Comédie en vers
Le Sot Vengé, Comédie en un Acte
Représentée pour la première fois en février 1661 à L'Hôtel de Bourgogne.
Personnages
- LUBIN, ou le sot vengé
- LUBINE, femme de Lubin
- LE COMPÈRE, amoureux de Lubine
- MONSIEUR RAGOT, amoureux de Lubine
- CROQUILLON, valet du Compère
SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur Ragot, Lubine.
LUBINE
Quoi ! Vous osez Maître Ragot, Maître importun, et maître sot, Me venir rendre encor visite, Moi qui vous hais et vous évite, Comme l'on évite la mort.MONSIEUR RAGOT
Ne vous emportez pas si fort, Lubine , voici la dernière : Vous êtes pour moi chaste et fière, Mais le Compère a tant d'appas Que pour lui vous ne l'êtes pas.MONSIEUR RAGOT
Rien, car vous n'avez point de Maître : À dire vrai que craindriez vous ? Votre mari roué de coups, De vous et de l'heureux Compère, Qui mange chez vous d'ordinaire ? Et qui je pense y couche aussi ? J'en aurais fort peu de souci, Mais vous me traitez d'une sorte...LUBINE
Faites vos plaintes à la porte, Je suis lasse de l'entretien D'un homme plus sot que le mien.Elle rentre.
MONSIEUR RAGOT
Ah ! C'est trop mépriser ma flamme ; Je m'en saurai venger, infâme, J'encouragerai ton mari, Je chasserai ton favori ; Enfin je m'en vais dans ma rage Te faire un diable de ravage, Dès aujourd'hui ton sot époux Te donnera deux mille coups : Mais pour commencer cette affaire, Allons empaumer le Compère.Empaumer : serrer la main. Signifie figurément, se rendre maître de l'esprit de quelqu'un. [F]
SCÈNE II. Le Compère, Croquillon.
CROQUILLON
D'où vient ce grand empressement ?LE COMPÈRE
Il regarde sa montre avec empressement.
Il est huit heures justement, C'est l'heure qu'elle m'a donnée.CROQUILLON
Je ne sais point de haquenée, Dont l'amble...Haquenée : cheval qui va l'amble. Si dit aussi en termes comiques du bâton que que portent ceux qui font des voyages à pied pour se soulager en marchant. [F]
Amble : train ou certaine allure du cheval, lorsque les deux jambes du même côté se meuvent ensemble, et que les deux autres se meuvent après. [F]
CROQUILLON
Mon maître extravague.LE COMPÈRE
À propos donne-moi ma bague.CROQUILLON
Mais Lubin ce pauvre Jobet, Qui va quérir comme un barbet, Et qui vous rapporte de même, Dont la patience est extrême ; Ce mari plus battu qu'un chien, Qui voit beaucoup, et ne dit rien ; Enfin ce plus sot que tout autre, Dont la femme est, je crois, la vôtre, N'est-il pas sur votre journal Marqué pour un original ?Job : diminutif de Job, personnage de l'ancien testament exemple de fermeté et de patience mais réputé pauvre : on dit pauvre comme Job.
Barbet : chien à gros poil et frisé qui va à l'eau, et qu'on dresse à la chasse aux canards.
LE COMPÈRE
Donne donc, il est fort commode.CROQUILLON
Il n'en amène pas la mode, On le pratique en toutes parts : Diable la mode des cornards Est une mode d'importance, On ne la change point en France, Les autres durent quinze jours, Mais celle-là dure toujours.Cornard : cocu ; celui qui a une femme adultère, qui lui fait porter des cornes. Ce mot est bas. [F]
LE COMPÈRE
C'est l'objet de ta raillerie.CROQUILLON
Vous allez donc voir la Commère ?LE COMPÈRE
Oui, maudit traître, en cet instant Que tu jases, elle m'attend, Et c'est pour finir mon martyre...CROQUILLON
Monsieur, Ragot est à la porte.LE COMPÈRE bas en colère
Que veut-il ? Le diable l'emporte : Cours lui dire que d'aujourd'hui Je ne puis pas parler à lui, Et qu'une affaire d'importance...CROQUILLON
Il n'est plus temps, car il avance.CROQUILLON
Il vient, songez à lui répondre.SCÈNE III. La Compère, Monsieur Raogot, Croquillon.
LE COMPÈRE haut
Ah ! Monsieur, votre serviteur.MONSIEUR RAGOT
Je vous ai détourné peut-être.LE COMPÈRE
Vous vous moquez,CROQUILLON
Ah qu'il est traître ?MONSIEUR RAGOT
Sans vous, ami, je suis perdu.LE COMPÈRE, bas
Fusse-tu mille fois pendu. Monsieur, allât-il de ma vie.Haut.
Je ne perdrai jamais l'envie De vous prouver ma passion.MONSIEUR RAGOT
Je suis dans la confusion.LE COMPÈRE, bas
Et moi, je suis dedans la rage.CROQUILLON
Cela ne va pas mal, courage.CROQUILLON
Ah, le méchant homme ?LE COMPÈRE
Et je vous donnerais mon coeur.LE COMPÈRE, bas
Derechef l'enfer te confonde ;Haut.
Je crains qu'on ne m'aille ravir L'avantage de vous servir.MONSIEUR RAGOT
Partons.LE COMPÈRE, à son valet
Tu le paieras, traître.SCÈNE IV.
CROQUILLON, seul
Eh bien, vit-on jamais paraître Une plus grande trahison ? Si je rentre dans ta maison Puissent toutes les chambrières Me donner cent coups d'étrivières. Je ne puis pas trouver, je crois, Un plus méchant maître que toi.Chambrière : Servante qui nettoie la chambre. En terme de manège, est un long fouet fait d'une grande courroie de cuir attachée au bout d'un bâton, qui sert à fouetter les chevaux par derrière pour les faire obéir au cavalier.
Étrivière : Courroie de cuir, par laquelle les étriers sont suspendus. Donner les étrivières, c'est châtier des valets de livrée, les fouetter avec les étrivières. [F]
SCÈNE V. Lubin, Lubine.
LUBIN
Diable soit ta chienne de vie ! Dis, Carogne, as-tu point envie De me traiter plus doucement ?Carogne : terme injurieux, qui se dit entre les femmes de basses condition, pour se reprocher leur mauvaise vie, leurs ordures, leur puanteur. C'est la même chose que charogne quand on lui donne une prononciation picarde. [F]
LUBINE
Elle pue, ne la sens-tu pas, Dis-lui qu'on la sent de dix pas, Et qu'il joue à se faire pendre.LUBINE
Si tu me fais prendre un bâton. Mais voyez son diable de ton. Il ne la voudra pas reprendre ! Ma foi ! Si tu me fais te prendre ! Je te donnerai du gros bout, Et dessus le ventre et partout Chien de cornard.LUBIN
Je le confesse, Quand tu n'étais que ma maîtresse > Voyant tout ce que tu faisais Je vis bien que je le serais ; Et le diable ayant l'avantage D'avoir fait notre mariage, Il n'a pas trop mal réussi, Car il le voulait bien aussi.LUBINE
Ah ! Que de t'avoir je suis lasse ! L'on me montre au doigt quand je passe, Voilà la femme de ce gueux, Dit-on.Gueux : indigent, nécessiteux, qui est réduit à mendier, à demander l'aumône. [F]
LUBINE
Quoi tu veux jaser, chien d'ivrogne ? Reporte donc cette charogne, Ou je te vais rompre les bras.Jaser : parler beaucoup et sans nécessité de choses frivoles. Signifie aussi, parler indiscrètement, révéler un secret, une chose cachée. [F]
LUBIN
J'y vais, ne me frappe donc pas : Mais comme il ne la pourra vendre : Il ne la voudra pas reprendre.LUBINE
Encore : tu le payeras Aussitôt que tu reviendras : Ne suis-je pas bien misérable D'avoir pris un homme semblable ? Ce gueux était distributeur De ces billets d'Opérateur Il gagnait deux sous la journée. Regardez combien c'est Tannée » Sans aller compter par ses doigts C'est tout juste un écu par mois. N'est-ce pas pour faire grand chère. C'était un objet de misère, Il était tout déguenillé, Voyez comme il est habillé, Cependant depuis peu le traître ! Voudrait je crois faire le maître ! Il ne veut que ce qu'il lui plaît. Le sot, je l'ai fait ce qu'il est.SCÈNE VI.
LUBIN, l'ayant écoutée
Est-ce une si belle besogne Pour t'en oser vanter, carogne Fais-moi, du moins, m'ayant fait sot La grâce de n'en dire mot. Dans l'heureux âge d'innocence L'on était toujours dans l'enfance ; L'homme et la femme étaient heureux, Ils jouaient à de petits jeux, Comme à Pont-Neuf, à Climusette, Ou bien à Ris-Ris Boullette, Au pied-de-boeuf, aux osselets, À d'autres plus beaux, ou plus laids, Au corbillon, à la pantoufle, En veux-tu plaider siffle-souffle. A Colin-maillard, aux combats, À cache-cache-Mitoulas, Au combien, à la sage-femme, A l'accouchée, au Trou-Madame : L'un d'eux disait changeons de jeu, Jouons à la queue-leu-leu, Il est bien plus beau, ce me semble, Car on se tient toujours ensemble. La femme après avoir bien ri Prenait la queue à son mari Et le tout avec innocence, Mais nous sommes en récompense Depuis ce temps-là qui n'est plus Un nombre infini de cocus : Ma femme a franchi la parole, Je le fuis et je me console, Et quantité qui sont ici S'en doivent consoler aussi. Je suis bien le plus misérable, Car je suis battu comme un diable D'un drôle qui fait les yeux doux Qui mange et qui couche chez nous : N 'est-ce pas pour être en colère ? Elle l'appelle son compère, Il est prés d'elle jour et nuit. Il couche dans notre grand lit, Moi dessous dans une roulette. Ma femme dans une couchette Sous un pavillon chaudement, Le soir on me dit rudement Coupe du pain bis et du beurre : Et te va coucher de bonne heure, Quand j'ai soupé de mon pain bis. Que j'ai décrotté leurs habits, Que toute ma besogne est faite Je me jette dans ma roulette, Mais elle et son passionné Sont jusques à minuit sonné...Boulette : Les enfants jouent à la boulette, en poussant une balle dans une petite fosse. [F]
Osselets : Petit os qui est derrière du gigot de mouton, dont se servent les enfants pour jouer aux jeu des osselets. [F]
Corbillon : Est aussi un petit jeu d'enfants où il faut répondre ou rimer en "on". [F]
Cache-cahe-Mitoulas : C'est un jeu de jeunes gens, qui consiste à mettre quelque chose secrètement entre les mains, ou dans les habits de quelqu'un de la compagnie. [F]
Trou-Madame : Est un jeu où l'on laisse couler les boules dans les trous, ou rigoles marquées diversement pour la perte ou pour le gain. [F]
Queueleuleu : Les enfants ont un jeu qu'ils appellent la queue-leu-leu, quand ils se tiennent l'un l'autre par la robe en marchant. [F]
Roulette : Est aussi une petite couchette qui roule sur des roues pour la transporter, et la cacher sous un autre lit quand on veut. Un mari qui couche dans une roulette, tandis que sa femme couche au grand lit est un grand sot. [F]
SCÈNE VII. Le Compère, Lubin.
LE COMPÈRE
Est-elle au logis, ma Commère ?SCÈNE VIII. Lubine, Lubin.
LUBINE
Il ne la voudra pas reprendre ? L'a-t-il pas reprise, faquin ?Faquin : Se dit aussi en quelque sorte au figuré, pour un homme sans mérite, sans honneur, sans coeur, digne de toutes sortes de mépris. [F]
LUBIN
Vraiment oui.SCÈNE IX.
SCÈNE X. Monsieur Ragot, Lubin.
MONSIEUR RAGOT
L'occasion s'offre à propos ; Allons donc jeter par avance Les fondements de ma vengeance : Je ne travaillerai point mal Si je puis chasser mon rival D'auprès cette impudente femme. Va n'as-tu point de honte infâme, Que les voisins entendent tous Ta femme te rouer de coups ?LUBIN
Il est vrai, voisin, mais qu'y faire ? Faut-il que je m'en désespère ? Le maudit compère qu'elle a Me hait, et l'oblige à cela.MONSIEUR RAGOT
Que fait-il chez toi ce compère ?MONSIEUR RAGOT
J'ai feint d'avoir adroitement Besoin de lui pour un moment ; Pour l'avertir que l'on le blâme De voir trop librement ta femme : Mais loin d'en être inquiété En se moquant il m'a quitté ; Il allait troussant sa moustache Te monter un vilain panache.Panache : on dit proverbialement, qu'une femme a mis un beau panache sur la tête de son mari, quand elle lui a été infidèle. [F]
MONSIEUR RAGOT
Encor passe pour ce Compère, Car nos femmes ont d'ordinaire Pour notre plus grand ennemi Quelque Compère ou quelque ami ; Mais on te croit sans raillerie Chef de la grande Confrérie.LUBIN
Voisin, je suis ce que je suis, Et d'être autrement je ne puis ; Ma femme est, et coquette, et belle, Je m'en ri tout tombe fur elle » C'est son affaire, brisons-là : Mais le plus grand défaut qu'elle a, Au moins le plus insupportable, C'est qu'elle me bat comme un diable, Car ses coups me rendent la peau Plus noire que votre chapeau.MONSIEUR RAGOT
Vois-tu Voisin ? Je suis un homme...MONSIEUR RAGOT
Tu n'en as guère vu, pauvre homme !LUBIN
Guère ? J'ai pourtant vu Paris, Et le trésor de Saint-Denis.La basilique de Saint-Denis renfermait les tombes des rois de France.
MONSIEUR RAGOT
Non demeure, Je m'en vais te ravir sur l'heure : T'entretenir, étant pressé De tous les lieux où j'ai passé, Ces récits seraient incommodes. Sache qu'étant aux Antipodes L'on me fit présent d'un trésor. Qui vaut plus d'un million d'or, Et si ce n'est qu'une racine , Laquelle mise sur l'échine D'une femme fut-ce un Démon, La rend plus douce qu'un mouton.MONSIEUR RAGOT
Du pied d'un arbre que j'ai vu Qu'avait planté Lusse-tu-cru, À ce qu'on dit, et puis fit Gilles.Faire Gilles : pour dire s'enfuir ou pour dire qu'il a fait banqueroute. [F]
MONSIEUR RAGOT
Si ta femme en avait tâté.MONSIEUR RAGOT
Attend, dans un quart d'heure, ou deux. Elle en tâtera si tu veux ; Ce ne serait plus elle-même, Sa douceur deviendrait extrême Par la faculté de ce bois.LUBIN
Morbleu ! Que je serais heureux ! Ce serait une bonne affaire ! Mais où coucherait le Compère ?MONSIEUR RAGOT
Qu'il couche au diable désormais.MONSIEUR RAGOT
Mais tu la battras comme plâtre Si tu veux, et tu lui feras Faire tout ce que tu voudras. Elle viendra dans sa colère Te traiter comme à l'ordinaire : Comme elle prendra son haut ton, Tu tiendras ferme ce bâton Qui vaut mieux que deux vertes gaules : Tu lui sangleras les épaules Seulement de quinze ou vingt coups, Tu la verras à tes genoux. Plus souple et plus obéissante Qu'une jeune et neuve servante, Te dire en larmes, je promets De n'aimer que toi désormais, De ne plus souffrir le Compère.LUBIN
Qui, c'était une bonne lame.Lame : on dit proverbialement et bassement, "une bonne lame", une "fine lame", une personne fine, et adroite ; et ne se dit qu'en mauvais part, principalement quand on dit d'un ton admiratif : La bonne lame ! [F]
MONSIEUR RAGOT
Trois coups la rendirent d'abord Plus douce qu'un enfant qui dort : Mais il faut dedans ta mémoire Mettre quatre mots de grimoire, Et les dire, autrement, ma foi, Les coups retourneraient sur toi.Grimoire : livre qu'on a jamais vu, où on prétend qu'il y a des conjurations propres à évoquer les démons. [F]
LUBIN
Elle va revenir, je meure : Apprenez-les moi tout à l'heure Et nous allons dans un moment Voir un diable de changement Pour elle et pour moi fort risible ; Si le secret est infaillible Je ne vous épargnerai rien, Prenez mon honneur et mon bien, J'ai fort peu de l'un et de l'autre, Mais disposez comme de vôtre.MONSIEUR RAGOT
Tasse vouzi driou titave.LUBIN
La peste ! Quels diables de mots ! Je ne trouve plus à propos De les apprendre tout à l'heure, Il me faut deux-mots, ou je meure Avant que de les bien savoir Adieu, voisin, jusqu'au revoir.MONSIEUR RAGOT
Demeure, il n'est rien plus facile : Quand tu serais plus imbécile Que la même imbécillité, Je donne la facilité D'apprendre en un jour une histoire..LUBIN
Tasse, roti....MONSIEUR RAGOT
Quoi ! Quatre mots...MONSIEUR RAGOT
Tasse...MONSIEUR RAGOT
Je me lasse.LUBIN
Disons ensemble.MONSIEUR RAGOT
Pourquoi m'interrompre ?MONSIEUR RAGOT
Tasse.MONSIEUR RAGOT
Achève.MONSIEUR RAGOT
Et comment donc prétends-tu faire ?MONSIEUR RAGOT
Mais quoi ! Si tu ne retiens pas.LUBIN
Mais que l'on parle mal là-bas ! Le langage est bien incommode Dedans la ville d'Antipode ! Cela me ferait détester.SCÈNE XI. Lubin, Lubine.
LUBINE
Te moques-tu de moi ?LUBIN
Il s'en est allé sans rien dire, Elle a raison, faute d'un mot Je ne suis encore qu'un sot. Il rimait ce me semble à cave : Tasse rouzi friou titave. Bon je l'ai retrouvé sans vous.LUBIN
Des fous ! Pas tant fou que l'on pense : Allons, fais-moi la révérence. Et quelque joli compliment.LUBIN
La révérence, bas, plus bas, Ma foi, cette racine est drôle ! Allons, qu'on joue un autre rôle.SCÈNE XII. Le Compère, Lubine, Lubin.
LUBINE
Pour l'amour de moi.LUBINE
Mon amour, il est parti.LUBIN
Oui-dà, bien fort ; bon, ne ris plus, Je trouve tes ris superflus ; Pleure à présent à chaudes larmes ; On dit que ta voix a des charmes , Chante, éternue, auparavant.LUBIN
Ah ! J'ai tort s'il ne se peut faire. Fais donc un feint éternuement ; Dieu t'assiste, je suis content.LUBIN
Et la voix, l'esprit, et le corps, Tu n'es bonne que quand tu dors, Mais vois-tu , je veux être maître, Et c'est enfin mon tour de l'être : Chante pour charmer mes ennuis.LUBIN
Chante, tes pleurs font superflus ; Je suis fort content que tu meures, Pends-toi, si tu veux dans deux heures, Je veux avant que voir ta fin T'entendre dire : Ah ! Le bon vin, Tu as endormi ma mère, Mais jamais, jamais, Toure, loure, loure, loure, Mais jamais, jamais, Tu ne m'endormiras.LUBIN et LUBINE chantent
Ah, le bon vin ! Tu as endormi ma mère, Mais jamais, jamais, Toure, loure, loure, loure, Mais jamais, jamais, Tu ne m'endormiras.LUBINE
Mon mignon, mon friou titave, Commande, je suis ton esclave.Dans l'édition de 1679, on lit "LUBIN" comme locuteur, il s'agit très probablement de LUBINE.
SCÈNE DERNIÈRE. Monsieur Ragot, Le Compère sortants chacun d'un côté, Lubin, Lubine.
LUBIN
Ah, voisin !MONSIEUR RAGOT
As-tu réussi ?LUBIN, au Compère
Que venez-vous chercher ici ?LE COMPÈRE
Hen.LUBIN
Ne faites point tant le brave ; Tasse rouzi friou titave, Vous pourrait maltraiter, ma foi, Votre gîte n'est plus chez moi, Le temps est passé.LE COMPÈRE
Hé compère !LUBIN
Il n'est compère ni commère, Vous devez être satisfait De tout ce que vous avez fait Contez-le pour votre partage, Vous n'en ferez pas davantage. Car j'userai de mon pouvoir.LE COMPÈRE
Et moi je vous ferai savoir...LUBIN
Ah ! Vous voulez faire le brave. Tasse rouzi friou titave. Mon fils voici le coup d'honneur Sers ton très humble serviteur, Et fais au moins sur le Compère Ce que tu fais sur la Commère, Comme diable il gagne le haut.MONSIEUR RAGOT
Mais suis-je vengé comme il faut ? Si vous menez Jean, Jacques ou Blaise, Enfin quelque ami qui vous plaise, Faire chez vous quelque repas Que votre femme n'aime pas, Et qu'elle vous fasse la mine, Venez emprunter ma racine.MONSIEUR RAGOT
Voilà, Messieurs, le sot vengé.559 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0