Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Gustave Wasa

Alexis Piron· créée en 1733· 5 actes· 1 882 vers· 9 personnages

Représentée pour la première fois le 7 janvier 1733 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain par les Comédiens français.

Personnages

  • GUSTAVE, prince du sang des rois de Suède
  • ADÉLAÏDE, princesse de Suède
  • CHRISTIERNE, roi de Danemark et de Norvège
  • FRÉDÉRIC, prince de Danemark
  • LÉONOR, mère de Gustave
  • CASIMIR, seigneur suédois
  • RODOLPHE, confident de Christierne
  • SOPHIE, confidente, d'Adélaïde et de Léonor
  • Gardes
Dédicace

À MONSIEUR LE COMTE DE LIVRY.

Comte de plus en plus je ressemble à l'Amour ; Mais c'est par un endroit qui fera peu d'envie : La lumière à mes yeux sera bientôt ravie. Ô Comte aimable à voir ! Je vais perdre le jour Longtemps peut-être avant la vie. Le philosophe en moi parle du mieux qu'il peut : La Cécité, dit-il, a de grands avantages, Même elle a fait parfois l'ambition des sages. Ici bas, il est vrai, l'on voit plus qu'on ne veut, Quand on lit bien sur les visages. Faible soulagement que se forge l'esprit ! Le seul qu'offre mon coeur à ma douleur mortelle, Ce sera de songer dans la nuit éternelle, Que mes derniers regards dans ce dernier écrit Vous auront témoigné de mon zèle. Il a pris dira-t-on, bien de la peine en vain, Et de prétendu zèle est d'une étrange espèce ; L'esprit avec la vue apparemment lui baisse. À quoi bon présenter un brouillon de sa main, Quand le mis au net est sous presse ? Mais c'est ne raisonner, ne sentir qu'à moitié. De l'amour délicat j'ai suivi le système : On veut de sa main propre écrire ce qu'on aime. Eh ! Pourquoi le respect, l'estime et l'amitié Ne penseraient-ils pas de même ? Pour vous au fond du coeur j'ai ces trois sentiments : Qu'au lecteur à jamais ce manuscrit l'atteste ! J'épargne un long éloge à votre front modeste ; J'ai dit ce que je dois vous dire en ces moments. Le public va lire le reste.
Monsieur,

À Monsieur le comte de Livry, chevalier des Ordres du Roi, lieutenant général des Armées de Sa Majesté, son premier maître d'Hôtel, etc.

Ce que le cours de cette pièce imprimée, s'il était heureux, aurait de plus agréable pour moins ce serait qu'en vous la dédiant, j'en répondrais plus au loin le sentiment de reconnaissance qui me fait de cet hommage un devoir indispensable.

Préface

À l'amour près, qu'il a fallu faire entrer dans mon sujet, pour me conformer à l'usage bine ou mal établi sur nos théâtres, tout est ici très exactement tiré de l'histoire des révolutions de Suède, publiée par l'Abbé de Vertot, l'un des écrivains de nos jours, qui, pour l'étendue des lumières, la solidité du jugement, les grâces de l'esprit et la noble simplicité du style, a le mieux mérité de tenir parmi nous la plume historique.

Ainsi le caractère barbare Christierne, celui du vertueux Frédéric, et celui du grand Gustave ; l'emprisonnement de ce dernier contre le droit des gens ; son évasion longtemps après les malheurs de sa patrie mise à feu et à sang à la faveur de sa détention : sa fuite et es pénibles épreuves au fond des déserts glacés de la Dalecarlie ; sa marche contre l'usurpateur avec une poignée de sauvages, que, dans sa misère, il avait su gagner, aguerrir et discipliner ; sa tête mise à prix ; "la menace de faire expirer devant lui sa mère dans les plus cruels tourments, s'il ne mettait bas les armes" ; son combat sur la glace ; sa pleine victoire suivie de son couronnement à Stockholm et celui du prince Frédéric en Danemark ; enfin la catastrophe de Christierne détrôné, abhorré, et chassé de toutes parts ; tous ces événements répandus, les uns dans les expositions, les autres dans l'action de cette pièce, sont puisés immédiatement à la source que j'indique.

Que ce détail serve de réponse en général à tous ceux qui m'ont reproché la romanesque ; et que l'article de "la mère menacée d'une mort cruelle aux yeux de son fils, s'il ne mettait bas les armées", serve en particulier à redresser l'auteur des feuilles qui nous venaient de Londres en 1733, sous ce titre :"Le Pour et le contre. Ouvrage périodique d'un goût tout nouveau, par l'auteur d'une homme de qualité". (Abbé A.F. Prévost voir BnF[Z-12827-12846]).

Cet auteur, ce romancier devenu subitement critique et journaliste, me traite sans ménagement, vol I n°6, page 134. Non content d'attribuer tout l'honneur du succès de ma pièce aux talents éminents de nos acteurs tragiques ; et de pousser la froide et mordante hyperbole jusqu'à dire : "qu'on soupçonnait les comédiens de l'avoir eux-mêmes faits imprimer, pour donner une juste opinion de leur habilité à ceux qui viendraient à la lire après avoir appris les applaudissements qu'elle a reçue" ; il veut encore me dépouiller impitoyablement du peu qui pourrait après cela me revenir de ma misérable part d'auteur ; il se plaint que je l'ai dépouillé lui-même. À propos de quelques personnages qui lui ont paru de trop dans la pièce, il me dénonce comme son plagiaire en s'écriant : "Quel besoin de la Mère de Gustave si ce n'est pour avoir occasion de prendre le sujet d'une scène intéressante, dans le quatrième tome des Mémoire d'un homme de qualité ! [Voir BnF[Y2- 48752 Vol. 4] Sur quoi en vrai paon jaloux d'une de ses plus belles plumes, et qui veut l'arracher à la prétendue Corneille, il renvoie à cette note, au bas de la page : "Dona Pastrino tient le poignard suspendu sur le sein de Dona Diana de Velez".

Je voudrais bien pour l'amour du lecteur, du journaliste et de moi-même, avoir pu me dispenser de ette petite discussion polémique qui peut être ne sera guère amusante pour tous les trois. Mais on doit je pense réponse publique, malgré qu'on en ait, à toute imputation publique ; et surtout lorsqu'elle existe, comme celle-ci, dans des écrits aussi dignes de passer à la postérité, que le sont ceux de l'auteur des "Mémoires d'un homme de qualité", et de "Manon Lescot".

Ce que je vois d'un peu plus fâcheux encore pour ce célèbre auteur, aussi bien que pour moi qui suis son partisan, et qui voudrais n'avoir qu'à le faire admirer en tout, c'est qu'en me forçant de me justifier, il me réduit à la nécessité de l'accuser et de la convaincre lui-même du propre plagiat qu'il me supposer.

En effet, le sujet de cette scène intéressante qu'il revendique si hautement, ou l'ai-je trouvé ? Où l'ai-je pris ? Où naturellement je le devais trouver ; où j'avais tout droit de la prendre ; c'est l'"Histoire des révolutions de Suède" [Lire http ://catalogue.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k286228] ; c'est-à-dire, dans l'histoire même de mon héros qui y est comprise. Remarquons ensuite que cet ouvrage si connu et si digne de l'être, et fort antérieur aux "Mémoires d'une Homme de qualité" ; et de là nous conclurons que c'est sur l'auteur de ces mémoires, non sur moi, que retombe à plomb et que demeure imprimée la tâche du plagiat.

L'Histoire est ici ma source unique, authentique et légitime. Plus j'y prends, plus je suis en règle. Jetons les yeux sur les préfaces de Corneille et Racine, nous y verrons que moins ces grands maîtres ont substitué du leur dans un sujet pris de l'historien, plus ils s'en sont félicités. L'émotion effectivement naît plutôt du vrai que du faux. Plus donc le plan d'une tragédie est travaillé sur l'historique, mieux il est conçu ; et tout épisode imaginé alors pour être lié au fait principal, n'est jamais qu'une machine auxiliaire qu'on tolère en faveur de la sécheresse du fond, ou du goût particulier de notre théâtre.. Mon sujet, dans sa source, se trouvant fort heureusement enrichi d'un incident aussi pathétique que celui "d'une mère menacée de la mort aux yeux de son fils victorieux, s'il ne met bas les armes" n'eussé-je pas été bien malhabile, bien mal instruit de mes droits et de mes avantages, si j'eusse fait scrupule d'en user, parce que j'aurais su qu'un autre se les seraient appropriés ? ?tait-ce à lui de les réclamer et de m'en faire un sujet de reproche, comme s'il ne savait pas, ainsi que je viens de le dire, qu'autant le poète dramatique a bonne grâce de suivre l'histoire pas à pas, autant il sied mal au romancier de ne pas s'en écarte le plus qu'il peut, afin de ne devoir qu'à soi seul le mérite d'un ouvrage qui n'en a guère d'autre que celui de l'invention.

Je serai avec lui de meilleure composition sur la propriété des honneurs du premiers succès. Il la décerne aux comédiens : je la leur abandonne. Le plus ou le moins d'habileté chez les acteurs, influe en effet presque toujours sur le sort des nouveautés. C'est une vérité dont j'ai trop profité et trop souffert pour ne pas l'arrêter, et pour n'en pas convenir avec qui le voudra. Oui, sans doute, l'acteur est alors un de nos principaux mobiles ; quand surtout nous n'avons pas le don ni les facultés nécessaires pour présider également aux répétitions et aux première représentations ; pour donner le ton d'abord aux acteurs, ensuite aux spectateurs, et puis à tous les journalistes ; pour savoir enfin, à toute sorte de prix, tant par nous-même que par nos dévoués, prévenir, captiver, violenter, harceler, acheter même s'il le faut, les suffrages quels qu'ils soient, de poids ou non, pourvu qu'ils soient bruyants et nombreux ; dût le pièce, de dessus le théâtre où elle viendrait de triompher aller échouer sous la presse, et grêler le libraire, après avoir un peu refait le comédien. Oui, encore, une fois, tout auteur qui se sera produit sur la scène sans de si belles précautions, tout auteur, dis-je, honnêtement jaloux de ne réussir que par les bonnes voies, ne pourra guère y parvenir d'emblée, qu'à la faveur des talents du comédien ; et s'il en sort à son honneur, sa cause alors, fût-elle aussi bonne par elle-même, que la mienne au fond peut-être était douteuse, il doit leur attribuer la gain de la meilleure partie ; ou c'est un présomptueux, et qui pis, est même, un ingrat.

Où le succès commence à nous devenir un peu plus propre, c'est aux diverses reprises, et quand, après la retraite des premiers acteurs, le pièce remise au théâtre produit toujours le même effet entre les différentes mains de ceux qui les remplacent. Alors la critique, qui fut si vive et si prématurée, soutiendra-t-elle encore que l'auteur n'y est pas pour quelque chose ? Ce serait en vouloir trop aussi à l'amour-propre de son prochain, en bien craindre les égarements, et pousser étrangement loin le charitable soin de les réprimer. Que ce beau zèle se tranquillise sur mon compte, en s'assurant que je ne suis pas plus enflé du succès théâtral qui a continué, que je le fus de celui qui l'amorça : or, celui-ci ne me tourna pas la tête le moins du monde. Je ne fut donc pas assez enorgueilli du premier accueil fait à "Gustave", pour avoir eu besoin que l'auteur du "Pour et contre" se mit si fort en peine de me rappeler à mon néant ; puisque même encore aujourd'hui, quand je serais assez peu sensé pour me laisser éblouir du bonheur constant des reprises, et pour m'oser prévaloir d'un titre si faible, je serais toujours forcé de redescendre bientôt à ma place aux cris humiliants de la plupart de mes lecteurs, juges sévères, mais éclairés, à qui rien n'impose, et qui, no sans grande apparence de raison, n'attribuent la bonne fortune de cette tragédie qu'à l'un de défauts qu'ils lui reprochent, je veux dire la multiplicité des événements.

J'avoue que je venais de me trouver si mal de la simplicité du sujet de "Callisthène", que je laissai l'esprit s'emparer de tous les "remplissages" que lui présenta l'imagination, tant que le jugement crut n'y rien voir qui donnât la moindre atteinte aux trois unités principales.

Je ne dissimule pas, comme on voit, et je prétends encore moins excuser absolument ce défaut si sensible dans ma pièce. Je pense, là-dessus comme tout autre, et comme le plus simple raisonnement invite à penser, sans le secours des poétiques. Rien n'est mieux sans doute que de savoir, avec un sujet simple, entretenir pendant le cours de cinq actes, l'attention du spectateur dans toute sa vivacité, sans autre magique celle du flux et du reflux des passions embellies de cette élégance et sage et continue dont fut doué l'unique et l'inimitable Racine. Quiconque y parviendra, méritera toujours infiniment plus que celui, qui, bondissant, pour ainsi dire, d'incidents en incidents, se tire enfin d'affaire, moins par la fertilité de son propre fonds, que par celle d'un sujet aussi fourni que celui-ci.

La multiplicité des événements, sans contredit, est inexcusable quand elle affaiblit, qu'elle exténue, et qu'elle absorbe l'intérêt principal ; quand elle est mal amenée, mal tissée et mal débrouillée. Les objets se dispersent alors et se croisent ; l'attention du spectateur se divise avec ces objets ; et l'esprit les suivant quelque temps avec contention, se relâche enfin, s'embarrasse et se perd dans le labyrinthe. Dès lors l'ouvrage n'amuse plus ; il égare, il fatigue, et par là même il cesses d'être un ouvrage d'agrément ; ce n'est plus pour les spectateurs qu'une étude vaine et fatigante.

Mais si, au contraire, tous ces événements procèdent sans peine les uns des autres, et se succèdent par une progression immédiate ; s'ils s'entrelacent et se démêlent avec ordre et sans embarras ; si toujours subordonnés à l'action principale ; ils ne font, en conduisant à la catastrophe, que la suspendre agréablement ; si ce ne sont enfin que des points de lumière très vifs et très distincts qui, sur le chemin arrêtent le regard sans le trop fixer, et sans faire perdre de vue le centre essentiel et lumineux où ils doivent tous aboutir et s'éteindre ; reprocher l'abondance alors, je le crois pouvoir dire, c'est mauvaise humeur ; peut-être mauvaise foi ; je dirai même ingratitude.

Or, pour faire voir comme les événements se produisent ici, s'enchaînent et se développent naturellement et sans confusion, je vais, en joignant l'historique par où j'ai débuté, ce qu'exigeait de moi l'usage du Théâtre français, je vais dis-je dans le moins d'espace que je pourrai, dévider ici tout le fil de ma fable, et conduire ce fil d'une bout à l'autre, précisément et localement comme il se trouve étendu dans le cours du poème.

À la vérité, j'ôte par-là un peu du plaisir de la surprise à ceux qui, lisant cette préface, n'auraient encore ni lu ni vu la pièce. Mais peut-être aussi n'auraient-ils voulu ni la voir ni la lire, par une prévention fondée sur la rapport des "feuilles périodiques" du temps ; et cette analyse alors pourra les en guérir, ou les encourager du moins à juger des choses par eux-même. Combien de meilleurs ouvrages en tous genres, ont souffert et souffrent encore du dégoût qu'ne ont inspiré d'avance des curieux nonchalants, ces sortes d'arrêts épistolaires ui dictaient à la hâte, l'ignorance, l'erreur, et la partialité ! Ne doutons pas même qu'ils n'aient fait tomber la plume des mains à plus d'un bon écrivain, dont la juste délicatesse se sera révoltée vis-à-vis d'un pareil désagrément. Car enfin c'était avoir à passer par une espèce d'insulte, avant que d'en être en vrai péril ; et se voir déjà, pour ainsi dire, à moitié proscrit, en arrivant au pied du seul tribunal où l'on doit commencer à tout craindre. Ayant donc essuyé cet échec, je ne m'en puis relever que par un extrait, qui, sans cette raison, serait aussi déplacé qu'inusité dans une préface.

Déployons d'abord l'avant-scène, c'est-à-dire la matière des expositions.

FABLE DE l'AVANT-SCENE

Adélaïde, fille de Sténon, prince et administrateur de Suède, avait été dans l'enfance, engagée par son père Gustave, à qui elle demeurait attachée par l'inclination la plus tendre. À la mort de Sténon, quand cet amant était devenu la ressource unique de sa princesse, et le dernier défenseur de la liberté des Suédois, il se trouvait malheureusement détenu prisonnier à Copenhague, contre le droit des gens, par les ordres de Christierne, roi du Danemark et de Norvège, surnommé par ses cruautés, le "Néron du Nord". Celui-ci, à la faveur d'un avantage si mal acquis, s'étant avancé sans obstacle jusqu'au pied des murs de Stockholm, avait pris la ville d'assaut, et y avait commis toutes les cruautés d'un vainqueur de son caractère. Entre autres violences, en haine et de Gustave te de la mémoire de Sténon, il avait fait prisonnier Adélaïde, sans daigner seulement la voir ni l'entendre. Il avait aussi fait enfermer avec elle, sans qu'il s'en doutât, et à titre de simple suivante, Léonor, mère de Gustave, laquelle passait pour avoir péri dans le massacre général. Quelques temps après, des raisons d'État avaient engagé Christierne, qui était marié et sans enfant, à conclure, contre son gré, la mariage de sa prisonnière, avec Frédéric, héritier présomptif de ses deux couronnes. Ce prince vivement épris des charmes d'Adélaïde, mais aussi vertueux que Christierne l'était peu, non seulement avait eu la grandeur d'âme de sacrifier son bonheur au repos de cette amante infortunée, mais poussait encore la magnanimité jusqu'à justifier, jusqu'à solliciter même auprès du tyran, les [...] seule ayant donc été son motif, il ne veu, pour toute récompense, que le dégagement d'une parole qu'il a cru pouvoir donner à son adversaire en expirant. C'est de remettre à la princesse

Lacunes ****Page 106

ACTE I

SCÈNE I. Christierne, Rodolphe.

RODOLPHE, l'interrompant

Elle ?

CHRISTIERNE

Hélas ! Souvent ainsi, nous-même, contre nous, Du sort qui nous poursuit nous préparons les coups. Juste punition de la façon barbare Dont ma rage accueillit une beauté si rare ! Écoute ; et plains un coeur qui n'a pu s'attendrir Qu'après avoir tout fait pour n'oser plus s'offrir. Par un dernier assaut, cette ville emportée Couvrait de ses débris la mer ensanglantée : La vengeance y faisait éclater sa fureur ; Et le droit de la guerre y répandait l'horreur. Ce palais renfermant de nombreuses cohortes, Nous y courons ; la hache en fait tomber les portes. J'entre. On fuit devant nous. Le sang coule ; et nos cris Font voler la terreur sous ces vastes lambris. Mourante, entre les bras d'une femme éperdue, Adélaïde alors fut offerte à ma vue. Sa pâleur, à mon oeil de colère enflammé, Déroba mille appas qui m'auraient désarmé. D'un mortel ennemi je ne vis que la fille, Que le reste d'un sang funeste à ma famille : Les armes de son père ont fait périr mon fils, Et cette image alors fut tout ce que je vis. De peur de trahir même un courroux légitime, Je détournai les yeux de dessus la victime ; Et ce courroux ainsi, libre dans son essor, L'envoya dans la tour, où je la tiens encor. À n'en sortir jamais elle était condamnée : Mais on adore ici le sang dont elle est née. Il était important de tout pacifier, Et ce fut à ma haine à se sacrifier, À souffrir que l'hymen unît à sa personne L'héritier présomptif de ma triple couronne. Frédéric, avoué de l'état et de moi, Eut donc ordre d'aller lui présenter sa foi. Il y fut. Le penchant suivit l'obéissance ; Mais, quoiqu'il eût pour lui rang, mérite et naissance, Qu'au plus dur esclavage, en s'offrant, il mît fin, Deux ans de soins n'ont pu faire accepter sa main. Cent fois, las du mépris dont on payait ses peines, D'un mot j'aurais tranché ces difficultés vaines, Si le prince alarmé, rejetant ce secours, N'eût heureusement su m'en empêcher toujours. Enfin je m'accusai de trop de complaisance ; Et croyant qu'à mon ordre il manquait ma présence, Je vis Adélaïde. Ah ! Rodolphe, peins-toi Tout ce qu'a la beauté de séduisant en soi, Tout ce qu'ont d'engageant la jeunesse et des grâces Où la tendre langueur fait remarquer ses traces ! Jamais de deux beaux yeux le charme en un moment N'a, sans vouloir agir, agi si puissamment, Ni jamais, dans un coeur, l'amour ne prit naissance Avec tant d'ascendant et si peu d'espérance. De quoi pouvais-je alors en effet me flatter ? Les suites d'un divorce étaient à redouter. Qu'eus-je opéré d'ailleurs sur cette âme inflexible, Que de loin dominait un rival invincible ? Je n'osai donc parler : mon feu se renferma ; Mais, sous ce feu couvert, le dépit s'alluma. Du fugitif aimé craignant l'audace active, Je resserrais toujours les fers de ma captive ; Enfin, pour n'avoir plus à la persécuter, Je publiai l'arrêt qu'on vient d'exécuter. Frédéric ici donc est le seul qui me gêne. Qu'il aille à Copenhague y remplacer la reine : Qu'il parte, et que l'honneur d'un si brillant emploi Serve d'heureux prétexte à l'éloigner de moi.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Christierne, Frédéric, Casimir.

SCÈNE IV. Frédéric, Casimir.

SCÈNE V. Frédéric, Adélaïde, Léonor.

ADÉLAÏDE

Vous avez, je le sais, partagé mes alarmes ; La prison d'où je sors, vous a coûté des larmes ; Et votre appui, sans doute, en éclaircit l'horreur. J'ai pu craindre un moment qu'à mon persécuteur De la même pitié l'adresse téméraire Ne m'eût peinte incertaine et prête à lui complaire. Grâce au ciel, elle a su plus noblement agir, Et je puis en goûter les effets sans rougir. Soyez sûr à jamais de ma reconnaissance... Que le don de mon coeur n'est-il en ma puissance ! Mais vous savez, seigneur, si j'en puis disposer : Ce n'est plus un tribut qu'on me doive imposer. Lassez-vous d'un récit qui toujours vous afflige, Et que de moi pourtant sans cesse l'on exige. Je dois être à Gustave : il en a pour garant La volonté d'un père, et d'un père expirant. "Ma fille, me dit-il, comptons sur sa vaillance. Il sera mon vengeur ; soyez ma récompense... " Cet ordre, mes serments, mon amour, sa valeur, Voilà ses droits. J'en compte encore un : son malheur. La fuite où le condamne un pouvoir tyrannique... Exil où mon image est sa ressource unique, Cela seul en mon coeur a droit de le graver, Et le vôtre est trop grand pour ne pas m'approuver. Si la fortune aussi, pour nous moins inhumaine, Si la victoire, un jour, en ces lieux le ramène, De ce héros, instruit de vos bontés pour moi, L'estime et l'amitié paieront ce que je dois. J'espère tout encor, seigneur, puisqu'il respire, Et c'est vous, tous les jours, qui me le daignez dire. Il m'aime ; il saura vaincre : il brisera mes fers. Les tyrans sont-ils seuls à l'abri des revers ? Les nôtres finiront.

FRÉDÉRIC, à part

Malheureuse princesse !

FRÉDÉRIC

Hélas !

ADÉLAÏDE, à Frédéric

Ah ! Mon coeur a frémi, seigneur ! Gustave est mort !

Frédéric sort.

SCÈNE VI. Adélaïde, Léonor.

ACTE II

SCÈNE I.

SCÈNE II. Frédéric, Casimir.

SCÈNE III. Gustave, Casimir.

GUSTAVE

Pardonne, et désormais n'ayons l'âme occupée Que du plaisir de voir mon erreur dissipée. Je te retrouve stable et ferme en ton devoir ; Tu me revois vivant et plein d'un bel espoir. Dans le piège mortel je tiens enfin ma proie. Conçois-tu, Casimir, mon audace et ma joie ? Pour te les peindre, songe aux horreurs du passé, À tant d'excès commis, à tant de sang versé. Rappelons-nous ici ma première infortune, Image à des vengeurs plus douce qu'importune. À la cour du tyran, Gustave, ambassadeur, Et d'un sang dont l'on dût révérer la splendeur, Éprouve des cachots la rigueur et l'injure. Je languis dans les fers, tandis que le parjure En vient charger ici des peuples éperdus, Qu'il craignait que mon bras n'eût trop bien défendus. Échappé, mais trop tard, et fuyant nos frontières, Depuis cinq ans en proie aux armes étrangères, Je passai sous un ciel encor plus ennemi, Où le soleil n'échauffe et ne luit qu'à demi, Tombeau de la nature, effroyables rivages Que l'ours dispute encore à des hommes sauvages : Asile inhabitable, et tel qu'en ces déserts Tout autre fugitif eût regretté ses fers. Sans amis, sans patrie, ignoré sur la terre, C'est là, durant trois ans, que je fuis et que j'erre, Qu'impuissant ennemi, qu'amant infortuné, Je maudis mille fois le jour où je suis né. Une misère enfin si profonde et si rare Trouva quelque pitié dans ce climat barbare. Des cavernes du nord, du fond de ses frimas, Je sus faire sortir des hommes, des soldats ; Et même des amis généreux et fidèles, À ne le pas céder aux âmes les plus belles. Suivi d'eux, je reviens ; et les âpres hivers Nous font d'un pied léger franchir de vastes mers. À peine ai-je abordé cette triste contrée, Et de quelque succès signalé mon entrée, Que l'espoir, à ce bruit, renaissant dans les coeurs, Range nos vieux guerriers sous mes drapeaux vengeurs. C'est alors que pour vaincre il fallut disparaître, Et qu'un prix publié (dignes armes d'un traître ! ) Abandonnant ma vie aux plus indignes mains, Environna mon camp, le remplit d'assassins. Je dépouille d'un chef l'apparence nuisible : Travesti, mais des miens partout l'âme invisible, Je marche à la faveur de ce déguisement ; Et Gustave à couvert triomphe impunément : Dans Stockholm, à l'abri de l'heureux stratagème, Je viens seul me servir d'émissaire à moi-même : Là je vois mon devoir écrit de tout côté. D'un temple, d'un palais le marbre ensanglanté, Une veuve, une fille, une mère plaintive, Tout m'émeut, tout retrace à mon âme attentive L'instant où, de leur fils réclamant le secours, Périrent, sous le fer, les auteurs de mes jours : Et juge de ma tendre et vive impatience, Quand, le coeur embrasé d'amour et de vengeance, Je lance mes regards vers l'horrible prison Où vous laissez gémir le beau sang de Sténon. J'assemble mes amis ; mon aspect les anime. J'ai peine à réprimer une ardeur magnanime. Ils doivent cette nuit attaquer le palais, Tandis qu'à fondre ici des bataillons tout prêts, Du creux de nos rochers sortant sous ma conduite, Amèneront l'alarme et le meurtre à ma suite. Du carnage mon nom sera l'affreux signal. Mais je veux m'assurer, avant l'instant fatal, D'un salut dont le soin m'agiterait sans cesse ; Je veux de ce palais enlever ma princesse. Dans ce dessein, qu'en vain tu n'approuverais pas, Après avoir semé le bruit de mon trépas, J'ose me présenter au tyran que je brave, À titre de vainqueur du malheureux Gustave. J'hésitais, je l'avoue, à m'y déterminer : L'ombre de l'imposture a de quoi m'étonner ; Mais songeons qu'il y va des jours d'Adélaïde, Et croyons tout permis pour punir un perfide.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Gustave, Christierne, Rodolphe.

CHRISTIERNE

Ton nom ?

CHRISTIERNE

Sous nos yeux ?

CHRISTIERNE

Explique-toi.

CHRISTIERNE

Quoi ?

CHRISTIERNE, l'interrompant

Je t'entends. C'eût été le premier de mes soins.

Gustave sort.

SCÈNE VI. Christierne, Rodolphe.

CHRISTIERNE

Eh qui donc ?

ACTE III

SCÈNE I. Adélaïde, Sophie.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Adélaïde, Léonor.

LÉONOR, à part

Ô mon fils !

SCÈNE IV. Adélaïde, Léonor, Rodolphe.

SCÈNE V. Adélaïde, Léonor, Rodolphe, Gardes.

RODOLPHE, aux gardes

Gardes, qu'on la retienne.

Léonor est emmenée par les gardes.

SCÈNE VI. Adélaïde, Rodolphe.

SCÈNE VII. Gustave, Adélaïde.

ADÉLAÏDE, l'interrompant

Vous avez un billet à me rendre ?

ADÉLAÏDE

Où suis-je ?

SCÈNE VIII. Gustave, Adélaïde, Casimir.

ADÉLAÏDE, voulant le suivre

Gustave ! ...

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Frédéric, Adélaïde.

SCÈNE XI.

ACTE IV

SCÈNE I. Christierne, Rodolphe.

SCÈNE II. Frédéric, Christierne.

FRÉDÉRIC

Non, seigneur ; je vous crois : je l'ai mal entendue. Tant de gloire, en effet, peut ne m'être pas due. Je le veux ; mais en dois-je aimer moins l'équité, Et, ne consultant qu'elle, être moins écouté ? Sommes-nous plus en droit d'opprimer l'innocence ? Ah ! Ne pouvoir m'aimer ce n'est pas une offense À mériter les maux qu'elle endure à mes yeux, Et j'en ai trop été le prétexte odieux. La princesse m'est chère, oui, seigneur, je l'adore. Je l'ai dit mille fois ; je le répète encore : Si j'en étais aimé, le soin de mon repos Me rendrait redoutable au plus fier des rivaux. Je soutiendrais mes droits au prix de mille vies, Mais s'il faut renoncer aux douceurs infinies D'un choix qu'avant ma flamme un autre a mérité, Je ne veux rien tenir d'aucune autorité, Rien ajouter au poids des fers d'une captive, Si digne du haut rang dont le destin la prive, Rien devoir, en un mot, à ses nouveaux malheurs. Je respectais ses feux, je respecte ses pleurs. Pour la dernière fois, enfin, je le déclare, Je n'y prétends plus rien. Le sacrifice est rare ! Mais, nés pour commander, soyons dans nos projets, Nous-mêmes, et nos rois et nos premiers sujets. Je dis plus : cédât-elle au pouvoir qui l'opprime, Et mon plus bel espoir devînt-il légitime, (Ainsi qu'il est permis de s'en flatter encore) Dès qu'elle a, par ma voix, demandé Léonor, Léonor, de ma main, lui doit être amenée. Vous avez malgré moi conclu notre hyménée ; Je ne vous ai que trop secondé là-dessus : Contentez-la, seigneur, ou ne me pressez plus.

CHRISTIERNE

Pour moi.

FRÉDÉRIC

Pour vous ?

SCÈNE III. Christierne, Rodolphe, gardes.

SCÈNE IV. Christierne, Rodolphe.

CHRISTIERNE

Qu'entends-je ?

RODOLPHE, l'interrompant

Étaient faux.

SCÈNE V. Christierne, Léonor, Sophie.

SCÈNE VI. Gustave, enchaîné ; Léonor, Christierne, Rodolphe, Sophie, gardes.

LÉONOR, au soldat, en reconnaissant Gustave

Arrête.

LÉONOR, tombant évanouie, à Sophie

Qu'on me soutienne.

Sophie la retient dans ses bras.

CHRISTIERNE, à Sophie, en lui montrant Léonor

Prenez soin d'elle : emmenez-la, Sophie ; Et que votre secours la rappelle à la vie.

Sophie emmène Léonor.

SCÈNE VII. Gustave, Christierne, Rodolphe, gardes.

GUSTAVE

Si la nature en moi tantôt eût pu se taire, Sourd à la voix du sang, si j'avais pu me faire Un coeur aussi farouche, aussi bas que le tien, Je ne subirais pas ce funeste entretien. Je veux bien m'abaisser encore à te répondre, Et c'est pour t'obéir moins que pour te confondre. Tâche à te rappeler ici tous mes discours ; Tu n'y remarqueras que de légers détours, Sous qui la vérité, maintenant reconnue, À d'autres yeux qu'aux tiens eût paru toute nue. Mais la soif de mon sang, qui te les fascinait, Vers l'erreur, à mon gré plus que moi t'entraînait. Sois sûr qu'un vrai courage animait l'entreprise. On n'assassine point l'ennemi qu'on méprise. Je te l'ai dit ; celui qui t'eût fait succomber, Sait arracher la palme, et non la dérober. Aux attentats ma main ne s'est point éprouvée. À la tête des miens la princesse enlevée, Je t'aurais donc offert la victoire ou la mort, Et le droit du plus brave eût réglé notre sort. Tels étaient mes projets. Le destin qui nous joue, Couronnant le plus lâche, ordonne que j'échoue ; Tu règnes, et je meurs : triomphe, mais, crois-moi, Ton bonheur sera court ; triomphe avec effroi ! Tant de calamité que Stockholm a soufferte, Mes soins et mon exemple ont préparé ta perte. Elle suivra la mienne, et la suivra de près. Sois maître de mes jours ; et, tandis que tu l'es, Éprouve ma constance au milieu des supplices. Je n'y dirai qu'un mot. C'est que j'eus pour complices Tous les gens vertueux qu'ont lassés tes forfaits. Je ne les trahis point. Tu n'en connus jamais.

SCÈNE VIII. Gustave, Christierne, Adélaïde, Rodolphe, gardes.

CHRISTIERNE, à Rodolphe

Rodolphe, demeurez.

ADÉLAÏDE, à demi-voix

Éloignez sa présence.

GUSTAVE, à Adélaïde

Point de pitié cruelle. Laissez frapper, madame, et soyez-moi fidèle.

Il sort avec Rodolphe et les gardes.

SCÈNE IX. Christierne, Adélaïde.

SCÈNE X. Christierne, Adélaïde, Rodolphe.

CHRISTIERNE

Moi ! Fuir ?

ACTE V

SCÈNE I. Adélaïde, Sophie.

ADÉLAÏDE

Tu pâliras, Sophie, au récit du danger Qu'en ce désordre affreux l'on m'a fait partager. Sur ces bords dont l'hiver a glacé la surface, Mes ravisseurs fuyaient ; et, franchissant l'espace Qui semble séparer le rivage et les eaux, M'enlevaient vers la rade où flottaient leurs vaisseaux. J'en croyais Frédéric ; et je m'étais flattée De voir en sa faveur la flotte révoltée ; Mais plus nous approchions, moins j'avais cet espoir : Tout ce que j'aperçois paraît dans le devoir. Laissant donc pour jamais Gustave et ma patrie, Je demandais la mort, quand ce prince, en furie, Du palais où ses yeux ne me rencontraient point, Entend mes cris, me voit, vole à nous et nous joint. On se mêle. Je veux regagner le rivage ; Partout je me retrouve au centre du carnage. La fortune se joue en ce combat fatal. Sur la glace longtemps l'avantage est égal. Elle nuit à la force, elle aide à la faiblesse ; Et chaque pas trahit la valeur ou l'adresse. Parmi des cris de rage, et de mourantes voix, Un bruit plus effrayant, plus sinistre cent fois, Sous nous, autour de nous, au loin se fait entendre. La glace en mille endroits menace de se fendre, Se fend, s'ouvre, se brise et s'épanche en glaçons, Qui nagent sur un gouffre où nous disparaissons. Rien encor (quelque effroi qui dût m'avoir émue), Rien n'avait échappé jusqu'alors à ma vue ; Mais du voile mortel mes yeux enveloppés D'aucun objet depuis n'ont plus été frappés : Du reste, mieux que moi tu n'es pas informée. Ainsi de plus en plus tu me vois alarmée. D'un rude et long combat peut-être qu'affaibli, Gustave est demeuré sous l'onde enseveli ; Peut-être que, sans chef, nos troupes fugitives Auront à son rival abandonné ces rives ; Et quand je me figure en proie à ses transports, L'épouvantable abîme où je retombe alors...

SCÈNE II. Adélaïde, Casimir, Sophie.

CASIMIR, l'interrompant

Christierne est vaincu.

SCÈNE III. Gustave, Adélaïde, Casimir, Sophie, soldats.

ADÉLAÏDE

Hélas !

ADÉLAÏDE

Voyez quel sacrifice on exige de vous.

Elle lui donne le billet.

ADÉLAÏDE

Non, Seigneur.

ADÉLAÏDE

Le tyran.

SCÈNE IV. Gustave, Adélaïde, Sophie.

ADÉLAÏDE, l'arrêtant

Ah ! Prince, où courez-vous ?

SCÈNE V. Gustave, Adélaïde, Léonor, Sophie.

SCÈNE VI. Gustave, Adélaïde, Léonor, Casimir, Sophie.

SCÈNE VII. Gustave, Christierne, chargé de fers ; Adélaïde, Léonor, Casimir, Sophie, gardes.

SCÈNE VIII. Gustave, Adélaïde, Léonor, Sophie.

1 882 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0