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Tragédie en vers

Scipion l'Africain

Nicolas Pradon· créée en 1697· 5 actes· 1 417 vers· 11 personnages

Représenté pour la première fois le 22 février 1697 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain par la Comédie française.

Personnages

  • SCIPION, surnommé l'AFRICAIN, Consul et général de l'armée des Romains
  • ANNIBAL, général de l'armée des Carthaginois
  • LUCEJUS, prince des Celtiberiens, amant d'Isperie nièce d'Annibal
  • ISPÉRIE, nièce d'Annibal, promise à Lucejus, prisonnière dans le Camp de Scipion
  • ERIXENE, fille d'Hannon, ennemi d'Annibal, prisonnière dans le Camp de Scipion
  • AURILCAR, envoyé d'Annibal vers Scipion
  • LÉPIDE, confident de Scipion
  • SEXTUS, capitaine de l'armée de Scipion
  • CELSUS, romain, ami de Lucejus
  • ERMILIE, confidente d'Isperie
  • BARCÉ, confidente d'Erixene
PRÉFACE

Si le succès d'un ouvrage doit le défendre contre la critique, et si la première et la plus infaillible règle du théâtre est celle de plaire, j'ose dire que Scipion l'Africain ayant eu ce bonheur, je pourrais me dispenser de répondre aux critiques qu'on en a faites. Cependant sans me prévaloir des applaudissements que le public lui a donnés, je vais tâcher en peu de mots d'en justifier la conduite. On me reproche d'avoir fait Scipion amoureux ; mais je soutiens que le mettant sur la scène, j'ai dû lui donner ce caractère, qui relève son action principale, qui est de vaincre sa passion, et de rendre sa maîtresse à son rival. Aristote nous apprend qu'on peut ajouter quelque chose de vraisemblable au vrai ; et il est vraisemblable que Scipion à l'âge de vingt-quatre ans, ayant pris la plus belle personne de l'univers, ait été sensible à sa beauté et qu'il ait rendu quelques combats, avant que de la rendre à Lucejus Prince des Celtiberiens, à qui elle était promise. D'ailleurs si Scipion avait remis sa captive sans la voir, son action n'aurait pas été si belle, que de la rendre après l'avoir vue, et après en avoir été vivement touché ; car comme dit le grand Corneille,

Ce n'est qu'en ces assauts qu'éclate la vertu, Et l'on doute d'un coeur qui n'a point combattu.

Il me semble même que Scipion aurait bien douté de sa vertu, et du pouvoir qu'il avait sur lui de n'oser voir une très belle personne, de peur d'en être tenté. Comme l'Histoire ne nomme point cette belle captive, je la fais nièce d'Annibal, pour donner un plus grand contraste à l'amour de Scipion qu'il combat, et dont enfin il triomphe, et je puis dire que cette action a plu trop généralement dans le cinquième acte pour me repentir de l'avoir fait. Il y a des gens qui s'étonnent qu'Annibal vienne demander la paix avec une assez grosse armée ; mais il n'est pas permis d'ignorer un fait historique aussi connu que celui-là. Il est constant qu'Annibal fut rappelé par le Sénat de Carthage pour défendre sa patrie, qu'il quitta l'Italie, qu'il revint en Afrique, et qu'il y trouva les affaires en un si mauvais état, qu'il n'eût point d'autre parti à prendre pour sauver Carthage, que celui de demander la Paix ; mais il la demande d'une manière assez noble, et cette scène a toujours paru très belle, et très bien conduite ; je ne doute point qu'il n'y ait bien des choses qui auraient pu être mieux dans cette pièce, mais je ne suis pas infaillible, et je ne donne point ceci pour un ouvrage achevé. Il suffit qu'il ait réussi, pour en devoir être content, et pour m'encourager à travailler à l'avenir avec encore plus de soin et plus d'exactitude.

ACTE I

SCÈNE PREMIERE. Lépide, Aurilcar.

SCÈNE II. Erixene, Barse, Aurilcar.

SCÈNE III. Scipion, Lepide Aurilcar.

AURILCAR

Votre foi.

SCÈNE IV. Scipion, Lepide.

SCIPION

Erixene !

ACTE II

SCÈNE PREMIERE. Isperie, Ermilie.

SCÈNE II. Lucejus, Isperie, Ermilie, Cersus.

SCÈNE III. Isperie, Ermilie.

SCÈNE IV. Scipion, Isperie, Ermilie.

SCÈNE V.

SCIPION, seul

Et le sort, juste Ciel ! et les yeux pleins de larmes Attendrissent mon coeur, et m'arrachent les armes, Je suis prêt d'oublier ma gloire, mes projets, Et presqu'en ce moment je consens à la paix ; Oui, puisqu'elle le veut, il faut finir la guerre, En rendre un plein repos, un plein calme à la terre ; Mais quel triste penser me frape en ce moment ? Elle ne veut la paix que pour voir son Amant, Que pour combler ses voeux d'un heureux hyménée, Et j'en avancerais la fatale journée ? C'est donc pour Lucejus qu'elle aspire à la paix : Qu'elle l'aime grand Dieux ! Grands Dieux que je le hais ? Mais pourquoi son nom seul me fait-il de la peine ? D'où vient que Lucejus est l'objet de ma haine ? D'où vient que contre lui je me trouve animé ? Dieux ! Par quelles raisons ? Lucejus est aimé ? Les voilà ces raisons ? Et mon âme saisie... Ah ! Je te reconnais affreuse jalousie, Tu viens porter la haine et le trouble en mon coeur, Et tu me fais sentir que l'amour est vainqueur, Dans quel temps ? Dans le temps qu'Annibal va paraître, Et que de mes transports je dois être le maître, Je pousse des soupirs, je m'égare, ah du moins De mes égarements je n'ai point de témoins, Mais dois-je succomber au penchant qui m'entraîne ? Punissons Isperie en voyant Erixene, Méprisons ses attraits, et peut-être en ce jour Qu'Erixene saura détruire cet amour : Je veux rendre un hommage éclatant à ses charmes, Abandonnons des yeux toujours noyés de larmes, Tout le veut, la raison, la gloire, l'équité, Il faut par d'autres fers me mettre en liberté.

ACTE III

SCÈNE PREMIERE. Erixene, Barcé.

SCÈNE II. Lepide, Erixene, Barcé.

SCÈNE III. Scipion, Lepide.

SCÈNE IV. Annibal, Scipion, Aurilcar, Lepide.

ANNIBAL

Je le veux, je le dois : la fortune éclatante Qui fut assez longtemps pour moi ferme et constante, Ne m'a point ébloui ; ses inégalités M'ont fait voir quelquefois ses infidélités, Et bien qu'elle ait paru s'attacher à mes traces, Ses faveurs m'ont instruit bien moins que ses disgrâces. Pour vous, Seigneur, je crains qu'un éternel bonheur Du dessein de la paix n'éloigne votre coeur, Jusqu'ici la fortune à vos voeux fut fidèle, Vous n'avez point encore été trompé par elle, Commandant dans un âge où l'on doit obéir, Mille et mille succès ont dû vous éblouir ? La vertu, la valeur vous fut héréditaire, Vous vengeâtes d'abord votre oncle et votre père, (Illustres monuments de votre piété) Cette même valeur avec rapidité Arracha de nos mains, reconquit les Espagnes, L'Afrique à votre bras a coûté deux campagnes, Je viens d'y voir périr deux frères généreux, Qui rehaussent l'éclat de vos exploits heureux : Vous avez de Syphax conquis le vaste Empire, L'univers étonné vous craint et vous admire, Mais dans ce haut degré de gloire et de splendeur Scipion, redoutez votre propre grandeur, La fortune est volage, il ne faut qu'un caprice, Un seul jour, un instant nous mène au précipice, Le sort de Regulus effraya l'univers, Du plus haut point de gloire il tomba dans nos fers, Et n'eût pas éprouvé tant d'affreuses misères S'il eût donné la paix que demandaient nos pères : Le sort d'une bataille est toujours incertain, Mais celui de la paix est tout en votre main, Pour Scipion, pour Rome étant pleine de gloire, Elle aura plus d'éclat pour vous qu'une victoire : Pour Carthage, j'avoue avec sincérité Qu'elle aura moins d'honneur et plus d'utilité : Mais j'aime mieux encor pour la cause commune Suivre ici la raison que l'aveugle fortune ; Souffrez donc que j'en vienne aux termes d'un accord, Dont les conditions régleront notre sort, Et si nous vous cédons tous nos droits sur l'Espagne, Vous quittant la Sicile ainsi que la Sardaigne, Si nous abandonnons tant de pays conquis, Qui furent de la guerre et la cause, et le prix, Si nous nous resserrons en d'étroites limites, Qui par l'ordre des Dieux nous vont être prescrites, Pourrons-nous à la fin obtenir une paix Qui va presque nous mettre au rang de vos sujets ? Mais je lis dans vos yeux qu'après tant de batailles Vous voulez de Carthage attaquer les murailles, C'est là votre dessein, je le vois, et je viens Ménager un accord pour mes concitoyens ; Jusqu'à vous en prier je fléchis mon courage, Mais j'immole ma gloire au salut de Carthage, Et je crois faire plus pour l'éclat de mon nom Que si j'avais soumis et Rome, et Scipion.

SCIPION, à part

Dieux !

SCÈNE V.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Isperie, Ermilie.

SCÈNE II. Lucejus, Isperie, Ermilie.

SCÈNE III. Isperie, Ermilie.

SCÈNE IV. Annibal, Isperie, Ermilie.

SCÈNE V. Isperie, Ermilie.

SCÈNE VI. Scipion, isperie, Ermilie.

SCÈNE VII. Sextus, Lepide, Scipion, Isperie, Ermilie.

SCÈNE VIII. Scipion, Lepide.

SCÈNE IX. Annibal, Aurilcar, Scipion, Lepide.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Isperie, Ermilie.

SCÈNE II. Erixene, Barcé, Isperie, Ermilie.

SCÈNE III. Erixene, Barcé.

SCÈNE IV. Scipion, Lepide, Sextus, Erixene, Barcé.

SCÈNE V. Scipion, Lepide.

SCÈNE VI. Isperie, Ermilie, Scipion, Lepide.

SCÈNE DERNIÈRE. Lucejus, Celsus, Scipion, Lepide, Isperie, Ermilie.

1 417 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica