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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Régulus

Nicolas Pradon· imprimée en 1687· 5 actes· 1 548 vers· 9 personnages

Personnages

  • REGULUS ATTILIUS, Consul, Commandant l'armée des Romains devant Carthage
  • METELLUS, Proconsul de l'Afrique, pere de Fulvie
  • FULVIE, fille de Metellus, promise à Régulus
  • LE JEUNE ATTILIUS, fils de Régulus, amené dans le Camp par son père
  • PRISCUS, Chef de deux Légions envoyé à Régulus par le Sénat
  • MANNIUS, Tribun militaire, ennemi caché de Régulus, et son rival
  • LÉPIDE, Gouverneur du jeune Attilius
  • FAUSTINE, Confidente de Fulvie
  • MARCELLE, autre Femme de la suite de Fulvie
MADAME,

À MADAME LA DAUPHINE.

Souffrez que Régulus paroisse à vos yeux sur le papier, après avoir paru sur le théâtre avec assez de bonheur. Le caractère de ce fameux Romain ne pouvait pas manquer de frapper une âme comme la vôtre, dont les sentiments sont si grands et si nobles : Mais, MADAME, sans vous répéter ici ce que toute la France admire en votre auguste Personne, c'est à vous a qui la Tragédie doit uniquement ses beautés ; c'est par le goût exquis que vous en avez, par ces lumières pénétrantes à qui rien n'échappe, que vous animez encore ceux qui sont capables de faire de ces sortes d'ouvrages, à en produire de nouveaux ; C'est, MADAME, ce qui va me faire redoubler mes soins, pour me rendre un peu moins indigne de l'honneur de vos applaudissements, et sans vous fatiguer de la lecture d'une plus longue épître en prose, permettez-moi d'en ajouter une en vers, que j'ai eu l'honneur de vous présenter, et de me dire avec le plus profond respect,

MADAME, Votre très humble et très obéissant serviteur,

PRADON.

ÉPÎTRE

À MADAME LA DAUPHINE

Toi, dont le sang auguste et fécond à la fois, Promet à l'Univers des Héros et des Rois ; Princesse incomparable, écoute, et daigne entendre Ce que tout l'avenir de ce sang doit attendre. Que ton sort est heureux ! Qu'il te doit être doux ! Que le plus grand Monarque et le plus digne époux, L'un et l'autre à l'envie te chérisse, t'honore, (Eux devant qui tout tremble et que le monde adore.) Leurs désirs et nos voeux par toi sont accomplis, Un premier rejeton de l'empire des Lys A comblé les souhaits de l'aïeul et du père, Il fait tous les plaisirs et l'espoir de sa mère, Et déjà sur son front ennemi du repos Brillent les premiers traits qui forment les héros ; Ce merveilleux enfant qui n'a qu'un demi lustre, Ne marque déjà rien que de grand, que d'illustre ; Ce Prince encor à peine a l'usage des bras, Qu'il s'en sert pour montrer l'exercice aux soldats ; Déjà pour commander sa langue se dénoue, Et sa main faible encor d'armes seules se joue ; Préludes dangereux pour nos fiers ennemis, Si son auguste aïeul ne les avait soumis. Voilà de sa grandeur l'infaillible présage, Hercule ainsi jadis se jouait à son âge. Pour toi, que de plaisirs Monarque trop heureux ! De faire triompher ton fils et tes neveux, Quand ils suivront grand Roi l'exemple que tu donnes, Je crains que l'Univers n'ait trop peu de Couronnes. Princesse, c'est par eux que tu tiens dans tes mains Le destin de la France, et celui des humains ; Ils auront la grandeur de l'aïeul et du père, Ils auront les vertus et l'esprit de la mère, Dont le brillant mérite , et les charmes si doux, Font toujours un amant de son illustre époux ; Époux cher, qui l'adore, et qui sait toujours plaire, Affable, libéral, enfin tel que son père : Ce Prince impatient d'imiter les hauts faits, Déjà semble gémir des longueurs de la paix, Attendant que son bras fasse trembler la terre, La chasse qui l'occupe au défaut de la guerre, Et lui fait éviter la molle oisiveté, Marque dans ses plaisirs sa noble activité. Des monstres des forêts la fureur menaçante N'est que l'amusement de sa force agissante, Sans cesse infatigable il exerce sur eux Des traits qui deviendront un jour plus dangereux, Et si nos ennemis irritent sa colère, Il saura les dompter sur les pas de son père ; Et son bras à son tour par des faits inouïs Soutiendra bien la gloire et le nom de Louis. Toi seule sais charmer ce Prince magnanime ; Mais que dirais-je encor de ton esprit sublime, Son goût pour les beaux Arts et la solidité, Qui soutient le brillant de sa vivacité De ce charmant esprit l'extrême politesse Font dans ses jugements voir sa délicatesse. Oui, divine Princesse, il faut que les concerts Des enfants d'Apollon pour toi frappent les airs ; Et tandis que Louis écarte son tonnerre, Qu'il impose des lois au reste de la terre, Suivant notre devoir et nos justes désirs, Nous devons travailler du moins à ses plaisirs. Esprit du grand Corneille anime notre veine, Toi, qui fus toujours seul le maître de la scène, Dont le savoir profond et les nobles écrits Touchent toujours les coeurs, enlèvent les esprits, Tous ces traits immortels en te faisant revivre, Nous inspirent l'envie et l'ardeur de te suivre. La mort impitoyable éteignant son flambeau, Tient Melpomène en pleurs aux pieds de son tombeau. C'est donc à toi, Princesse, à ton noble génie, Qui des vers épurez distingues l'harmonie À le ressusciter par de nouveaux concerts, Sois le premier mobile et l'appui de nos vers ; Sur ses traces prenons des desseins magnifiques, Faisons renaître encor des poètes tragiques, L'ardeur de te servir nous doit seule exciter À faire nos efforts du moins pour l'imiter. Pour moi, tout pénétré de tes rares merveilles, Quoique faible, je veux te consacrer mes veilles, Bien que depuis un temps dans un profond oubli, Tranquille j'aie été toujours enseveli, Sur mes écrits enfin daigne jeter la vue, Ma muse au Grand Louis ne fut pas inconnue, Tamerlan et Tisbé par un sort glorieux, Eurent tous deux l'honneur de paraître à ses yeux : Phèdre qu'on étouffait même avant que de naître, Par l'ordre de Louis sut se faire connaître ; Aujourd'hui Régulus malgré les envieux Vient de frapper ton coeur, vient de plaire à tes yeux ; La grandeur de son âme a su toucher la tienne, C'est ce qui fait sa gloire aussi bien que la mienne, Il faut la soutenir, et ces beaux mouvements Qu'inspire la vertu par de grands sentiments, S'écartant du chemin de ces fades tendresses, Semblent être formés pour les grandes Princesses ; Heureux si mes héros toujours par leurs vertus S'attirent ton suffrage ainsi que Régulus.
PRÉFACE

Le succès de Régulus a été si grand, que son titre seul pourrait servir d'Apologie et de Préface pour répondre à quelques Critiques. Cependant sans me prévaloir des beautés que ce sujet m'a fournies, et des larmes que le public y a répandues, j'ose dire que je me sais un peu de gré d'avoir trouvé une route que plusieurs auteurs avaient vainement cherchée. J'ai changé quelques circonstances à l'histoire, et j'ai mis la scène dans le Camp des Romains devant Carthage, et non pas dans Rome, pour conserver l'unité du temps et du lieu. Mais il eût été bien fâcheux de laisser dans un éternel oubli, la plus grande action qui se soit faite dans l'ancienne Rome, faute d'un peu d'invention. J'ai donc renvoyé Régulus dans le Camp des Romains, pour les porter à la guerre, qu'il va payer de sa vie, plutôt qu'à la paix ; et cela a produit un si grand effet, que je voudrais faire souvent de pareilles fautes. On m'a reproché qu'il n'y avait pas assez d'action dans mon second acte.

J'avoue qu'il ne fait que préparer aux trois derniers, sur qui tombe toute l'action et tous les intérêts de la pièce ; mais les peintures que fait Fulvie du triomphe de son amant, ont paru assez belles, et même les plus fins connaisseurs m'ont applaudi d'avoir pu faire cinq actes complets d'un sujet aussi simple qu'est celui-ci. J'ai tâché de conserver ce caractère de grandeur et de fermeté dans le plus austère Romain qui ait jamais paru, et l'on me flatte de l'avoir fait voir dans toute son étendue. Je n'ai rien imité ni emprunté de personne dans un sujet tout neuf, que les anciens et les modernes ont également respecté. J'avoue qu'il y a peu d'amour, mais je n'y en pouvais mettre davantage avec bienséance : Et j'ai fait cette réflexion dans les représentations de Régulus, que la grandeur d'âme frappe plus que la tendresse, et que le spectateur est touché plus vivement par une grande action qui l'enlève, que par un fade amour qui languit, et qui fatigue et l'auditeur et l'acteur. Quelques uns ont trouvé à redire que j'ai mis un enfant sur la scène, mais j'ai suivi mot à mot l'histoire, et ce qu'en dit le fameux Horace,

Fertur pudicæ conjugis osculum [XII] Parvosque natos, ut capitis minor A se removisse, et virilem Torvus humi posuisse vultum.

Ces Vers me doivent fort justifier de cette nouveauté, qui a produit un si grand effet, et qui a fait dire des choses si touchantes à Régulus, qu'elles font toute la beauté du cinquième acte. Le caractère de Mannius est fondé dans l'histoire ; et Florus, dans lequel j'ai pris mon sujet, nous apprend la révolte de ce Tribun qui fit soulever tout le Camp des Romains contre Régulus. Je lui ai donné un intérêt d'amour et de jalousie qui sert à mon action principale. J'avoue que le caractère de Fulvie est entièrement de mon invention, et qu'elle fait l'épisode de ma pièce, on l'y trouve amenée avec bienséance, et elle a des sentiments assez dignes d'une Romaine, pour ne pas faire rougir Régulus du dessein qu'il a de l'épouser après la prise de Carthage. Enfin sans faire une plus longue discussion, je puis dire que cet ouvrage a frappé si vivement tout le public, et les acteurs en ont rempli si dignement les caractères, que cela me doit encourager à l'avenir à travailler avec plus d'application que jamais, et à chercher des sujets dont la grandeur soutienne celui de Régulus, qui a trompé les Satyriques, puisqu'il a eu un sort à Paris moins cruel que celui qu'il eut à Carthage.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Metellus, Priscus.

METELLUS

Jusqu'ici Régulus n'a rien eu de contraire, Ce qu'il a fait répond de ce qu'il saura faire, Mais Rome ne sait pas encor par quels combats Ce héros dans l'Afrique a signalé son bras ; Pour l'apprendre au Sénat, il faut vous en instruire, À peine croira-t-on ce que je vais vous dire. Les soldats effrayés de notre embarquement Semblaient nous menacer d'un grand soulèvement ; Tous les Romains saisis d'une terreur panique Redoutaient et les mers et les monstres d'Afrique, Le Tribun Mannius autorisait leurs cris, Régulus s'avança sans paraître surpris, Et l'épée à la main, et d'un air intrépide Aborde le Tribun, le saisit, l'intimide, Jusques sur un vaisseau l'entraîne, et sur ses pas On vit sans murmurer marcher tous les soldats. Nos vaisseaux firent voile, et les vents favorables, Faisaient voir sur ses bords nos armes redoutables, Quand un serpent affreux, d'une énorme grandeur, Et dont les sifflement répandaient la terreur Parut, étincelant de fureur et de rage Et voulut contre nous défendre le rivage ; Le soldat étonné n'ose entrer dans le port, Le monstre y fait trouver une infaillible mort, Le Romain effrayé, redoutant sa colère Le croit des Africains le démon tutélaire, Tout le monde pâlit : Régulus à l'instant Avecque un fier souris vers le monstre avançant, Lui lance un javelot dont la mortelle atteinte Rend bientôt de son sang toute la plaine teinte ; Il siffle, il se débat, on le voit se rouler Dans sons sang qui bouillonne et qu'on voit s'écouler, Mais d'un dernier effort qui l'élève et l'entraîne Il bondit, et demeure étendu dans la plaine ; Percé du trait fatal qu'il ne peut arracher Il meurt ; mais nos soldats qui n'osaient l'approcher Admirent Régulus, et par des cris de joie Célèbrent le bonheur que le Ciel nous envoie.

SCÈNE I.. Régulus, Metellus, Priscus.

SCÈNE I.I. Régulus, Metellus.

SCÈNE I.. Mannius, Régulus.

SCÈNE V.

MANNIUS

Qu'entends-je Régulus en moi seul se confie, Et je pourrai trahir mon chef et ma patrie ? Il ne veut plus douter, m'a-t-il dit, de ma foi, Cependant Xantipus est d'accord avec moi ; Si Régulus me suit sa perte est infaillible, Avec l'Afrique il perd le titre d'invincible, Tous ses plus grands succès deviennent superflus, Mais Dieux perdant Fulvie il perd encore plus. Pardonnez-moi grands Dieux ! Une telle vengeance, Fulvie a corrompu mon coeur, mon innocence, Par toutes les fureurs ce coeur est déchiré, Je suis amant jaloux, rival désespéré ; Je sais trop qu'un secret d'une telle importance N'admet point en ce camp la moindre confidence, Je ne l'ai jusqu'ici confié qu'à ma foi Et mon secret demeure entre les Dieux et moi. C'est donc vous justes Dieux ! À qui je le confie, C'est à vous seuls aussi que je me justifie, Vous avez vu l'affront que Régulus m'a fait, Et si pour m'en venger je commets un forfait, Il osa m'insulter et menacer ma tête Sur la sienne je fais retomber la tempête, Cet affront est gravé trop avant dans mon coeur ; Le sang des Manlius ne connaît point la peur, Régulus, ne crois pas qu'une terreur panique M'écartât lâchement des rives de l'Afrique ; Mais je ne voulais pas que mon amour caché Te suivit en triomphe à ton char attaché : Que dis-je ? Dans ce jour si tu prenais Carthage L'Hymen serait le prix de ce fameux ouvrage, Fulvie ah Dieux ! Non, non, je n'ai plus de remords, Cet hymen à mes yeux présente mille morts, Détruisons (s'il se peut) cette belle espérance, Je le dois à ma flamme autant qu'à ma vengeance ; Allons sans balancer servir nos ennemis, Et leur tenir enfin tout ce que j'ai promis.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Fulvie, Faustine, Marcelle.

FULVIE

Priscus est dans ce Camp, enfin Rome est instruite Du dessein de mon père et de notre conduite, De la part du Sénat il a vu Metellus, Rome connaît pour moi l'amour de Régulus ; Pardonne, jusqu'ici si je l'ai voulu taire, Mais Faustine, l'amour se plaît dans le mystère ; Je t'ai caché longtemps que mon coeur en secret A prévenu le choix que mon père en a fait, Je n'en dois point rougir, il est temps qu'il éclate. À Régulus, à toi, je deviendrais ingrate, Je puis te découvrir mes mouvements divers Quand Rome les approuve avec tout l'Univers. Tu sais que premier chef de la guerre punique Il défit Amilcar sur les côtes d'Afrique, Que Régulus obtint par l'ordre du Sénat, Les honneurs du triomphe avec le Consulat. Tu n'étais pas à Rome où je fus amenée, Je veux te rappeler cette grande journée, Où je vis ce héros pour la première fois Vainqueur des Africains et digne de mon choix. Ce brillant appareil, cette pompe de guerre, Ce débris de vaisseaux qu'on traînait sur la terre, Spectacle à nos regards surprenant et nouveau, Où la terre portait les dépouilles de l'eau ; Ces lions enchaînés, ces monstres de l'Afrique, Dont la férocité dans Rome pacifique Semblait s'être adoucie en quittant leurs déserts De leurs rugissements n'osaient frapper les airs ; Mille et mille captifs dans un triste silence Précédaient le vainqueur, annonçaient sa vaillance, D'aigles et de faisceaux un mélange confus Dans toute sa splendeur nous fit voir Régulus. Ce front majestueux, cet air grand et modeste Soudain de ma mémoire effaça tout le reste, L'applaudir, l'admirer, fut mon unique emploi Enfin, il triompha de l'Afrique et de moi.

SCÈNE II. Régulus, Fulvie, Faustine, Marcelle.

REGULUS

Madame....

SCÈNE III. Metellus, Régulus, Fulvie, Faustine, Lépide.

SCÈNE I.. Métellus, Fulvie, Faustine, Marcelle.

SCÈNE V. Fulvie, Faustine.

SCÈNE VI. Mannius, Fulvie, Faustine.

SCÈNE VII.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Metellus, Priscus.

PRISCUS

Vous en êtes surpris ; Mais il n'est que trop vrai que Régulus est pris, Xantipus est vainqueur, et par son artifice Il a fait à Carthage un si grand sacrifice ; J'ai peine à rassurer tout le camp étonné, Le soldat est confus, abattu, consterné ; Xantipus laissait voir un endroit de Carthage, Dont il avait exprès fait tomber tout l'ouvrage ; Il était découvert, facile et mal gardé, Régulus pour le voir de près s'est hasardé, (Vous savez que lui-même il veut tout reconnaître ) Il défend qu'on le suive, et l'on n'ose paraître ; Enfin par le conseil du Tribun qui le perd, Il avance pour voir ce poste à découvert ; À peine ont-ils marché, que la terre s'entrouvre, Par des lieux souterrains l'ennemi se découvre ; À chaque instant la terre enfante des soldats, Qui courent tous en foule au devant de ses pas, Régulus est surpris du nombre qui l'accable ; C'est en vain qu'il se sert de son bras redoutable, Quand le destin jaloux contraire à son grand coeur Fait briser son épée et trahit sa valeur, ( À combien d'Africains eut elle été funeste ? ) Seigneur, il est aisé de deviner le reste, Au cri des ennemis nous avons fait alors, Pour sauver Régulus d'inutiles efforts ; Mais enfin on connaît leur fatal artifice, Aussitôt qu'on avance on trouve un précipice ; Tout s'ébranle, tout tombe, et s'ouvre sous nos pas, Et nous aurions trouvé mille et mille trépas, N'était que pour garder ce qu'il venait de prendre, Xantipus a gagné ces murs sans nous attendre ; Cependant Mannius s'est sauvé de ses mains, Et seul est revenu dans le camp des Romains.

SCÈNE I.. Fulvie, Faustine, Metellus, Priscus.

SCÈNE III. Fulvie, Faustine.

SCÈNE IV. Mannius, Fulvie, Faustine.

SCÈNE V. Fulvie, Faustine.

SCÈNE VI. Lépide, Fulvie, Faustine.

SCÈNE VI. Metellus, Priscus, Fulvie, Faustine, Lépide.

FULVIE

J'obéis,

METELLUS à Lepide

Laissez-nous.

SCÈNE VIII. Metellus, Priscus.

SCÈNE IX. Lépide, Metellus, Priscus.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE I.. Lépide, Mannius.

SCÈNE I.I. Régulus, Metellus, Priscus, Lépide, Mannius.

REGULUS

La fortune, Romains, vient de changer de face, On en doit fièrement soutenir la disgrâce ; Si vous voyez en moi par un bizarre effort Un exemple fameux des caprices du sort ; Si mon bras a manqué la prise de Carthage, C'est dans un grand revers qu'on voit un grand courage ; Mille et mille succès semblaient m'avoir promis Que je devais dompter tant de fiers ennemis, Les entraîner un jour au pied du Capitole, Vous me voyez captif ; mais ce qui me console, J'ai rempli mon devoir, et si je suis vaincu, C'est la faute du sort et non de ma vertu. Apprenez donc ici le sujet qui m'amène, Si l'on ne fait la paix ma disgrâce est certaine ; Xantipus la demande et l'exige de moi, Asdrubal me renvoie en ce camp sur ma foi ; Si la paix dans ce jour avecque eux n'est conclue, Par eux à mon retour ma mort est résolue, Il n'en faut point douter, j'en ai vu les apprêts, Mais sachez à quel prix ils veulent cette paix. D'un coup d'oeil vous voyez tout ce qu'ils nous demandent, Et vous ne doutez pas de tout ce qu'ils prétendent ; Le fort de Clypea par nos armes conquis, De mes jours malheureux doit devenir le prix : Que dis-je, ils reprendront pour garantir ma tête L'Afrique qui se voit déjà notre conquête ; Ils demandent encor pour fruit de cette paix Tant d'illustres captifs que sur eux on a faits ; En vain j'ai demandé qu'on députât un homme Pour avoir les avis du Sénat et de Rome ; Ils veulent que le camp, et non pas le Sénat, Décide en cet instant d'un point si délicat ; Et comme ils étaient prêts d'entrer dans l'esclavage, Ils veulent que l'armée abandonne Carthage ; Voilà ce qu'on propose, et ce qu'on veut de nous : Que pensez-vous Romains que j'exige de vous ? Ils demandent la paix, qu'on leur fasse la guerre, Que la flamme et le fer désolent cette terre, Et quoi qu'à Régulus il en puisse coûter, Continuez la guerre, il vient vous y porter. Romains, je vous l'avoue en ce péril extrême, Pour vous persuader je suis venu moi-même, La paix plus que la mort m'a donné de l'effroi, J'ai tremblé des bontés que vous auriez pour moi ; Ainsi, je vous défens de racheter ma vie Par cette paix honteuse et pleine d'infamie.

SCÈNE I.. Régulus, Metellus.

Il sort.

SCÈNE V. Fulvie, Faustine, Metellus.

SCÈNE VI. Fulvie, Faustine.

SCÈNE VII. Priscus, Fulvie, Faustine.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Régulus, Lépide.

SCÈNE I.. Priscus, Régulus, Lépide.

SCÈNE III. Fulvie, Faustine, Régulus, Priscus.

SCÈNE IV. Le jeune Attilius, Lépide, Régulus, Priscus, Fulvie, Faustine.

SCÈNE V. Metellus, Régulus, Fulvie, Priscus, Lépide, Le jeune Attilius, Faustine.

LE JEUNE ATTILIUS

Mon père ?

SCÈNE VI. Fulvie, Faustine, Le jeune Attilius, Lépide.

SCÈNE VI.. Fulvie, Faustine.

SCÈNE VII. Marcelle, Fulvie, Faustine.

SCÈNE DERNIÈRE. Priscus, Fulvie, Faustine, Marcelle.

PRISCUS

Du plus grand des héros apprenez le destin. Voyant que tout le Camp lui fermait le passage, Metellus pour servir sa gloire et son courage Vient par son ordre apprendre au soldat mutiné Que Régulus enfin était empoisonné ; Qu'Asdrubal, Xantipus redoutant ce grand'homme Pour le rendre inutile au service de Rome, S'il manquait une paix utile aux Africains, Avaient d'un poison lent avancé ses destins, Que leur zèle par là demeurait inutile ; Alors toute l'armée interdite, immobile Par un triste silence accompagné de pleurs, Promet en soupirant de venger ses malheurs. Régulus s'est servi de ce noble artifice, D'un crime glorieux votre père complice, Trompe toute l'armée, et conduit Régulus Jusqu'aux murs de Carthage auprès de Xantipus ; À peine ce héros a-t-il gagné leurs portes, Que se tournant alors vers nos tristes cohortes, « J'ai dégagé ma foi, Romains, c'en est assez, Achevez les projets que je vous ai tracés, A-t-il dit. » Aussitôt nous plantons des échelles Chacun prend de l'ardeur et des forces nouvelles, On saute sur les murs, et l'épée à la main On presse, et l'on est prêt de forcer l'Africain ; Le jeune Attilius amené par Lépide, Porté par des soldats montre un air intrépide, Et pour sauver son père, affrontant les hasards, Sait nous servir de Chef, d'aigles, et d'étendards ; Mais Ciel ! Dans cet instant Xantipus l'âme émue, Présente Régulus mourant à notre vue ; Il fait voir ce héros déchiré, tout sanglant, Tout le camp est frappé d'un long saisissement ; L'horreur et la pitié nous glace, nous arrête, Nous ressentons les coups qui tombent sur sa tête, Et ces cruels lassés de le percer de coups, Semblent dans leur fureur moins le frapper que nous ; De nos tremblantes mains on voit tomber les armes, Loin de verser du sang nous répandons des larmes ; Cependant ce grand homme en ces derniers moments Semblait nous animer par ses regards mourants, Et prodiguant pour Rome et son sang et sa vie, Il meurt tranquillement pour sa chère patrie.

FULVIE

Hélas !

1 548 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0