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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en un Acte

L'Actrice Nouvelle

Philippe Poisson· imprimée en 1722· 525 vers· 11 personnages

Personnages

  • LA BARONNE
  • LA COMTESSE
  • L'ACTRICE NOUVELLE
  • LE CHEVALIER
  • LE CONSEILLER
  • LE FINANCIER
  • L'ABBE BIDET
  • FRONTIN, valet de l'actrice
  • LISETTE, suivante de la Baronne
  • UN LAQUAIS, du Conseiller
  • Plusieurs laquais de la Baronne
AVIS DU LIBRAIRE

Cette petite pièce que je donne aujourd'hui au public fut envoyée il y a quatre à cinq ans aux Comédiens de Paris par un Auteur anonyme, Monsieur Quinault l'Ainé l'un des Semainiers, en fit la Lecture à la Troupe, et comme ce gracieux Comédien a le talent de prendre les inflexions de voix de qui bon lui semble en lisant le rôle de la nouvelle Actrice, il donna quelques tons d'une comédienne dont les talents pour le Théâtre font autant les délices du Public que ses grâces, et son esprit font les charmes de ceux qui la voient dans un moins grand jour. Cette actrice n'était pas présente à la lecture ; mais en ayant appris quelques circonstances et croyant se reconnaître à quelques uns de ses traits, elle obtint par ses cabales un Ordre qui défendit à ses camarades de représenter cette pièce, et les priva par une imagination chimérique de l'avantage réel que leur aurait procuré une nouveauté aussi agréable.

Cette Pièce m'étant tombée entre les mains à l'insu même de son auteur, j'ai cru devoir dédommager le Public du tort qu'on lui a fait, en le privant de la représentation. Il y trouvera un comique noble ; une versification aisée des pensées brillantes, des portraits nouveaux et naturels, des caractères particuliers qui n'avaient point encor paru sur la scène. Si l'on en croit les connaisseurs une bonne comédie en un acte en vers doit être regardée comme le chef-d'oeuvre de l'esprit comique ; des bornes aussi étroites exigent une précision que le feu et l'imagination produisent, mais qu'une raison exacte sait diriger.

D'ailleurs j'espère que l'impression de cette comédie désabusera l'excellente actrice qui s'en était crû l'objet mal à propos : outre qu'il n'y a aucun trait marqué qui la singularité. Le Public décidera s'il y a quelque comédienne qui puisse pousser assez loin la vanité et l'Amour propre pour se trouver dans ce portrait.

Se mêle du Barreau de la Cour de la Guerre , Et rien je crois n'est fait que par son ministère, Qu'un emploi soit vaquant elle le fait avoir. Sans trop solliciter à qui le peut vouloir. Entre le détail des Charges, des Offices, Des Fonds, des Hôpitaux, de ceux des Bénéfices. Par elle celui-ci devient Introducteur, Celui-là Secrétaire, et l'autre Ambassadeur, D'un Fripon qui volait partout impunément, Elle en fit d'un seul mot hier un sous-traitant.

Cette application pourrait peut être convenir à la maîtresse d'un Ministre, mais quel rapport peut elle avoir une comédienne qui n'a daigné jusqu'à présent exercer son Empire que sur quelques uns de nos beaux esprits.

SCÈNE PREMIÈRE. Lisette, Frontin.

LISETTE, lui donnant un soufflet

Adieu.

FRONTIN

Ma maîtresse fera bien pis encor, crois moi, Je connais son esprit, et te donne ma foi, Que s'il en est qui vont dans les loges pour plaire, Celle-ci pourrait bien aller jusqu'au parterre : Tiens, Lisette elle est folle, et d'elle il est cent traits, Que l'on ne pourrait croire, et qui pourtant sont vrais De fables, de romans, sa chambre est toute pleine ; Sans celle elle s'habille en princesse romaine ; De sa fille de chambre elle a changé le nom. Je crois qu'elle l'appelle ; attendez : Charmion. Elle me nomme Arcas, et puis tantôt Auguste. Et celle qui nous fait la cuisine.... Laucuste. Mais écoute la peur qu'un jour elle me fit, Quand j'y pense j'en suis encor tout interdit : Morbleu qu'on est à plaindre avec telle maîtresse ; Une nuit répétant son rôle de Lucrèce Elle entra dans ma chambre un poignard à la main, Et vouloir malgré moi, que je fisse Tarquin.

Parterre : Signifie aussi l'aire de salle de comédie, entre le théâtre, et l'amphithéâtre, où le peuple est debout. [F]

Charmion : personnage, dame d'honneur de Cléopâtre dans "La Mort de Pompée" de Pierre Corneille (1643).

Laucuste : empoisonneuse romaine du Ier siècle.

Lucrèce : fille de Spurius Lucretius, préfet de Rome, et épouse de Tarquin Collatin, ayant été déshonorée par Sextus, fils de Tarquin le Superbe, fit l'aveu de son malheur à son mari en présence de son père, de Brutus, et de quelques amis, et se donna la mort sous leurs yeux en leur demandant vengeance.[B]

Tarquin le superbe : 7ème et dernier roi de Rome,. Marie à une fille de Servius, femme d'un caractère doux et timide il la fit périr afin d'épouser une autre fille de Servius, Tullie, femme ambitieuse, qui de son côté s'était débarrassée de son époux Aruns par un crime. Il forma avec elle un complot, dont le dénouement fut la mort violente de Servius et sa propre élévation au trône. (...) [B]

SCÈNE II. La Baronne, Lisette.

LA BARONNE

Oui.

LISETTE

La Pièce que l'on joue est plus belle que rare Car je pense avoir lu sur l'affiche l'Avare.

Au début XVIIIme, L'Avare de Molière a été repris en 1701, 1702 et en 1711 au Théâtre Français.

LA BARONNE

Quoi donc ?

LISETTE

Quoi ?

SCÈNE III. La Baronne, Lisette, Un Laquais du Conseiller.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. La Comtesse, Le Chevalier, Lisette.

SCÈNE VI. La Comtesse, et Le Chevalier,

LA COMTESSE

Qu'aurais- je dû répondre expliquez le vous-même ?

Le Chevalier veut parler et se tait.

La Comtesse continue en chantant ce passage de Roland : J'aimerai toujours mon Berger.

Roland est une tragédie lyrique de Philippe Quinault de 1687. La passage commence au vers 872.

LA COMTESSE

Quoi Chevalier ?

LA COMTESSE

Et quoi le conseiller à présent vous occupe. Serez-vous donc toujours de vous-même la dupe ? Mais quel plaisir prend-on à faire son tourment ?

Dupe : Qui n'est point défiant ; qui est facile à être surpris, à être trompé ; qui donne aisément dans le panneau. [F]

LE CHEVALIER

Sachons.

LA COMTESSE, en chantant

Pour moi l'Amour est un plaisir charmant.

Voir "J'avais cru que l'Amour fût un plaisir charmant ;" dans Cadmus et Hermione de Philippe Quinault, acte II, Scène 1, Arbas, v. 356.

LE CHEVALIER

Encor.

LA COMTESSE, en chantant

Je prétends rire.

SCÈNE VII. La Comtesse, Le Chevalier, Lisette.

LA COMTESSE, au Chevalier qui veut sortir

Attendez-moi je vais... Comment donc vous sortez.

Elle chante.

Vous partez, Renaud, vous partez. Lisette retenez-le empêchez qu'il ne sorte.

Voir "Armide" de Philippe Quinault, acte V, scène 4, Armide, vers 753.

SCÈNE VIII. Lisette, Le Chevalier.

LISETTE

Oui.

SCÈNE IX. Le Chevalier, Frontin, Lisette.

SCÈNE X. L'Actrice, L'Abbé, Le Financier, La Conseiller, Le Chevalier.

L'ABBÉ, d'un ton doucereux

Mademoiselle.

L'ACTRICE

Et vous Monsieur le Conseiller, Au théâtre demain viendrez-vous babiller ?

Babiller : Parler sans cesse, et ne dire que des choses de peu de considération. (...) [F]

SCÈNE XI. La Baronne, La Comtesse, L'Actrice, Le Chevalier, Le Conseiller, L'Abbé, Le Financier, Lisette, Un Laquais de la Baronne.

LA BARONNE, en déclamant

« Si Titus est jaloux , Tttus est amoureux , » Je vais le détromper.

Voir Bérénice de Jean Racine, Acte II, scène 5, Bérénice, v. 666.

LA COMTESSE, en chantant

Hélas ? Que son amour est différent du mien ; Mais je me sacrifie à son humeur jalouse ; C'en est fait Chevalier je serai votre épouse.

Voir Armide de Philippe Quinault, Acte III, scène 2, Armide, v. 430.

L'ABBÉ, d'un ton doucereux

De voir ce double hymen je suis charmé Mesdames, Et je veux faire en Grec vos deux épithalames.

Epithalame : Ce sont des vers faits à l'occasion d'un mariage de quelques personnes illustres, un chant de noces, pour féliciter les époux. [F]

LA BARONNE

Puisque nous voilà tous dans la réjouissance, Donnons à notre actrice un moment d'audience, Quelques scènes du Cid, si vous le voulez bien.

"Le Cid", Tragi-comédie de Pierre Corneille, représentée pour la première fois le 4 janvier 1637.

LA COMTESSE

Oh je veux voir Chimène.

En chantant.

« Sangaride ce jour, est un grand pour vous. »

Voir "Atys", tragédie en musique de Philippe Quinault (1676), Acte , scène 6, Atys, v. 396. Ce vers est repris dans "Le Tableau du Mariage" de Fuzelier et Lesage en 1712, et auparavant dans le "Retour imprévu "de Regnard en 1700.

Tous les Hommes ensemble

Nous la claquerons tous.

L'ABBÉ, toujours doucereusement

Pour la faire jouer avec plus de courage , Je ferai de Rodrigue ici le personnage, Au Collège autrefois, je récitais des mieux.

Rodrique : personnage du "Cid" de Pierre Corneille (1637)

LA BARONNE, à un Laquais

Quand on aura servi qu'on nous vienne avertir ;

Ils s'asseyent tous, excepté l'Actrice et l'Abbé.

L'ACTRICE

« Quoi Rodrigue en plein jour, d'où te vient cette audace ? Va, tu me perds d'honneur. »

Voir "Le Cid", tragi-comédie de Pierre Corneille (1637), Ac. V, sc. 1, Chimène, v. 1465-1466. "D'où te vient cette audace", se trouve aussi dans "Oropaste" de Claude Boyer (1663) (Ac. V, sc. 1, v. 1713), et "Isis" de Philippe Quinault (1687) (Ac. III, sc. 7, v. 745).

L'ACTRICE, continue

Retire toi de grâce.

L'ABBÉ, sans faire de geste et froidement sur le ton du Collège

« Je vais mourir Madame, et vous viens en ce lieu, Avant le coup mortel, dire un dernier adieu. Mon amour vous le doit, et mon coeur qui respire. »

Voir "Le Cid", tragi-comédie de Pierre Corneille (1637), Ac. V, sc. 1, Chimène, v. 1467-1468.

LE FINANCIER

Le mien étouffe.

LA BARONNE

Paix.

L'ACTRICE

« Tu vas mourir. »

Voir "Le Cid", tragi-comédie de Pierre Corneille (1637), Ac. V, sc. 1, Chimène, v. 1471.

L'ACTRICE, continue

« Celui qui n'a pas craint les Maures et mon Père, Va combattre Don Sanche et déjà désespère. »

Voir "Le Cid", tragi-comédie de Pierre Corneille (1637), Ac. V, sc. 1, Chimène, v. 1477-1478.

L'ACTRICE, continue

« Ainsi donc au besoin ton courage s'abat. »

Voir "Le Cid", tragi-comédie de Pierre Corneille (1637), Ac. V, sc. 1, Chimène, v. 1479.

L'ABBÉ, toujours froidement

« Je cours à mon supplice, et non pas au combat. »

Voir "Le Cid", tragi-comédie de Pierre Corneille (1637), Ac. V, sc. 1, Rodrigue, v. 1480.

LE FINANCIER

D'un coup de busque il tomberait par terre.

Busque : morceau de bois, d'ivoire ou de baleine, que les femmes mettent dans les corps de jupe pour se tenir droites. [F]

L'ACTRICE, continue

« Et si pour moi tu sens ton coeur encor épris, Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix. Adieu ce mot lâché, me fait rougir de honte. »

Voir "Le Cid", tragi-comédie de Pierre Corneille (1637), Ac. V, sc. 1, Chimène, v. 1555-1557.

L'ABBÉ, toujours froidement

« Est-il quelque ennemi qu'à présent je ne dompte. »

Voir "Le Cid", tragi-comédie de Pierre Corneille (1637), Ac. V, sc. 1, Rodrigue, v. 1558.

SCÈNE DERNIÈRE.

525 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica