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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Amalasonte

Philippe Quinault· imprimée en 1661· 5 actes· 1 679 vers· 11 personnages

Personnages

  • CLODÉSILE, Prince, Amant d'Amalasonte
  • ARSAMON, Prince, ami ce Clodésile, amant d'Amalfrède
  • LEUDERE, Domestique de Théodat
  • THÉODAT, Fils de Theudion, et amant d'Amalasonte
  • THEUDION, Régent des États d'Amalasonte
  • EURIC, Capitaine des Gardes
  • AMALFREDE, Soeur de Clodésile
  • ULCIDE, Suivante d'Amalfrède
  • AMALASONTE, Reine des Goths et d'Italie
  • CÉLINDE, Suivante d'Amalasonte
  • GARDES
MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR MONSEIGNEUR LE CARDINAL MAZARIN.

Je suis persuadé que c'est une espèce de crime, que d'interrompre par une offrande si peu considérable que cette Pièce de Théâtre, les soins importants que VOTRE ÉMINENCE prend continuellement pour le bonheur de cet État ; mais vous savez qu'il n'est rien de plus naturel que d'aimer aveuglément tout ce que l'on produit, et l'espère que vous pardonnerez à cette inclination si commune à tous les hommes, le désir que j'ai de rendre mon Ouvrage le plus glorieux qu'il puisse être, en vous le consacrant. J'ai tâché de faire paraître devant une Cour, que vos travaux rendent aujourd'hui la plus florissante de la Terre une Reine qui fut autrefois la merveille de son Siècle, et je ne doute point qu'en la faisant sortir du tombeau, je ne lui aie dérobé beaucoup de son éclat ; mais il est certain que je ne lui ai pu faire aucun tort, que je ne répare avantageusement en lui procurant la protection de VOTRE ÉMINENCE. Ce n'est pas d'aujourd'hui, MONSEIGNEUR, que des Têtes Couronnées reçoivent de vous leurs avantages les plus éclatants. Si l'Auguste MÈRE de notre incomparable Roi s'est rendue la plus grande des Reines par la grandeur de cette Monarchie, et si dans sa régence admirable elle a fait compter beaucoup moins d'années que de Victoires, ces événements favorables sont autant d'effets merveilleux de vos veilles laborieuses. Si notre invincible MONARQUE dès le printemps de sa vie a déjà moissonné tant de Palmes, et s'il n'a pas moins inspiré de terreur à l'Espagne, qu'il a donné d'admiration à tout le reste du monde, ce sont d'heureux succès qu'il doit autant à la force de votre Esprit qu'à la puissance des Armes. Mais l'ardeur que vous avez témoignée pour les intérêts de ce grand PRINCE, est d'autant plus louable qu'il vous était libre de vous en dispenser, et que n'ayant pas été né parmi ses sujets, le devoir de la naissance ne pouvait avoir aucune part dans les soins que votre seule inclination vous a fait prendre pour sa gloire. Aussi, MONSEIGNEUR, on voit éclater la justice du Ciel, dans le bonheur, qui suit continuellement vos desseins, et l'on peut dire avec vérité que le rang illustre que vous avez acquis dans ce Royaume, est plutôt un ouvrage de votre mérite, qu'une faveur de la Fortune. Cette auguste Divinité, qui n'a rien de certain que son inconstance, ne vous aurait pas si longtemps exempté de ses changements, Si vous n'aviez point eu d'autres biens que ceux qui relèvent de son Empire, et il n'est pas malaisé de connaître que le cours immuable de vos heureux destins, ne peut avoir sa source que dans la solidité de votre Vertu. Le sang auguste de nos Rois est maintenant si bien mêlé avec celui de VOTRE ÉMINENCE, qu'il ne vous saurait plus arriver de disgrâce, où toute la Maison Royale ne fût intéressée. L'Envie elle-même, malgré l'habitude qu'elle a de faire son propre malheur de la prospérité d'autrui, n'ouvre plus aujourd'hui la bouche, que pour accroître le bruit que la Renommée fait en votre faveur. Il y a peu d'hommes considérables pour les belles Lettres dans notre Nation, qui ne soient obligés par reconnaissance de vous donner des marques de leur estime : tous ceux, dont les Écrits ont eu quelque agrément, ont été honorés de votre approbation, et tous ceux qui ont eu votre approbation ont été gratifiés de vos bienfaits. Ce n'est pas, MONSEIGNEUR, que vous attendiez des louanges pour les grâces que vous prodiguez, toutes nos histoires laisseront à la Postérité le nom célèbre de VOTRE ÉMINENCE avec assez d'éclat, pour n'avoir pas besoin que nos Inventions se mêlent d'y rien ajouter ; mais quand vous prenez du plaisir à faire de bien à ceux que vous connaissez dignes, c'est parce que la Libéralité convient particulièrement aux grandes âmes, et qu'il vous est impossible de souffrir qu'il y ait une seule des Vertus qui vous échappe. Enfin, MONSEIGNEUR, si vous avez la bonté de vouloir être le Protecteur d'Amalasonte, elle sera plus glorieuse qu'elle ne fut jamais, et j'aurai beaucoup de part à sa gloire puisque j'aurai l'honneur de m'offrir à vous avec elle, et je trouverai l'occasion de vous protester avec respect que je suis ;

MONSEIGNEUR,

DE VOTRE ÉMINENCE

Le très humble, très obéissant, et très passionné serviteur,

QUINAULT.

ACTE I

SCÈNE I. Clodésile, Arsamon, Leudère.

CLODÉSILE

Je travaille à sa perte en lui faisant ma Cour. Nous avons contre nous la Fortune et l'Amour, Et ce sont deux Torrents furieux dès leur source Qui grossissent alors qu'on s'oppose à leur course, Et de qui le courant que l'on doit redouter, Entraîne avecque soi ce qui l'ose arrêter, Attaquer Théodat avec la force ouverte, C'est loin de le détruire attirer notre perte ; Pour perdre un Favori qui fait des mécontents, Les moyens les plus sûrs sont les moins éclatants, La haine est impuissante alors qu'elle est suspecte, Il faut en le perdant feindre qu'on le respecte, Et lorsque par la force il ne peut succomber, Il faut le soutenir pour le faire tomber. Enfin par cette voie utile et peu commune Je prétends en ce jour ébranler sa fortune. Pour beaucoup de raisons vous savez que jamais Avec Justinien nous n'avons eu de paix, Et que cet Empereur ne souffre qu'avec honte La conquête de Rome où règne Amalasonte ; L'amitié qui nous joint avec des noeuds si doux, N'a laissé dans mon coeur aucun secret pour vous, Et j'aurais cru commettre un crime de vous taire La rage où m'a réduit le trépas de mon Père. Depuis qu'Amalasonte aux yeux de cette Cour, Sur de légers soupçons le fit priver du jour J'ai, comme vous savez, animé de vengeance, Avec Justinien été d'intelligence. Il a par mon avis écrit à Théodat, Comme s'il le devait servir contre l'État : La lettre est arrivée, et l'ayant fait surprendre, Aux mains d'Amalasonte on doit bientôt la rendre, Qui par son Favori se croyant voir trahir, Aura trop de fierté pour ne le pas haïr.

SCÈNE II. Théodat, Arsamon, Clodésile.

SCÈNE III. Theudion, Théodat, Clodésile, Arsamon, Euric, Gardes.

THÉODAT

Seigneur...

THEUDION

Oui donnez.

SCÈNE IV. Théodat, Clodésile, Arsamon, Euric, Gardes.

SCÈNE V. Théodat, Euric, Gardes.

SCÈNE VI. Leudère, Théodat, Euric, Gardes.

SCÈNE VII. Amalfrède, Leudère, Ulcide.

SCÈNE VIII. Théodat, Amalfrède, Ulcide, Gardes.

AMALFREDE

Qui donc ?

THÉODAT

Amalasonte.

SCÈNE IX. Euric, Théodat, Amalfrède, Ulcide, Gardes.

SCÈNE X. Ulcide, Amalfrède.

ACTE II

SCÈNE I. Theudion, Amalasonte, Célinde.

SCÈNE II. Amalasonte, Célinde.

SCÈNE III. Theudion, Amalasonte, Théodat, Euric, Gardes, Célinde.

SCÈNE IV. Amalasonte, Théodat, Célinde, les Gardes s'étant retirés au fonds du Théâtre.

THÉODAT

Moi, je...

THÉODAT

Vous l'ordonnez, et je vais obéir, Cette accusation sans doute m'embarrasse, Je me défendrai mal quelque effort que je fasse, Troublé par des forfaits qui me sont inconnus, Ce que je vous dirai sera faible et confus ; Mais vous n'ignorez pas qu'en un trouble semblable Qui sait bien s'excuser semble être un peu coupable E qu'étant accusé d'un crime si fatal, C'est paraître innocent que s'en défendre mal Ceux qu'à des trahisons un soin coupable anime, Préparent leur excuse en préparant leur crime, Leur constance est suspecte, et de tels attentats Ne sont pas ignorés s'ils ne surprennent pas ; Mais l'imposture étonne en pareille aventure Ceux qui n'ont jamais su ce que c'est qu'imposture Et qui sur leur vertu s'osant trop confier, N'ont jamais appris l'art de se justifier. Je crains peu toutefois ; votre âme a des lumières Qui pourraient découvrir des ruses moins grossières Et votre esprit brillant par un crime imposé, Peut bien être surpris, mais non pas abusé ; L'écrit de l'Empereur, si l'on me rend justice, Vous doit être suspect de beaucoup d'artifice, J'ai pour accusateur ici votre ennemi, Contre qui j'ai vingt fois votre Trône affermi, Un Prince intimidé que ma valeur étonne, Dont mon bras a vingt fois fait trembler la Couronne, Et qui par vos bontés voyant avec ennui Récompenser les soins que j'ai pris contre lui, Impuissant à me nuire avec la force ouverte, Cherche en des trahisons sa vengeance et ma perte ; Mais pour y réussir, l'attentat imputé Est trop peu vraisemblable, et trop mal inventé. Après de vos bontés la solide assurance, Le crime qu'on m'impose a-t-il quelque apparence ? Puis-je avec quelque sens refuser en ces lieux D'une main adorable un Sceptre glorieux, Pour vouloir prendre ailleurs, tout couvert d'infamie, Un Sceptre mal acquis d'une main ennemie, Et puis-je apparemment avoir considéré Un espoir incertain plus qu'un bien assuré ? Mais dans un trouble égal à mon désordre extrême, Qui sait comme on raisonne ignore comme on aime, Et pour être excusé de cette trahison, J'attends de mon amour plus que de ma raison. J'adore ma Princesse, et personne n'ignore Que l'on peut rarement trahir ce qu'on adore, Et que quand d'un feu pur une Reine est l'objet, Ce qui fait un Amant fait un meilleur Sujet. Je ne cherche donc plus de raison pour défense, Qui saura mon amour, saura mon innocence, Et le feu qui me brûle est brillant à tel point, Qu'il doit ne plaire pas à qui ne le sait point, Oui, pour peu que ce feu puisse encore vous plaire, Au moment qu'il brûle, il faut qu'il vous éclaire, Et malgré ce forfait justement dénié, Si je ne suis haï, je suis justifié : Mais je perds tout espoir si je perds votre estime, Je dois plus craindre ici votre haine qu'un crime, Je ne me défends plus si vous me haïssez, Et ma mort...

SCÈNE V. Clodésile, Arsamon, Amalasonte, Célinde.

CLODÉSILE

Mais...

SCÈNE VI. Amalasonte, Amalfrède, Ulcide, Célinde.

AMALFREDE

Ah, Ciel !

ULCIDE, à Amalfrède qui laisse tomber une lettre

Une Lettre est tombée.

CÉLINDE, ramassant la lettre

Amalfrède en sortant a laissé cette lettre.

AMALFREDE, retournant sur ses pas

Qu'ai-je fait ? Quel malheur ?

AMALASONTE

Qu'avez-vous ?

AMALFREDE, à part

C'est ce que je souhaite.

AMALASONTE

L'aimez-vous ?

SCÈNE VII. Théodat, Amalfrède, Amalasonte, Célinde, Ulcide.

THÉODAT, à Amalfrède

Avez-vous pris la peine...

SCÈNE VIII.

ACTE III

SCÈNE I. Clodésile, Amalfrède.

AMALFREDE

Mais si...

SCÈNE II. Amalfrède, Théodat, Arsamon.

SCÈNE III. Amalfrède, Ulcide.

SCÈNE IV. Clodésile, Amalfrède, Ulcide.

CLODÉSILE

Théodat.

AMALFREDE

Théodat ?

AMALFREDE

Hélas !

SCÈNE V. Amalasonte, Clodésile, Amalfrède, Ulcide, Célinde, Suite.

SCÈNE VI. Amalasonte, Euric, Clodésile, Amalfrède, Ulcide, Célinde, Suite.

SCÈNE VII. Théodat, Amalasonte, Clodésile, Amalfrède, Ulcide, Célinde, Euric, Suite.

THÉODAT

Si...

SCÈNE VIII. Théodat, Amalasonte, Amalfrède, Ulcide, Célinde, Euric, Suite.

THÉODAT, à part à Amalfrède

De toutes ses rigueurs ne vous rebutez pas.

AMALFREDE

Excusez...

AMALFREDE

Mais, Madame...

SCÈNE IX. Amalasonte, Amalfrède, Célinde, Ulcide.

ACTE IV

SCÈNE I. Amalfrède, Théodat.

SCÈNE II. Célinde, Amalfrède, Théodat.

AMALFREDE

Je m'en vais la trouver, allez l'en divertir.

Divertir : Tourner d'un autre côté, détourner, écarter. [L]

SCÈNE III. Amalfrède, Théodat.

SCÈNE IV. Célinde, Amalasonte, Amalfrède, Théodat.

AMALASONTE

Qu'on ne me suive point.

Célinde rentre.

AMALFREDE, à Théodat

Laissez-moi, la voici.

Théodat se retire.

AMALASONTE

Non, parle.

AMALFREDE

Mais...

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Théodat, Amalfrède, Amalasonte.

THÉODAT

Quoi ?

AMALFREDE

Ce fer pour me venger.

Elle tire l'épée de Théodat, et s'avance vers la Reine comme pour la frapper.

AMALFREDE, à part

Ma Rivale s'éveille, il faut quitter l'épée.

Elle laisse l'épée à la main de Théodat.

AMALASONTE, s'éveillant

Que vois-je ?

THÉODAT

La vérité.

SCÈNE VII. Amalfrède, Amalasonte, Célinde.

SCÈNE VIII. Clodésile, Amalfrède, Amalasonte, Célinde.

CLODÉSILE

Et la Reine ?

SCÈNE IX. Amalasonte, Clodésile.

AMALASONTE

Sa grâce ?

CLODÉSILE

Oui, Madame.

SCÈNE X.

SCÈNE XI. Célinde, Clodésile.

CÉLINDE, donnant un billet à Clodésile

Voici pour Théodat ce qu'a promis la Reine.

ACTE V

SCÈNE I. Ulcide, Amalfrède.

SCÈNE II. Amalasonte, Amalfrède, Célinde, Ulcide.

AMALASONTE

Hélas !

SCÈNE III. Amalasonte, Theudion, Amalfrède, Célinde, Ulcide.

SCÈNE IV. Theudion, Amalasonte, Célinde, Suite.

THEUDION

Mais...

SCÈNE V. Amalasonte, Célinde, Suite.

SCÈNE VI. Amalasonte, Amalfrède, Célinde, Ulcide.

SCÈNE VII. Amalasonte, Célinde.

SCÈNE VIII. Célinde, Théodat, Amalasonte.

SCÈNE IX. Théodat, Amalasonte.

THÉODAT

Ma Princesse.

SCÈNE X. Theudion, Amalasonte, Célinde, Théodat, Euric, Suite.

1 679 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica