Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en un Acte et en vers

Molière en Voyage

Benjamin Pifteau· imprimée en 1879· 378 vers· 9 personnages

Personnages

  • MOLIÈRE
  • LE COMTE DE BARRIS
  • JEAN
  • LE BAILLI
  • MATHURIN
  • UN PAYSAN
  • MADELEINE BÉJART
  • LOUISETTE
  • FRANÇOISE
Préface

Inspiré par la vie nomade de Molière, j'ai composé un à-propos en un acte, en vers, pour la naissance du grand comique, sous le titre de Molière en voyage.

Cet à-propos n'est pas, paraît-il, arrivé à propos à l'Odêon, où je l'avais présenté.

Je ne l'en donnerai pas moins ici, à la suite de mon étude intitulée Molière en province.

On jugera cette petite pièce, qm a pour premier tort de n'avoir pas vu le jeu de la rampe.

MOLIÈRE EN VOYAGE

Le bord d'une rivière. Au fond, un rocher s'avançant et formant une grotte avec un banc naturel, la « grotte d'Héloïse i), De chaque côté des arbres. Entrée à droite et à gauche.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. LOUISETTE, JEAN.

JEAN, étonné

Tiens ! Bonjour !

JEAN, embarrassé

Oh ! Rien je me promène.

LOUISETTE, lui montrant la ***gratte

Voulez-vous sur ce banc vous reposer un peu ?

JEAN, se laissant mener

Vous le voulez ? c'est bien.

Tous deux s'asseyent sur le banc du rocher.

LOUISETTE, ironiquement

Cela m'a bien servi !

JEAN, continuant

Même je me disais.

LOUISETTE, à part, se relevant et s'avançant aussi, avec tristesse

Hélas ! Je lui fais honte ! Voilà le résultat de mon invention !

Haut.

Si ce n'était pas vrai !

SCÈNE III.

LOUISETTE, restée seule, courant après Jean

Écoutez-moi ! Pitié !

S'arrêtant, accablée.

C'est fini désormais ! Il me fuit, me méprise ! et quand c'est lui que j'aime ! Mourir ainsi ! Pourquoi, dans ma douleur extrême, Ai-je pu l'égarer !

Montrant le fond, à gauche.

Allons, la Sèvre est là, Prête à me recevoir !

Allant s'agenouiller à gauche de la grotte.

Prions d'abord !

Entre Molière, par la droite.

La Sèvre est une rivière de l'ouest de la France.

SCÈNE IV. Louisette, Molière.

MOLIÈRE, interrompant

Oui, vous avez raison. Venez ! je vous rendrai sauvée à la maison. Montrez-moi le chemin.

Il lui offre le bras. Entrent, par la gauche, Madeleine Béjart et Jean.

SCÈNE V. Les précédents, Madeleine, Jean.

MOLIÈRE, voulant prendre la main de Madeleine

Eh bien ! C'est moi !

MOLIÈRE

Sur quoi ?

MADELEINE, continuant

À Clisson, dans l'auberge, à notre déjeuner, Vous sortez dans la cour, et j'entends ricaner. C'était ce rendez-vous que vous donniez, je pense, À quelque chambrière avec ou sans dépense !

Clisson est une petite commune entre Nantes et Montaigu.

Chambrière : Femme attachée au service de la personne et des chambres. [L]

JEAN, qui s'est approché de Louisette

Moi qui vous aimais tant !

LOUISETTE, aussi à demi-voix, avec reproche

Moi donc ! Mais c'est assez De vous voir avec elle

MOLIÈRE

Qui donc ?

SCÈNE VI. Les Précédents, Le Bailli.

LE BAILLI, s'avançant jusqu'à Molière et le saluant cérémonieusement

Ave !

Se relevant et s'épongeant le front.

Le temps est étouffant !

MOLIÈRE, à part

Que me veut ce bailli ?

LE BAILLI, solennellement

Célèbre descendant D'une illustre maison !

Il s'arrête, comme pour juger de l'effet.

MOLIÈRE, plaisamment

Achevez ! S'il faut que j'apostille Vos souhaits, dites-les ! Parlez !

Apostiller : Mettre une annotation en marge ou au bas d'un écrit. [L]

LE BAILLI, reprenant, tout d'une haleine

Puisse bientôt, Cela me vient enfin, mettre la poule au pot !

Il s'essuie le front d'un air satisfait.

SCÈNE VII. Les précédents, Un Paysan.

LE BAILLI, interrompant

Moi-même ?

LE BAILLI, perdant la tête

Lui ? Lui ? Le vrai ? Mon_Dieu !

À Molière.

Pour vous, triste imposteur, S'il est des tribunaux !

Il achève par un geste de menace et sort follement.

SCÈNE VIII. Les Précédents, moins le Bailli et le Paysan.

MOLIÈRE, à Madeleine

J'avais pu le prédire,

Montrant Louisette.

Et croyez sûrement qu'aussi, de son côté.

Entrent vivement, par la droite, Mathurin et Françoise.

SCÈNE IX. Les précédents, Mathurin, Françoise.

LOUISETTE

Mon père !

FRANÇOISE, courant à Jean

Mon cher fils ! D'où viens-tu ?

LOUISETTE

Oh ! Mon père, un tel doute Contre moi ! Contre lui !

Elle se cache la figure dans ses mains.

FRANÇOISE, à demi-voix, à Mathurin

Il parle quasi mieux que monsieur le curé !

MADELEINE, à demi-voix, ironiquement

On dirait un apôtre !

MOLIÈRE, aussi à demi-voix

Puissé-je convertir !

Il cause bas avec elle.

MATHURIN, demi-voix, à Françoise, montrant Molière

C'est sa religion !

MATHURIN, haussant les épaules de même

Eh ! Non ! C'est un pasteur ! Il ne peut pas !

JEAN, qui a entendu, à part, en se pressant le coeur

N'empêche ! Tout ça m'a touché là mieux qu'à l'église un prêche !

FRANÇOISE

Il faudrait...

Entre par la droite, le comte de Barrin.

SCÈNE X. Les précédents, LE Comte de Barrin.

LE COMTE, allant à Molière, avec reproche

Ah ! Pardieu c'est aimable À toi, mon cher poète.

SCÈNE XI. Les précédents, Le Bailli.

MOLIÈRE, à part

Ô pauvre dénouement !

LE COMTE, avec hauteur

Et que me veut cette bête ?

LE BAILLI, s'empressant, solennellement

Comme, après la nuit sombre, On voit naître l'aurore.

LE COMTE, à Molière

Que me dis-tu donc là ?

MATHURIN, s'inclinant

Monseigneur !...

FRANÇOISE, de même

Notre reconnaissance...

LE COMTE

Attendez donc un peu pour que votre espérance Ne soit pas trompée !

A à gui il fait signe d'approcher.

En dot, ma belle enfant,

Tirant sa bourse et la lui offrant.

Prenez ces cent écus !

MOLIÈRE, au Comte, en lui serrant la main

Dénouement triomphant.

LOUISETTE, à Jean, avec reproche

Il faut qu'on vous commande ! Remerciez aussi !

JEAN, s'avançant et saluant le Comte

C'est avec grand plaisir.

LE COMTE, interrompant

Très bien.

LOUISETTE

Ce n'est pas votre faute Si je puis le savoir !

Ils se pressent les mains.

MADELEINE, le prenant et se dirigeant lentement, avec lui, vers la droite

On ne peut plus gaiment guérir une blessure !

MOLIÈRE, à lui-même, en suivant lentement le Comte et Madeleine

Moi, je suis plus heureux ! J'ai trouvé mon sujet le Dépit amoureux.

378 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica