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un seul est le mot juste.

Prologue en vers· Prologue du Tartuffe en vers

Un Trait de Molière

Eugène de Pradel· créée en 1863, imprimée en 1821· 323 vers· 4 personnages

Représentée, au second Théâtre-Français (Odéon), 15 janvier 1863, 241- anniversaire de la naissance de Molière.

Personnages

  • MOLIÈRE, auteur et acteur dramatique, M. PERLET, artiste du Gymnase
  • DALNAS, Riche bourgeois de Paris. M. DALBANS
  • JULIE, fille de Dalbans. Mademoiselle LECLERC, Aline ; du Conservatoire Royal
  • UN MESSAGER

UN TRAIT DE MOLIERE, PROLOGUE.

SCÈNE PREMIÈRE.

Le Théâtre représente un salon.

DALBANS, seul, à La cantonnade

Tant pis pour lui, ma fille, il faut que votre amant Se trouve au rendez-vous fixé pour ce moment ; Dans trois quarts d'heure, au plus, sans appel, je prononce. Hein !... Il est à Versailles. En ce cas il renonce En faveur d'un rival, au bonheur d'être époux. Plaît-il ?... Que je l'attende ! À pareil rendez-vous, On ne doit pas manquer ; non ! S'il était mon gendre, Passe ; je concevrais qu'il pût se faire attendre.

Avançant en scène.

Ah morbleu ! De mon temps, ces amoureux transis, Dans leurs tièdes amours constamment indécis, Près de nos vert-galants n'auraient pas fait fortune ! Qu'on ait peur de l'hymen, dont la chance commune Est de charger d'ennuis un front humilié ; Je le comprends fort bien, moi qui fus marié. Mais quand on est épris des charmes d'une belle, Quand on craint un rival, quand le démon s'en mêle ; Enfin, qu'il faut conclure ou s'avouer vaincu ; J'aimerais encor mieux cent fois être... battu ! Le tour de Bellerose est sanglant pour Julie : Il demande sa main, et bientôt il oublie Le jour, l'heure fixée et la condition Qui doit déterminer ma résolution. Je le plains : mais la chose est par trop singulière. Le sort me favorise en secondant Molière : C'est en vain que ma fille a rejeté ses voeux, Molière est justement le gendre que je veux. Quel talent créateur ! Quelle verve féconde ! Comme il observe et peint le peuple et le grand monde î Molière, dans son art, s'immortalisera ; En le connaissant mieux, ma fille l'aimera ; Et quel espoir charmant ! D'admirateurs remplie, Ma maison deviendra le temple de Thalie !...

SCÈNE II. Dalbans, Julie.

DALBANS, l'embrassant

Tu te rends, quel beau jour !

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Molière, Dalbans, Julie.

MOLIÈRE

S'il vaut à son auteur les peines qu'il me donne, Quels destins glorieux lui sont déjà promis ! Mon Tartuffe, en naissant, m'a fait mille ennemis. Son seul titre soudain d'une puissante ligue Unit les éléments. Le mensonge, l'intrigue, Les fourbes, les cafards, au mal toujours ardents, Armèrent contre moi leurs griffes et leurs dents. J'étais, à les entendre, un homme abominable, Un suppôt de l'enfer, envoyé par le diable ; Un monstre, sans honneur et sans religion, Qu'il fallait assommer. De la contagion Tous les cagots atteints à l'envi cabalèrent ; Jusqu'aux enfants de choeur après ma pièce hurlèrent. Si d'Espagne on eût pu mander l'inquisiteur, Et brûler saintement le livre avec l'auteur ; Quel innocent plaisir pour ces âmes chrétiennes De me suivre au bûcher, en chantant des antiennes ! Par bonheur pour ma peau, ce grand zèle étouffé N'obtint pas la faveur de mon autodafé. Je venais d'arracher dans mes lignes proscrites À l'erreur son bandeau, leur masque aux hypocrites ; C'était-là tout mon crime ; il offensait les sots... « Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévots ! » Mais l'ignorance envahi criait au sacrilège. Bientôt de la raison l'auguste privilège Sur les coeurs généreux fit éclater ses droits ; La Sagesse est assise au trône de nos rois. Un digne protecteur des libertés publiques, Écartant des autels les fureurs fanatiques, Un monarque pieux et surtout éclairé Loua les sentiments qui m'avaient inspiré. Le Tartuffe reprit son rang près des ouvrages Qui des hommes de bien méritent les suffrages ; Et, si je ne m'abuse en ma crédulité, Il est mon plus beau titre à la postérité !

Cagot : Celui, celle qui a une dévotion suspecte et déplaisante. [L]

Antienne : Passage de l'Écriture, qu'on chante en tout ou en partie, avant un psaume, et qu'on répète en entier après. Fig. Chanter toujours la même antienne, répéter toujours la même chose. [L]

Boileau. Lutrin, Chant Ier. [NdA]

JULIE, à part

Que je souffre !

MOLIÈRE, à Julie

Est-il vrai ?

DALBANS

Parlez donc.

DALBANS

Voyons.

SCÈNE V. Les précédents, le Messager.

LE MESSAGER, à Monsieur Dalbans

À vous-même, Monsieur, on m'a dit d'apporter

Il tire avec peine un paquet de sa poche.

DALBANS, vivement

Et quoi donc ?

DALBANS, prenant le paquet

Donne.

MOLIÈRE

Bellerose !

JULIE, troublée

Grand Dieu !

LE MESSAGER

Monsieur, je suis payé.

Il sort.

SCÈNE VI ET DERNIÈRE. Les mêmes, excepté le Messager.

DALBANS, ayant défait la première enveloppe qui couvrait une lettre et un écrin, lit une adresse

« Pour remettre à Julie »... À vous Mademoiselle.

Il lui donne le paquet ouvert.

MOLIÈRE

N'êtes-vous pas ici Chez vous !

Julie ouvre la lettre. Son père et Molière l'observent.

DALBANS, à part à Molière

Comme son front soudain s'est obscurci !

MOLIÈRE, à Dalbans

Vraiment !

À la lecture de la lettre, on voit Julie s'émouvoir, s'attendrir ; sa poitrine est oppressée. Enfin, la sensibilité l'emporte, elle laisse couler ses pleurs.

JULIE

Ah ! Monsieur.

Elle passe entre Dalbans et Molière.

323 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica