Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Phèdre et Hippolyte

Nicolas Pradon· créée en 1677· 5 actes· 1 741 vers· 9 personnages

Représenté pour la première fois le 3 janvier 1677 à l'Hôtel Guénégaud.

Personnages

  • THÉSÉE, Roi d'Athènes
  • PHÈDRE, fille de Minos et de Pasiphaé, enlevée par Thésée
  • HIPPOLYTE, fils de Thésée et d'Antiope, reine des Amazones
  • ARICIE, princesse de la contrée d'Attique
  • IDAS, gouverneur d'Hippolyte
  • ARCAS, confident de Thésée
  • CLÉONE, confidente d'Aricie
  • MÉGISTE, femme de la suite de Phèdre
  • GARDES
Madame

À MADAME LA DUCHESSE DE BOUILLON

Souffrez qu'Hippolyte forte aujourd'hui du fonds de ses forêts, pour venir rendre hommage à Votre ALTESSE. Bien que ce Prince fut le plus habile chasseur de son temps, son adresse aurait cédé sans doute à celle que vous faites admirer si souvent à toute la France dans ce noble exercice, et il aurait été charmé de vous y voir avec tout cet éclat et cette grâce qui vous accompagnent toujours. Ne vous étonnez pas, MADAME, s'il vous paraît dépouillé de cette fierté farouche et de cette insensibilité qui lui était si naturelle, mais en aurait-il pu conserver auprès des charmes de VOTRE ALTESSE ? Enfin si les Anciens nous l'ont dépeint comme il a été dans Trézène, du moins il paraîtra comme il a dû être à Paris, et rien déplaise à toute l'Antiquité, ce jeune Héros aurait eu mauvaise grâce de venir tout herissé des épines du Grec, dans une Cour aussi galante que la nôtre. Ce n'est pas, MADAME, que VOTRE ALTESSE ne pénètre admirablement toutes les beautés des Anciens. Outre le mérite de sa personne et l'éclat de son rang, elle possède encore au dessus de celles de son sexe, des avantages plus solides du côté de l'esprit, puisque (si je l'ose dire) elle sait puiser dans leurs sources les beautés d'Horace et d'Ovide, et des plus célèbres auteurs dont elle nous pourrait donner des leçons. On sait d'ailleurs, MADAME, que V. ALTESSE ne juge jamais des ouvrages par cabale, ou par prévention, mais toujours avec un discernement si juste, accompagné de tant de pénétration et de délicatesse, et dans une si grande droiture de raison, quelle ne laisse rien a répondre aux plus entêtés. Ce sont ces raisons, MADAME, qui ont forcé Hippolyte à venir vous rendre ses respects, et vous remercier des bontés dont V. ALTESSE l'a déjà daigné honorer au théâtre : il vous en demande la continuation sur le papier ; heureux ! s'il peut avoir l'honneur de vous plaire une seconde fois. Quoi qu'il en fait, je lui aurai toujours l'obligation, d'avoir servi de prétexte à mettre votre illustre Nom a la tête de cet ouvrage, pour rendre témoignage a toute la France des obligations que je vous ai, et du profond respect avec lequel je serai toujours,

MADAME,

DE VOTRE ALTESSE,

Le très humble et très obéissant Serviteur.

PRADON.

PRÉFACE

Voici une troisième pièce de théâtre de ma composition : elle a causé bien de la rumeur au Parnasse, mais je n'ai pas lieu de me plaindre de son succès ; il a passé de si loin mon attente, que je me sens obligé d'en remercier le Public, et mes ennemis même, de tout ce qu'ils ont fait contre moi. À l'arrivée d'un second Hippolyte à Paris, toute la République des Lettres fut émue, quelques poètes traitèrent cette entreprise de témérité inouïe, et de crime de lèse-majesté poétique ; sur tout

La Cabale en pâlit, et vit en frémissant Un second Hippolyte à sa barbe naissant.

Mais les honnêtes gens applaudirent fort à ce dessein ; ils dirent hautement, qu'Euripide, qui est l'Original de cet ouvrage, n'aurait jamais fait le procès à Sénèque, pour avoir traité son sujet, ni Sénèque à Garnier, ni Garnier à Gilbert. Ainsi j'avoue franchement, que ce n'a point été un effet du hasard qui m'a fait rencontrer avec Mr Racine, mais un pur effet de mon choix ; j'ai trouvé le sujet de Phèdre beau dans les Anciens, j'ai tiré mon épisode d'Aricie, des Tableaux de Philostrate, et je n'ai point vu d'Arrêt de la Cour qui me défendit d'en faire une pièce de Théâtre. On n'a jamais trouvé mauvais dans la Peinture, que deux Peintres tirassent diverses copies du même Original ; et je me suis imaginé que la poésie, et surtout le poème dramatique, qui est une peinture parlante, n'était pas de pire condition. Il serait même à souhaiter pour le divertissement du Public, que plusieurs auteurs se rencontrassent quelquefois dans les mêmes Sujets, pour faire naître cette noble émulation qui est la cause des plus beaux ouvrages. Mais quelques auteurs intéressés n'ont pas été de ce sentiment, ils se font érigés en régents du Parnasse, ou plutôt en tyrans, et ils ont établi entre eux (en étouffant les Ouvrages des autres, ou les empêchant de paraître ) cette Maxime des Femmes Servantes de Molière,

Et nul n'aura d'esprit hors nous et nos amis.

En vérité, n'en déplaise à ces grands hommes, ils me permettront de leur dire en passant que leur procédé et leurs manières sont fort éloignées de ce Sublime qu'ils tâchent d'attraper dans leurs ouvrages : Pour moi, j'ai toujours crû qu'on devait avoir ce caractère dans ses mours, avant que de le faire paraître dans ses écrits, et que l'on devait être bien moins avide de la qualité de bon auteur, que de celle d'honnête homme, que l'on me verra toujours préférer à tout le sublime de Longin. Ces anciens Grecs, dont le style est si sublime, et qui nous doivent servir de modèles, n'auraient point empêché dans Athènes les meilleures actrices d'une troupe de jouer un premier Rôle, comme nos Modernes l'ont fait à Paris au Théâtre de Guénégaud. C'est ce que le Public a vu avec indignation et avec mépris ; mais il m'en a assez vengé, et je lui ai trop d'obligation pour différer plus longtemps à l'avertir de ce qui se trame contre lui ; on le menace d'une Satyre où l'on l'accuse de méchant goût, peut-être parce qu'il a osé applaudir à mon ouvrage, et l'on me menace aussi de la partager avec lui, pour avoir été assez heureux pour lui plaire. La Satyre est une Bête qui ne me fait point de peur, et que l'on range quelquefois à la raison ; de sorte que si le succès de Phèdre m'attire quelques traits du Sieur D*** je ne m'en vengerai qu'en faisant mon possible de lui fournir tous les ans de nouvelle matière par une bonne pièce de théâtre de ma façon, afin de mériter une Satyre de la sienne, à l'impression de laquelle je ne m'opposerai jamais quoi qu'on ait voulu empêcher mon Libraire d'imprimer ma pièce. C'est une trop plaisante nouvelle pour n'en pas réjouir mon lecteur. Il ne pourra pas prendre sans rire que ces Meilleurs veulent ôter la liberté aux auteurs de faire des pièces de théâtre, aux comédiens de les jouer, aux libraires de les imprimer, et même au Public d'en juger.

Je n'ai point parlé ici de la conduite de cet ouvrage ; elle a été généralement trop approuvée, quoi que je me sois un peu éloigné de celle d'Euripide et de Sénèque ; mais j'en ferai voir les raisons en un autre lieu par une Dissertation plus ample que j'en donnerai au Public.

Au reste je ne doute point que l'on ne trouve quelques fautes dans cette pièce, dont les vers ne m'ont coûté que trois mois, puisqu'on en trouve bien dans celles qu'on a été deux ans à travailler et à polir.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Hippolyte, Idas.

SCÈNE II. Aricie, Hippolyte.

SCÈNE III. Phèdre, Aricie.

SCÈNE IV.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Aricie, Hippolyte.

SCÈNE II. Phèdre, Hippolyte, Aricie.

ARICIE, tout bas

Partez, Seigneur, partez.

SCÈNE III. Phèdre, Aricie.

SCÈNE IV. Cléone, Phèdre, Aricie.

PHÈDRE

Ah Ciel !

SCÈNE V. Phèdre, Aricie.

SCÈNE VI. Thésée, Hippolyte, Idas, Aricie, Gardes.

SCÈNE VII. Thésée, Hippolyte, Idas, Gardes.

THÉSÉE

Vous me voyez, mon fils, une insigne victoire Ajoute un nouveau lustre à l'éclat de ma gloire, Non pas, comme l'ont crû mille peuples divers, Qui me font aujourd'hui revenir des enfers, Du reste des humains je distingue Hippolyte, À cent autres j'ai peint le Styx et le Cocyte, La flamme et les horreurs de ces fleuves ardents, Et la sombre pâleur de leurs mannes errants ; Mais je crois vous devoir un récit plus sincère, Votre esprit est guéri des erreurs du vulgaire, J'ai dû par politique en répandre le bruit, J'ai d'un pareil projet un vain peuple séduit ; Apprenez donc, mon fils, que sortant de Trézène, Je suspendis l'amour pour faire agir la haine, Pallas me fit quitter Phèdre pour le punir, Et différer l'hymen qui nous allait unir : Le superbe Pallas par de sourdes intrigues Formait depuis longtemps de redoutables brigues, Et déjà comme lui ses orgueilleux enfants Dans Athènes marchaient sur les pas des Tyrans ; Je pouvais, il est vrai, venir à force ouverte Avec cent mille bras travailler à leur perte, Et j'aurais vu bientôt mes desseins achevés Sur le débris des murs que j'avais élevés, Mais j'aurais confondu le crime et l'innocence ; Je donnai quelque temps pour mûrir ma vengeance, D'Athènes je voulus moi-même me bannir, Et je n'oubliai tout que pour m'en souvenir. Un grand dessein se forme à l'ombre du mystère, L'art de la politique est d'apprendre à se taire, Je me tus, je partis avec Pirrythoüs, Et dans plusieurs pays passant en inconnus, Nous avons étouffé des victoires célèbres, Et cent faits éclatants sous d'heureuses ténèbres ; J'ai déguisé mon nom, de crainte que mon bras Ne trahit mon dessein, ne l'apprit à Pallas ; Plus que mes ennemis j'ai redouté Thésée, Et craignant que ma gloire, ou que ma renommée Ne courut déceler mon nom à l'univers, J'ai su l'ensevelir jusque dans les enfers.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Aricie, Phèdre.

SCÈNE II. Thésée, Phèdre, Gardes.

PHÈDRE

Aricie !

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Phèdre, Hippolyte.

HIPPOLYTE

Moi, Madame ?

SCÈNE V.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Thésée, Arcas, Gardes.

SCÈNE II. Phèdre, Thésée, Arcas.

SCÈNE III.

PHÈDRE

Je ne le verrai plus ! Malheureuse princesse ! Peux-tu voir en ce jour ta barbare tendresse Te rendre la nature et les dieux ennemis, Et par la main du père assassiner le fils ? Le cruel cependant me va perdre lui-même, Il adore Aricie, il me hait, et je l'aime, Je respecte son coeur quand il perce le mien, Et tremblante, je veux qu'on épargne le sien. Sur le bord de la tombe où son amour m'entraîne, Puis-je encore à l'ingrat refuser de la haine ? Il m'offense, il m'outrage, ah ! c'est trop balancer, N'ayons plus de pitié pour qui m'ose offenser, Meurs, barbare... Mais quoi ? je soupire, je tremble, Dieux ! A-t-on tant de haine et tant d'amour ensemble ? Gloire, honte, dépit, douleur, rage, pitié, Raison, haine, fureur, jalousie, amitié, Tous déchirent mon âme en ce désordre extrême, J'aime ce que je hais, et je hais ce que j'aime, Tous ces cruels tyrans m'entraînent tour à tour, Mais la haine est toujours plus faible que l'amour. Je me suis assurée en secret d'Aricie, Un ordre de ma part lui peut ôter la vie, J'ai remis ma rivale en de fidèles mains, Mais Dieux ! Pour un ingrat je pâlis et je crains. Oui, consulte ton coeur, princesse infortunée, Verras-tu sans frémir trancher sa destinée ? Verras-tu sans honneur un père furieux Dans le sang de son fils se baigner à tes yeux ? Et c'est toi cependant qui d'une main timide Pousse le bras d'un père à faire un parricide, Quand ton coupable coeur dans le feu qu'il ressent Sait qu'Hippolyte hélas ! en est trop innocent. Innocent ! et c'est là ce qui fait tout son crime, C'est par-là que de Phèdre il sera la victime ; La victime ! Ah grands dieux ! Quels funestes désirs ! Quelle Victime hélas ! Qui coûte des soupirs. Sors, malheureuse, sors, pour finir tant d'alarmes, Va, ne perds plus de temps à répandre des larmes, Cours aux pieds de Thésée, et le tirant d'erreur, Découvre-lui ton crime, et te perces le coeur ? Dérobe ta rivale à l'horreur qui l'agite, Et puisque tu ne peux vivre pour Hippolyte, Rends-toi toute à la gloire, et mourant aujourd'hui, Fais-lui voir Phèdre au moins toute digne de lui. Dieux ! Il vient.

SCÈNE IV. Hippolyte, Phèdre.

SCÈNE V. Thésée, Idas, Phèdre, Hippolyte, Gardes.

THÉSÉE, en entrant s'arrête, et veut mettre l'épée à la main

Dieux ! Que vois-je ? Ah ! Perfide, Tu périras.

SCÈNE VI. Thésée, Phèdre, Gardes.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Phèdre, Aricie, Cléone.

SCÈNE II. Aricie, Cléone.

SCÈNE III. Thésée, Aricie, Cléone, Gardes.

THÉSÉE

Ah ! venez prendre part en la douleur d'un père Dont un fils insolent irrite la colère, Son audace aujourd'hui me trouble, me confond, Mais, Madame, avec moi vous partagez l'affront ; Le traître, comme à moi, vous a fait un outrage, D'une éternelle paix vous étiez le seul gage, Mon fils au roi d'Argos pour vous se vit promis, Et vous fûtes par lui destinée à mon fils ; Envoyée en ma cour par le roi votre père, De nos secrets desseins je vous fis un mystère, J'attendais qu'Hippolyte en voyant vos beautés Par son propre penchant suivit vos volontés, Mais son humeur farouche et son indifférence Suspendit pour un temps cette illustre alliance, Je le vis à regret. À mon fatal retour J'ai trouvé dans son coeur un détestable amour, Et loin de s'enflammer d'une ardeur légitime, Il n'aime le plaisir qu'assaisonné de crime, Les menaces des dieux, ses regards, ses soupirs, M'avaient fait pressentir ses injustes désirs, Au perfide aujourd'hui je vous ai proposée, Et, Madame, à ma honte il vous a refusée, Sans respect d'un hymen qui doit m'être si cher, Il soupire pour Phèdre, et veut me l'arracher, J'en suis trop éclairci ; sans redouter ma haine, Je l'ai trouvé, l'ingrat, seul aux pieds de la reine. Une juste fureur m'ordonnait son trépas, Mais Phèdre et la nature ont retenu mon bras, Et de peur que ce bras pour punir le perfide, Sans épargner mon sang, ne fasse un parricide, J'abandonne ce fils, et ce monstre odieux, Et j'ai remis le soin de ma vengeance aux dieux.

THÉSÉE

Dieux ! Qu'entends-je, Madame ? interdit, étonné, Vous me rendez l'effroi que je vous ai donné ! Quel horrible nuage ! et quel affreux mystère, Trop malheureux amant ! Mais trop barbare père ! Les dieux m'ont-ils trompé dans ce funeste jour ? Ou mes yeux n'ont-ils pu démêler cet amour ? Mon fils est mon rival, ou Phèdre est infidèle, Hippolyte innocent, ou Phèdre criminelle, L'un ou l'autre m'offense, et j'ai pour ennemis Ou le sang, ou l'amour, ma maîtresse, ou mon fils. Hélas ! De quel côté que paraisse le crime, Il n'offre à ma fureur qu'une chère victime, Et père malheureux, amant désespéré, Faut-il de tous côtés que je sois déchiré, Et que pour me venger d'une injuste tendresse, Je me doive immoler mon fils, ou ma maîtresse ? Ah ! Madame, je n'ose emprunter des clartés, Je cherche de l'erreur et des obscurités, Je crains de rencontrer Hippolyte fidèle, Et je tremble de voir la reine criminelle. Dieux ! quand je réfléchis sur ses emportements, Sa douleur pour mon fils, ses tendres mouvements, Quand je l'ai menacé pour Phèdre, quelle atteinte ! Que de pleurs, de soupirs, que d'horreur, et de crainte ! Ah ! ses injustes feux ont su trop éclater, Et même je n'ai pas la douceur d'en douter. Cependant Hippolyte est sorti de Trézène, Je l'ai banni, Madame, et chargé de ma haine, Mes imprécations dans mon jaloux transport Pour toute grâce aux dieux ont demandé sa mort, Et je crains que suivant l'effet de leur menace Ils n'accordent trop tôt cette funeste grâce.

SCÈNE IV. Mégiste, Thésée, Cléone, Aricie, Gardes.

SCÈNE DERNIÈRE. Idas, Thésée, Aricie, Cléone, Mégiste.

ARICIE

Hélas !

IDAS

À cet aspect, les chevaux d'Hippolyte Tous remplis de frayeur veulent prendre la fuite, De la voix, de la main il eut les arrêter, Pour un combat affreux que son bras va tenter. Essayons (a-t-il dit) si le sang de Thésée Sur les taureaux emporte une victoire aisée, Le Minotaure en Crète à son bras était dû, Et les dieux réservaient ce monstre à ma vertu. Mais ses chevaux fougueux que le monstre intimide, Ne reconnaissent plus de maître ni de guide, Ils emportent le char, prennent le frein aux dents, La crainte les maîtrise, et les rend plus ardents, Tout blanchissants d'écume ils s'élancent de rage À travers les rochers qui sont près du rivage ; Hippolyte alors tombe, et d'un trait malheureux S'embarrasse en tombant d'indissolubles noeuds ; Par les rennes traîné dont le noeud se resserre, Sa tête qui bondît ensanglante la terre, Sur les rochers pointus qui lui percent le flanc Il trace avec horreur des vestiges de sang, Enfin le noeud se rompt, et les chevaux en fuite Sur la terre étendu laissent choir Hippolyte. J'y cours baigné de pleurs, et le trouve expirant ; La reine, qui de loin nous suivait en tremblant, Toute éperdue arrive en ces tristes alarmes. Sur le corps d'Hippolyte elle verse des larmes, Embrasse avec transport ce prince malheureux, Tâche à le rappeler par des cris douloureux, Et lui voyant encor quelque reste de vie, Lui prononce le nom de sa chère Aricie. Le Prince ouvre les yeux, et d'un regard mourant Il cherche la princesse encore en soupirant, Il ne trouve que Phèdre, et sa triste paupière Se ferme, et pour jamais refuse la lumière.

THÉSÉE

Ciel !

1 741 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0