Opéra en vers· Tragédie
Alceste ou Le Triomphe d'Alcide
Représenté par l'Académie royale de musique, le 17 avril 1782 au Théâtre du Palais-Royal.
Personnages
- LA NYMPHE DE LA SEINE, Mlle. Eeremans
- LA GLOIRE, Mlle. Jullye
- SUITE de LA GLOIRE
- LA NYMPHE DES TUILERIES, Mlle. Coupée
- LA NYMPHE DE LA MARNE, Mlle. Monville
- NYMPHES et DIVINITÉS DES EAUX
Dédicace
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE, AU ROI :
GLORIEUX CONQUÉRANT, Protecteur des beaux Arts, GRAND ROI, tournez sur moi vos augustes Regards, Une affreuse Saison désole assez la Terre, Sans y mêler encor les horreurs de la Guerre ; Tandis qu'un froid cruel dépouille les buissons, Et des Oiseaux tremblants étouffe les chansons, Écoutez les Concerts que mon soin vous prépare : Des fidèles Amours je chante la plus rare, Et des vainqueurs fameux, j'ai fait choix entre tous, Du plus grand que le monde ait connu jusqu'à Vous. Après avoir couru de Victoire en Victoire, Prenez un doux relâche au comble de la Gloire ; L'Hiver a beau s'armer de glace et de frimas, Lorsqu'il vous plaît de vaincre, il ne Vous retient pas ; Et fallût-il forcer mille obstacles ensemble, La Moisson des Lauriers se fait quand bon vous semble. Pour servir de refuge à des Peuples ingrats, En vain un puissant Fleuve étendait ses deux bras ; Ses flots n'ont opposé qu'une faible Barrière À la rapidité de Votre ardeur guerrière. Le Batave interdit après le Rhin dompté, A dans son désespoir cherché sa sûreté : À voir par quels Exploits vous commenciez la guerre, Il n'a point cru d'asile assez fort sur la terre ; Et de Votre valeur le redoutable cours L'a contraint d'appeler la Mer à son secours. Laissez-le revenir de ses frayeurs mortelles ; Laissez-Vous préparer des Conquêtes nouvelles, Et donnez le loisir pour soutenir Vos coups, D'armer des Ennemis qui soient dignes de Vous. Résistez quelque temps à votre impatience, Prenez part aux douceurs dont vous comblez la France ; Et malgré la chaleur de Vos nobles désirs, Endurez le repos, et souffrez les Plaisirs.PROLOGUE.
LE RETOUR DES PLAISIRS.
Le Théâtre représente le Palais et les Jardins des Tuileries ; La Nymphe de la Seine paraît appuyée sur une Urne. Au milieu d'une Allée dont les Arbres sont séparés par des Fontaines.
SCÈNE I.
LA NYMPHE DE LA SEINE
LA GLOIRE paraît au milieu d'un Palais brillant, qui descend au bruit d'une harmonie guerrière.
SCÈNE II. La Nymphe de la Seine, La Gloire.
LA NYMPHE DE LA SEINE
Hélas ! Superbe Gloire, hélas ! Ne dois-tu point être contente ! LE HEROS que j'attends, ne reviendra-t-il pas ? Il ne te suit que trop dans l'horreur des Combats ; Laisse en paix un moment sa Valeur triomphante LE HEROS que j'attends, ne reviendra-t-il pas ?LA GLOIRE
Pourquoi tant de murmure ? Nymphe, ta plainte est vaine, Tu ne peux voir sans moi LE HEROS que tu sers, Si son éloignement te coûte tant de peine, Il récompense assez les douceurs que tu perds, Vois ce qu'il fait pour Toi, quand la Gloire l'emmène ; Vois comme sa Valeur a soumis à la Seine Le Fleuve le plus fier qui soit dans l'Univers.LA NYMPHE DE LA SEINE
On ne voit plus ici paraître Que des Ornements imparfaits ; Ah ! Rends-nous notre AUGUSTE MAITRE, Tu nous rendras tous nos attraits.SCÈNE III. La Gloire, La Nymphe de la Seine, La Nymphe des Tuileries s'avance avec une troupe de Nymphes qui dansent ; les arbres s'ouvrent, et font voir les Divinités Champêtres qui jouent de différents Instruments ; et les Fontaines se changent en Naïades qui chantent.
SCÈNE IV. La Gloire, La Nymphe de la Seine, La Nymphe des Tuileries, La Nymphe de la Marne, et leur Suite.
LA NYMPHE DE LA MARNE
L'onde se presse D'aller sans cesse Jusqu'au bout de son cours : S'il faut qu'un coeur suive une pente, En est-il qui soit plus charmante Que le doux penchant des Amours ?On danse.
TOUS ENSEMBLE
Que tout retentisse, Que tout réponde à nos voix : Que le Chant des Oiseaux s'unisse Avec le doux son des hautbois. Que tout retentisse, Que tout réponde à nos voix.On danse.
CHOEUR
Quel coeur sauvage Ici ne s'engage ? Quel coeur sauvage Ne sent point l'amour ? Nous allons voir les Plaisirs de retour ; Ne manquons pas d'en faire un doux usage : Pour rire un peu, l'on n'est pas moins sage. Ah, quel dommage De fuir ce rivage ! Ah, quel dommage De perdre un beau jour ! Nous allons voir les Plaisirs de retour ; Ne manquons pas d'en faire un doux usage : Pour rire un peu, l'on n'est pas moins sage.On danse.
CHOEURS
Revenez, Plaisirs exilés, Volez de toutes parts, volez.Les Plaisirs volent, et viennent préparer des Divertissements.
ACTE I
Le Théâtre représente un port de mer, où l'on voit un grand vaisseau orné et préparé pour une fête galante, au milieu de plusieurs vaisseaux de guerre.
SCÈNE I. Alcide, Licas, Troupe de Thessaliens.
CHOEUR de THESSALIENS
Vivez, vivez, heureux époux.LICAS
Votre Ami le plus cher, épouse la Princesse La plus charmante de la Grèce : Lorsque chacun les suit, Seigneur, les fuyez-vous ?LICAS
Vous paraissez troublé des cris qui retentissent ? Quand deux Amants heureux s'unissent Le coeur du grand Alcide en serait-il jaloux ?ALCIDE
J'aurai beau me presser, je partirai trop tard. Ce n'est point avec toi que je prétends me taire ; Alceste est trop aimable, elle a trop su me plaire ; Un autre en est aimé, rien ne flatte mes voeux : C'en est fait, Admète l'épouse, Et c'est dans ce moment qu'on les unit tous deux. Ah ! Qu'une âme jalouse Éprouve un tourment rigoureux ! J'ai peine à l'exprimer moi-même : Figure-toi, si tu le peux, Quelle est l'horreur extrême De voir ce que l'on aime, Au pouvoir d'un Rival heureux.LICAS
L'Amour est-il plus fort qu'un Héros indomptable ? L'Univers n'a point eu de Monstre redoutable Que vous n'ayez pu surmonter.ALCIDE
Eh, crois-tu que l'Amour soit moins à redouter ? Le plus grand coeur a sa faiblesse. Je ne puis me sauver de l'ardeur qui me presse Qu'en quittant ce fatal Séjour : Contre d'aimables charmes La valeur est sans armes, Et ce n'est qu'en fuyant qu'on peut vaincre l'Amour.SCÈNE II. Alcide, Straton, et Licas.
SCÈNE III. Straton, Licas.
STRATON
Nous sommes amis de tout temps ; Céphise, tu le sais, me tient sous son empire, Tu suis partout ses pas : qu'est-ce que tu prétends ?LICAS
Je prétends rire.LICAS
Je prétends rire. Tu peux à ton gré t'enflammer ; Chacun a sa façon d'aimer ; Qui voudra soupirer, soupire, Je prétends rire.LICAS
Rien ne doit t'alarmer, s'il est bien vrai qu'on t'aime ; Un rival rebuté donne un plaisir extrême.LICAS
Je vois ton amour sans colère, Tu devrais en user ainsi : Puisque Céphise t'a su plaire, Pourquoi ne veux-tu pas qu'elle me plaise aussi ?STRATON
À quoi sert-il d'aimer ce qu'il faut que l'on quitte ? Tu ne peux demeurer longtemps dans cette Cour.STRATON
J'aime depuis deux ans avec fidélité : Je puis croire sans vanité, Que tu ne dois pas être un Rival qui m'alarme.LICAS
Crois-moi, fais ton profit d'un reste d'amitié, Sers-toi d'un avis charitable Que je te donne par pitié.SCÈNE IV. Céphise, Straton.
CÉPHISE
Un ton grondeur et sévère N'est pas un grand agrément ; Le chagrin n'avance guère Les affaires d'un Amant.STRATON
Licas vient de me faire entendre Que je n'ai plus ton coeur, qu'il doit seul y prétendre, Et que tu ne vois plus mon amour qu'à regret !CÉPHISE
Licas est peu discret...STRATON
Comment ! Il est donc vrai ! Tu n'en fais point d'excuse ? Tu me trahis ainsi sans en être confuse ?CÉPHISE
Si je change d'Amant Qu'y trouves-tu d'étrange ? Est-ce un sujet d'étonnement De voir une fille qui change ?STRATON
Par un espoir doux et trompeur, Pourquoi m'engageais-tu dans un amour si tendre ? Fallait-il me donner ton coeur, Puisque tu voulais le reprendre ?CÉPHISE
Quand je t'offris mon coeur, c'était de bonne foi ; Que n'empêches-tu qu'on te l'ôte ? Est-ce ma faute Si Licas me plaît plus que toi ?SCÈNE V. Licomède, Straton, Céphise.
LICOMÈDE, à Céphise
Enfin, grâce au dépit, je goûte la douceur De sentir le repos de retour dans mon coeur. J'étais à préférer au Roi de Thessalie ; Et si pour sa gloire, on publie Qu'Apollon autrefois lui servit de Pasteur, Je suis Roi de Scyros, et Thétis est ma soeur. J'ai su me consoler d'un hymen qui m'outrage, J'en ordonne les Jeux avec tranquillité. Qu'aisément le dépit dégage Des fers d'une ingrate Beauté : Et qu'après un long esclavage, Il est doux d'être en liberté.SCÈNE VI. Admète, Alceste, Phères, Alcide, Licas, Céphise, Straton, Troupe de THESSALIENS.
SCÈNE VII. Des Nymphes de la Mer et des Tritons, viennent faire une Fête Marine, où se mêlent des Matelots et des Pêcheurs.
DEUX TRITONS
Malgré tant d'orages, Et tant de naufrages, Chacun à son tour S'embarque avec l'Amour. Partout où l'on mène Les Coeurs amoureux, On voit la Mer pleine D'écueils dangereux ; Mais sans quelque peine, On n'est jamais heureux : Une âme constante, Après la tourmente, Espère un beau jour. Malgré tant d'orages, Et tant de naufrages, Chacun à son tour S'embarque avec l'Amour.On danse.
Un coeur qui diffère D'entrer en affaire, S'expose à manquer Le temps de s'embarquer. Une âme commune S'étonne d'abord, Le soin l'importune, Le calme l'endort, Mais quelle fortune Fait-on sans quelque effort ? Est-il un commerce Exempt de traverse ? Chacun doit risquer. Un coeur qui diffère D'entrer en affaire, S'expose à manquer Le temps de s'embarquer.CÉPHISE, vêtue en Nymphe de la Mer, alternativement avec le Choeur
Jeunes Coeurs, laissez-vous prendre, Le péril est grand d'attendre, Vous perdez d'heureux moments En cherchant à vous défendre. Si l'Amour a des tourments, C'est la faute des Amants.On danse.
UNE NYMPHE DE LA MER, et CÉPHISE
Plus les âmes sont rebelles, Plus leurs peines sont cruelles, Les plaisirs doux et charmants Sont le prix des coeurs fidèles : Si l'Amour a des tourments, C'est la faute des Amants.LICOMÈDE, et STRATON
Venez voir ce que notre fête Doit avoir de plus beau.LICOMÈDE conduit ALCESTE dans son Vaisseau, STRATON y mène CÉPHISE, et dans le temps qu'ADMÈTE et ALCIDE y veulent passer, le Pont s'enfonce dans la Mer.
ADMÈTE, et ALCIDE
Dieux ! Le Pont s'abîme dans l'eau.ALCESTE, et CÉPHISE
Au secours, au secours.ALCIDE
Perfide...ADMÈTE
Alceste...LE CHOEUR des THESSALIENS
Au secours, au secours.SCÈNE VIII. Thétis, Admète.
THÉTIS, sortant de la Mer
Époux infortuné, redoute ma colère, Tu vas hâter l'instant qui doit finir tes jours ; C'est Thétis que la Mer révère, Que tu vois contre toi du parti de son Frère. Et c'est à la mort que tu cours.ADMÈTE, courant s'embarquer
Au secours, au secours.THÉTIS
Puisqu'on méprise ma puissance ; Que les vents déchaînés, Que les flots mutinés S'arment pour ma vengeance.THETIS rentre dans la Mer, et les Aquilons excitent une tempête qui agite les Vaisseaux qui s'efforcent de poursuivre LICOMÈDE.
SCÈNE IX. Éole, les Aquilons, les Zéphyrs.
ÉOLE
Le Ciel protège les Héros : Allez Admète, allez Alcide ; Le Dieu qui sur les Dieux préside M'ordonne de calmer les flots : Allez, poursuivez un Perfide. Retirez-vous, Vents en courroux, Rentrez dans vos prisons profondes : Et laissez régner sur les ondes Les Zéphyrs les plus doux.L'orage cesse, les Zéphyrs volent et font fuir les Aquilons qui tombent dans la Mer avec les nuages qu'ils en avaient élevés, et les Vaisseaux d'ALCIDE et d'ADMÈTE poursuivent LICOMÈDE.
ACTE II
Le Théâtre représente La Ville principale de l'Île de Scyros.
SCÈNE I. Céphise, Straton.
STRATON
Que peut-elle prétendre ? Pourquoi se tourmenter ici mal à propos ? Ses cris ont beau se faire entendre, Peut-être son Époux a péri dans les flots, Et nous sommes enfin dans l'Île de Scyros.CÉPHISE
Tu ne te plaindras point que j'en use de même : Je t'ai donné peu d'embarras Tu vois comme je suis tes pas.CÉPHISE
Crois-moi, si j'ai feint de changer C'était pour te mieux engager. Un Rival n'est pas inutile, Il réveille l'ardeur et les soins d'un Amant ; Une conquête facile Donne peu d'empressement, Et l'Amour tranquille S'endort aisément.STRATON
Non, non, ne tente point une seconde ruse, Je vois plus clair que tu ne crois. On excuse d'abord un Amant qu'on abuse ; Mais la sottise est sans excuse, De se laisser tromper deux fois.CÉPHISE
Une si grande affaire Ne se fait pas si promptement : Un hymen qu'on diffère N'en est que plus charmant.STRATON
Un hymen qui peut plaire Ne coûte guère, Et c'est un noeud bientôt formé ; Rien n'est plus aisé que de faire Un Époux, d'un Amant aimé.STRATON
Amusement, amusement.CÉPHISE
L'injuste enlèvement d'Alceste Attire dans ces lieux une guerre funeste, Les plus braves des Grecs s'arment pour son secours : Au milieu des cris et des larmes, L'hymen a peu de charmes ; Attendons de tranquilles jours. Le bruit affreux des armes Effarouche bien les Amours.STRATON
Discours, discours, discours. Tu n'as qu'à m'épouser pour m'ôter tout ombrage ? Pourquoi différer davantage ? À quoi servent tant de façons ?SCÈNE II. Licomède, Alceste, Straton, Céphise, Soldats de Licomède.
ALCESTE
Est-ce ainsi que l'Amour a su vous émouvoir ? Est-ce ainsi que pour moi votre âme est attendrie ?LICOMÈDE
L'Amour se change en Furie, Quand il est au désespoir ; Puisque je perds toute espérance, Je veux désespérer mon rival à son tour ; Et les douceurs de la Vengeance Ont de quoi consoler des rigueurs de l'Amour.LICOMÈDE
Vous avez sans pitié regardé ma douleur, Vous m'avez rendu misérable, Vous partagerez mon malheur.ALCESTE
Admète avait mon coeur dès ma plus tendre enfance ; Nous ne connaissions pas l'Amour ni sa puissance. Lorsque d'un noeud fatal il vint nous enchaîner : Ce n'est pas une grande offense Que le refus d'un coeur qui n'est plus à donner.LICOMÈDE
Est-ce aux Amants qu'on désespère À devoir rien examiner ? Non, je ne puis vous pardonner D'avoir trop su me plaire. Que ne m'ont point coûté vos attraits ! Ils ont mis dans mon coeur une cruelle flamme ; Ils ont arraché de mon âme L'innocence et la paix. Non, Ingrate, non, Inhumaine, Non, quelque soit votre peine, Non, je ne vous rendrai jamais Tous les maux que vous m'avez faits.LICOMÈDE et ses soldats
Périssons-tous, Plutôt que de nous rendre.LICOMÈDE contraint ALCESTE d'entrer dans la Ville, CÉPHISE la suit, et les soldats de LICOMÈDE ferment la Porte de la Ville aussitôt qu'ils y sont entrés.
SCÈNE III. Admète, Alcide, Licas, Soldats assiégeants.
SCÈNE IV. Licomède, Straton, Soldats assiégés, Admète, Alcide, Licas, Soldats assiégeants.
LICOMÈDE, sur les remparts
Ne prétendez pas nous surprendre, Venez, nous allons vous attendre : Nous ferons tous notre devoir Pour vous bien recevoir.ADMÈTE, et ALCIDE
À l'assaut, à l'assaut.LICOMÈDE, et STRATON
Aux Armes, aux Armes.LES ASSIEGEANTS
À l'assaut, à l'assaut.LES ASSIÉGÉS
Aux armes, aux armes.ADMÈTE, ALCIDE, et LICOMÈDE
À moi, Compagnons, à moi. On fait avancer des Béliers et autres Machines de guerre pour battre la Place.TOUS ENSEMBLE
Donnons, donnons de toutes parts.TOUS ENSEMBLE
Donnons, donnons de toutes parts.LES ASSIÉGÉS
Que les ennemis pêle-mêle, Trébuchent sous l'affreuse grêle De nos flèches, et de nos dards.ALCIDE
C'est trop disputer l'avantage, Je vais vous ouvrir un passage, Suivez-moi tous, suivez-moi tous.TOUS ENSEMBLE
Courage, courage, courage, Ils sont à nous, ils sont à nous. Les assiégés voyant leurs Remparts à demi abattus, et la Porte de la Ville enfoncée, font un dernier effort dans une Sortie, pour repousser les Assiégeants.LES ASSIEGEANTS
Achevons d'emporter la Place ; L'Ennemi commence à plier. Main basse, main basse, main basse. .LES ASSIÉGÉS, rendant les armes
Quartier, quartier, quartier.LES ASSIEGEANTS
La Ville est prise.LES ASSIÉGÉS
Quartier, quartier, quartier.LICAS, terrassant Straton
Il faut rendre Céphise.SCÈNE V.
PHÈRES armé, et marchant avec peine
Courage, Enfants, je suis à vous ; Mon bras va seconder vos coups : Mais c'en est déjà fait, et l'on a pris la Ville ; La faiblesse de l'âge a retardé mes pas : La valeur devient inutile Quand la force n'y répond pas. Que la Vieillesse est lente, Les efforts qu'elle tente Sont toujours impuissants : C'est une charge bien pesante Qu'un fardeau de quatre-vingts ans.SCÈNE VI. Alcide, Alceste, Céphise, Phères, Licas, Straton enchaîné.
ALCIDE, à Phères
Rendez à votre Fils cette aimable Princesse.ALCESTE
Tout est soumis, la guerre cesse ; Seigneur, pourquoi me laissez-vous ? Quel nouveau soin vous presse ?ALCESTE
Les noeuds d'une amitié pressante Ne retiendront-ils point votre âme impatiente ? Et la Gloire vous doit-elle emporter ?SCÈNE VII. Alceste, Phères, Céphise.
SCÈNE VIII. Admète blessé, Cléante, Alceste, Phères, Céphise, Soldats de leur suite.
CLÉANTE
Le chef des Ennemis mourant et terrassé, De sa rage expirante a ramassé le reste, Le Roi vient d'en être blessé.ADMÈTE
Avec le nom de votre Époux J'eusse été trop heureux de vivre ; Mon sort est assez doux, Puisque je meurs pour vous.ALCESTE
Est-ce là cet hymen si doux, si plein d'appas, Qui nous promettait tant de charmes ? Fallait-il que sitôt l'aveugle sort des armes Tranchât des noeuds si beaux, par un affreux trépas ? Est-ce là cet hymen si doux, si plein d'appas, Qui nous promettait tant de charmes ?ADMÈTE
Alceste, vous pleurez ?ALCESTE
Admète, vous mourez.SCÈNE IX. Apollon, Les Arts, Admète, Alceste, Phères, Céphise, Cléante, Soldats de leur suite.
APOLLON, environné des Arts
La lumière aujourd'hui te doit être ravie ; Il n'est qu'un seul moyen de prolonger ton sort. Le Destin me promet de te rendre la vie, Si quelque autre pour toi veut s'offrir à la mort. Reconnais si quelqu'un t'aime parfaitement, Sa mort aura pour prix une immortelle gloire : Pour en conserver la mémoire, Les Arts vont élever un pompeux Monument.Les Arts qui sont autour d'Apollon se séparent sur des Nuages différents, et tous descendent pour élever un Monument superbe, tandis qu'Apollon s'envole.
ACTE III
Le Théâtre représente un grand Monument élevé par les Arts. Un Autel vide paraît au milieu pour servir à porter l'Image de la Personne qui s'immolera pour Admète.
SCÈNE I. Alceste, Phères, Céphise.
ALCESTE
Ah ! Pourquoi nous séparez-vous ? Eh du moins, attendez que la mort nous sépare ; Cruels, quel pitié barbare Vous presse d'arracher Alceste à son Époux ? Ah ! Pourquoi nous séparez-vous ?PHERES, et CÉPHISE
Plus votre Époux mourant voit d'amour et d'appas, Et plus le jour qu'il perd lui doit faire d'envie : Ce sont les douceurs de la vie Qui font les horreurs du trépas.ALCESTE
Les Arts n'ont point encore achevé leur ouvrage ; Cet Autel doit porter la glorieuse Image, De qui signalera sa foi, En mourant, pour sauver son Roi. Le prix d'une gloire immortelle Ne peut-il toucher un grand coeur ? Faut-il que la mort la plus belle Ne laisse pas de faire peur ? À quoi sert la foule importune Dont les Rois sont embarrassés ? Un coup fatal de la Fortune Écarte les plus empressés.ALCESTE, PHERES, et CÉPHISE
De tant d'amis qu'avait Admète, Aucun ne vient le secourir ; Quelque honneur qu'on promette, On le laisse mourir.PHÈRES
J'aime mon Fils, je l'ai fait Roi ; Pour prolonger son sort, je mourrais sans effroi, Si je pouvais offrir des jours dignes d'envie : Je n'ai plus qu'un reste de vie, Ce n'est rien pour Admète, et c'est beaucoup pour moi.SCÈNE II. Phères, Cléante, Peuples de leur suite.
PHÈRES
Voyons encor mon Fils, allons, hâtons nos pas ; Ses yeux vont se couvrir d'éternelles ténèbres.LE CHOEUR
Hélas ! Hélas ! Hélas !LE CHOEUR
Hélas ! Hélas ! Hélas !CLÉANTE
Hélas ! Hélas ! Le Roi touche à sa dernière heure, Il s'affaiblit, il faut qu'il meure, Et je vins pleurer son trépas. Hélas ! Hélas !LE CHOEUR
Hélas ! Hélas ! Hélas !LE CHOEUR
Hélas ! Hélas ! Hélas !SCÈNE III. Admète, et les Acteurs de la Scène précédente.
PHERES, et CLÉANTE
Quel changement ! Quel bruit nouveau !ADMÈTE
Qu'une Pompe funèbre Rende à jamais célèbre Le généreux effort Qui m'arrache à la mort. Alceste n'aura plus d'alarmes, Je reverrai ses yeux charmants À qui j'ai coûté tant de larmes : Que la vie a de charmes Pour les heureux Amants ! Achevez, Dieux des Arts, faites-nous voir l'Image Qui doit éterniser la grandeur de courage De qui s'est immolé pour moi ; Ne différez point davantage...L'Autel s'ouvre, et l'on voit sortir l'Image d'ALCESTE qui se perce le sein.
Ciel ! Ô Ciel ! Qu'est-ce que je vois !SCÈNE IV. Céphise, Admète, Phères, Cléante, Peuples de leur suite.
CÉPHISE
Alceste est morte !ADMÈTE
Alceste est morte !LE CHOEUR
Alceste est morte !CÉPHISE
Alceste a satisfait les Parques en courroux ; Votre tombeau s'ouvrait, elle y descend pour vous ; Elle-même a voulu vous en fermer la porte ; Alceste est morte !ADMÈTE
Alceste est morte !LE CHOEUR
Alceste est morte !ADMÈTE
Alceste est morte !LE CHOEUR
Alceste est morte !CÉPHISE
Sujets, Amis, Parents, vous abandonnaient tous ; Sur les droits les plus forts, sur les noeuds les plus doux, L'Amour, le tendre Amour l'emporte : Alceste est morte !ADMÈTE
Alceste est morte !SCÈNE V. Troupe de Femmes affligées, et d'Hommes désolés, portant des fleurs, et tous les ornements qui ont servi à parer Alceste.
UNE FEMME AFFLIGÉE
La Mort, la Mort barbare Détruit aujourd'hui mille appas. Quelle Victime, hélas ! Fût jamais si belle, et si rare ? La Mort, la Mort barbare Détruit aujourd'hui mille appas.CHOEUR
Alceste, la charmante Alceste, La fidèle Alceste n'est plus.Un transport de douleur saisit les troupes affligées, et désolées ; une partie déchire ses habits ; l'autre s'arrache les cheveux, et chacun brise au pied de l'image d'Alceste les ornements qu'il porte à la main.
SCÈNE VI. Admète, Phères, Céphise, Cléante, et leur suite.
ADMÈTE, revenu de son évanouissement, et se voyant désarmé
Sans Alceste, sans ses appas, Croyez-vous que je puisse vivre ! Laissez-moi courir au trépas Où ma chère Alceste se livre. Sans Alceste, sans ses appas, Croyez-vous que je puisse vivre ! C'est pour moi qu'elle meurt, Hélas ! Pourquoi m'empêcher de la suivre ? Sans Alceste, sans ses appas, Croyez-vous que je puisse vivre !SCÈNE VII. Alcide, Admète, Phères, Céphise, Cléante.
ALCIDE, à Admète
Tu me vois arrêté sur le point de partir, Par les tristes clameurs qu'on entend retentir.ADMÈTE
Alceste meurt pour moi par un amour extrême, Je ne reverrai plus les yeux qui m'ont charmé : Hélas ! J'ai perdu ce que j'aime, Pour avoir été trop aimé.ALCIDE
J'aime Alceste, il est temps de ne m'en plus défendre : Elle meurt, ton amour n'a plus rien à prétendre ; Admète, cède-moi la beauté que tu perds : Au Palais de Pluton j'entreprends de descendre : J'irai jusqu'au fond des Enfers Forcer la mort à me la rendre.ADMÈTE
Je verrais encor ses beaux yeux ! Allez Alcide, allez, revenez glorieux, Obtenez qu'Alceste vous suive ; Le Fils du plus puissant des Dieux Est plus digne que moi du bien dont on me prive. Allez, allez, ne tardez pas, Arrachez Alceste au trépas ; Et ramenez au jour son Ombre fugitive ; Qu'elle vive pour vous avec tous ses appas, Admète est trop heureux, pourvu qu'Alceste vive.SCÈNE VIII. Diane, Mercure, Alcide, Admète, Phères, Céphise, Cléante.
La Lune paraît, son Globe s'ouvre, et fait voir DIANE sur un Nuage brillant.
DIANE
Le Dieu dont tu tiens la naissance Oblige tous les Dieux d'être d'intelligence ; En faveur d'un dessein si beau, Je viens t'offrir mon assistance ; Et Mercure s'avance Pour t'ouvrir aux Enfers, un passage nouveau.Mercure vient en volant frapper la terre de son Caducée, l'Enfer s'ouvre, et Alcide y descend.
ACTE IV
Le Théâtre représente le Fleuve Achéron, et ses sombres rivages.
SCÈNE I. Caron, les Ombres.
CARON, ramant sa Barque
Il faut passer tôt ou tard, Il faut passer dans ma Barque. On y vient jeune, ou vieillard, Ainsi qu'il plaît à la Parque : On y reçoit sans égard, Le Berger, et le Monarque. Il faut passer tôt ou tard, Il faut passer dans ma Barque. Vous qui voulez passer, venez, Mânes errants, Venez, avancez, tristes Ombres, Payer le tribut que je prends, Ou retournez errer sur ces Rivages sombres.LES OMBRES
Passe-moi, Caron, passe-moi.LES OMBRES
Passe-moi, Caron, passe-moi.CARON fait entrer dans sa Barque les Ombres qui ont de quoi le payer.
UNE OMBRE rebutée
Une Ombre tient si peu de place.CARON
Crie, hélas ! Tant que tu voudras, Rien pour rien, en tous lieux, est une loi suivie : Les mains vides sont sans appas ; Et ce n'est point assez de payer dans la vie : Il faut encor payer au-delà du trépas.L'OMBRE, en se retirant
Hélas ! Caron, hélas ! Hélas !SCÈNE II. Alcide, Caron, les Ombres.
ALCIDE, sautant dans la Barque
Sortez, Ombres, faites-moi place, Vous passerez une autre fois. Les Ombres s'enfuient.CARON
Nous enfonçons.ALCIDE
Passons, passons.SCÈNE III. Pluton, Proserpine, l'Ombre d'Alceste, Suivants de Pluton.
Le Théâtre change, et représente le Palais de PLUTON.
PLUTON, sur son Trône
Reçois le juste prix de ton amour fidèle ; Que ton dessein nouveau soit heureux à jamais : Commence de goûter la douceur éternelle D'une profonde paix.PROSERPINE à côté de Pluton
L'épouse de Pluton te retient auprès d'elle : Tous tes voeux seront satisfaits.PLUTON et PROSERPINE
En faveur d'une Ombre si belle, Que l'Enfer fasse voir tout ce qu'il a d'attraits.Les suivants de PLUTON répètent les deux derniers vers, et se réjouissent de la venue d'ALCESTE dans les Enfers, par une espèce de Fête.
SUIVANTS DE PLUTON
En faveur d'une Ombre si belle, Que l'Enfer fasse voir tout ce qu'il a d'attraits. Tout Mortel doit ici paraître, On ne peut naître Que pour mourir : De cent maux le Trépas délivre ; Qui cherche à vivre Cherche à souffrir. Venez tous sur nos sombres bords, Le repos qu'on désire Ne tient son Empire Que dans le Séjour des morts.On danse.
CHOEUR
Chacun vient ici-bas prendre place ; Sans cesse on y passe, Jamais on n'en sort. C'est pour tous une loi nécessaire ; L'effort qu'on peut faire N'est qu'un vain effort : Est-on sage De fuir ce passage ? C'est un orage Qui mène au Port. Chacun vient ici-bas prendre place ; Sans cesse on y passe, Jamais on n'en sort. Tous les charmes, Plaintes, cris, larmes, Tout est sans armes Contre la mort. Chacun vient ici-bas prendre place ; Sans cesse on y passe, Jamais on n'en sort.On danse.
SCÈNE IV. Alecton, Pluton, Proserpine, l'Ombre d'Alceste, Suivants de Pluton.
ALECTON
Quittez, quittez les Jeux, songez à vous défendre, Contre un Audacieux unissons nos efforts : Le Fils de Jupiter vient ici de descendre Seul, il ose attaquer tout l'Empire des morts.PLUTON
Qu'on arrête ce Téméraire, Armez-vous, Amis, armez-vous, Qu'on déchaîne Cerbère, Courez tous, courez tous.On entend aboyer CERBERE.
SCÈNE V. Alcide, Pluton, Proserpine, Alecton, Suivants de Pluton.
PLUTON, voyant Alcide qui enchaîne Cerbère
Insolent, jusqu'ici braves-tu mon courroux ? Quelle injuste audace t'engage À troubler la paix de ces lieux ?PLUTON
Est-ce le Dieu jaloux qui lance lez tonnerre, Qui t'oblige à porter la guerre Jusqu'au centre de l'Univers ? Il tient sous son pouvoir et le Ciel et la Terre, Veut-il encor ravir l'Empire des Enfers ?ALCIDE
Non, Pluton, règne en paix, jouis de ton partage ; Je viens chercher Alceste en cet affreux séjour, Permets que je la rende au jour, Je ne veux point d'autre avantage : Si c'est te faire outrage D'entrer par force dans ta Cour, Pardonne à mon courage Et fais grâce à l'amour.PROSERPINE
Un grand coeur peut tout quand il aime, Tout doit céder à son effort. C'est un Arrêt du Sort, Il faut que l'amour extrême Soit plus fort Que la mort.PLUTON
Les Enfers, Pluton lui-même, Tout doit en être d'accord ; Il faut que l'amour extrême Soit plus fort Que la mort.PLUTON
Que pour revoir le jour, l'Ombre d'Alceste sorte.PLUTON donne un coup de son Trident et fait sortir son Char.
Prenez place tous deux au Char dont je me sers : Qu'au gré de vos voeux, il vous porte ; Partez, les chemins sont ouverts ; Qu'une volante Escorte Vous conduise au travers Des noires vapeurs des Enfers.Alcide et l'Ombre d'Alceste se placent sur le char de Pluton qui les enlève sous la conduite d'une troupe volante de suivants de Pluton.
ACTE V
Le Théâtre change, et représente un Arc de Triomphe au milieu de deux amphithéâtres, où l'on voit une multitude de différents Peuples de la Grèce, assemblés pour recevoir Alcide triomphant des Enfers.
SCÈNE I. Admète, Troupe de Peuples.
ADMÈTE
Alcide est vainqueur du trépas, L'Enfer ne lui résiste pas : Il ramène Alceste vivante ; Que chacun chante : Alcide est vainqueur du trépas, L'Enfer ne lui résiste pas :ADMÈTE
Quelle douleur secrète Rend mon âme inquiète, Et trouble mon amour ? Alceste voit encor le jour, Mais c'est pour un autre qu'Admète.ADMÈTE
Ah ! Du moins cachons ma tristesse ; Alceste dans ces lieux ramène les plaisirs. Je dois rougir de ma faiblesse ; Quelle honte à mon coeur, de mêler des soupirs Avec tant de cris d'allégresse !SCÈNE II. Licas, Straton enchaîné.
STRATON
Ne m'ôteras-tu point la chaîne qui m'accable, Dans ce séjour destiné pour tant d'aimables jeux ? Ah ! Qu'il est rigoureux D'être seul misérable, Quand on voit tout le monde heureux !LICAS, mettant Straton en liberté
Aujourd'hui qu'Alcide ramène Alceste des Enfers, Je veux finir ta peine. Qu'on ne porte plus d'autres fers Que ceux dont l'Amour nous enchaîne.SCÈNE III. Céphise, Licas, Straton.
LICAS, et STRATON
Vois, Céphise, vois qui de nous Peut rendre ton destin plus doux ; Et termine enfin nos querelles.CÉPHISE
Je n'ai point de choix à faire ; Parlons d'aimer et de plaire, Et vivons toujours en paix. L'Hymen détruit la tendresse, Il rend l'amour sans attraits ; Voulez-vous aimer sans cesse, Amants, n'épousez jamais.CÉPHISE, LICAS, et STRATON
L'Hymen détruit la tendresse, Il rend l'Amour sans attraits ; Voulez-vous aimer sans cesse, Amants, n'épousez jamais.SCÈNE IV. Alcide, Alceste, Admète, Céphise, Licas, Straton, Phères, Cléante, Troupe de Peuples.
ALCIDE
Pour une si belle victoire, Peut-on avoir trop entrepris ? Ah qu'il est doux de courir à la gloire Lorsque l'Amour en doit donner le prix ! Vous détournez vos yeux ! Je vous trouve insensible ? Admète a seul ici vos regards les plus doux ?ADMÈTE
Alcide pouvait seul vous ôter au trépas. Alceste, vous vivez, je revois vos appas ; Ai-je pu trop payer cette douceur extrême !ADMÈTE, et ALCESTE
Pardonnez aux derniers soupirs D'un malheureux amour qu'il faut qu'on vous immole. Alceste, il ne faut plus nous voir. Admète, il ne faut plus nous voir. D'un autre que de moi votre sort doit dépendre : D'un autre que de vous mon destin doit dépendre : Il faut dans les grands coeurs, que l'amour le plus tendre Soit la victime du devoir. Alceste, il ne faut plus nous voir. Admète, il ne faut plus nous voir.Admète se retire, et Alceste offre sa main à Alcide, qui arrête Admète, et lui cède la main qu'ALCESTE lui présente.
SCÈNE V. Apollon, Les Muses, Les Jeux, et les Acteurs de la Scène précédente.
APOLLON descend dans un Palais éclatant au milieu des Muses et des Jeux qu'il amène pour prendre part à la joie d'ADMÈTE et d'ALCESTE, et pour célébrer le Triomphe d'ALCIDE.
SCÈNE VI. Troupe de Bergers, de Bergères, et de Pâtres, et les Acteurs de la Scène précédente.
STRATON
À quoi bon Tant de raison Dans le bel âge ? À quoi bon Tant de raison Hors de saison ? Qui craint le danger De s'engager Est sans courage : Tout rit aux Amants, Les Jeux charmants Sont leur partage : Tôt, tôt, tôt, soyons contents, Il vient un temps Qu'on est trop sage.CÉPHISE
C'est la saison d'aimer Quand on sait plaire, C'est la saison d'aimer Quand on sait charmer. Les plus beaux de nos jours ne durent guère, Le sort de la Beauté nous doit alarmer, Nos champs n'ont point de fleur plus passagère ; C'est la saison d'aimer Quand on sait plaire, C'est la saison d'aimer Quand on sait charmer. Un peu d'amour est nécessaire, Il n'est jamais trop tôt de s'enflammer ; Nous donne-t-on un coeur pour n'en rien faire ? C'est la saison d'aimer Quand on sait plaire, C'est la saison d'aimer Quand on sait charmer.1 061 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica