Comédie en vers· Comédie en un Acte et en vers
Molière en Voyage
Personnages
- MOLIÈRE
- LE COMTE DE BARRIS
- JEAN
- LE BAILLI
- MATHURIN
- UN PAYSAN
- MADELEINE BÉJART
- LOUISETTE
- FRANÇOISE
Préface
Inspiré par la vie nomade de Molière, j'ai composé un à-propos en un acte, en vers, pour la naissance du grand comique, sous le titre de Molière en voyage.
Cet à-propos n'est pas, paraît-il, arrivé à propos à l'Odêon, où je l'avais présenté.
Je ne l'en donnerai pas moins ici, à la suite de mon étude intitulée Molière en province.
On jugera cette petite pièce, qm a pour premier tort de n'avoir pas vu le jeu de la rampe.
MOLIÈRE EN VOYAGE
Le bord d'une rivière. Au fond, un rocher s'avançant et formant une grotte avec un banc naturel, la « grotte d'Héloïse i), De chaque côté des arbres. Entrée à droite et à gauche.
SCÈNE PREMIÈRE.
LOUISETTE, arrivant lentement par la gauche
Je vais m'ensevelir dans mon dernier chagrin ! Il le faut, ce beau jour doit éclairer ma fin !Montrant la grotte de la main.
C'est là, dans cette grotte, où l'on dit qu'Héloïse, Loin dans les anciens temps, s'est bien souvent assise, Qu'autrefois, avec Jean, je cherchais un abri, Tandis que, dans le bois, notre troupeau chéri Se dispersait au loin, courant à l'aventure. Temps heureux ! Je disais : « Me voilà sa future ! » Hélas ! Et cependant jamais un mot d'amour Ne me fut dit par lui. C'est aussi...Entre Jean, par la droite.
SCÈNE II. LOUISETTE, JEAN.
JEAN, étonné
Tiens ! Bonjour !LOUISETTE, de même
Bonjour, Jean ! Vous ici ! Qu'est-ce qui vous amène ?À part.
Il parlera peut-être !JEAN, embarrassé
Oh ! Rien je me promène.LOUISETTE, lui montrant la ***gratte
Voulez-vous sur ce banc vous reposer un peu ?JEAN, à part
C'est pourtant le moment ! Mais la force ! Mon_Dieu !Haut.
J'en aurais bien besoin ; seulement...Il s'arréte.
LOUISETTE
Qu'est-ce à dire ? Auriez-vous peur de moi ? C'est sûrement pour rireLui prenant la main.
Allons, venez ! Je veux !LOUISETTE, à part
À son tour maintenant ; car tout cela n'est rien, Et pourtant je ne puis aller plus loin, moi, fille !LOUISETTE, à part
Comme c'est donc aimable !Haut.
Oui. Pourquoi ? Croyez-vous Que je ne fasse rien quand je reste chez nous ?LOUISETTE, ironiquement
Cela m'a bien servi !JEAN, continuant
Même je me disais.LOUISETTE, interrompant
Quoi donc, Jean ? Qu'à coup sûr, n'est-ce pas ? je serais Une épouse passable ?JEAN, naïvement
Oh ! non. Qu'en votre armoire Tout devait être en ordre et sans trou !À part.
Quelle histoire ! Jamais je n'oserai lui conter mon tourment.LOUISETTE, ironiquement
Je vous sais vraiment gré de votre compliment !Reprenant.
Cela ne me dit pas pourquoi, dans la semaine, Vous faites promenade, ainsi qu'une âme en peine, Au lieu d'être au travail.À part.
Tâchons de le piquer.JEAN
C'est cruel ! Et pourtant je pourrais répliquer Que vous faites de même et que j'ai pour excuse Un chagrin qui me ronge et qu'il faut que j'abuse.LOUISETTE, interrompant
Pauvre ami ! Dites-moi quel est ce désespoir ! Peut-être qu'à nous deux nous pourrions bien y voir !JEAN, continuant
Tandis que vous, peut-être, avez dans cette affaire, J'ai peur de tomber juste, une raison contraire.LOUISETTE, à part
Que veut. il donc me dire ? Est-ce qu'il est jaloux ? Voyons un peu ! Voyons !Haut.
Il est des rêves doux, Comme il en est d'amers, et vous devez comprendre Qu'il me serait permis...JEAN, interrompant, se levant et venant en avant
C'est assez vous entendre ! Les miens attristeraient ceux qu'on lit dans vos yeux !À part.
Qui l'eût dit ! Louisette ! Ah ! C'est pour mes adieux ! Un rendez-vous ! Qui sait ? Avec le nouveau comte, Venu déjà peut-être !LOUISETTE, à part, se relevant et s'avançant aussi, avec tristesse
Hélas ! Je lui fais honte ! Voilà le résultat de mon invention !Haut.
Si ce n'était pas vrai !LOUISETTE
Jean ! Laissez-moi tout dire !JEAN
J'attendais la nouvelle Depuis que, tout à l'heure, en me cherchant querelle, Vous m'avez dit...JEAN, de même
On vient ! J'entends des pas ! On descend le coteau ! S'il allait nous surprendre, Celui que vous aimez !À part.
Je ne dois plus attendre, Puisque mon espérance est tuée à jamais !Il sort précipitamment par la gauche.
SCÈNE III.
LOUISETTE, restée seule, courant après Jean
Écoutez-moi ! Pitié !S'arrêtant, accablée.
C'est fini désormais ! Il me fuit, me méprise ! et quand c'est lui que j'aime ! Mourir ainsi ! Pourquoi, dans ma douleur extrême, Ai-je pu l'égarer !Montrant le fond, à gauche.
Allons, la Sèvre est là, Prête à me recevoir !Allant s'agenouiller à gauche de la grotte.
Prions d'abord !Entre Molière, par la droite.
La Sèvre est une rivière de l'ouest de la France.
SCÈNE IV. Louisette, Molière.
MOLIÈRE, s'arrêtent et montrant la grotte
Voilà ! J'ai trouvé le premier cette grotte amoureuse. Madeleine est perdante en bonne parleuse, Elle tiendra, j'espère, à payer son enjeu : Quatre jours de répit dans son humeur ! C'est peu ; Mais j'en serai content si cela peut suffire À trouver une pièce et surtout à l'écrire, Et même, comme échange, elle aura mon pari : Du vrai point d'Alençon, quand on l'eût enchéri, Pour se faire au plus tôt une ample collerette Et border son corsage, un rêve de coquette !Le point d'Alençon est un point de couture spécifique à la dentelle d'Alençon.
LOUISETTE, se relevant
Mon_Dieu ! Pardonnez-moi de me donner la mort ; Mais vous savez, hélas ! Que c'était dans mon sort !MOLIÈRE, se retournant
Arrêtez, malheureuse !Il se précipite vers Louisette, la saisit et l'entraine en avant.
Ainsi, dans la rivière Vous alliez vous jeter ! Vous êtes donc sans mère ? Vous n'avez donc personne à qui ce fût un deuil ? Personne pour pleurer près de votre cercueil ?LOUISETTE, embarrassée
Monseigneur, vos bontés me font toute confuse ! Pardon ! Si, j'ai mon père, et c'est ce qui m'accuse ; Car il n'a plus que moi ; mais, dans mon désespoir. Je n'aurais pas la force...LOUISETTE
Monseigneur, oh ! je n'ose !...MOLIÈRE, interrompant
Au « Monseigneur », d'abord, souffrez que je m'oppose. Dites : monsieur tout court ; bien mieux encore ami. Achevez maintenant : je devine à demi.LOUISETTE, à part
Pour le nouveau seigneur, et qui pourrait-il être Si ce n'était pas lui ? Quelle bonté !Haut.
Peut-être, Si j'étais chez mon père.MOLIÈRE, interrompant
Oui, vous avez raison. Venez ! je vous rendrai sauvée à la maison. Montrez-moi le chemin.Il lui offre le bras. Entrent, par la gauche, Madeleine Béjart et Jean.
SCÈNE V. Les précédents, Madeleine, Jean.
LOUISETTE, de même
Ah ! Son indifférence S'explique maintenant ! La dame du château ! Sans doute, c'est bien elle !MOLIÈRE, voulant prendre la main de Madeleine
Eh bien ! C'est moi !MADELEINE, interrompant et le repoussant
Tout beau Je ne m'étonne pas que vous m'ayez fait faire Tout à l'heure un pari ! C'était bien votre affaire D'être seul à chercher !S'inclinant ironiquement.
Sincères compliments !MOLIÈRE
Sur quoi ?MADELEINE, continuant
À Clisson, dans l'auberge, à notre déjeuner, Vous sortez dans la cour, et j'entends ricaner. C'était ce rendez-vous que vous donniez, je pense, À quelque chambrière avec ou sans dépense !Clisson est une petite commune entre Nantes et Montaigu.
Chambrière : Femme attachée au service de la personne et des chambres. [L]
JEAN, qui s'est approché de Louisette
Moi qui vous aimais tant !MADELEINE, reprenant et montrant Jean
Aussi bien, ce jeune homme, Qu'au bois j'ai dépendu, me répétait...MADELEINE, achevant
« Elle l'attend là-bas ! »MOLIÈRE
Qui donc ?MADELEINE
Eh ! Son amant !MOLIÈRE, impatienté
Quel est tout ce fatras ? Ainsi, vous m'accusez ? vous me croyez coupable D'être d'un rendez-vous ? Soupçon bien regrettable ! Vous allez le comprendre !MADELEINE
Oh ! je vous sais très fort En intrigues d'amour ; mais vous me faites tort Si vous croyez aussi que votre comédie Pourra m'abuser. Non !MADELEINE
C'est juste ! À votre tour J'ai donné la réplique. Un mot. Pas de détour. C'est mauvais au théâtre !MOLIÈRE, simplement
Ainsi me faire injure, Et gratuitement !Reprenant.
Toute cette aventure S'éclaircit fort pour moi par cette pendaison Que vous m'avez apprise et dont avec raison, Par vengeance d'abord, j'aurais pourtant pu faire, Contre vous, à mon tour, un conte imaginaire.MOLIÈRE
C'est pour ne plus souffrir De l'amour qui l'étouffe, amour qu'il n'ose apprendre À celle qui l'inspire et qui n'a su comprendre, Comme, de son côté, la malheureuse enfant Dans la rivière...Entre, par la droite, le Bailli, en robe et en bonnet.
SCÈNE VI. Les Précédents, Le Bailli.
LE BAILLI, s'avançant jusqu'à Molière et le saluant cérémonieusement
Ave !Se relevant et s'épongeant le front.
Le temps est étouffant !MOLIÈRE, à part
Que me veut ce bailli ?LE BAILLI, s'inclinant de nouveau
Sachant votre passage, Par vos gens, attablés dans l'auberge, au village, À bien se rafraîchir.À part.
Mon_Dieu ! Qu'ils sont heureux !Haut, continuant.
Je me suis empressé de savoir auprès d'eux Où vous étiez allé.LE BAILLI
Monseigneur voudrait rire D'un malheureux bailli N'ai-je pas entendu ? De maître ils vous traitaient.LE BAILLI, solennellement
Célèbre descendant D'une illustre maison !Il s'arrête, comme pour juger de l'effet.
MOLIÈRE, à part
C'est un fâcheux pédant !Haut.
Célèbre ! au jour peut-être où chacun n'est qu'une ombre ; Et quant à ma maison.LE BAILLI, continuant
Comme, après la nuit sombre, On voit naître l'aurore, annonçant le soleil, Ainsi, pour le pays, vous êtes un réveil, Que dis-je ? Une naissance au bonheur, à la joie, À l'heureuse abondance, aux jours d'or et de soie. Oui, nous sommes certains que votre seul désir, Je puis ajouter même et votre seul plaisir, En venant parmi nous, sont que chaque famille Puisse... puisse...Il s'arrête, cherchant son idée.
MOLIÈRE, plaisamment
Achevez ! S'il faut que j'apostille Vos souhaits, dites-les ! Parlez !Apostiller : Mettre une annotation en marge ou au bas d'un écrit. [L]
LE BAILLI, reprenant, tout d'une haleine
Puisse bientôt, Cela me vient enfin, mettre la poule au pot !Il s'essuie le front d'un air satisfait.
MOLIÈRE, avec une gravité comique
Les voeux que vous formez n'obligent qu'Henri-Quatre, Et je ne le suis pas il faut donc en rabattre.Le saluant cérémonieusement.
Je n'en reste pas moins, dans mes humbles moyens, Prêt à vous obliger pour vos concitoyens. Venez à Fontenay, nous devons nous y rendre, Et gratuitement, vous nous pourrez entendre, Et mes amis et moi, de même que nous voir, Dans une comédie.Il s'agit probablement de Fontenay-le-Comte au sud de la Vendée, proche de Luçon.
LE BAILLI, stupéfait, à part
Hein ! Que dit-il !Haut, s'excusant.
Vouloir, Pour moi, ne suffit pas. J'ai ma femme et ma charge Je ne puis m'absenter.LE BAILLI, s'inclinant gravement
Merci de vos bontés !Reprenant.
Et puis, si Monseigneur, dans ses joyeusetés, De retour au château, donne la comédie, J'en pourrai profiter.Entre vivement un paysan, par la droite.
SCÈNE VII. Les précédents, Un Paysan.
LE BAILLI, au paysan, précipitamment
Qu'est-ce ? Un grand incendie A-t-il donc éclaté, que tu viens en coureur ?LE PAYSAN, essoufflé
Non ; mais c'est pis encore ! Oh ! Monsieur, quelle erreur ?LE PAYSAN
Qui ? Pardi ! Vous !LE BAILLI, interrompant
Moi-même ?LE BAILLI, perdant la tête
Lui ? Lui ? Le vrai ? Mon_Dieu !À Molière.
Pour vous, triste imposteur, S'il est des tribunaux !Il achève par un geste de menace et sort follement.
LE PAYSAN, à part
Quel bailli disputeur ! Le vin qu'on s'est versé, c'est clair, il faut le boire !Il sort derrière le bailli.
SCÈNE VIII. Les Précédents, moins le Bailli et le Paysan.
MOLIÈRE, à part, plaisamment
Ah ! Bien ! Je comprends donc cette nouvelle histoire ! Tandis que je nageais en pleine illusion, Et que mes seuls habits faisaient confusion, J'étais seigneur et maître au fond de sa croyance ! Le plus bête des deux n'est pas celui qu'on pense !Haut.
Madeleine, pardon ! Mais vous voyez comment Je viens d'être berné pendant un long moment.MADELEINE
Borné, c'est bien le mot. Vous aviez cru peut-être Que vous étiez connu de cet homme champêtre !MOLIÈRE
Je confesse humblement que le trompé, c'est moi.Reprenant.
Maintenant, revenons. Perdu dans mon émoi, J'avais tout oubliéMontrant Jean et Louisette.
Vous et leur aventure. Il faut pourtant sortir de cette affaire obscure ; J'entends pour vous ; car, moi, je crois voir assez clair Qu'ils s'aimaient sans la dire.MADELEINE
Encore un conte en l'air !À Jean.
N'est-ce pas, mon garçon, que votre Louisette Savait bien votre amour, quoiqu'elle fût muette Sur le sien ?MADELEINE, à part
Oh ! Le grand imbécile !MOLIÈRE, à Madeleine
J'avais pu le prédire,Montrant Louisette.
Et croyez sûrement qu'aussi, de son côté.Entrent vivement, par la droite, Mathurin et Françoise.
SCÈNE IX. Les précédents, Mathurin, Françoise.
LOUISETTE
Mon père !MATHURIN, allant à elle
En quelle angoisse, enfant, tu m'as jeté !FRANÇOISE, courant à Jean
Mon cher fils ! D'où viens-tu ?MATHURIN, à Louisette
Nicolas, mon compère, Ce matin nous a dit que, sur le bord de l'eau. Tu marchais en pleurant !FRANÇOISE, à Jean
Toi, que, sur le coteau, Le long de nos vieux bois, tu tenais une corde, Comme un malheureux qui !... Mon_Dieu ! Miséricorde ! Je n'ose pas y croire ! Oh ! Pourquoi donc mourir ?LOUISETTE
Oh ! Mon père, un tel doute Contre moi ! Contre lui !Elle se cache la figure dans ses mains.
MOLIÈRE, interrompant, à Mathurin
Mon ami, faites trêve À de pareils soupçons, qui resteront un rêve. Cédez-moi votre droit ; laissez-moi les gronder Comme ils l'ont mérité, pour bien les amender.MATHURIN
Si je vous connaissais.MOLIÈRE, interrompant
Par l'oeuvre on connait l'homme. La question n'est pas dans le mot qui nous nomme Elle est dans l'action et surtout dans le but.MATHURIN, à lui-même
Je voudrais bien comprendre ! Enfin, c'est le début !MOLIÈRE
La suite dira tout.À Louisette et à Jean.
Donc, pour vous, jeune fille, Pour vous, pauvre jeune homme, en vain le soleil brille ? En vain le gai printemps s'est couronné de fleurs, Émaillant le gazon de leurs mille couleurs ? Les parfums pénétrants qui flottent dans la brise, Douce émanation dont toute l'âme est prise, Vous ne les sentez pas ? Ce zéphir caressant Qui, comme un divin souffle, à l'oreille, en passant, Murmure les amours de toute la nature, Vous ne l'entendez pas ? Là-haut, dans la ramure. Ces artistes ailés, ces chanteurs gracieux, Qui les traduisent tous en sons harmonieux, Pour vous sont sans ramage ? Enfin, dans toute chose, De la vie en ce monde ignorant chaque cause, Vous voulez vous enfuirMontrant la voûte du ciel.
De ce temple azuré ?FRANÇOISE, à demi-voix, à Mathurin
Il parle quasi mieux que monsieur le curé !MOLIÈRE, continuant
À votre âge béni les bonheurs vont par troupe. Enfants, oh ! croyez-moi, ne brisez pas la coupe Avant d'avoir, au moins, mis les lèvres aux bords, Si vous ne voulez pas partir avec remords 1 Eh ! Quoi ! Jeunes amants, quand vous avez dans l'âme Un amour saint et pur, cette céleste flamme Qui de Dieu même émane et dans notre ombre luit, Aveugles, vous voulez vous jeter dans la nuit ! Non ! Vos coeurs, pleins d'amour, s'élançaient l'un vers l'autre : Que vos coeurs soient unis !MADELEINE, à demi-voix, ironiquement
On dirait un apôtre !MATHURIN, demi-voix, à Françoise, montrant Molière
C'est sa religion !FRANÇOISE, répondant de même
Quoi ? Va-t-il nous donner sa bénédiction ?MATHURIN, haussant les épaules de même
Eh ! Non ! C'est un pasteur ! Il ne peut pas !JEAN, qui a entendu, à part, en se pressant le coeur
N'empêche ! Tout ça m'a touché là mieux qu'à l'église un prêche !LOUISETTE, aussi à part
Pourvu que tout finisse au gré de mon désir !MOLIÉRE -r~"nant, à Mathurin et à Françoise
À vous deux à cette heure ! Il est temps de choisir, Si vous ne voulez pas qu'on recommence encore à vouloir se détruire ! Ici, je vous implore ! Vos enfants s'adoraient, sans se l'être avoué Vite ! Marier-les ! Que tout soit dénoué !MATHURIN
Mais peut-être...SCÈNE X. Les précédents, LE Comte de Barrin.
MOLIÈRE
Comte, je veux mourir Si je comprends comment dans ses lointains parages Je te trouve et pourquoi jusque dans ces bocages Tu viens à ma recherche !LE COMTE
Eh bien ! Tu vas le voir La chose est pourtant simple. Il venait de m'échoir, Par la mort d'un cousin, le domaine où nous sommes, Avec un vrai château, rêve des gentilshommes.MOLIÈRE
Je crois bien ! Le château d'Olivier de Clisson ! De ce guerrier fameux pour être à l'unisson, Il ne te manque plus que la connétablie !Clisson
LE COMTE, plaisamment
Sois sûr que, pour me plaire, on l'aurait rétablie !Continuant.
Or, la veille, on m'avait trahi chez Marion : Il me fallait quand même une distraction. Je la vis en venant dans ma gentilhommière Me mettre au vert pendant la saison printanière. Je pars à l'instant même. À Nantes, vingt discours M'apprennent ton passage. On dit que ton parcours T'amène par ici ; que tu n'as, comme avance, Que peu d'instants sur moi ; que, selon l'apparence, Je pourrai te rejoindre avant d'être arrivé À destination. Je brûle le pavé. J'arrive : tes amis, restés dans le village, Me font savoir le but de ton pélerinage. J'abandonne ma femme, et j'accours. Et voilà !Reprenant plaisamment.
Hein ! La narration que je t'ai faite là Est-elle assez rapide et comme, en rhétorique, On nous en demandait, dans la noire boutique Où pendant trop longtemps nous fûmes écoliers ?MOLIÈRE, plaisamment aussi
Les maîtres en discours ne sont que des bacheliers Auprès de toi, mon cher !Reprenant, simplement.
Merci de ta poursuite Merci du fond du coeur !LE COMTE
Maintenant, tout de suite Je t'emmène chez moi, mon ami Poquelin. Je veux dire Molière ! Ainsi donc tu mis fin Au nom de tapissier pour un nom de théâtre, Presque illustre déjà ?LE COMTE, interrompant de la voix et du geste
Tu parles à ravir ; Mais, je t'arrêterai ; car, tout à l'heure, à table, Le moment pour causer sera plus convenable. Allons, viteMOLIÈRE
À l'instant ; mais il te faut savoir Qu'ici même, mon cher, j'achevais par devoir Une pièce touchante et que ton équipée Avant son dénouement l'a brusquement coupée. Souffre donc...LE COMTE, interrompant
Une pièce ! Ah ! Ah ! Nous allons voir !MOLIÈRE
Et tu vas l'applaudir !À Mathurin et Françoise.
Ainsi le désespoir De vos pauvres enfants va se changer en fête ? Au plus tôt, n'est-ce pas ? Leur union s'apprête ? C'est convenu ?Entre vivement, par la droite, le Bailli.
SCÈNE XI. Les précédents, Le Bailli.
LE BAILLI, avec joie
Merci ! J'ai donc trouvé, mon_Dieu !MOLIÈRE, à part
Ô pauvre dénouement !LE COMTE, avec hauteur
Et que me veut cette bête ?LE BAILLI, à part
Celui-là, c'est le vrai, car il est malhonnête !Haut, humblement.
Je suis votre bailli ; je venais vous offrir.LE COMTE, interrompant
Assez ! Je suis du nombre De ceux qui n'aiment pas moutarde après diner. Ta harangue a tardé : tu peux la rengainer !MOLIÈRE, au Comte
D'autant mieux, cher ami, qu'elle est déjà connue, Ayant ici fêté mon humble bienvenue.LE COMTE, à Molière
Que me dis-tu donc là ?LE COMTE, avec une feinte gravité
Tudieu ! Comment cela. Toi, Molière, faussaire ! Tu faisais le seigneur ! Oh ! Criminelle affaire ! Ces hommages pour moi, tu les volais !MOLIÈRE
Pour toi ? Le vrai, c'est qu'ils n'étaient ni pour toi ni pour moi, Mais bien pour Henri-Quatre.LE COMTE
Ah ! bah ! Comment ?LE COMTE, riant
Oh ! Je rirai dix ans !MOLIÈRE, avec intention
De ceux qui t'attendaient ?Reprenant.
Ça ! Depuis trop longtemps Tous ces sots quiproquos retardent de ma pièce Le dénouement prévu !À Mathurin et à Françoise.
De nouveau je m'adresse À vos coeurs de parents ! Commandez en deux mots À nos désespérés de cesser leurs complots Vous fûtes bien heureux quand, dans votre jeunesse, On sut vous marier, bénir votre tendresse Unissez-les bien vite, afin qu'eux, à leur tour, Ils en fassent autant pour leurs enfants un jour !MATHURIN
Tout ça, c'est bel et bon ! Pour entrer en ménage, Il n'a jamais suffi de tendre au badinage : Il faut quelques écus.FRANÇOISE
Ces enfants-là n'ont rien !LE COMTE
C'est un léger détail, et, si vous voulez bien, Je pourrai m'en charger.Le vers 347 a 15 syllabes.
MATHURIN, s'inclinant
Monseigneur !...FRANÇOISE, de même
Notre reconnaissance...LE COMTE
Attendez donc un peu pour que votre espérance Ne soit pas trompée !A à gui il fait signe d'approcher.
En dot, ma belle enfant,Tirant sa bourse et la lui offrant.
Prenez ces cent écus !MOLIÈRE, au Comte, en lui serrant la main
Dénouement triomphant.LOUISETTE, émue, au Comte
Pardonnez, Monseigneur ; mais, quand on désespère Et qu'on se trouve heureuse ainsi subitement...LE COMTE, interrompant
Votre bonheur s'exprime assez éloquemment Dans votre doux regard, pour que mon humble offrande Vingt fois me soit payée !JEAN, s'avançant et saluant le Comte
C'est avec grand plaisir.LE COMTE, interrompant
Très bien.LE COMTE, à Molière
Maintenant, mon cher Plaute, Qui n'auras pas de meule à tourner, je le crois, Laissons à leur bonheur ces heureux villageois.MADELEINE, à part
Est bien qui finit bien !À Molière.
Monseigneur vous invite ; Mais vos amis et moi...LE COMTE, interrompant et s'inclinant
Madame, je mérite Cette dure leçon pour n'avoir pas d'abordLui baisant les mains.
Su vous baiser les mains ; mais à tout mon grand tort Vous ne pourrez vouloir me laisser en pâture !Il lui offre son bras.
MADELEINE, le prenant et se dirigeant lentement, avec lui, vers la droite
On ne peut plus gaiment guérir une blessure !LE BAILLI, à lui-même
Moi seul, je serai donc sans consolation !MOLIÈRE
Non pas, mon cher bailli ! Dans votre affliction, Vous pourrez vous distraire en venant nous entendre Au château dès demain.MOLIÈRE, à lui-même, en suivant lentement le Comte et Madeleine
Moi, je suis plus heureux ! J'ai trouvé mon sujet le Dépit amoureux.378 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica