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un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Le Sot Vengé, Comédie en un Acte

Jean-François Poisson· créée en 1661, imprimée en 1679· 559 vers· 5 personnages

Représentée pour la première fois en février 1661 à L'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • LUBIN, ou le sot vengé
  • LUBINE, femme de Lubin
  • LE COMPÈRE, amoureux de Lubine
  • MONSIEUR RAGOT, amoureux de Lubine
  • CROQUILLON, valet du Compère

SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur Ragot, Lubine.

SCÈNE II. Le Compère, Croquillon.

LE COMPÈRE

Il regarde sa montre avec empressement.

Il est huit heures justement, C'est l'heure qu'elle m'a donnée.

CROQUILLON

Je ne sais point de haquenée, Dont l'amble...

Haquenée : cheval qui va l'amble. Si dit aussi en termes comiques du bâton que que portent ceux qui font des voyages à pied pour se soulager en marchant. [F]

Amble : train ou certaine allure du cheval, lorsque les deux jambes du même côté se meuvent ensemble, et que les deux autres se meuvent après. [F]

CROQUILLON

Mais Lubin ce pauvre Jobet, Qui va quérir comme un barbet, Et qui vous rapporte de même, Dont la patience est extrême ; Ce mari plus battu qu'un chien, Qui voit beaucoup, et ne dit rien ; Enfin ce plus sot que tout autre, Dont la femme est, je crois, la vôtre, N'est-il pas sur votre journal Marqué pour un original ?

Job : diminutif de Job, personnage de l'ancien testament exemple de fermeté et de patience mais réputé pauvre : on dit pauvre comme Job.

Barbet : chien à gros poil et frisé qui va à l'eau, et qu'on dresse à la chasse aux canards.

LE COMPÈRE

Il se donne en hâte un coup de peigne.

C'est peu pour cet heureux moment.

SCÈNE III. La Compère, Monsieur Raogot, Croquillon.

LE COMPÈRE

Vous vous moquez,

MONSIEUR RAGOT

Partons.

LE COMPÈRE, à son valet

Tu le paieras, traître.

SCÈNE IV.

CROQUILLON, seul

Eh bien, vit-on jamais paraître Une plus grande trahison ? Si je rentre dans ta maison Puissent toutes les chambrières Me donner cent coups d'étrivières. Je ne puis pas trouver, je crois, Un plus méchant maître que toi.

Chambrière : Servante qui nettoie la chambre. En terme de manège, est un long fouet fait d'une grande courroie de cuir attachée au bout d'un bâton, qui sert à fouetter les chevaux par derrière pour les faire obéir au cavalier.

Étrivière : Courroie de cuir, par laquelle les étriers sont suspendus. Donner les étrivières, c'est châtier des valets de livrée, les fouetter avec les étrivières. [F]

SCÈNE V. Lubin, Lubine.

LUBIN

Diable soit ta chienne de vie ! Dis, Carogne, as-tu point envie De me traiter plus doucement ?

Carogne : terme injurieux, qui se dit entre les femmes de basses condition, pour se reprocher leur mauvaise vie, leurs ordures, leur puanteur. C'est la même chose que charogne quand on lui donne une prononciation picarde. [F]

LUBINE

Ah ! Que de t'avoir je suis lasse ! L'on me montre au doigt quand je passe, Voilà la femme de ce gueux, Dit-on.

Gueux : indigent, nécessiteux, qui est réduit à mendier, à demander l'aumône. [F]

LUBINE

Quoi tu veux jaser, chien d'ivrogne ? Reporte donc cette charogne, Ou je te vais rompre les bras.

Jaser : parler beaucoup et sans nécessité de choses frivoles. Signifie aussi, parler indiscrètement, révéler un secret, une chose cachée. [F]

SCÈNE VI.

LUBIN, l'ayant écoutée

Est-ce une si belle besogne Pour t'en oser vanter, carogne Fais-moi, du moins, m'ayant fait sot La grâce de n'en dire mot. Dans l'heureux âge d'innocence L'on était toujours dans l'enfance ; L'homme et la femme étaient heureux, Ils jouaient à de petits jeux, Comme à Pont-Neuf, à Climusette, Ou bien à Ris-Ris Boullette, Au pied-de-boeuf, aux osselets, À d'autres plus beaux, ou plus laids, Au corbillon, à la pantoufle, En veux-tu plaider siffle-souffle. A Colin-maillard, aux combats, À cache-cache-Mitoulas, Au combien, à la sage-femme, A l'accouchée, au Trou-Madame : L'un d'eux disait changeons de jeu, Jouons à la queue-leu-leu, Il est bien plus beau, ce me semble, Car on se tient toujours ensemble. La femme après avoir bien ri Prenait la queue à son mari Et le tout avec innocence, Mais nous sommes en récompense Depuis ce temps-là qui n'est plus Un nombre infini de cocus : Ma femme a franchi la parole, Je le fuis et je me console, Et quantité qui sont ici S'en doivent consoler aussi. Je suis bien le plus misérable, Car je suis battu comme un diable D'un drôle qui fait les yeux doux Qui mange et qui couche chez nous : N 'est-ce pas pour être en colère ? Elle l'appelle son compère, Il est prés d'elle jour et nuit. Il couche dans notre grand lit, Moi dessous dans une roulette. Ma femme dans une couchette Sous un pavillon chaudement, Le soir on me dit rudement Coupe du pain bis et du beurre : Et te va coucher de bonne heure, Quand j'ai soupé de mon pain bis. Que j'ai décrotté leurs habits, Que toute ma besogne est faite Je me jette dans ma roulette, Mais elle et son passionné Sont jusques à minuit sonné...

Boulette : Les enfants jouent à la boulette, en poussant une balle dans une petite fosse. [F]

Osselets : Petit os qui est derrière du gigot de mouton, dont se servent les enfants pour jouer aux jeu des osselets. [F]

Corbillon : Est aussi un petit jeu d'enfants où il faut répondre ou rimer en "on". [F]

Cache-cahe-Mitoulas : C'est un jeu de jeunes gens, qui consiste à mettre quelque chose secrètement entre les mains, ou dans les habits de quelqu'un de la compagnie. [F]

Trou-Madame : Est un jeu où l'on laisse couler les boules dans les trous, ou rigoles marquées diversement pour la perte ou pour le gain. [F]

Queueleuleu : Les enfants ont un jeu qu'ils appellent la queue-leu-leu, quand ils se tiennent l'un l'autre par la robe en marchant. [F]

Roulette : Est aussi une petite couchette qui roule sur des roues pour la transporter, et la cacher sous un autre lit quand on veut. Un mari qui couche dans une roulette, tandis que sa femme couche au grand lit est un grand sot. [F]

SCÈNE VII. Le Compère, Lubin.

SCÈNE VIII. Lubine, Lubin.

LUBINE

Il ne la voudra pas reprendre ? L'a-t-il pas reprise, faquin ?

Faquin : Se dit aussi en quelque sorte au figuré, pour un homme sans mérite, sans honneur, sans coeur, digne de toutes sortes de mépris. [F]

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Monsieur Ragot, Lubin.

LUBIN

Guère ? J'ai pourtant vu Paris, Et le trésor de Saint-Denis.

La basilique de Saint-Denis renfermait les tombes des rois de France.

MONSIEUR RAGOT

Du pied d'un arbre que j'ai vu Qu'avait planté Lusse-tu-cru, À ce qu'on dit, et puis fit Gilles.

Faire Gilles : pour dire s'enfuir ou pour dire qu'il a fait banqueroute. [F]

LUBIN

Qui, c'était une bonne lame.

Lame : on dit proverbialement et bassement, "une bonne lame", une "fine lame", une personne fine, et adroite ; et ne se dit qu'en mauvais part, principalement quand on dit d'un ton admiratif : La bonne lame ! [F]

MONSIEUR RAGOT

Trois coups la rendirent d'abord Plus douce qu'un enfant qui dort : Mais il faut dedans ta mémoire Mettre quatre mots de grimoire, Et les dire, autrement, ma foi, Les coups retourneraient sur toi.

Grimoire : livre qu'on a jamais vu, où on prétend qu'il y a des conjurations propres à évoquer les démons. [F]

MONSIEUR RAGOT

Tasse...

MONSIEUR RAGOT

Je me lasse.

MONSIEUR RAGOT

Tasse.

MONSIEUR RAGOT

Achève.

SCÈNE XI. Lubin, Lubine.

LUBIN

Il la frappe

Tasse rouzi friou titave.

LUBIN

Il la frappe.

Ah coquine tu m'injuries.

SCÈNE XII. Le Compère, Lubine, Lubin.

LUBINE

Mon mignon, mon friou titave, Commande, je suis ton esclave.

Dans l'édition de 1679, on lit "LUBIN" comme locuteur, il s'agit très probablement de LUBINE.

SCÈNE DERNIÈRE. Monsieur Ragot, Le Compère sortants chacun d'un côté, Lubin, Lubine.

MONSIEUR RAGOT

As-tu réussi ?

LE COMPÈRE

Hen.

LE COMPÈRE

Hé compère !

559 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0