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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Ostorius

Michel Abbé de Pure· créée en 1658, imprimée en 1659· 5 actes· 1 591 vers· 7 personnages

Personnages

  • OSTORIUS, Sénateur Romain et amoureux de Sarcide
  • DIDIUS, Chevalier Romain confident d'Ostorius
  • CARACTACUS, Roi des Silures dans la grande Bretagne
  • LE PRINCE DE SILURE, allié du Roi, et Amant de Sarcide
  • CARTIDE, Femme de Caractacus, et mère de Sarcide
  • SARCIDE, fille de Caractacus, et Amante du Prince
  • LÉONICE, confidente de Sarcide
MONSEIGNEUR,

À SON ÉMINENCE

Je n'ai point de scrupule d'offrir un Ouvrage à votre ÉMINENCE, dont elle a daigné traiter si favorablement l'auteur, et de la remercier en même temps des faveurs qu'elle m'a promises et de celles qu'elle m'a faites. Les unes et les autres ont fait leur effet sur mon âme, et si je n'en ai pas jusques ici rendu aucun visible témoignage, je n'en ai pas eu moins de désir ni moins d'impatience de trouver l'occasion d'en faire un solennel aveu. Mais vous savez, MONSEIGNEUR, qu'il y a un silence respectueux qui a plus de force que le discours : et qu'il y a une admiration muette qui vaut plus que les louanges. Ces obscurs ressorts n'ont pas été oisifs dans mon apparent repos : et mes pensées n'ont pas été si paresseuses que mes paroles. Comme je vous les ai de longtemps consacrées je me suis contenté du zèle et de la durée de ma Religion sans prendre soin d'en parer les autels, et de rendre mes voeux avecque pompe : et je vous ai rendu ces respects insensibles et ces hommages secrets qui préfèrent la sincérité du coeur, à l'expression et la vérité des sentiments à l'ostentation des témoignages. Toutefois, MONSEIGNEUR, ce n'est pas assez à mes désirs de ne vous révérer que de l'esprit et de la pensée : et j'ai de l'inquiétude de me voir sans voix et sans onction parmi tant d'autres, dont les efforts brillent de toutes parts et qui, s'ils ont plus de mérite, ne vous ont pas tant d'obligations. Car enfin, MONSEIGNEUR, quand je devrais passer pour vain de l'approbation que j'ai reçu de V. E. je ne puis me refuser ce plaisir glorieux d'avoir été reconnu d'elle, capable de fidélité, même sans espérance, et incapable de changement, même dans l'intérêt. Cette estime, MONSEIGNEUR, ravit mes sens, elle m'est précieuse, et a de quoi m'enrichir sans aucun bien de fortune. Mais les libéralités que V. E. fait aux gens de lettres font qu'on ne distingue plus entre cette fortune et vos bontés : entre les bienfaits et votre bienveillance : et comme vous n'avez point de pensée stérile, vous ne concevez point d'estime infructueuse et qui ne soit accompagnée de grâces et de faveurs. J'en mérite si peu MONSEIGNEUR, que je ne puis qu'avouer d'en avoir reçu beaucoup : et comme je n'en puis prétendre sans quelque vanité, je ne puis jeter les yeux sur celles que j'ai reçues sans confusion. C'est ce désordre de mes ressentiments qui me force à me servir de l'éclat du théâtre pour rendre mes remerciements plus publics, et à recourir à la pompe des spectacles pour avoir plus de témoins de ma vénération. Ostorius y a paru, MONSEIGNEUR, avec plus de fortune que je n'en attendais, et sans doute avecque beaucoup plus de succès que de mérite. Mais je ne suis point si aveuglé en ce qu'il peut tenir de moi, que je ne distingue aisément ce qu'il a reçu de vous et que je ne voie bien avec tout le monde les différences qu'il y a entre les disgrâces de sa naissance et les avantages de sa bonne fortune, c'est-à-dire, entre l'obscurité de sa source et l'éclat de votre protection. Cet illustre Romain même qui a honoré son siècle, se tient honoré de revivre dans le vôtre. Il trouve autant de gloire à refuser des triomphes en France que d'en avoir mérité à Rome ; et aime mieux enfin jouir de l'honneur que vous lui faites que des faveurs de la fortune et des grâces de ses Empereurs. Il a fomenté la guerre où vous nourrissez la paix ; il conquit aux Romains une partie d'un Royaume flottant dont vous vous êtes assuré le tout, et enfin il versa beaucoup de sang et employa beaucoup de mains pour désarmer des barbares et pour faire une alliance qui ne vous a coûté que des réflexions, et pour qui tous les efforts se sont faits dans votre seule tête et dans votre cabinet. Il fait bien voir par là : MONSEIGNEUR, que tous les exploits de ses armes n'approchaient pas du progrès de vos soins : et que toute la puissance de Rome était beaucoup inférieure à la force de votre Génie et à l'art de votre Ministère. Qui a-t-il à craindre et pour lui et pour moi en ce qu'il peut en penser ou en ce que j'en puis dire. Nous avons pour nous le témoignage de nos yeux ; le silence forcé de vos ennemis ; l'étendue de nos frontières ; la terreur des Nations voisines, l'admiration de toute l'Europe : et l'opinion de tout le monde. Je puis donc bien, MONSEIGNEUR, mettre à vos pieds cet ancien Romain sans qu'on m'accuse d'exagération ou de flatterie. Si toutefois votre modestie s'y intéresse ; si elle désavoue mes sentiments : j'implore votre bonté et la supplie d'agréer mes respects et de croire que ces faibles hommages que je vous rends partent d'un coeur dévoué et de la raison persuadée, et que la liberté que je prends de vous offrir quelque chose est un indispensable effet des obligations que je vous ai, et du respect avec lequel je désire vivre et mourir.

De Votre ÉMINENCE.

Le très humble, très obéissant,

et très obligé serviteur.

D. P.

ARGUMENT

Caractacus régnait parmi les Bretons du temps de Claude. Il fit la guerre pour la liberté de son pays pendant neuf années avec tant de succès, qu'il fut la gloire de sa Nation, et la terreur de ses ennemis. La fortune fut jalouse de sa valeur, et le livra aux Romains. Il fut conduit à Rome avec sa femme sa fille et ses parents, et peu s'en fallut qu'il ne fût exposé en spectacle au peuple, en suivant le char d'Ostorius à qui le Sénat avait décerné le Triomphe pour avoir emporté une si Illustre victoire. Mais la constance de ce Roi malheureux, lui obtint le pardon et la liberté.

Ne Romæ quidem ignobile Caractaci nomen erat et Cæsar dum suum decus extollit, addidit gloriam victo. Tac. Ann. 12.

ACTE I

SCÈNE I.

SARCIDE, seule

Partage rigoureux, de mon âme enflammée Qui soupire et qui craint d'aimer et d'être aimée ; Cause de mon désordre, effet de mon devoir, Qui fais vivre et mourir ma crainte et mon espoir. Ha laisse en liberté les penchants de mon âme. Abandonne ma gloire, ou protège ma flamme, Ou si ma gloire doit à mes yeux prévaloir Abandonne ma flamme, et soutiens mon devoir. De mes sens agités calme l'inquiétude, Prends parti, range-toi, sors de l'incertitude, C'est trop longtemps tenir mes esprits en suspens Entre des intérêts si chers et si pressants. Je ne demande pas une injuste victoire Qui pour flatter mes sens fasse ombrage à ma gloire, Je ne veux seulement que savoir qui des deux Doit régner dans mon âme, ou ma gloire ou mes feux. Si j'aime Ostorius ma flamme est-elle injuste ? S'il est mon ennemi, c'est un vainqueur auguste, Si je suis dans ses fers, il est dessous ma loi, Et s'il touche mon âme il soupire pour moi : Mais bizarre succès de mon destin contraire ! Je trouve en cet amant l'ennemi de mon Père, Les Bretons subjugués, mon pays que je perds, Le sujet de ma honte et l'horreur de mes fers. Quoi je pourrais chérir l'Auteur de tant de pertes Que toute ma maison de lui seul a souffertes ? Et laissant à mes feux éblouir ma raison J'aimerais l'ennemi de toute ma maison ? Ne me fais pas ce tort Tyran des belles âmes Amour ; aimable enfant et père de mes flammes Non non, n'en souffre point d'indigne de tes feux De l'honneur de tes lois, de l'ordre de mes voeux. Mon coeur s'il t'est permis d'aimer ; aime le Prince Il a voulu sauver ton Père et ta Province, Un si noble dessein t'ôte la liberté, De tourner tes désirs de quelque autre côté. Si la vertu te charme estime sa vaillance ; Si le trône te plaît estime sa naissance, Enfin il t'est égal étant né fils de Roi Il est de plus encor malheureux comme toi ; Ce mot frappe mon âme, et nos communes chaînes Rangent de son parti jusqu'à mes propres peines. Comment être insensible à de si dignes feux ? Pour te faire justice, hé ! Fais grâce à tes voeux ; Il le faut ; tu le dois : mais tu me tyrannises Trop farouche devoir ; Auteur de mes surprises, Arbitre impérieux dont la sévère loi... Mais Léonice vient, cessons.

SCÈNE II. Sarcide, Léonice.

SARCIDE

Hé bien.

SCÈNE III. Cartide, Sarcide, Léonice.

SARCIDE

Hélas ?

CARTIDE

Non, non.

SARCIDE, bas

Léonice ?

SARCIDE

Mais...

SCÈNE IV. Sarcide, Léonice.

SCÈNE V. Ostorius, Didius.

ACTE II

SCÈNE I. Le Prince, Léonice.

LE PRINCE

Hélas !

SCÈNE II. Léonice, Le Prince, Sarcide.

SARCIDE

Hélas !

SCÈNE III. Sarcide, Léonice.

SARCIDE

Ha c'est assez pour moi dans l'ardeur qui me presse, D'avoir banni le Prince, et vaincu ma tendresse. D'avoir su préférer la gloire à mes désirs, Le devoir à l'amour, et la peine aux plaisirs. De si rudes efforts épuisent ma faiblesse, Et je ne puis rien plus que mourir de tristesse. Tous remèdes sont vains contre un si cruel mal. Même de ma vertu le secours est fatal. Elle cède ce semble à ma propre faiblesse : Mais ce n'est qu'un pur art pour vaincre ma tendresse. Pour bannir doucement d'inutiles soupirs, Et ne rien hasarder auprès de mes désirs. Si je cours Léonice, où la vertu m'appelle, Je trouve mon amour encor plus juste qu'elle. Le Prince malgré moi que je viens de bannir, Rentre victorieux dedans mon souvenir, Si d'ailleurs quelque larme à mes yeux échappée Veut courir à l'objet dont mon âme est frappée. Je trouve un dur devoir dont ma vertu se sert ; Et dont l'honneur me flatte et la rigueur me perd. Ainsi : de tout côté le sort cruel m'accable, Il me faut devenir malheureuse, ou coupable : Et je ne puis donner, ni recevoir de loi, Sans blesser, ou mon Père ou mon amour, ou moi. Destin fais-moi raison d'un si cruel caprice, Faut-il que ma vertu devienne mon supplice, Et que le plus haut point d'espoir qui m'est permis, Soit de n'oser aimer que mes seuls ennemis Amant, ennemi, Père, amour, vertu, nature, De mes voeux révoltés insensible murmure. Ne laissez plus flotter parmi tant de malheurs, Mon désespoir injuste, et mes justes douleurs.

SCÈNE IV. Caractacus, Didius.

[SCÈNE V].

ACTE III

SCÈNE I. Caractacus, Cartide.

SCÈNE II. Caractacus, Cartide, Le Prince.

CARTIDE

Évitons-le.

CARACTACUS

Écoutez.

SCÈNE III. Caractacus, Cartide.

SCÈNE IV. Caractacus, Cartide, Didius.

CARACTACUS

Hé quoi !

SCÈNE V. Cartide, Didius.

SCÈNE VI. Ostorius, Didius.

SCÈNE VII. Ostorius, Sarcide, Léonice.

[SCÈNE VIII].

ACTE IV

SCÈNE I. Sarcide, Léonice.

SARCIDE

Mort ?

SARCIDE

J'en meurs.

SCÈNE II. Sarcide, Léonice, Le Prince.

SARCIDE

Hélas !

SARCIDE

Mon devoir.

SCÈNE III. Ostorius, Le Prince.

SCÈNE IV. Le Prince, Ostorius, Caractacus.

SCÈNE V. Caractacus, Ostorius.

CARACTACUS

Oui Seigneur.

SCÈNE VI. Caractacus, Cartide, Ostorius.

CARACTACUS

Et le Prince ?

SCÈNE VII. Cartide, Ostorius.

ACTE V

SCÈNE I. Ostorius, Didius.

SCÈNE II. Caractacus, Ostorius, Didius.

OSTORIUS

Vous me...

SCÈNE III. Caractacus, Cartide, Sarcide, Ostorius, Didius.

SCÈNE IV. Caractacus, Cartide, Sarcide, Ostorius, Didius, Léonice.

SARCIDE, bas

Ô Dieux !

CARTIDE

Poursuis.

SARCIDE

Hélas !

CARACTACUS

Ô Dieux !

SCÈNE V. Caractacus, Cartide, Le Prince, Ostorius, Didius, Sarcide, Léonice.

DIDIUS, bas à Ostorius

Enfin qu'avez-vous plus à craindre dans vos feux.

v. 1561, le vers se termine par le mot "fer" ne rime pas avec voeux.

CARACTACUS, à Ostorius

Je vous offre Sarcide.

1 591 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica