Comédie-parade en vers· Ou le Préjugé de la Sympathie
Cassandre Astrologue
Personnages
- CASSANDRE, Tuteur d'Isabelle, et Astrologue, M. Rosiere
- ISABELLE, Pupille de Cassandre, Mlle Lescots
- LÉANDRE, amant d'Isabelle, M. Michu
- PIERROT, valet de Cassandre, M. Menier
- COLOMBINE, voisine et amie d'Isabelle, Madame Billioni
CASSANDRE ASTROLOGUE
Le Théâtre représente un salon et un cabinet sur le devant de la scène, dispose de façon à laisser voir au public ce qui s'y passe.
SCÈNE PREMIÈRE. Pierrot et Colombine.
COLOMBINE
De crainte, À parler sans feinte, Pierrot, j'ai le coeur transi. Ta Maitresse À mon adresse S'en rapporta ce matin ; Loin de remettre Sa lettre , Je l'ai perdue en chemin.PIERROT
AIR : Je ne suis plus dans l'ignorance.
Si bien donc que le beau Léandre Manque un rendez-vous précieux ; Car, tandis que Saturne aux Cieux Fixe les yeux Du vieux Cassandre, Vénus l'attendait en ces lieux.COLOMBINE
AIR : D'un mouvement de curiosité.
Léandre ici n'en doit pas moins se rendre ; De vive-voix je l'ai sollicité : J'avais, Pierrot, comme tu peux comprendre, Lu ce billet presque décacheté. Femme en ce cas ne saurait se défendre D'un mouvement de curiosité.PIERROT
AIR : Babet, que t'es gentille !
Me voilà rassuré Sur les feux d'Isabelle ; Mais, tiens, c'est à mon gré, S'occuper assez d'elle.PIERROT
Tandis que mon maître est absent, Profitons aussi du moment, Pour nous jurer conjointement Une ardeur éternelle.COLOMBINE
AIR : Jardinier, ne vois-tu pas ?
Zéphir leste et complaisant Qui voles près des Belles, Souviens-toi qu'en m'épousant L'Hymen te rogne à présent Les ailes.COLOMBINE et PIERROT
AIR : Tandis que tout sommeille ; (de l'AmantJaloux)
Oh ! Vous, oiseaux fidèles, Qui sans aucun détour Roucoulez nuit et jour, Vigilants sentinelles, Au bord des toits de ce séjour ; Petites Tourterelles, On vous prenait jusqu'à ce jour Pour le symbole de l'Amour ; Vous nous verrez : à votre tour Vous aurez des modèles.SCÈNE II. Léandre, Pierrot et Colombine.
LÉANDRE
AIR : C'est ici que Rose respire.
Est-ce ici chez Monsieur Cassandre ?Il embrasse Colombine qu'il prend pour Isabelle.
C'est vous ? Moments délicieux !PIERROT, avec jalousie
Quel transport !PIERROT
Sans rabattreCOLOMBINE
Sans rabattreLÉANDRE
AIR : Dans nos hameaux.
Jusques à quand la Beauté que j'adore Tardera-t-elle à se montrer ici ?LÉANDRE
Quand verrons-nous une amante inquiète, Comme l'Amant qui lui fait les yeux doux, Voler le temps qu'on perd à la toilette, Pour allonger celui du rendez-vous ?AIR : Dans ma cabane obscure.
Dis à mon Isabelle Que je prétends la voir ; L'ornement d'une Belle, Est de n'en point avoir. Quand on a sa figure, A-t-on besoin de fard ? C'est tricher la Nature Que d'emprunter à l'art.SCÈNE III. Isabelle, coiffée ä l'enfant et habillée à la lévite, Léandre, Pierrot, Colombine.
ISABELLE
Qui m'appelle ?...LÉANDRE
AIR : Ah ! vous dirai-je, maman ?
Quand le fer, cherche l'aimant, L'aimant semble également Courir afin de l'atteindre ; . Vous deviez donc, pour me joindre, Vous donner obligeamment Un peu plus de mouvement.ISABELLE
AIR : Sans un petit brin d'amour.
Sans un petit brin d'atour, Fut-elle belle comme le jour, Sans un petit brin d'atour ? Donne-t-on de l'amour ?LÉANDRE
AIR : La béquille du p7re Barnaba.
À Cassandre, entre nous, Par-là vous pouvez plaire ; Aussi, j'en suis jaloux , Quand je vous considère. Je crains que ce vieux drille, Pour être votre époux , Oubliant sa béquille, Ne vole à vos genoux.Drille : Aujourd'hui et familièrement. Un vieux drille, un soldat qui a vieilli dans le service ; et, figurément, un homme qui a vieilli dans la ruse, dans les mauvaises affaires, dans le libertinage. [L]
ISABELLE
AIR : L'Amour, la nuit et le jour.
Vraiment il a conçu Cet espoir téméraire, Mais il n'a jamais su Trouver le temps de faire L'amour, La nuit ni le jour.PIERROT
AIR : Charmante Pastourelle.
Hélas ! Sans cesse il monte Dans son maudit donjon ; Des étoiles qu'il compte, Il me dit chaque nom ; Mais, quand par la fenêtre : Mon oeil veut voyager, Je ne puis reconnaître Que celle du Berger.COLOMBINE, montrant un grand Télescope
Second Couplet.
C'est avec, ces lunettes Qu'il prétend l'enseigner ?LÉANDRE
Eh ! Quoi, sont-elles faites Exprès pour éloigner ? Tourne-les donc, méchante, Ou je vais me fâcher ; Quand le spectacle enchante, On doit le rapprocher.ISABELLE
Troisième Couplet.
Le matin il s'attache, Aussitôt son réveil, à trouver quelque tache Sur le front du Soleil.LÉANDRE
S'il dirigeait son verre Sur vos divins appas, Je gagerais, ma Chère, Qu'il n'en trouverait pas.PIERROT
AIR : De l'Horoscope accompli.
Quand à travers ses télescopes Il a regardé bien longtemps ; Pour tirer plusieurs horoscopes, Il met à profit les instants. Il en a même de sa plume, Écrit un énorme volume, Que ce réduit mystérieux Dérobe à tous les curieux.LÉANDRE
Trouves-tu ces papiers ?PIERROT
Oui.PIERROT
AIR : Lise demande son portrait.
Le début en est curieux , Et c'est pure sornette ; Nous naissons, dit-il, deux à deux, Sous la même planète.LÉANDRE
Contre ce système attrayant Ne fais pas de sortie ; Car nous devons, en les voyant, Croire à la sympathie.COLOMBINE
Même air.
Je vois en tête du tableau, Certain homme d'affaire ; Et sous le même numéro, La danseuse Glycère. À son étoile il est lié, Tellement pour la vie, Qu'un jour il lèvera le pied, Le tout par sympathie.Même air.
Par ordre, on a placé sous lui Un Gascon parasite, Dont l'Astre est soumis à celui Du richard qui l'invite. À la diète, quand ce dernier Est mis pour maladie, Le Gascon jeûne en son grenier, Le tout par sympathie.Glycère : prénom d'une courtisane de'Athènes au IVème sicèle avant JC.
PIERROT
Dans mon petit particulier, Permettez-moi de rire, D'un horoscope singulier, Que je m'en vais vous dire.AIR : Du pas redoublé de l'Infanterie.
C'est celui d'un célèbre auteur De l'Opéra-Comique , Qui doublé d'un compositeur, Fameux par sa musique, Ne craint jamais de succomber, Quand ce dernier sait plaire ; Mais qui s'il venait à tomber, Serait bientôt par terre.LÉANDRE
AIR : Chantons les matines de Cythère.
Encore un coup laisseras-tu, traître, Tous ces inconnus mis deux à deux ? Passe à l'horoscope de ton maître.PIERROT
Ma foi, je le tiens.LÉANDRE
Lis donc, si tu le peux.PIERROT, lit
HOROSCOPE DE MONSIEUR CASSANDRE, Tiré par lui-même.
AIR : Des Bossus.
LÉANDRE
AIR : Non, non, je n'en dis pas davantage.
Puisqu'il croit que ses années, Par l'effet D'un pouvoir secret, Dépendent des destinées D'un inconnu Borgne et bossu, Reprenons tous deux courage , On peut tromper le barbon ; Et, non, non, non, Je n'en dis pas davantage.Barbon : Vieillard, avec une idée de dénigrement. [L]
CASSANDRE, frappe
Pata pan.LÉANDRE
Le Diable les emporte.COLOMBINE
On frappe insolemment !CASSANDRE, redoublant
Pata pan !PIERROT
Je m'en vais à la porte.COLOMBINE
AIR : Voici les Dragons.
Grands Dieux, c'est Monsieur Cassandre... Craignons son courroux ; Ne nous laissons pas surprendre ; Moi par là, je vais descendre, Vous, renfermez-vous...SCÈNE IV. Isabelle et Léandre, dans le cabinet, Cassandre et Pierrot.
CASSANDRE, voyant remuer la porte du cabinet
Ouvre donc, pour me satisfaire, Ces lieux où je soupçonne un amant.PIERROT
Plaît-il ? Comment ! La peur me prend ! Depuis que j'ai l'honneur d'être un savant, Ce qui se passe sur la terre, Ne m'intéresse aucunement.CASSANDRE
AIR : J'aime mieux ma mie.
Il a raison, sur ma foi ; Ta frayeur m'éclaire, Et la prudence est, je crois, Ici nécessaire : Décampe vite en secret ; Et pour pincer ce muguet, Joins un Commissaire Au guet , Joins un Commissaire.PIERROT, s'approchant du cabinet
AIR : De la romance de Titon.
Comme à l'intelligence Je joins la diligence, Demeurez-là toujours, Vous aurez du secours.Pierrot sort, et Cassandre, sa petite épée à la main, se promène à grands pas dans le vestibule du salon.
LÉANDRE
AIR : Des Trembleurs.
Si j'en croyais mon courage, D'un grand coup dans le visage Je lui ferais voir, je gage, Mainte étoile en plein midi.ISABELLE
Mon ami, point de tapage : Songez qu'une fille sage A besoin qu'on la ménage ; Ne faites point l'étourdi.LÉANDRE
AIR : Comment faire ?
Si jamais nous nous en tirons, Et que Cassandre aux environs, Aille encore lorgner sur la brune Ces planètes dont il est fou, N'oublions pas de faire un trou À la lune.ISABELLE
AIR : Il était une fille.
Croyez-vous qu'une fille, Une fille d'honneur , Puisse ainsi quitter son tuteur ?PIERROT
Oui.SCÈNE V. Colombine en Commissaire, Pierrot, Cassandre, Léandre, Isabelle.
CASSANDRE
AIR : Tout roule aujourd'hui dans le monde.
Morbleu ! Monsieur le Commissaire, Seul ici vous ne ferez rien : Votre présence est nécessaire ; Mais un peu d'aide eût fait grand bienPIERROT
Monsieur, pour faire sa capture, A placé là-bas ses recors.Recors : Nom qu'on donne à des officiers subalternes de la justice, qui accompagnent les huissiers pour leur servir de témoins ou pour leur prêter main-forte dans l'exercice de leur fonction. [L]
COLOMBINE, en se cachant le visage
Soyez tranquille ; je vous jure Qu'on vous en répond corps pour corps.AIR : Jupin dès le matin.
Je pense qu'en effet, Il faut établir avant tout, le forfait ; Ce préliminaire étant fait, Nous prendrons après le quidam sur le fait. Est-ce un voleur tenté par quelqu'effet ?CASSANDRE
Et non, morbleu, je vais vous mettre au fait ; C'est un galant apparemment bien fait, Qu'incognito ma pupille aura fait. J'ai trouvé ce billet, Qu'elle avait fait ; C'était un préjugé de leur méfait ; Mais dans ce cabinet, J'en ai le témoignage parfait.COLOMBINE, repoussant Cassandre dans le fond du théâtre
AIR : C'est Suson la camarde.
Faites l'arrière-garde, Sans vous avancer. D'ouvrir pour peu qu'on tarde, Je vais enfoncer.Elle entre dans le cabinet.
CASSANDRE, retenu vigoureusement par Pierrot
Pendant ce Couplet, Colombine passe sa robe dans les bras de Léandre, et Isabelle l'aide.
Ton homme a l'air d'être indulgent ; Et je crains qu'en ce cas urgent, En donnant De l'argent, On ne s'accommode Avec sa robe.LÉANDRE, en Commissaire
AIR : Vaudeville des femmes vengées.
Parbleu, ce ne sont que deux femmes ; Ouvrez les yeux, si vous en doutez.SCÈNE VI. Cassandre, Isabelle, Colombine, Pierrot.
CASSANDRE
AIR : Des billets doux.
Je ne reviens pas de cela ; Mais le billet que je tiens là, Voyons, que veut-il dire ?CASSANDRE, lit
AIR : Vous m'entendez bien.
Mon Tuteur s'absente aujourd'hui, Venez, pour calmer mon ennui...CASSANDRE
AIR : Tout au beau milieu des Ardennes.
Mais pourquoi forcer cette porte, Et fuir ainsi devant votre Tuteur ?ISABELLE
Vous avez frappé d'une sorte, Nous avons cru que c'était un voleur. Dans la frayeur Qui serra notre coeur, Nous fîmes ce malheur ; Encore même en-dedans avions-nous peur.COLOMBINE
AIR : Quoi, ma voisine, es-tu fâchée ?
Ma voisine, je suis fâchée De ce tracas, Car je vous suis fort attachée ; Mais en tout casÀ Cassandre.
Vous devez à présent, bonhomme, Baiser ses pas :À Isabelle.
Et vous, plaignez un Astronome Qui n'y voit pas.SCÈNE VII. Cassandre et Isabelle.
CASSANDRE
AIR : De la Confession.
Je veux devant vous, À deux genoux, Demander grâce, Et de mon soupçon Attendre la punition.CASSANDRE
Oui, plus de transport, Car je me mets à votre place : C'est pis qu'une mort, D'être grondé sans avoir tort.AIR : Nous nous marierons Dimanche.
Pour sceller ma paix Au fond je voudrais Conclure notre hyménée ; Mais fais-moi quartier Pour Décembre entier, Jusqu'à la nouvelle année. Matthieu Lansberg, dont ma mémoire s'orne, Et dont la vogue est à Liège sans borne, Dit qu'il n'est pas sain de se marier Au signe du Capricorne.L'Almanach de Mathieu Lansberg ou Almanach de Liège est une publication annuelle liégeoise qui connu un immense succès entre 1626 et 1792. Il contient des éléments ésotériques et des prédictions.
ISABELLE
AIR : De mon Berger volage.
Votre raison sans doute, A quelque fondement ; Mais loin que je la goûte, J'en pleure amèrement ; Car plus je vous écoute, Et plus en ce moment Je sens ce qu'il en coûte D'attendre son Amant.Pierrot paraît dans le fond de la scène, et fait signe à Isabelle que Léandre va venir.
Second couplet.
Mais comme à la science J'ai livré mon esprit, Dans mon impatience L'avenir me sourit ; De vos talents insignes Je tiens l'art d'observer Et je lis dans les Signes Ce qui doit arriver.SCÈNE VIII. Pierrot, Cassandre, Isabelle.
PIERROT
AIR : Un Cordelier d'une riche encolure.
Certain bossu qui voudrait vous connaître, Demande, mon maître, S'il pourrait avoir Le bonheur de vous voir.PIERROT
Il est borgne encore.SCÈNE IX. Léandre bossu et borgne, Isabelle ; Cassandre et Pierrot.
CASSANDRE
Moi de même ;LÉANDRE
Moi de même ;ISABELLE, à part
Moi de même.LÉANDRE
J'éprouve une joie extrême ;CASSANDRE
Moi de même ;ISABELLE, à part
Moi de même.CASSANDRE et ISABELLE, à part
Moi de même.CASSANDRE
Moi de même.CASSANDRE
Moi de même.LÉANDRE
Je suis enchanté ;CASSANDRE
Et moi de même ;LÉANDRE
Je suis transporté ;CASSANDRE
Et moi de même ;LÉANDRE
Que j'ai de plaisir ;CASSANDRE
Moi de même ;LÉANDRE
De nous réunir ;CASSANDRE et ISABELLE, à part
Moi de même.CASSANDRE
Vraiment, sans trop me vanter, J'ai toujours eu de la vogue ; Mais avant d'agiter Le point qui nous rassemble, Il faut sans hésiter, Que nous dînions ensemble.LÉANDRE
J'accepte votre offre agréable ; Car ici petit à petit, Je sens croître mon appétit.AIR : Je suis Carmélite, moi.
Mais à propos, est-il vrai qu'on annonce Une éclipse en ce mois ?CASSANDRE
Assurément, Monsieur, et je prononce Que c'est pour le vingt-trois ; Mais elle n'est, ma foi , Qu'orientale.PIERROT, en cachant les deux amants à Cassandre, avec le dessus de la table
Je la crois totale, Moi, Je la crois totale.CASSANDRE
Mais, vraiment il connaît la sphère. Bientôt il sera dans le cas De composer des Almanachs.PIERROT
Oh ! ne vous embarrassez pas, Car si je me mêlois d'en faire, On n'y verrait que du beau temps, Vantez vous-en.CASSANDRE
Passez.LÉANDRE
Non, vraiment.LÉANDRE
Donnez-m'en davantage.CASSANDRE
Cela vous gonflera.LÉANDRE
Ah, ah , ah, ah ! Mais si j'ai bonne mémoire,Il fait semblant de sabler plusieurs bouteilles que Pierrot lui tend successivement.
Pour appuyer cela Il faut boire.L'Orchestre seul exécute l'air de la Fricassée, afin qu'on ait le tems de dîner.
CASSANDRE, à part
AIR : De la Fricassée.
Ah ! Que cet homme est gourmand ! Que maudit soit l'affreux destin qui nous lie ! Ah ! Que cet homme est gourmand ! Ne saurait-il manger sobrement ?LÉANDRE
Passez-moi de l'entremets ?CASSANDRE, à part
Il ne finira jamais ; C'est fait de moi désormais, Pour peu qu'il expédie Encor deux ou trois mets. Ah ! Que cet homme est gourmand ! Comme à toute heure il expose ailleurs ma vie : Ah ! Que cet homme est gourmand ! J'en pâtirai nécessairement.LÉANDRE
Passez-moi donc le rôti ?CASSANDRE, à part
Nous l'allons voir englouti, Je demeure anéanti. Faut-il me voir à sa planète Assujetti ?Haut.
Mais , Monsieur, par amitié, Souffrez un peu qu'à l'instant je vous arrête.CASSANDRE, effrayé
Vite il faut me desserrer : Gargantua ne fut jamais si vorace, Et je ne puis digérer Ce que cet homme ose dévorer.Gargantua : Personnage de roman de François Rabelais. Il avait beaucoup d'appétit ; "car grand tu as".
CASSANDRE
Comme je partage ses craintes !LÉANDRE
Ouf, la colique me prend.CASSANDRE
J'en éprouve aussi des atteintes.CASSANDRE, avec humeur
Vous avez bien de la bonté.CASSANDRE
Je suis guéri pareillement.SCÈNE X. Léandre et Cassandre.
LÉANDRE, tirant Cassandre sur le bord de la Scene, avec un air de confidence
AIR : V'là ce que c'est que d'aller au bois.
Tel que vous me voyez ici, Je suis bien portant, Dieu merci ; Mais je cours risque d'être occis ; Car au fond de l'âme J'adore une femme, Qu'un certain amoureux transi Se fait fort d'obtenir aussi.Second Couplet.
Or, nous avons un rendez-vous... Tout près d'ici.CASSANDRE, pâlissant graduellement
Que dites-vous ?LÉANDRE
La vérité : mais entre nous, Avant ce désastre, Lisez dans mon astre Si je dois être son époux, Ou bien si j'aurai le dessous.CASSANDRE, tout troublé
Troisième Couplet.
À quoi bon consulter les cieux ? Ami, demeurez dans ces lieux.CASSANDRE
Ces sortes d'affaires N'ont jamais eu le sens commun ; On y va deux, on n'en revient qu'un.LÉANDRE
AIR : De la Pierrefitoise.
Puisqu'enfin vous ne m'apprenez pas Si je dois échapper au trépas, C'en est fait ; je vous quitte à grands pas, Car je suis de tous vos hélas Las.CASSANDRE
Je suis mort : ah ! quel terrible assaut ! Vite, accourez tôt, Ma chère Isabelle et Pierrot...Isabelle et Pierrot accourent à l'instant.
Courez vite, attrapez mon bossu : Pour se battre avec un inconnu, À deux pas je le crois descendu. Partez, Et mettez Le holà Là.Isabelle et Pierrot sortent en riant.
SCÈNE XI.
CASSANDRE, seul
AIR : du Libera de la Bourbonnoise.
Quels traits le sort me darde ! Ce cartel me poignarde ;bis.
Je sens ma vue hagarde : Qu'est-ce que je vois-là ? Ah, ah, ah ! Chacun d'eux se regarde En tirant sa rouillarde,bis.
Et tous les deux en gardebis.
À mes yeux les voilà. Mais comme la fin tarde, Si j'appelais la Garde...bis.
Mais non, prenons-y garde, Le Prévôt les pendra. Ah, ah, ah ! Mon bossu goguenarde, Mais l'autre se hasarde, Et par tierce il le larde ; Le coup m'a percé-là, Ah, ah, ah !... Et par tierce il le larde,bis.
Le coup m'a percé-là.bis.
Cassandre parodie en chantant ce morceau, les gestes également ridicules et minutieux, que se permettent les Italiens dans leurs Récitatifs.
Darder : Frapper avec un dard ; épée, poignard... [L]
Rouillarde : Vieille épée rouillée.
Larder : Familièrement. Larder quelqu'un de coups d'épée, le percer de plusieurs coups d'épée. [L]
SCÈNE XII ET DERNIÈRE. Cassandre, Léandre, blessé en apparence, Isabelle, Pierrot et Colombine en Médecin.
COLOMBINE soutenant Léandre
AIR : Magdelon, qu'avez-vous donc ?
J'ai près d'ici vu ce blessé ; Son état m'a fait peine : Hors, avant tout je l'ai pansé, Maintenant je l'amene.LÉANDRE
Ah, ah !CASSANDRE
Ah, ah !COLOMBINE
Asseyons-le là.LÉANDRE
Ah, ah !ISABELLE
AIR : Il a voulu, il n'a pas pu.
Vous m'étonnez,bis.
Vous l'ordonnez, Je cède à votre envie.CASSANDRE
Comment vous sentez-vous le coeur ?LÉANDRE
Il a recouvré sa vigueur.ENSEMBLE
Ha, quel bonheur !COLOMBINE
AIR : Le briquet frappe la pierre.
Ainsi que vous tous, j'admire Sans en trouver la raison, Sa parfaite guérison. Son teint commence à reluire ; En regardant ce tendron Voyez comme il a l'oeil bon.bis.
Je conviens, Monsieur Cassandre, Que son pouls dur comme un roc, Fait encor toc, toc, toc, toc , Mais il suffira d'attendre. Apaiser un si grand feu, Pour l'Hymen ce n'est qu'un jeu.LÉANDRE et ISABELLE
DUO : Sur un air de danse.
CASSANDRE, à Isabelle
AIR : Ton humeur est, Catherine.
Oh ça, je te recommande D'avoir soin de sa santé.VAUDEVILLE.
LÉANDRE, ôtant sa bosse postiche, et l'emplâtre qu'il avait sur l'oeil
AIR : Du Vaudeville de Sancho.
Premier Couplet.
Pardon, Monsieur, si de vous on se gausse : Le plus certain est d'éviter l'éclat. En vous forçant à donner dans la bosse, Il fallait bien qu'on vous désabusât. L'Amour se masque avant la noce ; Mais l'Hymen, quand vient le contrat, Ennemi des métamorphoses, Remet les choses Dans leur état.COLOMBINE, ôtant sa robe de Médecin
Second Couplet.
En Commissaire, hélas ! Sans nul scrupule, J'ai su tantôt seconder leur dessein ; Je vous ai fait avaler la pilule En empruntant l'habit de Médecin. Mais il serait trop ridicule Que Pierrot ainsi m'épousât ; Remettons sans métamorphoses Toutes les choses Dans leur état.PIERROT
Troisième Couplet.
Oui, c'en est fait, Monsieur le Pédagogue, Ici, de vous, j'exige mon congé : Vous m'aviez pris pour garçon Astrologue ; De ces travaux me voilà dégagé. À quoi bon, dans un catalogue, Calculer beau temps et frimas ?Il prend la main de Colombine.
Pour moi, sans en prévoir les causes, Je prends les choses Dans leur état.CASSANDRE
Quatrième Couplet.
Esclave né du sexe portant jupe, Comme on en est trompé quand on est vieux ! Du quatuor dont chacun d'eux s'occupe, Je devrais bien rompre ici tous les noeuds ; Mais je serais encore plus dupe, Si j'abjurais le célibat. De crainte des métamorphoses,Portant la main à son front.
Laissons les choses Dans leur état.ISABELLE
Cinquième Couplet.
Le Vaudeville a régné sur la scène, Mais la Musique improuvant ses ébats, À haute voix un jour en Souveraine, Lui dit tout net de lui céder le pas Mais si la gaîté le ramène, Messieurs, servez-lui d'avocats, Qu'il puisse deux fois par semaine Rentrer sans peine Dans ses états.On reprend en choeur ce couplet.
696 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica