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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Dédié au Roi

Agrippa Roi d'Albe ou Le Faux Tiberinus

Philippe Quinault· créée en 1682, imprimée en 1663· 5 actes· 1 770 vers· 11 personnages

Représenté par l'Académie royale de musique, le 17 avril 1782 au Théâtre du Palais-Royal.

Personnages

  • LAVINIE, Princesse du Sang des Rois d'Albe
  • ALBINE, Fille de Tirrhene, et soeur d'Agrippa
  • CAMILLE, Confidente de Lavinie
  • JULIE, Confidente d'Albine
  • MEZENCE, Neveu de Tiberinus
  • FAUSTE, Confident de Mezence
  • TIRRHENE, Prince du Sang d'Enée, père d'Agrippa et d'Albine
  • AGRIPPA, Fils de Tirrhene, régnant sous le nom et la ressemblance de Tiberinus, Roi d'Albe
  • LAUZUS, Officier d'Agrippa
  • ATIS, Officier d'Agrippa
  • GARDES
Sire,

AU ROI.

Il y avait lieu de croire que mon ambition devait âtre entièrement satisfaite, de l'agrément avec lequel cette pièce a été reçue de votre majesté. Après une grâce si considérable, je lui pouvais en effet épargner la fatigue d'une épître ; et l'avantage d'avoir su lui plaire ; était un honneur assez grand, sans chercher encore un nouveau moyen de l'accroître. Cet emportement est une faiblesse naturelle aux habitants du Parnasse ; et comme la gloire est souvent l'unique fruit qu'ils recueillent de ce pays stérile, il leur est pardonnable d'en désirer quelquefois avec un peu trop d'ardeur. On s'imaginera, peut-être, que je devais être exempt de ce défaut, parce que j'ai le bonheur d'approcher la Personne Auguste du plus accompli de tous les Monarques, et d'y voir briller de près ces vertus éclatantes qui font aujourd'hui l'admiration de toute la Terre : mais qui ne sait point, SIRE, que lorsqu'il s'agit de gloire, ce n'est pas en VOTRE MAJESTÉ que l'on peut trouver des exemples de modération ? Cet excès n'est pas de ceux dont Elle se veut défendre, et c'est proprement là dessus qu'Elle est la plus difficile du monde à contenter. La fin de la Guerre n'a pu devenir la fin de ses conquêtes. La Paix n'a su L'empêcher d'en faire de nouvelles, et qui Lui sont d'autant plus glorieuses, qu'elles n'ont pas coûté une seule goutte de sang à ses sujets, et qu'Elle n'en doit rien qu'à Elle-même. À dire vrai, SIRE, à moins que d'être comme nous sommes, les témoins de tant de merveilles, y aurait-il apparence de les pouvoir croire ? Ne pourrions-nous pas avoir bien de la peine à nous persuader, qu'à vingt-quatre ans VOSTRE MAJESTE n'ait pas été moins redoutable dans son cabinet, qu'à la tête de ses armées ? Qu'Elle ait su joindre des choses aussi peu compatibles que la Jeunesse florissante, et la Prudence consommée ? Qu'Elle ait eu des qualités que l'on n'acquiert que par la perte des plus belles années, dans un âge qui n'est d'ordinaire que pour les plaisirs ? Enfin qu'Elle ait trouvé l'art de rassembler en Elle seule tous les avantages que le Ciel a accoutumé de séparer dans le reste des hommes ? Il n'y a pas, SIRE, jusques aux secrets des belles Lettres, où les Lumières de VOTRE MAJESTÉ ne s'étendent ; Elles n'ont pas dédaigné de m'éclairer dans la conduite de cet ouvrage, et je suis obligé de confesser qu'Elles sont la source de ce que l'on y a trouvé de plus brillant. Cette inclination que VOTRE MAJESTÉ témoigne pour les Muses, n'avait garde de Lui manquer, puisque c'est de tout temps la passion des héros. Les vers d'Homère furent autrefois les Délices du Vainqueur de l'Asie au milieu de ses triomphes ; et les Comédies de Térence reçurent leurs derniers traits des mêmes mains qui venaient de terrasser Annibal, et d'abattre la grandeur de Carthage. Ceux qui sont attachez particulièrement à ce genre d'écrire, n'ont plus, SIRE, qu'une seule chose à craindre avec toute l'Europe ; C'est que la haute valeur de VOTRE MAJESTÉ, qui s'est fait tant de violence pour donner le repos à ses peuples, ne trouve quelque juste occasion de l'interrompre. S'il faut qu'une fois elle reprenne les armes, le bruit que nous prévoyons bien qu'elles feront, ne nous permettra plus de songer aux Rois les plus Illustres des siècles passés, et pour nous laisser le loisir de représenter leurs actions, Celles de VOTRE MAJESTÉ nous donneront assurément trop d'affaires. Je n'ai pas la hardiesse de promettre de travailler sur de si grands sujets, avec autant d'esprit qu'une infinité de gens plus habiles que moi, et qui ne laisseront pas échapper une si riche matière. J'ose répondre seulement que je puis défier qui que ce soit au monde, de surpasser le zèle ardent qui animera toujours,

SIRE,

DE VOSTRE MAJESTE,

Le très humble, très obéissant, et très fidèle serviteur et sujet

QUINAULT.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Lavinie, Albine, Camille, Julie.

SCÈNE II. Lavinie, Mezence, Fauste, Camille.

SCÈNE III. Tirrhene, Lavinie, Mezence,Fauste, Camille.

SCÈNE IV. Tirrhene, Lavinie, Camille.

SCÈNE V. Agrippa, sous le nom de TiberinusMezence, Lauzus, Atis, Tirrhene.

AGRIPPA

Mon père...

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Albine, Julie.

SCÈNE II. Tirrhene, Albine, Julie.

SCÈNE III. Lavinie, Albine, Camille, Julie.

SCÈNE IV. Agrippa, Albine, Julie, suite.

SCÈNE V. Albine, Julie.

ACTE III

SCÈNE I. Fauste, Mezence.

SCÈNE II. Agrippa, Atys, Mezence, Fauste.

MEZENCE

Lavinie !

MEZENCE

Malgré l'ennui profond que je vous fais paraître, Et dont tout mon respect est à peine le maître, Je sais qu'en ma faveur je ne pourrais qu'à tort Prétendre que mon Roi se fit le moindre effort. Je ne vous ferai point de plaintes indiscrètes, Je sais trop qui je suis, je sais trop qui vous êtes, Et ce que la hauteur du rang où je me vois Laisse encore de distance entre un monarque et moi. Quoi que je sois sorti du sang qui vous fit naître, Je suis toujours sujet, quoi qu'enfin je puisse être ; Et les fronts couronnés dans leur sort glorieux, N'ont pour leurs vrais parents que les Rois ou les Dieux. Le sang n'est entre nous qu'une chaîne imparfaite Qui rend ma dépendance encore plus étroite, Et le trône est si haut, Seigneur, qu'auprès des rois La Nature est sujette et le sang est sans droits. Ce n'est donc pas pour moi qu'il faut que je vous presse D'étouffer, s'il se peut, vos feux pour la Princesse, Et si j'ose en parler, je ne vous dirai rien Que pour votre intérêt sans regarder le mien. Daignez vous épargner l'indignité cruelle De voir payer vos soins d'une horreur éternelle. L'amant de la Princesse immolé par vos coups Vous a fait pour jamais l'objet de son courroux ; Pour vous en faire aimer votre puissance est vaine, Son âme n'est pour vous capable que de haine, Et c'est souffrir, Seigneur, mille maux tour à tour, D'exciter de la haine où l'on prend de l'amour. La rigueur dont l'ingrate a payé ma constance M'en a fait faire assez la triste expérience, Et d'un feu si fatal vous serez peu tenté, Si vous considérez ce qu'il m'en a coûté.

SCÈNE III. Mezence, Fauste.

SCÈNE IV. Lavinie, Mezence.

SCÈNE V. Tirrhene, Mezence.

ACTE IV

SCÈNE I. Lavinie, Mezence.

LAVINIE

Je le fuis.

SCÈNE II. Agrippa, Lavinie, Atis, Suite.

SCÈNE III. Agrippa, Tirrhene, Lavinie.

AGRIPPA

Quoi ?...

SCÈNE IV. Tirrhene, Agrippa.

SCÈNE V. Tirrhene, Agrippa, Lauzus, Atis.

TIRRHENE

Va, barbare.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Fauste, Lavinie, Camille.

FAUSTE

Le Prince s'est douté de votre inquiétude ; Et se trouvant au temple engagé près du Roi, Pour vous tirer de peine, il s'est servi de moi. Je viens vous assurer que pour votre vengeance, Le Ciel même avec nous, paraît d'intelligence : Jamais un grand dessein ne s'est vu mieux conduit. Le Prince a rassemblé ses conjurés sans bruit, Il a joint avec eux les amis de Tirrhene ; Et tous les partisans que s'est fait votre haine, Qui, tous ensemble unis, brûlent de partager Dans la mort du Tyran, l'honneur de vous venger. Par de vaines frayeurs cessez d'être alarmée ; Je sais que l'on peut craindre, et le fort, et l'armée, Mais, Tiberinus mort, Mezence est ici Roi, Et chacun en tremblant en recevra la loi. La ville en sa faveur, doit être soulevée, Et l'on est sûr de voir l'entreprise achevée, Avant qu'aucun des chefs du contraire parti Au fort, ni dans l'armée, en puisse être averti. Tout nous rit, et sans doute, après le sacrifice, Tiberinus surpris ne peut fuir son supplice. Le Palais de Tirrhene en est le lieu marqué ; C'est là, qu'à son retour, il doit être attaqué, Pour mieux apprendre à tous, que suivant votre envie, Aux mânes d'Agrippa l'on immole sa vie. On dirait, à le voir flatter les conjurés, Qu'il s'offre même aux coups qui lui sont préparés. Pour Mezence, surtout, tant d'estime le touche, Qu'à peine pour Tirrhene a-t-il ouvert la bouche, Que le Roi, tout_à_coup, cessant d'être irrité, L'a fait en sa faveur remettre en liberté.

SCÈNE II. Lavinie, Tirrhene.

TIRRHENE

J'ai prévu tout l'excès du trouble où je vous vois : Et si tôt que Mezence a pu fléchir le Roi, Et que de ce tyran l'âme aujourd'hui moins fière, A bien voulu donner ma grâce à sa prière, J'ai fait mon premier soin de vous désabuser, Quelque nouveau péril où ce soit m'exposer. On peut connaître assez à l'ennui qui m'accable, Si la mort que je pleure, est feinte ou véritable : Mes déplaisirs sans fin, par le temps même aigris, Ne vous disent que trop que je n'ai plus de fils. S'il vivait, s'il regnait, quoi que je pusse faire, La Nature contente aurait peine à s'en taire ; Le sang comme l'Amour, inspire des transports, Qui toujours tôt ou tard, échappent au dehors. Mais il me reste encore une preuve plus sûre, Pour convaincre entre nous le tyran d'imposture : C'est la pressante ardeur que j'ai pour son trépas, Dont tantôt devant lui, je ne vous parlais pas. Mézence est un témoin, dont vous pouvez apprendre Si contre ce barbare, il m'est doux d'entreprendre, Et si des conjurés dont on connaît la foi, Aucun est de son sang plus altéré que moi. Ne m'avez vous pas vu plein des voeux que vous faites, Chercher des mécontents les factions secrètes, Entrer dans leurs complots, me rendre chef de tous, Et briguer ardemment l'honneur des premiers coups ? Je vous ai du tyran cent fois dépeint le crime, Pour aigrir contre lui l'horreur qui vous anime ; Vous savez pour la mort quels soins j'ai toujours pris ; Et vous pourriez encor, penser qu'il fût mon fils. Lui dont je suis prêt d'aller trancher la trame...

SCÈNE III. Fauste, Lavinie, Tirrhene.

TIRRHENE

Dieux !

TIRRHENE

Hélas ! Madame, c'est mon fils.

Elle tombe sur un siège, et Fauste se retire.

LAVINIE

Ah ! Pourquoi parle-t-elle si tard ? Enfin, il est donc vrai, j'ai perdu ce que j'aime, J'en recherchais la cause, et la trouve en moi même ; J'en poursuivais le crime, et viens de m'en charger ; Et j'ai versé le sang que je voulais venger. J'ai tant sollicité, tant demandé sa perte, Que le ciel trop propice, à la fin l'a soufferte : De mes voeux importuns, les Dieux se sont lassés, Et c'est pour m'en punir qu'ils les ont exaucés. Que ces Dieux sont cruels, quand ils sont trop faciles ! Hélas ! Que leur refus sont quelquefois utiles ! Et qu'on trahit souvent ses plus chers intérêts, En fatiguant le Ciel, par des voeux indiscrets ! Mais, c'est à vous, Barbare, à qui je me dois prendre

À Tirrhene.

Du sang de mon Amant que je viens de répandre. Je l'ai persécuté, sous un nom décevant ; J'ai cru l'adorer mort, et l'ai haï vivant ; Sa perte était la mienne, et j'ai pu l'entreprendre ; Mais, père ingrat, c'est vous qui m'avez fait méprendre, Et, si je l'ai perdu, persécuté, haï, C'est sur la foi du sang, que l'amour s'est trahi. Vous avez aveuglé ma passion extrême ; Vous avez révolté mon feu contre lui même ; Vous avez corrompu tous les voeux de mon coeur ; De ma flamme innocente envenimé l'ardeur, Et fait cruellement, par vos dures maximes, Du plus pur des amours, le plus affreux des crimes. Politique inhumain, qu'un soin ambitieux Rend, pour perdre son fils assez ingénieux : Si le jour vous éclaire, après ce parricide, Si pour vous en punir, mon bras est trop timide, Rendez grâces, cruel, dans mon juste courroux, Au sang de votre fils que je respecte en vous.

SCÈNE IV. Albine, Tirrhene, Lavinie, Camille, Julie.

SCÈNE V. Agrippa, Tirrhene, Lavinie,Albine, Camille, Julie, Suite.

AGRIPPA, à Lavinie

Par votre ordre, Madame, attaqué par Mezence, J'ai contre lui d'abord fait peu de résistance, Et voulu témoigner jusqu'aux plus cruels coups, Que je sais respecter tout ce qui vient de vous. J'ai pourtant cru devoir quelques soins à ma vie, Sûr, qu'en effet ma mort n'était pas votre envie, Et votre tendre amour qui m'est venu flatter, Au Palais de mon père enfin m'a fait jeter. Le désordre où l'on craint qu'un peuple ému s'emporte, Dès qu'on me voit entré, force à fermer la porte. Ma soeur qui m'aperçoit de son appartement, Et qui ne croit, en moi, voir qu'un perfide amant, S'avance avec transport, et me fait en attendre Ce qu'une aveugle erreur lui peut faire entreprendre : Mais contre mon attente, et malgré son erreur, Le sang dans ce péril s'éveille en ma faveur. Comme pour un amant, son coeur tremble, et murmure ; Elle impute à l'Amour, ce que fait la Nature, Et la Nature ardente à me sauver le jour, N'a pas honte d'agir sous le nom de l'Amour. Albine cède enfin à l'instinct qui la guide : Va, dit-elle, en tremblant, va, sauve-toi, perfide. J'obéis sans réplique, et passe sans effort, À travers des jardins qui touchent presque au fort. J'y cours, et je m'y rends sans rien voir qui m'arrête ; J'y trouve des soldats, je m'avance à leur tête ; Le nombre en croît sans cesse, et dès le premier bruit, L'élite de l'armée, et les joint et me suit. J'approche, et trouve encor, pleins de joie, et d'audace, Les conjurés épars avec la populace, Qui trompez par ma soeur, trop crédules, et vains, N'attendaient plus qu'à voir ma tête entre leurs mains. Chacun d'eux à ma vue, et frémit et s'égare ; La consternation de tous leurs coeurs s'empare, Et n'osant même fuir, ni faire aucun effort, Tous laissent à mon choix, ou leur grâce, ou leur mort. Je fais saisir les chefs, et je pardonne au reste. Mezence seul s'obstine en cet état funeste. Je défends qu'on le presse, et retiens les soldats ; Mais en vain on l'épargne, il ne s'épargne pas. Animé par votre ordre, et n'ayant pu le suivre, Par les soins d'un rival, il dédaigne de vivre, Ne peut se pardonner, et sans montrer d'effroi, Tourne sur lui, les coups qu'il a manqués sur moi. Je meurs pour vous, Princesse, est tout ce qu'il peut dire : Je cours pour l'arrêter : mais il tombe, il expire ; Et fait dans son trépas, voir tant d'amour pour vous, Qu'avec tout mon bonheur, j'en suis presque jaloux.

1 770 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica