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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Statira

Nicolas Pradon· créée en 1677, imprimée en 1680· 5 actes· 1 608 vers· 9 personnages

Représenté pour la première fois le 3 janvier 1677 à l'Hôtel Guénégaud.

Personnages

  • STATIRA, fille de Darius, veuve d'Alexandre
  • ROXANE, fille de Cohortan, Satrape de Perse, veuve d'Alexandre
  • LÉONATUS, Prince du Sang d'Alexandre, et un de ses Successeurs
  • PERDICCAS, un des premiers Chefs de l'armée d'Alexandre
  • CASSANDER, fils d'Antipater, Gouverneur de la Macédoine
  • HÉSIONE, confidente de Roxane
  • CLÉONE, confidente de Statira
  • PEUCESTAS, Confident de Cassander
  • GARDES, et Suite de Gardes
PRÉFACE

La mort de Statira causée par la jalousie de Roxane, est assez marquée dans Plutarque, pour faire le sujet d'une Tragédie ; et le caractère de Roxane est trop connu par ses cruautés, pour pouvoir rien altérer de la vérité. Ainsi quoi que Mr de la Calprenède dans son Roman de Cassandre, ait fait revivre Statira, je n'ai pas cru devoir suivre son exemple, les règles du Poème Dramatique étant plus austères que celles du Roman, qui permet beaucoup de fiction, quand l'autre s'attache le plus qu'il peut à la vérité. L'amour de Leonatus et de Statira font l'Episode et le noeud de cette Pièce. Quelques-uns ont été surpris que j'ai choisi Leonatus entre tous les Successeurs d'Alexandre, pour Amant de Statira ; mais j'ai eu des raisons assez fortes pour le faire. Léonatus était un Prince du sang d'Alexandre, fort illustre par ses exploits. Il avait commandé en chef plusieurs fois les Armées d'Alexandre ; il lui avait sauvé la vie dans la Ville des Oxydraques, et ce fut lui qui fut envoyé après la Bataille d'Issus dans les Tentes des Princesses, pour les assurer de la vie de Darius, qu'elles croyaient mort. C'est dans cette entrevue où j'ai fait naître leur tendresse, et cet endroit a paru assez beau. Il partagea l'Empire du Monde avec tous les Successeurs d'Alexandre ; et quoi qu'il ne fasse pas une grande figure dans le Roman, il en fait une assez grande dans l'Histoire, et il me doit suffire qu'il soit célèbre dans Quinte-Curce et dans Justin. J'avoue que si j'avais mêlé un peu plus de politique dans les sentiments de si grands Hommes, le Sujet n'en eut été que mieux, mais quelquefois la tendresse nous emporte plus loin qu'il ne faut. J'ai changé quelques circonstances en la mort de Statira, qui ne pouvaient s'accommoder au théâtre. Au reste, quoi que le cours de cette pièce ait été interrompu par la maladie d'un des acteurs, j'espère que la lecture pourra n'en pas déplaire, puisqu'elle a paru assez bien écrite aux plus délicats.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Perdiccas, Cassander.

PERDICCAS

Je sais trop d'Alexandre honorer la mémoire, Seigneur, pour me flatter de tant de vaine gloire ; Il est vrai que son choix semble tomber sur moi, Mais après ce Héros peut-on élire un Roi ? Quand la Terre a perdu son vainqueur et son maître, Est-il un Successeur qu'elle puisse connaître ? Le présent qu'il m'a fait n'a point dû m'éblouir, Il peut être fatal à qui veut en jouir ; Quand de la Macédoine Alexandre eut l'élite, Il avait moins de chefs que de Rois à sa suite, Et ce héros vainqueur des Mèdes, des Persans, Ne nommait plus de Rois que par ses Lieutenants. Je n'ai donc point voulu me parer d'un vain titre, De tous ses successeurs je veux être l'arbitre, J'en ai fait nommer un pour le faire haïr, Et n'ai choisis qu'un Roi qui me sut obéir. Ce n'est donc point ce nom où mon coeur doit prétendre, Seigneur, nous adorons les veuves d'Alexandre, Pourquoi le taire encore ? Pourquoi dissimuler ? Cassander, il est temps d'agir et de parler ; J'adore Statira, vous adorez Roxane, Et vous aimez en vain cette fière persane, J'aime en vain Statira, mais il faut découvrir Nos rivaux trop heureux, et les faire périr ; Il faut que notre adresse à nos forces réponde, Maîtres de Babylone, il faut l'être du Monde ; En vain Léonatus prétend nous assiéger, Nous saurons le combattre, et même nous venger ; Pour gouverner l'Empire où nous devons prétendre, Il faut nous assurer des veuves d'Alexandre, Et fonder sur des droits justes et souverains, Partager son Empire et celui des humains.

SCÈNE II. Roxane, Cassander, Hésione.

SCÈNE III. Roxane, Hésione.

SCÈNE IV. Peucestas, Roxane, Hésione.

SCÈNE V. Léonatus, Perdiccas, Roxane, Cassander, Hésione, Gardes.

LÉONATUS

Avant que de nous faire une sanglante guerre Dont les grands intérêts arment toute la terre, Madame, et vous Seigneurs, nous devons balancer Ce qui peut la finir, loin de la commencer. Avant que notre armée ose rien entreprendre, Nous devons ce respect aux mânes d'Alexandre, De ne pas renverser un État si puissant Que son bras a rendu superbe et florissant. Il faut qu'un grand dessein sur l'équité se fonde, Il s'agit du destin de l'Empire du Monde, Et nous devons, vainqueurs de cent peuples divers, Partager, et non pas déchirer l'Univers. Sur tant de nations qui sont fières et braves, De maîtres nous allons devenir les esclaves, Et travaillant nous-mêmes à nos propres débris, Nous allons par nos bras venger nos ennemis. Oui, déjà l'Indien, le Persan et le Scythe, S'apprêtent à briser le joug qui les irrite, Et ces peuples vaincus à demi révoltés Nous destinent déjà les fers qu'ils ont portés. Quand nous serons en proies à la guerre civile, Un ennemi défait en fera naître mille, Qui jouissant du fruit de nos communs malheurs, Vengeront les vaincus aux dépens des vainqueurs, Qui devenant alors victimes de leur gloire, Se verront accablés par leur propre victoire ; Ainsi sans nous flatter de nos prétentions, Donnons ordre au plutôt à nos divisions. Philipe a-t-il d'un roi la véritable marque ? Non, vous n'avez en lui que l'ombre d'un monarque, Un maître qui vous sert formé de votre main, Et vous faites mouvoir un fantôme si vain. L'Univers peut-il être un trône héréditaire ? La Victoire a des droits plus forts que ceux d'un frère, Et puisque par nos mains un héros l'a conquis, Alexandre est le père, et nous sommes les fils. Madame, on aura soin des intérêts du vôtre, L'intérêt de Barsine est déjà joint au nôtre, Ainsi sur cet article on pourra décider ; Mais, Madame, il m'en reste un autre à demander. On tient dans ce palais Statira prisonnière, Qu'on lui rende aujourd'hui liberté toute entière, Tout le camp la demande, et Ptolomée, et moi.

SCÈNE VI. Cassander, Léonatus.

ACTE II

SCÈNE I. Statira, Cléone.

STATIRA

Pourquoi t'en étonner ? Roxane est ma rivale ; Sa rage, ses chagrins, ses fureurs, ses refus, Tout me dit que Roxane aime Léonatus. Mais écoute, Cléone, il est temps de t'apprendre Le secret et l'amour des veuves d'Alexandre ; Mes feux, mes tristes feux, ne sont points criminels, Quand j'adore après lui le plus grand des mortels, Car si de l'Univers il n'eut été le maître, Le seul Léonatus était digne de l'être. Apprends donc mon amour, ma crainte, mes ennuis, Et l'état pitoyable où mes jours sont réduits. Hélas ! Te souvient-il de ce jour mémorable Qui fit de Darius le destin déplorable ? Quand le monde ébranlé par ce premier revers Commença de trembler nous voyant dans les fers ; Que dans le champ d'Issus Alexandre eut la gloire D'honorer de nos fers sa première victoire, Nous attendions en pleurs le destin des Vaincus, Lors qu'on nous annonça la mort de Darius : De cent cris douloureux nos tentes retentirent, Les vaincus, les vainqueurs, comme nous en gémirent ; Ma mère évanouie, avec Syfigambis, Nous faisait redoubler nos sanglots et nos cris, Nous étions à leurs pieds dans ces tristes alarmes, Et pour les secourir nous n'avions que nos larmes. Alexandre touché que par un faux rapport Nous étions alarmés pour cette feinte mort, Voulut sécher les pleurs qu'il nous faisait répandre ; Léonatus entra de la part d'Alexandre, Et ce Prince attendri de nos vives douleurs D'un seul mot arrêta la source de nos pleurs. Ciel ! Avec quelle grâce il aborda ma mère Lorsqu'il nous détrompa de la mort de mon père ! Que son air était libre et rempli de grandeur ! Et qu'il me parût propre à consoler un coeur ! Je ne sais si déjà pour mon père attendrie Lorsque Léonatus m'assurait de sa vie, Mon coeur sans y penser, par un juste retour, Fit servir l'amitié de passage à l'amour : Enfin dans cet instant je ne pus me défendre De sentir pour ce Prince un mouvement trop tendre ; Et soit que le Destin ou l'Amour le voulut, Il me vit, je lui plus, je le vis, il me plût.

STATIRA

Il fallut obéir en victime d'État ! Léonatus rempli d'une douleur extrême, Désespéré, tremblant ; vint m'annoncer lui-même Qu'Alexandre dans peu me devait épouser, Et qu'il l'avait chargé de me le proposer. Juge de sa douleur, Cléone, et de la mienne, Ma flamme était déjà presque égale à la sienne, Et dans ce dur moment, je ne puis le celer, Je voulus lui répondre, et ne sus lui parler ; Mais tous deux de concert dans ces vives alarmes, Nous laissâmes parler nos soupirs et nos larmes. Je voyais à regret ce Prince mon amant, Lui-même à ma grandeur s'immoler tendrement ; Alexandre vainqueur, quoiqu'il fit pour me plaire, Ne m'en parût pas moins le vainqueur de mon père ; Ravisseur de nos biens, maître de nos États, J'admirais ce héros, mais je ne l'aimais pas, Il fallut obéir cependant, et mon âme Par un triste devoir sut combattre ma flamme, Et de Léonatus effaçant tous les traits, Lui dire en soupirant un adieu pour jamais. Depuis, grâces aux Dieux, mon coeur pour lui moins tendre, A soutenu le nom d'épouse d'Alexandre ; Une vertu sévère, un austère devoir, M'ont cent fois arrachée au plaisir de le voir ; Loin de lui je tâchais d'étouffer ma tendresse ; Je l'évitais hélas ! Et le trouvais sans cesse. Le Roi qui lui donnait comme à son favori, Le rang d'Éphestion qu'il avait tant chéri, Vit que Léonatus me faisait de la peine, Et me crut pour ce Prince une secrète haine, Et souvent malgré lui l'amenant devant moi. M'arrachait des soupirs qu'il volait à ma foi, Souvent il me priait dans sa tendresse extrême D'aimer Léonatus comme il l'aimait lui-même. Moi, qui dans cet instant eus voulu le haïr, Cléone, je tremblais de lui trop obéir, Et ce Prince confus de bontés de son Maître, M'évitait aussitôt qu'il me voyait paraître.

SCÈNE II. Cassander, Peucestas, Statira.

SCÈNE III. Cassander, Peucestas.

SCÈNE IV. Roxane, Cassander.

ROXANE

De qui ?

SCÈNE V. Hésione, Roxane, Cassander.

SCÈNE VI. Roxane, Hésione.

SCÈNE VII. Perdiccas, Roxane, Hésione.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Statira, Cléone.

SCÈNE II. Perdiccas, Statira, Cléone.

SCÈNE III. Statira, Cléone.

SCÈNE IV. Roxane, Hésione, Statira, Cléone.

SCÈNE V. Léonatus, Roxane, Statira, Hésione, Cléone, Gardes.

STATIRA

Hélas !

SCÈNE VI. Léonatus, Roxane.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Perdiccas, Peucestas.

SCÈNE II. Statira, Cléone, Perdiccas.

SCÈNE III. Statira, Cléone.

SCÈNE IV. Léonatus, Statira, Cléone.

LÉONATUS

Quoi ?

LÉONATUS

Moi, Madame ?

SCÈNE V. Roxane, Léonatus, Statira, Cléone, Peucestas, Gardes.

ROXANE

Dans un moment vous serez obéie. Approchez-vous.

Elle parle bas à un Garde.

SCÈNE VI. Perdiccas, Gardes, Roxane, Léonatus, Statira.

STATIRA

Hélas !

SCÈNE VII.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Roxane, Hésione.

SCÈNE II. STATIRA, ROXANE, CLEONE, HESIONE.

SCÈNE III. Cassander, Roxane, Statira, Cléone, Hésione.

STATIRA

Hélas !

SCÈNE IV. Roxane, Statira, Cléone, Hésione.

SCÈNE V. Roxane, Hésione, Cléone.

SCÈNE VI. Statira, Roxane, Hésione, Cléone.

SCÈNE VII. Statira, Cléone.

SCÈNE VIII. Léonatus, Statira, Cléone.

SCÈNE IX.

SCÈNE DERNIÈRE. Perdiccas, Léonatus.

LÉONATUS

Et vous plus de rival. Je veux périr, il faut que la mort nous assemble.

Il se veut jeter sur l'épée de Perdiccas.

1 608 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0