Comédie en vers· Comédie en un Acte et en vers
Les Philosophes de Bois
Représenté pour la première foi sur son théâtre le 20 juillet 1760..
Personnages
- POLICHINELLE
- GILLE
- ARLEQUIN
- MONSIEUR FAGOT
- MONSIEUR SAPIN
- MADAME GIGOGNE
PRÉFACE
Au Directeur des Marionnettes
J'ai fait trois grandes sottises. Premièrement et ce n'est pas la plus petite, de ne m'en être pas tenu à être acteur, et d'avoir absolument voulu être auteur, ce qui est un rôle bien plus difficile à jouer, quoiqu'en pensent mes confrères les comédiens. Secondement d'avoir fait un poème sans méchanceté dont je devais prévoir la chute dans le siècle qui court. Troisièmement, de ne m'être pas souvenu que vu le goût constant de la Nation Française, c'est toujours dans la règle des 24 heures qu'il faut saisir le Vaudeville, qui passé ce temps, perd son nom, et fait place à d'autres. Je le confesse en face du public, et je lui demande pardon. Ce sera ma quatrième faute : car je serai bien plus sûr du débit de ma pièce en insultant mes lecteurs. Mais si je tombe à la lecture comme je suis tombé sur mon théâtre de Passy, et que cela fasse tomber la querelle ; j'aurai toujours beaucoup fait pour l'honneur des Gens de Lettres. J'y consens et je le désire de bon coeur.
CADET DE BEAUPRÉ.
SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur Fagot, Monsieur Sapin.
MONSIEUR FAGOT
Ne doutez point, mon cher Monsieur Sapin Notre fera souche ; Mais de crainte qu'il n'effarouche, L'esprit du vulgaire idiot, Il faut l'envelopper d'un style inextricable.MONSIEUR SAPIN
Inextricable ! Le beau mot.MONSIEUR FAGOT
Vous en être content ?MONSIEUR SAPIN
Je le trouve admirable.MONSIEUR SAPIN
C'est très bien ditMONSIEUR SAPIN
C'est vous qui de l'erreur avez levé les voiles, Des fruits de vos travaux l'univers est rempli Enfin sans vous, en plein midi, On n'aurait vu que des étoiles.MONSIEUR FAGOT
Vous réunissez tous les goûts : Vous êtes en savoir un autre Depostère Et c'est avec raison que chacun dit de vous, Il parle Français comme Homère.Despotère : vient du nom du grammairien de la langue latine Jean Despautère. Le terme signifie ici : savant de grand renom.
MONSIEUR SAPIN
Nous avons d'autres compagnons Qui comme autant d'étais soutiendront notre gloire ? Et feront revivre nos noms Dans les annales de l'histoire.MONSIEUR FAGOT
Tout franc, excepté nous, nos coopérateurs ; Il n'est point de génie et pas même d'auteurs. Que Dûchesne en savoir est bien un vrai problème ! Quelle charpente il vous a dans l'esprit ! Comme il dit tout ce qu'on a dit : Et que solidement il bâtit un système.MONSIEUR SAPIN
Il n'en démors jamais, et c'est ce que j'en aime, Quand il a dit un mot, ce seul mot il suffit. En dispute avec lui, gardez de passer outre : C'est vouloir vous heurter de front contre une poutre.MONSIEUR FAGOT
Pour Dusaule, il est souple, et facile à plier, Il manque de raideur : il faudra l'étayer. Nous lui devons appui ; car c'est notre confrère.Dusaule : jeu de mot avec le mot "saule" qui possède une bois souple.
SCÈNE II. Monsieur Sapin, Monsieur Fagot, Polichinelle.
MONSIEUR FAGOT
Un profane est ces lieux !... Que veut ce gros ventru ? Et parmi nous que vient-il faire ?POLICHINELLE
Vous voyez un nouvel intru.MONSIEUR SAPIN
Est-il déjà dans le mystère ?POLICHINELLE
C'est un bien beau secret ; n'est-il pas vrai, Patron ? Contez nous un peu ça ; je suis bon compagnon ; Là ; rendez-moi la chose claire.MONSIEUR FAGOT
Entendra-t-il notre jargon ?MONSIEUR FAGOT
Ouais ! C'est un philosophe.MONSIEUR SAPIN
Oh ! Oui, je crois qu'il l'est.MONSIEUR FAGOT
Il est du bois dont on les fait.POLICHINELLE
Ou du bois dont on les fagotte.MONSIEUR FAGOT
Mais il faudrait connaître tes talents. Dis-nous : dis nous quel est ton savoir faire ?MONSIEUR FAGOT
Vraiment c'est l'homme qu'il nous faut ? Un homme qui n'ait point d'autre esprit que le nôtre : Que nous t'en donnerons !POLICHINELLE
Parbleu, Monsieur Fagot, Que vous êtes un bon apôtre ! Me bailler de l'esprit, à moi pauvre animal ? Je vous reconnais ; vous êtes libéral, Quand vous n'engagez rien du vôtre.Libéral : qui donne avec raison et jugement, en sorte qu'il ne soit ni prodigue ni avare. (Dict. Furetière)
MONSIEUR SAPIN
Orsus, écoute mon enfant ; Nous te recevons pour confrère, De ton aveu, tu n'es qu'un ignorant. Nous allons te faire pédant.POLICHINELLE
J'ai de bonnes raisons pour ne agir ainsi ; Croyez que j'entends la rubrique. Vous savez qu'un marchand qui cherche son profit Doit achalander ses étoffes ; Partant ; moi qui connais le ton qui réussit, Au lieu de la Pratique autrefois en crédit, Je prends celle des philosophes ; Car elle fait bien plus de bruit.MONSIEUR SAPIN
C'est très bien fait ; oui, c'est un parti sage.MONSIEUR FAGOT
Songe à te mettre bien chez tous nos beaux esprits ; À tout ce qui vient d'eux rend un aveugle hommage, Et surtout, ne va pas admirant nos écrits, T'engourdir, et ronfler à la première page.POLICHINELLE
Aucun de vos Écrits si sublime qu'il soit, Ne m'endormira, je vous le jure ; Car je ne sais pas lire.MONSIEUR FAGOT
Eh ! c'est par cet endroit Que ta gloire en devient plus sûre ; Car du moins les censeurs ne t'accuseront pas D'avoir pillé tout ce que tu diras. Ce n'est point le temps de dormir ; Notre état est sujet à mainte catastrophe Il est bon de t'en prévenir.POLICHINELLE
N'importe ; il n'est rien qui m'émeuve.MONSIEUR FAGOT
On te maltraitera de propos, à coup sûr.MONSIEUR SAPIN
Oui, mais on te jouera.MONSIEUR FAGOT
Oui-da, cette formule apprête assez à rire, Son retour monotone aiguise la satire. Certain auteur célèbre un beau jour t'inventa, Tout Paris aussitôt en singe l'imita.MONSIEUR SAPIN
Ne peut-on pas trouver quelque autre particule Pour prêter a l'Auteur un nouveau ridicule ?POLICHINELLE
Sans doute nous pouvons employer tour à tour Des car, des si, des mais, des quoi, des pour.MONSIEUR FAGOT
Il faut te souvenir que la Philosophie Est, presqu'en tout, semblable à la maçonnerie : Le plus ou le moins des talents Nous est indifférent chez celui qui postule ; Et chez nous on reçoit tous les honnêtes gens Quand ils n'ont point trop de scrupule.MONSIEUR SAPIN
Rien moins : ce serait duperie.POLICHINELLE
Eh ! Que faut-il donc, je vous prie.MONSIEUR SAPIN
Il s'agit seulement d'accoupler de grands mots Faits pour éblouir le vulgaire, Que l'on répète à tout propos Et que soi-même n'entend guère.POLICHINELLE
Quoi ? Sérieusement ?POLICHINELLE
En ce cas je prends sur moi l'affaire, Je vous suis l'un et l'autre, et vais me mettre au fait.Monsieur Sapin et Monsieur Fagot sortent ; et Polichinelle les suit.
SCÈNE III.
DAME GIGOGNE, seule
Mon mari n'a-t-il pas vergogne De laisser tout à l'abandon ? Je gagerais qu'il est avec quelque tendron, Et qu'au premier bouchon enluminant sa trogne Il s'amuse sans vergogne à vider un flacon ; Mais je vais ventrebleu faire un beau carillon, Nous verrons s'il ne tient qu'à lamper du Bourgogne : Je vais mettre en entrant le feu dans la maison ; Et puis je ferai voir à ce maître fripon Que le ressentiment de Madame Gigogne Est plus à redouter que celui de Junon.Apercevant Polichinelle.
Ah ! Ah ! Vous voilà maître ivrogne ?Vergogne : Vieux mot qui signifie honte, et qui ne s'employe plus que dans le burlesque. [F]
SCENE IV. Dame Gigogne, Polichinelle.
DAME GIGOGNE
Vous vous donnez donc du bon temps, Vous contentez donc votre humeur libertine ! Vous me laissez grosse de quatre enfants ; Sans rien laisser à ma cuisine.POLICHINELLE
Voyez le beau reproche. Eh ! Que m'importe moi ! J'ai mes plaisirs ; cherchez les vôtres. Le Sage ne vit que pour soi, Et ne doit point songer aux autres.DAME GIGOGNE
Eh ! Quoi ! Les noeuds du mariage...POLICHINELLE
Fi donc ! Les préjugés, Madame, où vous voilà, Ne sont que pour les gens de la plus mince sorte.DAME GIGOGNE
Eh ! Depuis quand sais-tu ces belles choses-là ?POLICHINELLE
Depuis que je suis philosophe.SCÈNE V.
POLICHINELLE, seul
La voilà donc philosophesse ! J'en ressens un plaisir réel : Car si Gigogne sait agir avec sagesse ; Elle consultera l'intérêt personnel. Je verrai chez nous abonder la richesse. Allons, je veux de mon côté Tirer un parti favorable De ma nouvelle qualité, Et mettre à ma boutique une enseigne honorable.Polichinelle rentre chez lui, et met à sa fenêtre une enseigne où il est écrit : POLICHINELLE PHILOSOPHE.
SCÈNE VI.
ARLEQUIN, seul
Il faut que je sois un grand chien. Où sont-ils ces Docteurs tout remplis d'importance ; Dont j'ai consulté la science, Et qui m'ont conseillé si bien. Ce sont eux cependant : c'est la belle morale, De tous ces conseillers de balle, Qui m'attire aujourd'hui ce désastre affligeant. Je voudrais bien tenir quelqu'un de leur caballe : Le premier qui paraît, je l'assome à l'instant.SCÈNE VII. Arlequin, Gille.
ARLEQUIN
Un inconnu vers moi s'avance ; Sachons s'il n'en est point : écoute, mon garcon N'es-tu pas philosophe ?GILLE
Non, Impertinent ! Et voilà pour t"apprendre.Il frappe Arlequin.
Me dire une injure. Un philosophe, moi ? J'aimerai mieux mille fois m'aller pendre : Je suis Gille ; et non pas philosophe.GILLE
D'accord. Je veux t'apprendre Le beau tour que m'ont fait ceux que l'on nomme ainsi. Moi qui suis volontiers sans trouble et sans souci, J'envoyai bonnement ma femme à leur école. Ça lui formait l'esprit ; oh ! Rien n'était plus drôle. Elle y profita tant qu'enfin, le croiras-tu, Qu'enfin, deux mois après la masque m'a battu.ARLEQUIN
Quoi ? N'est-ce que cela ? C'est bagatelle pure, Et j'appréhendais ; je te jure, Quelque accident pour toi bien plus fâcheux.ARLEQUIN
Je ne sais ; mais j'augure Que Gille des maris n'est pas leplus chanceux. Ta femme est femme et de plus philosophe.ARLEQUIN
Oui, c'est un tour très mal plaisant, Que sur la secte il faut poursuivre. J'approuve ton sentiment, Il faut leur enseigner à vivre.ARLEQUIN
Oui vraiment ; Je portais à mon maître un fromage excellent ; Très propre à réjouir l'odorat et la vue, Son parfum s'étendait aux deux bouts de la rue ; Et j'y trouvais surtout De quoi satisfaire mon goût. Ah ! J'ignorais qu'il dut me coûter tant de larmes ; Avec avidité je parcourrais ses charmes ; Lorsque tournant les yeux sur un écrit, Qui par malheur servait d'enveloppe au fromage, J'y lus les Maximes d'un Sage Qui flattèrent mon appétit. Ce passage enseignait qu'il n'est valet ni maître ; Que les soins pour autrui sont des soins importuns ; Que l'intérêt peut tout ; que l'amour de son être À tout mortel doit se faire connaître ; Qu'enfin tous les biens sont communs ; Ou tout du moins le devraient être Séduit par un faux argument,J Je n'envisageai plus que mon propre avantage, J'écoutai, je suivis un conseil imprudent Et bref, j'avalai le fromage.GILLE
Tout ceci pour ton dos ne me dit rien de bon : J'entrevois aisément la fin de l'aventure, Ton maître t'a rossé de bonne façon.GILLE
Mais oui, d'un frais battu tu portes t'encolure... Vois quelle est cette enseigne ; elle est celle que je crois, D'un philosophe.ARLEQUIN
Oui par ma foi.GILLE
Va, cours vite, frappe à la porte, Frappe vite, te dis-je, et surtout fais en sorte Que l'ennemi ne nous échappe pas.Arlequin frappe à la porte de Polichinelle.
SCÈNE VIII. Arlequin, Gille, Polichinelle.
Dans l'édition de 1760, La numérotation des scène est erronée à partir de la scène 8.
ARLEQUIN
Ô le plaisant visage !POLICHINELLE
Quels gens êtes-vous ?POLICHINELLE
C'est moi, Messieurs, que voulez-vous ?ARLEQUIN
Nous voulons t'étrangler.POLICHINELLE
Messieurs, point de courroux. Que veulent dire je vous prie Ces compliments ? Quoi donc ? Êtes-vous fous ?POLICHINELLE
Écoutez, mes amis, je ne suis pas trop doux, Et si vous me mettez sur votre friperie...Polichinelle se bat avec Gille et Arlequin, et les met hors de combat.
SCÈNE IX. Monsieur Sapin, Polichinelle.
MONSIEUR SAPIN
Mon cher Polichinelle ? Arrêtez. Qu'avez-vous ?POLICHINELLE
Je veux les assommer, et me faire justice.MONSIEUR SAPIN
La loi ne permet pas cela.Apercevant Dame Gigogne.
Mais quel étrange forme ! Et qu'aperçois-je là ? Est-ce donc elle ? Oui ; mais par quel caprice ? Dame Gigogne, eh ! Quoi ? Vous moquez-vous des gens ?L'édition originale de 1760 porte "de gens", où "de" est en fin de ligne.
SCÈNE X et dernière. Dame Gigogne, à quatre pattes, les acteurs précédents.
Dame GIGOGNE
J'ai pris le bon parti ; croyez-moi mes enfants ; « Pour la Philosophie un goût à qui tout cède, M'a fait choisir exprès l'état de quadrupède : J'invite même ici le sexe à m'imiter, Du moins ; si mon exemple a de quoi le tenter. »Ces deux vers sont issus de "Les philosophes" de Palissot de Maintenoy Acte III scène 8, vers 1105 et 1106, qui eux font référence au "Contrat social" de Jean-Jacques Roussseau.
POLICHINELLE
Je n'approuve point cette mode.Dame GIGOGNE
Croyez que cette marche est bien la plus commode. « L'homme s'est fait esclave en se donnant des lois, Et tout n'irait que mieux s'il vivait dans les bois. Pour moi, je goûterais une volupté pure À nous voir tous rentrer dans l'état de nature. »Ces quatre vers sont issus de "Les philosophes" de Palissot de Maintenoy Acte III scène 6, vers 1091-1094
MONSIEUR SAPIN
Où diantre a-t-elle pris ces gentillesses-là ?POLICHINELLE
Peste : Elle parle comme un livre.MONSIEUR SAPIN
Eh ! Que n'en fait-elle un ?Dame GIGOGNE
Un livre ! Et mais, oui-dà. L'idée est assez bonne ; et je prétends la suivre. Un instant. Attendez-moi là.POLICHINELLE
Compère, je crois qu'elle est ivre.Dame GIGOGNE
Au secours, mes amis ! Je crains de me livrer Au Dieu qui daigne m'inspirer, Je vois son flambeau qui m'éclaire, Je sens que le génie opère. Aï ! Aï ! Aï !POLICHINELLE, surpris
Qu'est ceci ?POLICHINELLE
Compère, est-ce une fille ?MONSIEUR SAPIN
Non.POLICHINELLE
Qu'est-ce donc ?Dame GIGOGNE
Ce sont quatre fils naturels. À qui tu tiendras de Père de famille."Le Fils naturel, ou Les épreuves de la vertu" est un drame bourgeois en cinq actes et en prose de Denis Diderot de 1757.
"Le Père de Famille" est un drame bourgeois en cinq actes et en prose de Denis Diderot de 1758.
POLICHINELLE
Cette femme a toujours aimé les pluriels ; C'était bien assez d'un, pourquoi m'en donner quatre ?Dame GIGOGNE
J'ai tout fait pour le mieux, et n'en puis rien rabattre. Ne sais-tu pas mon cher, qu'après le dénouement ; (Car mon second accouchement En est un bien complet et de la bonne espèce...)POLICHINELLE
Hé bien ! Achève.Dame GIGOGNE
Hé bien ! Après la pièce Il nous fallait bien un Ballet ; Peut-on mieux l'amener ; dis ! Le voilà tout à fait.POLICHINELLE
Il faut lui rendre grâce encore de sa largesse ; La coquine est féconde en tout, même en raisons. Allons servons-nous donc de ces petits fripons ; Mais foin de la philosophie, Foin de celui qui l'injurie, Foin de tout écrivain qui crie, Et qui dans ses écrits, décrie Celui qui contre lui s'écrie. Parlez-moi de mon cher ami, De mon féal et bon compère. Je ne veux vivre qu'avec lui ; Car d'un bon compère l'appui À tout le monde est nécessaire ; C'est ce que je prouve aujourd'hui Par des couplets à ma manière ; Car comme un autre j'en sais faire, Écoutez-nous bien, les voici.La pièce se termine par le vaudeville suivant, et par un ballet dansé par les enfants de Mme Gigogne.
VAUDEVILLE.
TOUS
Ceci n'est point une satire Qui pourrait nous accuser ? Messieurs nous ne cherchons qu'à rire Notre seul but est d'amuser Si nos jeux ont de quoi vus plaire Venez à Passy quelques fois. Voir les philosophes de bois Polichinelle et son compère.II
Dans tous les cafés de la ville Auteurs crottés, abbés blondins, D'une façon fort incivile Font l'éloge de nos voisins ; En arts, en sciences en guerre, On veut en tout nous voir soumis, Pour exalter nos ennemis Il est chez nous plus d'un compère.III
Lise à quinze ans simple grisette, Avait gentillesse et fraîcheur, Mais retirée en sa chambrette Elle était sans adorateur : Un vieux chevalier la déterre, La promène en robe d'été ; On la court ; c'est une beauté ; Lise avait besoin d'un compère.IV
Des auteurs bruyants se chamaillent, Libelles volent des deux parts, L'honnête public qu'ils tiraillent Rit bonnement de leurs écarts ; Mais lui seul, dupe du mystère, Prenant parti dans le combat, Ne voit pas que dans leur débat, L'un à l'autre sert de Compère.V
Il faut avoir bien de l'adresse, Pour plaire sans être méchant, Et je dois craindre que ma pièce N'ait pas votre applaudissement : Car le suffrage du parterre Ne s'accordent qu'aux bons auteurs On ne peut gagner ses faveurs, Par commère, ni par Compère.Passy : village hors de Paris, annexé au XVIème arrondissment en 1860. C'est aussi l'endroit où est joué ce spectacle.
Libelle : Ecrit qui contient des injures, des reproches, des accusations contre l'honneur et la réputation de quelqu'un. [F]
346 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica