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Comédie en vers· Comédie en un Acte et en vers

Les Philosophes de Bois

Louis Poinsinet de Sivry· créée en 1760· 346 vers· 6 personnages

Représenté pour la première foi sur son théâtre le 20 juillet 1760..

Personnages

  • POLICHINELLE
  • GILLE
  • ARLEQUIN
  • MONSIEUR FAGOT
  • MONSIEUR SAPIN
  • MADAME GIGOGNE
PRÉFACE

Au Directeur des Marionnettes

J'ai fait trois grandes sottises. Premièrement et ce n'est pas la plus petite, de ne m'en être pas tenu à être acteur, et d'avoir absolument voulu être auteur, ce qui est un rôle bien plus difficile à jouer, quoiqu'en pensent mes confrères les comédiens. Secondement d'avoir fait un poème sans méchanceté dont je devais prévoir la chute dans le siècle qui court. Troisièmement, de ne m'être pas souvenu que vu le goût constant de la Nation Française, c'est toujours dans la règle des 24 heures qu'il faut saisir le Vaudeville, qui passé ce temps, perd son nom, et fait place à d'autres. Je le confesse en face du public, et je lui demande pardon. Ce sera ma quatrième faute : car je serai bien plus sûr du débit de ma pièce en insultant mes lecteurs. Mais si je tombe à la lecture comme je suis tombé sur mon théâtre de Passy, et que cela fasse tomber la querelle ; j'aurai toujours beaucoup fait pour l'honneur des Gens de Lettres. J'y consens et je le désire de bon coeur.

CADET DE BEAUPRÉ.

SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur Fagot, Monsieur Sapin.

MONSIEUR SAPIN

C'est très bien dit

MONSIEUR FAGOT

Vous réunissez tous les goûts : Vous êtes en savoir un autre Depostère Et c'est avec raison que chacun dit de vous, Il parle Français comme Homère.

Despotère : vient du nom du grammairien de la langue latine Jean Despautère. Le terme signifie ici : savant de grand renom.

SCÈNE II. Monsieur Sapin, Monsieur Fagot, Polichinelle.

POLICHINELLE

Parbleu, Monsieur Fagot, Que vous êtes un bon apôtre ! Me bailler de l'esprit, à moi pauvre animal ? Je vous reconnais ; vous êtes libéral, Quand vous n'engagez rien du vôtre.

Libéral : qui donne avec raison et jugement, en sorte qu'il ne soit ni prodigue ni avare. (Dict. Furetière)

POLICHINELLE

Vous n'aurez pas grand changement à faire.

Ici Polichinelle quitte la Pratique.

POLICHINELLE

En ce cas je prends sur moi l'affaire, Je vous suis l'un et l'autre, et vais me mettre au fait.

Monsieur Sapin et Monsieur Fagot sortent ; et Polichinelle les suit.

SCÈNE III.

SCENE IV. Dame Gigogne, Polichinelle.

SCÈNE V.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Arlequin, Gille.

SCÈNE VIII. Arlequin, Gille, Polichinelle.

Dans l'édition de 1760, La numérotation des scène est erronée à partir de la scène 8.

POLICHINELLE

Écoutez, mes amis, je ne suis pas trop doux, Et si vous me mettez sur votre friperie...

Polichinelle se bat avec Gille et Arlequin, et les met hors de combat.

SCÈNE IX. Monsieur Sapin, Polichinelle.

SCÈNE X et dernière. Dame Gigogne, à quatre pattes, les acteurs précédents.

Dame GIGOGNE

J'ai pris le bon parti ; croyez-moi mes enfants ; « Pour la Philosophie un goût à qui tout cède, M'a fait choisir exprès l'état de quadrupède : J'invite même ici le sexe à m'imiter, Du moins ; si mon exemple a de quoi le tenter. »

Ces deux vers sont issus de "Les philosophes" de Palissot de Maintenoy Acte III scène 8, vers 1105 et 1106, qui eux font référence au "Contrat social" de Jean-Jacques Roussseau.

POLICHINELLE, surpris

Qu'est ceci ?

MONSIEUR SAPIN

Non.

POLICHINELLE

Qu'est-ce donc ?

Dame GIGOGNE

Ce sont quatre fils naturels. À qui tu tiendras de Père de famille.

"Le Fils naturel, ou Les épreuves de la vertu" est un drame bourgeois en cinq actes et en prose de Denis Diderot de 1757.

"Le Père de Famille" est un drame bourgeois en cinq actes et en prose de Denis Diderot de 1758.

VAUDEVILLE.

TOUS

Ceci n'est point une satire Qui pourrait nous accuser ? Messieurs nous ne cherchons qu'à rire Notre seul but est d'amuser Si nos jeux ont de quoi vus plaire Venez à Passy quelques fois. Voir les philosophes de bois Polichinelle et son compère.

II

Dans tous les cafés de la ville Auteurs crottés, abbés blondins, D'une façon fort incivile Font l'éloge de nos voisins ; En arts, en sciences en guerre, On veut en tout nous voir soumis, Pour exalter nos ennemis Il est chez nous plus d'un compère.

III

Lise à quinze ans simple grisette, Avait gentillesse et fraîcheur, Mais retirée en sa chambrette Elle était sans adorateur : Un vieux chevalier la déterre, La promène en robe d'été ; On la court ; c'est une beauté ; Lise avait besoin d'un compère.

IV

Des auteurs bruyants se chamaillent, Libelles volent des deux parts, L'honnête public qu'ils tiraillent Rit bonnement de leurs écarts ; Mais lui seul, dupe du mystère, Prenant parti dans le combat, Ne voit pas que dans leur débat, L'un à l'autre sert de Compère.

V

Il faut avoir bien de l'adresse, Pour plaire sans être méchant, Et je dois craindre que ma pièce N'ait pas votre applaudissement : Car le suffrage du parterre Ne s'accordent qu'aux bons auteurs On ne peut gagner ses faveurs, Par commère, ni par Compère.

Passy : village hors de Paris, annexé au XVIème arrondissment en 1860. C'est aussi l'endroit où est joué ce spectacle.

Libelle : Ecrit qui contient des injures, des reproches, des accusations contre l'honneur et la réputation de quelqu'un. [F]

346 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica