Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Arsace, Roi des Parthes

Jean Le Royer de Prade· créée en 1662, imprimée en 1666· 5 actes· 1 694 vers· 7 personnages

Représenté pour la première fois le 3 novembre 1662 au Théâtre du Palais-Royal

Personnages

  • ARTABAN, Roi des Parthes
  • PHARASMANE, fils ainé d'Artaban
  • ARSACE, son frère
  • VOLOGESE, Seigneur Parthe
  • ARAXIE, fille aînée de Phradate, prédécesseur d'Artaban
  • MÉDONIE, sa soeur
  • LE CAPITAINE DES GARDES
Dédicace

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PRADE.

Voici une restitution qu'un de vos meilleurs amis m'a chargé de vous faire ; et quelque chagrin que vous ait pu donner le larcin qu'il vous a fait de VOSTRE ARSACE. Je pense que vous devez être satisfait de la manière dont il le répare, puisqu'il vous le rend à milliers pour un seul qu'il vous a pris. Si pourtant il vous en reste quelque ressentiment ; considérez, s'il vous plaît, MONSIEUR, qu'il n'a point eu d'autre dessein que de vous acquérir l'estime de toute la terre, que d'exposer au grand jour une merveille que vous condamniez à des ténèbres éternelles, et que le voulant dérober à tout le monde, vous étiez plus coupable que lui, qui ne l'a dérobé qu'à vous seul. En effet, le but de l'Art étant de plaire au public, il fallait que vous eussiez eu intention de l'en gratifier, et si quelque considération vous en avait empêché pendant plusieurs années ; il était du devoir d'un ami de vous ramener à la première comme à la plus juste. Reconnaissez donc, MONSIEUR, que vous avoir fait un larcin de cette sorte, c'est avoir su vous rendre un bon office ; commence à vous louer de lui, puisqu'il vous a fait louer par tant d'honnêtes gens qui ont applaudi à votre ouvrage ; et s'il a disposé sans vous d'un bien qui vous appartenait, vous devez vous en prendre à l'estime qu'il en a fait, comme je le mets sous la presse par celle que j'en ai vu faire à plusieurs personnes d'esprit et de mérite, je suis MONSIEUR, Votre très humble et très obéissant serviteur,

GIRARD

AU LECTEUR

Ceux qui trouveront dans cet ouvrage de la conformité avec quelques autres qui ont paru depuis six ou sept années, sont avertis qu'il était en état d'être mis au jour dès l'année 1650. Que les suivantes il fut promis dans les Affiches des Comédiens du Marais, et depuis annoncé par ceux de l'Hôtel de Bourgogne ; et que si Monsieur de Prade, qui ne l'avait fait que pour son divertissement particulier, ne se fut opposé à sa représentation, il y eut éclaté dès ce temps-là avec tous les avantages que lui pouvaient donner ses beautés naturelles, soutenues des charmes de la nouveauté. II a été lu à une infinité de personnes de mérite qui peuvent en rendre témoignage : Messieurs de Sainte Marthe, le Vayer de Boutigny, Lebret, Follecille, l'Abbé de la Motte le Vayer, de Montauban, de Scudery, de Rotrou, du Ryer, et Beys ont publié dès l'année 1653, l'estime qu'ils en faisaient. Et il y a neuf ou dix ans que l'on en fit une lecture chez Monsieur_le_Comte de la Serre, où se trouvèrent Messieurs Quinault et Corneille le jeune, ce dernier même y relut à loisir quelques endroits dont il fut touché : Après cela je pense qu'il est aisé de conclure en faveur de Monsieur de Prade, puisqu'il ne pouvait pas avoir jeté les yeux dans l'avenir pour y chercher un modèle de son travail dans des pièces qui pour lors n'étaient pas seulement en idée. J'espère que l'on lui rendra justice, et que l'on n'estimera pas moins les belles choses, qui sont dans son ouvrage leur lieu naturel, que l'on a fait dans ceux où elles étaient transplantées.

Le sujet d'Arsace est tiré du 42ème livre de Justin, où il dit qu'Artaban septième Roi des Parthes, succéda á son neveu Phradate : et sur ce peu de mots qui contiennent ce qu'il y a de véritable, le reste a été imaginé en sorte néanmoins que l'histoire en est plutôt étendue que contredite. Que si l'on y représente Pharasmane si criminel, ce n'a pas été sans fondement, puisque le même Justin témoigne qu'il était ordinaire aux Parthes d'avoir des Rois parricides.

Pour les vers je n'en dirai rien ; mais ceux qui s'y connaissent demeureront d'accord qu'on n'en a guère vu de mieux imaginés, ou plus forts également partout, ni plus justes, ni de mieux tournés, et qui brillent d'un feu si vif. Aussi ont-ils fait dire à l'un des plus beaux génies de ce temps, qu'il n'avait point encore vu de pièce où il eut trouvé tant d'esprit, et l'illustre Monsieur Corneille, qu'elle avait assez de beautés pour parer trois pièces entières.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Vologese, Le Roi.

SCÈNE II. Le Roi, Araxie, Médonie, Vologère.

SCENE III. Araxie, Médonie.

MÉDONIE

Mais....

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Pharasmane, Médonie.

SCÈNE VI. Pharasmane, Médonie, Arsace.

PHARASMANE

Avouez que pour moi, votre haine mortelle Donne à votre allégresse une force nouvelle, Et vous fait moins sentir votre propre bonheur, Que celui de m'ôter et l'Empire et l'honneur ; Mais alors que la joie est si vaine et si prompte, Elle amène après soi le regret et la honte ; Vous n'êtes pas content puisque vous désirez, Et pouvez n'avoir rien puisque vous espérez. Vous savez qu'Araxie en donnant la Couronne, Penchera du côté que son amour l'ordonne : Mais ne présumez pas que soumis par son choix, J'abaisse mon orgueil à recevoir vos lois, Et qu'un lâche respect vienne occuper mon âme, Pour un Roi qui sera l'ouvrage d'une femme. La franchise est un bien qu'on ne me peut ravir ; Vous pouvez commander mais je ne puis servir ; Et je vous punirais si votre orgueil extrême Me traitait de sujet seulement en vous-même. On est mauvais sujet à qui l'on fut égal, Et qui voulut régner obéirait fort mal. il faut, puisque mes droits sont unis à ma vie, Que pour me les ôter elle me soit ravie ; Mais pour avoir ensemble et ma vie et mon rang, Jugez ce qu'à vous-même il coûtera de sang : J'ai les Parthes pour moi, si vous avez mon père, Et pour rendre électif un sceptre héréditaire, Il faut prendre sur eux de tyranniques droits, Et détruire l'État pour en changer les lois. Ne vous flattez donc pas d'une si vaine attente, Voyez votre fortune avec quelque épouvante, Songez qu'elle vous place au dessus d'un aîné, Et craignez le bonheur d'en être couronné.

SCÈNE VII. Arsace, Médonie.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Médonie, Araxie.

SCÈNE II. Araxie, Médonie, Arsace.

ARAXIE

Tu ne le peux ingrat, et malgré mon courroux, Ta présence m'inspire un mouvement plus doux. Ne crains pas qu'il éclate et rompe le silence, À tous mes sentiments je ferai violence, Et pour les captiver sous l'Empire des tiens, Mon coeur jusqu'à ma langue est étendra ses liens. Je dispose du Sceptre, et ton père désire, Que le don de ma foi soit celui de l'Empire ; Mais faisant beaucoup plus, en faisant moins pour toi, Je te le veux donner séparé de ma foi. J'userai de mes droits, Amante généreuse, Pour te mieux assurer la Couronne douteuse, Sans te faire pourtant une nécessité De joindre mon hymen avec la Royauté, Par ta seule grandeur tu connaîtras ma flamme, Je te dispenserai de me prendre pour femme. Et ton père surpris reconnaîtra demain, Que qui donne son Coeur peut refuser sa main, Que s'il veut malgré nous à l'hymen nous contraindre. Dans ce commun malheur je serai seule à plaindre : Car punissant en moi ses tyranniques lois, Ma mort t'affranchira des rigueurs de mon choix. Mon choix de la Couronne aura paré ta tête, Ma mort t'en donnera la paisible conquête. Puisqu'ainsi mon trépas prévenant tes refus, Tu ne me devras rien, quand je ne vivrai plus : Sont-ce des sentiments qui méritent ta haine, Je veux te voir au trône et non pas à la gêne, Et je ne joindrai point pour mon seul intérêt, Un présent qui t'offense à celui qui te plaît. Je te rendrai content, sans devenir heureuse, Je voudrais t'acquérir, mais je suis généreuse, Et n'attends pas ton coeur pour t'avoir couronné, Car j'aurais plus acquis que je n'aurais donné. Ainsi de quelque horreur que ma flamme t'anime, Si je n'ai ton amour, j'obtiendrai ton estime, Ou si ma peine est due à ton aversion, Je serai morte, au moins, pour ma punition, Adieu, retiens ces pleurs, que je te vois répandre, J'ai surpris ta pitié qui s'en voulait défendre, Tu viens de t'oublier pour sentir mes douleurs ; Mais s'ils sont dérobés, je refuse les pleurs.

ARAXIE, se tournant (comme elle s'en va) vers Arsace

Serais-tu bien touché d'un remords salutaire ?

ARSACE dit la moitié de ce vers à Médonie, et l'autre à sa soeur

Il vous faut obéir, je vais trouver mon frère.

SCÈNE III. Araxie, Médonie.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Araxie, Pharasmane.

ARAXIE, rêvant

Il en perdra la vie.

PHARASMANE

Quoi sa mort ?

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Arsace, Pharasmane.

PHARASMANE, tirant un poignard pour tuer Arsace

Meurs plutôt.

ARSACE, lui saisissant le bras

Attenter à mes jours !

SCÈNE VIII. Le Roi, Pharasmane, Aarsace.

LE ROI

Donc même fureur vous donnait même envie ? Mais lors qu'à cet excès vous en êtes venus ; Répondez inhumains vous êtes-vous connus : Ou bien n'est-il en vous de vous pouvoir connaître : Que quand vous regardez celui qui vous fît naître Le sang qui vous unit de ses plus sacrés noeuds, Par une seule atteinte aurait coulé des deux, Ô que j'ai mal jugé de vos âmes perfides, Je cherchais un Monarque entre deux parricides, Et voulant déposer le Sceptre dans vos mains, J'en partageais l'espoir entre deux assassins. Enfants dénaturés quel démon vous anime ? Il valait mieux souffrir que commettre ce crime Du coup qu'on vous portait ne vous pouvant troubler Du coup que vous portiez il vous fallait trembler, Plutôt que d'attaquer une si chère vie, Il fallait consentir qu'elle vous fut ravie. J'en aurais un à plaindre, et j'ai pour m'affliger Mes deux fils à punir, et pas un à venger. Mais je ne vois qu'un fer ; c'est le vôtre ou le vôtre, Il ne pouvait ensemble attaquer l'un et l'autre, Et du crime de l'un ce complice avéré Est en faveur de l'autre un témoin assuré. Il le rend innocent s'il le fait méconnaître, Et je juge d'ailleurs qu'un de vous le doit être ; Car deux coeurs à la fois n'auraient pu concevoir Le penser seulement d'un attentat si noir ; Mes voeux sont exaucés, j'en ai donc un à plaindre, Et l'un doit espérer, lorsque l'autre doit craindre.

À Pharasmane.

Tu ne t'en peux défendre, et ton front étonné, Au rapport de mes yeux t'a déjà condamné.

LE ROI

Terminez ce combat où mon âme incertaine Ne voit rien d'assuré que le crime et la haine, Où toujours le coupable est trop avantagé, Puisqu'entre mes deux fils mon coeur est partagé, Avec juste raison il se cache le traître, Et fait qu'en le voyant je ne le puis connaître. Quoi que dans ma tendresse il pût trouver d'appui, Ma rigueur toute entière agirait contre lui ; Qu'il dissimule donc avec plus d'artifice. Et s'obstine au secret par la peur du supplice. Mais qu'il apprenne aussi qu'on lui peut reprocher, Que son crime redouble à le vouloir cacher, Puisque employant la ruse après le force ouverte. De son frère deux fois il hasarde la perte ; Qu'il sache le cruel que mon ressentiment. Doit à ce double crime un double châtiment, Et que deux fois ainsi l'équité me convie, Aux plus sévères lois d'abandonner sa vie. Ces noms de père et fils lui seront superflus, S'il veut être inconnu, je ne le connais plus. Mais il rit en secret alors que je menace : De mon aveuglement il espère sa grâce, Et croit rendre toujours mon courroux impuissant, S'il confond sa fortune avec un innocent ; Mais quelque obscurité dont se couvre ce lâche, Qui me cache mon fils, quand lui-même il se cache, Qui confond sa vertu dans son crime douteux, Et veut qu'au lieu d'un traître on m'en reproche deux. Je saurai le trouver l'assassin de son frère, Qui garde assurément même sort à son père. Et qui pour n'être point parricide à demi, Me hait pour avoir fait naître son ennemi. Que si pour le punir, je ne le puis connaître, Injuste avec raison parla crainte de l'être » Quoi que les droits du sang me veuillent retenir, Sans l'avoir reconnu je l'oserai punir. Je vous perdrai tous deux pour venger l'un ou l'autre, Pour punir votre crime ou pour punir le vôtre, Ou plutôt en bon père, et juge rigoureux, Pour vous venger tous deux, je vous perdrai tous deux. Aussi bien si j'en dois croire votre querelle, D'un si grand attentat la faute est mutuelle ; L'un de vous de sa haine, a fait l'autre l'objet, Mais l'autre à cette haine a fourni de sujet, Et l'amour de vos coeurs également bannie, L'un commença la faute, et l'autre la finie ; D'ailleurs, quoiqu'il en soit, vous m'êtes ennemis ; Car enfin vous vouliez assassiner mon fils.

Au Capitaine de ses Gardes.

De crainte cependant, qu'aucun d'eux par sa fuite Ne se puisse soustraire à ma juste poursuite, Que Selucie étant leur prison désormais, La Garde s'y redouble aussi bien qu'au Palais.

À ses fils.

Au surplus inhumains, je vous laisse en la vôtre, Et l'un quoi qu'il en soit me répondra de l'autre.

SCÈNE IX. Le Roi, Vologèse.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Pharasmane, Araxie.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Médonie, Pharasmane.

SCÈNE IV. Arsace, Pharasmane.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Le Roi, Araxie, Pharasmane, Vologese.

SCÈNE VII. Le Roi, Vologèse.

SCÈNE VIII. Le Roi, Pharasmane, Arsace, Vologèse.

LE ROI, à Pharasmane

Du combat que juge la Princesse.

LE ROI, à Pharasmane

Crains-tu d'être vaincu ?

LE ROI

Lâches, dédaignez-vous de commettre un forfait Qui ne vous paraît plus être tel en effet ? Ou la peur du péril, entre vous mutuelle, Aurait-elle accordé votre injuste querelle ? Seriez-vous ennemis lorsqu'il se faut aimer ? Ou frères seulement lorsqu'il se faut armer ?

À partir d'ici, jusqu'au vers 9XX, ce passage n'est pas présent dans l'exemplaire de Gallica mais est présent en carton dnas l'exempliare d ela Bibliothèque Mazarine (relevé par Anne Tannhof lors de son master à la Sorbonen Paris IV).

SCÈNE IX. Le Roi, Vologèse.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Araxie, Le Roi, Pharasmane, Arsace.

ARAXIE

Je l'ignore, Seigneur, et veux bien l'ignorer, Pour n'être point contrainte à vous le déclarer, Si je l'avais nommé de sa gloire ennemie, J'aurais à son triomphe ajouté l'infamie, Je l'aurais fait rougir de la honte de voir, Son frère convaincu d'un attentat si noir ; Je vous aurais réduit au sort inévitable, Ou de haïr un fils ou d'aimer un coupable, De vouloir son supplice ou son impunité, D'avoir trop peu d'amour ou trop peu d'équité. De manquer au devoir ou de juge ou de père, De condamner un Prince en qui l'État espère, Ou de lui réserver par une injuste loi, L'ennemi de son frère ou celui de son Roi : Mais cherchez votre fils seulement en vous-même, Et lui voulant céder la puissance suprême, Pour ne vous point tromper en ce doute confus, Honorez-en celui que vous aimez le plus : Sa vertu qui sans doute et plus vive et plus pure, À vous le faire aimer seconda la nature ; Cette même vertu peut encore aujourd'hui Arrêter votre estime et vos faveurs sur lui ; Puisque pour inspirer un si grand parricide, La rage est impuissante où la vertu préside : Joint que l'amour des Rois, comme il importe à tous, Par le mérite seul est attiré sur nous ; Le Ciel qui les gouverne en leur âme l'inspire, Il empêche leurs sens de les pouvoir séduire, En affaiblit l'amorce et permet rarement Que leur faveur se donne avec aveuglement. Si vous l'aimez en fils, il est digne de l'être, Croyez-en cet amour que les Dieux ont fait naître, Et ne permettez pas qu'un aveugle courroux, Démente votre coeur qui le connaît pour vous.

SCÈNE II. Araxie, Arsace, Pharasmane.

SCÈNE III. Pharasmane, Arsace.

SCÈNE IV. Médonie, Pharasmane, Arsace.

MÉDONIE

Prince, quoi que sensible à l'ennui qui vous touche, Ma pitié fasse effort pour me fermer la bouche, De tant de lâcheté me voyant accuser, Je vais me découvrir et vous désabuser. Mais si je vous déplais par cet aveu sincère, Songez que l'honneur seul m'engage à vous déplaire, Et que tout intérêt devant céder au sien, Je ne m'attaque à vous qu'en défendant le mien. Si je voyais en vous cette vertu reluire, Qui vient à votre aîné de disputer l'Empire, Dans votre abaissement aux pieds d'un souverain, Je tiendrais à bonheur de vous donner la main : Mais en vous désormais ; ne voyant plus Arsace, De mon premier amour le souvenir s'efface, Ne vous connaissant plus je puis m'en dégager, Et votre changement m'autorise à changer. Ce sont des sentiments que mon devoir m'ordonne, Je trahirais déjà le Roi que l'on me donne, Si par un lâche hymen je pouvais m'asservir À celui dont le bras nous la voulut ravir, Et si de mon devoir aujourd'hui peu jalouse, De son propre ennemi je devenais l'épouse. Il peut vous pardonner au lieu de vous punir ; Mais de votre attentat je me dois souvenir, Et malgré ses bontés à vos désirs cruelle, Par ma rébellion lui demeurer fidèle. Je sais qu'avec tant d'art vous l'avez su cacher ; Qu'on paraît comme injuste à vous le reprocher, Mais je sais bien aussi qu'un frère magnanime Même par son pardon présuppose le crime, Et d'ailleurs que pour vous un père rigoureux, De votre abaissement vous fait un sort honteux. Arbitre de ses fils, cet équitable père, Ou le droit est égal à la vertu déferre. Il veut feindre pour vous, mais l'amour paternel Nommant son successeur nomme le criminel. Et sur le front de l'un la couronne affermie, Le couvre enfin de gloire, et l'autre d'infamie. J'en crois donc ce qu'il pense et dois plus l'écouter ; Plus l'amour fait effort à m'en faire douter. Pour me cacher en vous ce que j'y vois d'aimable, Je dois vous regarder seulement en coupable, Opposer votre crime à mes voeux les plus doux, Et par l'horreur du crime en concevoir pour vous.

SCÈNE V. Médonie, Pharasmane.

SCÈNE VI. Le Roi, Pharasmane.

SCÈNE VII.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Arsace, Araxie.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Araxie, Vologère.

SCÈNE IV. Araxie, Le Roi.

SCÈNE V. Le Roi, Araxie, Arsace.

LE ROI

De crainte d'en rougir je t'ai déjà fait dire Tous mes soins jusqu'ici pour te donner l'Empire ; Mais comme j'ai plus fait que tu n'as mérité, Seul je puis faire foi de cette vérité ; Prince connais moi donc et pour mieux me connaître, En voyant quel je fus, vois quel je te dois être. Je t'aimai par instinct dès que tu vis le jour, Mon estime depuis t'assura mon amour, Elle t'en fit un ample et peu juste partage, J'aimai moins ton aîné pour t'aimer davantage, Fils ingrat, et toujours pour te le voir soumis, J'ai fait peut-être plus qu'il ne m'était permis. Mais cet amour si grand de ton aveugle père Est un bien usurpé qui retourne à ton frère, Et qui passant en lui me doit mieux exciter À punir l'assassin qui vient de me l'ôter, Après ton vain effort pour t'immoler sa vie, Par ton bras mieux instruit se la voyant ravie, Il recouvre son père et son affection, Il me devient plus cher pour ta punition, Au moins si plus qu'un fils, j'ai pu chérir un traître, Ma rigueur l'attaquant lorsqu'il se fait connaître, Pour m'en justifier fera voir noblement, Que je ne l'ai chéri que par aveuglement, Si ce fut honte à moi d'avoir été ton père, C'est ma gloire envers toi d'être juge sevère, Pour faire méconnaître à la postérité Ton père qui se change en un juge irrité. D'ailleurs à te punir tout l'État me convie, Il faut pour son bonheur qu'il t'en coûte la vie, Je sauve mes sujets quand je te fais périr, Et crois les adopter en te faisant mourir. Donc de ma bonté n'espère point de grâce, J'en prononce l'arrêt, tu vas mourir Arsace, Et quoique dans ton frère il te reste un appui, Tu vas mourir Arsace, et mourir avant lui. Je le vengerais mal, je serais mauvais père, Si je te permettais de survivre à ce frère.

SCENE VI. Le Roi, Araxie, Arasace, Vologese.

VOLOGESE

Écoutez seulement, J'étais auprés de lui dans son appartement, Lorsqu'e tant averti que contre toute attente 5Médonie est encore ou semble être vivante, Je passe dans le sien et par un prompt secours, De leur terme fatal je recule ses jours. Et lors pour l'engager à le faire connaître, Détestant l'assassin d'une femme et d'un maître, Comme tel je lui dis qu'Arsace condamné À payer de sa tête est déjà destiné. À ces mots plus perçants que le coup qui la tue, C'est à moi, c'est à moi que la peine en est due. J'ai trahi, me dit-elle, et ma soeur et le Roi, J'ai trahi, ses deux fils pour m'assurer leur foi, Et pour régner par l'un à tous deux infidèle, J'ai fait régner sur eux ma flamme criminelle. Aujourd'hui trop aveugle en Pharasmane heureux, Me croyant élevée au comble de mes voeux, J'ai dédaigné son frère, et moi-même abusée, Aussitôt de l'aîné me voyant méprisée, J'ai résolu leur mort, et sans plus balancer, Par celle de l'aîné j'ai voulu commencer. Lui mort j'ai présumé que la rigueur d'un père Comme auteur de ce meurtre immolerait son frère, Et qu'ainsi désormais entre le trône et moi, Je verrais seulement la Princesse et le Roi, Qui sous le fait de l'âge étant prêt à s'abattre, Ne me laisserait plus que ma soeur à combattre ; Mais le Ciel équitable à mon espoir trompé, De ce même poignard dont je l'avais frappé, Pharasmane s'armant d'une atteinte mortelle, A fait justice à tous de cette criminelle. Courez le dire au Roi, les Cieux ne m'ont permis De voir encor le jour, que pour lui rendre un fils, Et je serais en butte à toute leur colère, Si j'abusais ainsi de l'équité d'un père, Elle expire à ces mots, et j'accours à l'instant, Sire, vous annoncer ce secret important.

SCÈNE DERNIÈRE. Pharasmane, Le Roi, Arsace, Araxie, Vologese.

LE ROI, se mettant au devant de lui

Arrête, où fais encore un plus grand parricide.

ARSACE

Vivez...

1 694 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica