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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie Burlesque

Amsterdam Hydropique

P.V.C.H.· imprimée en 1673· 3 actes· 1 117 vers· 13 personnages

Personnages

  • AMSTERDAM, Marchand jadis, Comte de Hollande
  • LA COMTESSE, sa femme
  • LA ZÉLANDE, sa fille
  • LA FRISE, sa fille
  • UVIC, un domestique
  • VAMBEUNIN, un domestique
  • LE MÉDECIN
  • L'APOTHICAIRE
  • LE CHIRURGIEN
  • L'AVOCAT
  • LE NOTAIRE
  • LE MINISTRE
  • UN LAQUAIS
AU LECTEUR

Je ne veux pas te donner la peine de censurer cette pièce, je la condamne moi-même, et t'avoue que je n'ai pas dû permettre qu'elle fut sous la Presse ; je sais que la comédie demande un autre vers que le burlesque, que ce genre d'écrire est trop bas pour le théâtre, et que la bienséance semblait me défendes d'une faire rendre un autre lavement : ses règles ne me sont pas inconnues, et j'ose me flatter que j'y pourrais peut-être réussir je voulais y donner une sérieuse application. Le zèle pourtant que j'ai pour la gloire de mon Prince m'a fait entreprendre une production de cette nature ; j'ai bien osé prendre la hardiesse de mêler la faiblesse de ma Plume avec la grandeur de ses Armes pour me jouer de ses ennemis, et j'ai cru que je ne pouvais faire une peinture assez facétieuse des personnes, que leur insolence a leur peu de conduite ont fait devenir la moquerie de toute la Terre. C'est donc un juste caprice qui m'a inspiré cette saillie ; je l'ai poussée pour te divertir plutôt que pour le donner matière de gloser, et si tu ne la traites pas avec toute la rigueur qu'elle mérite, tu m'obligeras d'en produire une autre sur le même sujet, qui te donnera, peut-être, plus de satisfaction : Ce sera la mort du Malade que je te présente ; je me hasarde de te la promettre, puis qu'il est aux abois, en qu'il est impossible qu'il relève de la maladie dont il est atteint ; je m'efforcerai de te satisfaire mieux que je n'ai pas fait, ce ce ne sera plus du burlesque mais de sérieux, dont j'aurai l'honneur de te faire part. Conserve moi dans ton estime, et sois je te prie, persuadé que je suis tout à toi,

P. V. C. H.

SONNET SÉRIEUX de l'Autheur AUX HOLLANDAIS

ACTE I

SCÈNE PREMIERE. Le Comtesse, Le Médecin.

SCÈNE II. Le Médecin, La Comtesse, L'Apothicaire, le Médecin, La Frise, La Zélande, Vambeunin.

LE MÉDECIN, en se moquant

Hé, Fallait-il crier si haut.

LA COMTESSE

Ha mes filles !

ZÉLANDE et LA FRISE

Ha notre mère !

SCÈNE III. Amsterdam, La Comtesse, La Frise, la Zélande, Le médecin, l'Apothicaire, Le Chirurgien.

On tire le rideau, et l'on voit une chambre, dans laquelle Amsterdam paraît couché avec un bonnet de nuit, et les autres embarras d'un malade.

LA FRISE

La bise.

SCÈNE IV. La Comtesse, Le Médecin, L'Apothicaire, Le Chirurgien.

LA COMTESSE

Adieu Monsieur.

LE MÉDECIN

Adieu Madame.

SCÈNE V. Le Médecin, L'Apothicaire.

L'APOTHICAIRE

Et quel ?

LE MÉDECIN

Lui mettre sur le sein Un cataplasme d'un fromage, Parce que l'esprit de l'airage Est un remède sans pareil Contre les ardeurs du Soleil ; Cela ne vous doit point surprendre.

Airage : Technologie. On nomme ainsi l'angle que forment les ailes d'un moulin à vent, ou mieux la voile de chaque aile, avec le plan de leur circulation (...).[L]

LE CHIRURGIEN

En quel temps ?

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Amsterdam, Uvic, Vambeunin, Le Laquais.

AMSTERDAM

Coquin Donne-moi tôt mon casaquin, Mes pantoufles, ma chemisette, Ma cane d'Inde et ma brayette, À cause de ce lavement Ma presse furieusement ; Veux-tu faire diligence.

Casaquin : Anciennement, sorte de petite casaque à l'usage des hommes. [L]

Brayette : Fente de devant d'un haut-de-chausses, d'une culotte. [L]

AMSTERDAM

Dépêche-toi.

AMSTERDAM, sur la fille

Ô Ciel ! On me livre un assaut, Quelle bourrasque est dans mon ventre, Tout sort en même temps qu'il entre. Toute ma substance périt, Et je n'ai plus rien que l'esprit, Hélas, on dirait que j'en serre Tout le théâtre de la guerre ! Et que deux cent mille lutins ME déchirent les intestins, On dirait que plusieurs armées Sont dans mon bas-ventre enfermées, Et qu'on me tire rudement Des villes par le fondement ; On dirait qu'on me les arrache, Que toute ma chair se détache, Et qu'elle s'écarte de moi : Ô Dieux ! Je vais chier Orsoi, Buric, Vesel, et Reimbergue, Je vide ab_ante, à post, à iergo, Je me sens traverser l'Issel, J'ai craché L'île_de_Bomel , Mastrich est tout prêt de se rendre, Je le digère, on le va prendre ; Nimègue me met aux abois, Je l'ai vomie à cette fois ; Qu'elle m'a donné de la peine ; Laissez-moI prendre un peu d'haleine, Il me semble ô pauvre mesquin ! Que je vide Le fort de Squin ; Tant ce remède me travaille : soutenez-moi traître ,canaille ; Je n'en puis plus, je suis à sec : Ha ! Je rends le Duché d'UTRECHT. Que de furieuses tranchées Me causent EMERIC et RÉES, Tout mon pauvre corps se détruit, GRAVE fort, CRÈVE-COEUR le suit, ZUTPHEN, CAMPEM en fait de même, BOISLEDuc me met à l'extrême, BREDA, L'ESCLUsE et BERGOPÇON Me sanglents jusques à l'arçon, ET malgré tout mon artifice Il faudra que je les vomisse : Je n'ai plus rien, tout s'est rendu, Et je suis un homme perdu ; Que la peste soit le clystère, Et du maudit Apothicaire, Qui me l'a méchamment donné, Je crois qu'il est empoisonné, Et que ce voleur, cet infâme, L'a fait pour me dérober l'âme : Ah détestables assassins ! Apothicaires, médecins ! Tous les onguents de vos boutiques Sont des pestes aux Républiques ; Vous ne m'attraperez jamais Et ne m'aurez pas désormais ; Mais qu'elle misère est la mienne ; Je n'en puis plus, qu'on me soutienne, Et qu'on me mette sur le lit.

Orsoi : ville du nord de la Rhénanie (actuellement en Allemagne). Cette ville a été prise par Vauban en 1672.

Issel : Ville des Pays-bas à 100km à l'Est d'Amsterdam.

Nimègue : Ville des Pays-Bas sur le Rhin à 100km à l'est de Rotterdam. [L]

Utrecht : Ville des Pay-bas à 45 kilomètres au sud d'Amsterdam.

SCÈNE II. La Comtesse, Amsterdam, Uvic, Vambeunin, Le Laquais.

LE LAQUAIS

Il est mort.

SCÈNE III. Le Médecin, Amsterdam, Uvic, Vambeunin, La Comtesse, Le Laquais.

LE LAQUAIS

En voici...

LA COMTESSE, jetant un regard

Il revient, il a remué...

AMSTERDAM, en lui-même : un grand fromage d'hollande sur le sein

Qu'est ceci, veut-on que je meure, Que m'applique-t-on là-dessus ?

L'APOTHICAIRE

Un remède.

LA COMTESSE

Oui-dà.

SCÈNE IV. Amsterdam, Le Médecin, L'Apothicaire,le Chirurgien, Le Ministre, La Laquais.

LE MINISTRE

Et qu'est-ce ?

LE MINISTRE

Ah Seigneur !...

LE MINISTRE

Mais...

SCÈNE V. Le Médecin, l'Apothicaire, La Chirurgien, La Comtesse.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Le Médecin, La Comtesse.

SCÈNE II. Vvic, Le Médecin, La Comtesse.

LA COMTESSE

Qu'est cela ?

LA COMTESSE

Juste Ciel !...

LA COMTESSE

Et qui ?

SCÈNE III. Amsterdam, La Comtesse, Le Médecin, La Zélande, La Frise, Uvic, L'Apothicaire, Le Chirurgien, L'Avocat, La Notaire.

Amsterdam apparaît sur une lit, accoudé sur les bras du Chirurgien et de l'Apothicaire, avec un gros emplâtre qui lui couvre la moitié du visage, pendant que tous les Acteurs sont autour de son lit.

LA COMTESSE

Mon coeur...

LA FRISE

Mon Papa...

LA COMTESSE

Mon bon mari.

AMSTERDAM

L'Amiral_Ruyter.

Michiel Adriaenszoon de Ruyter (1607-1676), amiral néerlandais, décédé des suites de ses blessures lors de la bataille d'Agosta contre les Français.

L'AVOCAT

Il est ici...

AMSTERDAM

Cela va bien.

SCÈNE IV. Amsterdam, La Comtesse, L'Avocatn Le Chirurgien, l'Apothicaire, La Zélande, La Frise.

AMSTERDAM

Ses biens, les droits, et sa franchise, Mais elle doit les disputer Avec l'Évêque_de_Munster.

Christoph Bernhard von Galen (1606-1678), évêque de Munster.

LA COMTESSE

Et vos enfants...

SCÈNE DERNIÈRE. Tous les acteurs paraissent à cette scène.

1 117 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0