pourrais bien faire, Je crois, le malin.Les gardes emmènent Thésée — tous sortent — Ariane et Clustenbrut, qui guettaient leur départ, entrent.
SCÈNE IX. Ariane, Miss Clustenbrut.
MISS CLUSTENBRUT
Ils sont partis, Princesse.
ARIANE
Ainsi donc c'en est fait, il est maintenant exposé aux périls que son grand coeur méprise. Clustenbrut, soutiens mon courage, je ne vis pas, je suis sur le gril. Ah ! S'il allait succomber.
MISS CLUSTENBRUT
Ce serait dommage, un si bel homme.
ARIANE
Mais non, il m'a défendu de douter de sa victoire et je ne dois songer qu'au bonheur qui nous attend.
MISS CLUSTENBRUT
Rappelez-vous, princesse, que j'ai fait tous mes efforts pour vous détourner...
ARIANE
C'est bon, c'est bon, tu m'ennuies. Fais promptement porter nos malles au vaisseau de Thésée par un esclave sûr.
MISS CLUSTENBRUT
Oui. Princesse.
ARIANE
Ensuite, tu iras flâner dans les environs et tu viendras m'avertir dès que tu apercevras ce héros.
MISS CLUSTENBRUT
C'est convenu.
ARIANE
Et alors nous prenons nos cliques et nos claques et nous courons nous embarquer.
MISS CLUSTENBRUT
Ô Vénus ! Protège notre voyage.
Elle prend une prise.
ARIANE
Cours, ne perds pas un instant, et surtout que tout soit fait avec mystère.
SCÈNE X. Ariane, Pasiphaë.
PASIPHAË
Encore ici, Mademoiselle, quand je vous ai dit une fois pour toutes de rester dans votre chambre.
ARIANE
Soyez tranquille, c'est bien la dernière fois que vous m'y rencontrerez.
PASIPHAË
Vous espériez sans doute y retrouver le beau Thésée. Mais, Dieu merci, le roi votre père s'est décidé à en finir avec lui. Cela ne fait peut-être pas votre compte ?
ARIANE
Pourquoi cela, Madame ?
PASIPHAË
Pourquoi, jeune fille dissimulée ? Parce que vous osez aimer cet ennemi de l'État. Aurez-vous le toupet de le nier ?
ARIANE
Et bien oui, je l'aime ; mon coeur n'a pu être insensible aux brillantes vertus de ce héros ; je ne veux pas m'en cacher plus longtemps et je viens de ce pas de sacrifier une colombe à Vénus pour qu'elle s'intéresse à son salut.
PASIPHAË
Quelle effronterie ! Et vous osez me le dire ?
ARIANE
Je n'ai plus de ménagements à garder désormais.
PASIPHAË
Ah ! Oui-dà, c'est un peu fort.
ARIANE
Non seulement je l'aime, mais encore il m'aime aussi. Bien plus... Nous nous aimons réciproquement.
PASIPHAË
C'est trop me braver. Pour vous apprendre, je vais demander à Minos de vous faire enfermer à perpétuité dans une bonne tour.
ARIANE
De votre part, il n'est pas de tour qui puisse me surprendre.
PASIPHAË
Et là, vous attendrez que votre cher amant, pour vous en délivrer, revienne de chez Pluton.
ARIANE
Comment, que dites-vous ?
PASIPHAË
Est-ce que vous comptiez encore sur lui ? Ah ! Ah ! Ah ! Il est parfaitement défunt à l'heure qu'il est.
ARIANE
Qu'entends-je, ô ciel !
Elle pleure.
SCÈNE XI. ARIANE, PASIPIIAË, MINOS.
MINOS
Qu'as-tu donc à pleurer, mon chou ?
ARIANE
Ah ! Papa, je suis bien malheureuse.
PASIPHAË
Ne l'écoutez pas, elle vient de me manquer et mérite d'être punie.
MINOS
Ah ! Mon petit chou, c'est bien vilain de manquer à sa maman.
ARIANE
C'est maman qui me tourmente toujours à propos de tout.
MINOS
Il faut aussi un peu de douceur avec cette enfant, bobonne.
PASIPHAË
Je vous dis qu'elle est incorrigible et fait mon désespoir.
MINOS
Il faut écouter sa maman aussi, mon cher trognon.
ARIANE
Maman, n'est pas juste avec moi.
MINOS
Le fait est, mon coeur, que vous êtes un peu sévère.
PASIPHAË
Tenez, vous n'êtes qu'un vieux cornichon.
MINOS
Du monde, ne compromettez pas ma dignité.
UN GARDE
Sire, le vaillant Thésée revient du labyrinthe vainqueur du Minotaure, pour faire hommage de sa tête aux pieds de votre majesté.
Cris au-dehors :
Vive le brave Thésée !
ARIANE
Sauvé ! Merci, mon_Dieu !
PASIPHAË
Se peut-il !
MINOS
Ce jeune homme est étonnant.
ARIANE
À la faveur, du tumulte et de l'enthousiasme, donnons-nous de l'air en douceur.
Elle sort.
MINOS
Remontons sur notre trône pour le recevoir.
SCÈNE XII. Minos, Pasiphaë, Thésée, Gardes, Courtisans
THÉSÉE
Sire, le Minotaure n'est plus, ce bras lui a fait mordre la poussière.
MINOS
C'est qu'il l'a fait comme il le disait. Mais comment êtes-vous sorti du labyrinthe ?
THÉSÉE
Une divinité m'en a tiré.
MINOS
Du moment que les dieux vous protègent, je me fais un plaisir de m'associer à leurs bonnes intentions à votre égard. Votre courage mérite une digne récompense et, en faveur de ce dernier exploit, je fais remise aux Athéniens, à l'avenir, du tribut en nature qu'ils me payaient.
THÉSÉE
Ô grand roi, ma reconnaissance vous est acquise. Ce n'est pas à tort qu'on vous répute le plus sage des monarques.
MINOS
Maintenant, vous êtes libre ; retournez donc auprès du roi, votre auteur, et dites-lui, grand prince, dites à cet heureux père... Oui, dites-lui... Bien des choses de ma part.
THÉSÉE
Vous êtes bien bon ; je n'y manquerai pas.
CHOEUR
Chantons la victoire Du vaillant héros, Célébrons la gloire Du sage Minos. Ce monarque sage Dans son équité Sait rendre an courage L'honneur mérité.La portière du fond t'est ouverte et laisse voir le bord de la mer et le vaisseau où Thésée va s'embarquer pendant le choeur. Quand le vaisseau commence à s'éloigner, on aperçoit dessus Thésée tenant Ariane par la taille et Miss Clustenbrut qui prise avec fureur.
MINOS
Allez, jeune guerrier, et qu'à nos voeux propice, Neptune vous procure on voyage joyeux Et des écueils tous garantisse.MINOS
Qu'est-ce donc ?PASIPHAË
Regardez : Ariane.MINOS
À moi, gardes, courez après cet intrigant. Vite, vite, A la poursuite De ce farceur De ravisseur, Qu'on s'élance Et qu'on lance Tous les canots Parmi les flots. Mais allez donc, Mais courez donc.TOUS, sans bouger de place
Courons vite A la poursuite De ce farceur De ravisseur. Allons, allons, Courons, courons.PASIPHAË
Ô défaite ! Je suis refaite Et pour mes frais J'en resterais. Mais allez donc, Mais courez donc.TOUS, sans bouger davantage
Courons vite À la poursuite De ce farceur De ravisseur. Courons, allons, Partons, volons, Marchons, allons, Courons, volons.Pendant la reprise du choeur, le vaisseau continue à s'éloigner et finit par disparaître ; tous les assistants crient : courons, votons, toujours sans bouger ; Minos et Pasiphaë s'agitent avec désespoir.
337 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0