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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie en Cinq Actes et en Vers

Astrate Roi de Tyr

Philippe Quinault· créée en 1664, imprimée en 1665· 5 actes· 1 662 vers· 12 personnages

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, le 12 décembre 1664.

Personnages

  • AGÉNOR, parent de la Reine, destiné pour l'épouser
  • NERBAL, confident d'Agénor
  • ASTRATE, légitime Roi de Tyr, cru fils de Sichée
  • BÉLUS, ami d'Astrate
  • SICHÉE, Seigneur Tyrien, cru père d'Astrate
  • BAZORE, ami de Sichée
  • NICOGÈNE, ami de Sichée
  • ÉLISE, Reine de Tyr par usurpation
  • CORISBE, confidente d'Élise
  • GÉRASTE, Capitaine des Gardes d'Élise
  • GARDES
  • SOLDATS
MADAME,

À LA REINE.

Astrate ne s'est pu résoudre à se consacrer qu'à VOTRE MAJESTÉ ; et l'avantage qu'il a eu de ne Lui pas déplaire, Lui a trop élevé le coeur pour cherche une moindre protection que celle de la plus illustre de toutes les Reines. La choix le plus glorieux qu'il pouvait faire, a debord été celui où il s'est osé déterminer. Et en effet, MADAME, si l'on la considère par le Sacré Noeud qui l'unit au Monarque le plus renommé qui fut jamais, où peut-on voir plus de gloire ? Et si l'on l'observe jusque dans sa vivante image, c'est à dire dans le Prince admirable qu'Elle nous a donné, ou peut on remarquer plus de charmes et plus de merveilles ? Mais, MADAME, pour savoir qu'il n'y a rien dans laNaturede plus accompli, ni de plus éclatant que VOTRE MAJESTÉ, il n'est besoin que de tourner les yeux sur Elle-même, et que d'envisager son propre mérite. C'est un bine et un ornement tout ensemble pour ce Royaume, dont il vient de témoigner assez que le prix ne lui est pas inconnu : tant de larmes répandues, tant de cris redoublés ; enfin, MADAME, cette désolation publique, et ces frayeurs universelles qui n'ont fini n'ont fini qu'avec le péril dont VOTRE MAJESTÉ n'a que trop été menacée, Lui doivent être assurés témoignages que toute la France la reconnaît pour une des principales sources de sa Félicité. Astrate n'a pas manqué de faire aussi son devoir dans une consternation si générale ; et quelque impatience qu'il eut de sortir des ténèbres où il était demeuré depuis plusieurs siècles, il s'est bine gardé de paraître au jour, tandis qu'il y avait lieu de craindre pour la plus belle Vie du monde. Il est vrai, MADAME, qu'il en a été avantageusement récompensé, par l'honneur qu'il a reçu d'entrer dans les premiers divertissements qu'il a plu à VOTRE MAJESTÉ de choisir après son heureuse convalescence ; et si Elle a encore la bonté d'agréer l'hommage particulier qu'il ose ici Lui rendre, il n'y aura plus rien qui manque à l'accomplissement de son bonheur. Si toutefois il lui peut rester quelque chose à souhaiter, ce sera seulement que celui qui a pris soin de la faire revivre avec tant de succès, puisse prendre quelque part à sa bonne fortune, et qu'il lui soit permis d'oser publier qu'il est, avec un zèle très ardent, et des respects très profonds,

MADAME,

DE VOTRE MAJESTÉ,

Le très humble, très obéissant, et très fidèle serviteur et sujet.

QUINAULT.

Ex Libro 1° Josephi contra Appionem

Moriente Hiramo, successit in eius regno Baleastratus filius, qui cum vixiffet annis20. regnavit 8. hunc Filii Nutricis eius quatuor, infidiis peremere, quorum Senior regnavit annis 12. post quoos ASARTUS filius Béléastarti regnavit.

Ex Thetro Historico Christophori Helvici théol. ad an Mundi 2963

Abdestratos Beleazari filius regnat 9 annis.

Filiuas Nutricis regnat 12 annis.

ASTARTUS Déleastarti filius regnat 12 annis.

Ex Dionysio Petavio,

L. 2. Part. 2. Rationarii Temporum in Laterculo Regum Tyri priorum.

anni regni Periodi Julianae

4. Abdstratus 9 3729.

5. Nutricis Abdastrati Filius 12 3738.

6. ASTRATUS 12 3750.

De la Bibliothèque Historiale de Vignier, première partie, fol. 151. et 152

L'An du Monde 3124. Abstratus, Roi de Tyr, fut mis à mort par les fils de ses mère nourrice, et son royaume occupé par eux l'espace de 12 ans.

L'an du Monde 3138. ASTRATUS, fils de Baleastartus, Roi de Tyr, après avoir recouvré le Royaume de son père sur les usurpateurs d'icelui, régna 12 ans.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Agénor, Astrate, Nerbal, Bélus.

SCÈNE II. Agénor, Nerbal.

SCÈNE III. Agénor, [Nerbal,] Sichée.

SCÈNE IV. Sichée, Bazore, Nicogène.

SCÈNE V. Élise, Sichée, Géraste, Corisbe, Nicogène, Bazore, Suite.

ÉLISE

Que l'on nous laisse ici.

Tout le monde se retire à l'exception de Sichée.

ÉLISE

Non ; envoyez-le-moi, sans lui rien faire entendre. Je lui prétends moi-même annoncer son bonheur, Et connaître l'effet qu'il fera sur son coeur. Cependant, employez toute votre prudence À chercher l'ennemi dont je crains la vengeance. De Jupiter Hammon, l'Oracle consulté, Nous en pourra bientôt donner quelque clarté : J'espère en sa réponse, et je l'attends sans cesse ; Mais elle tarde trop, et le péril me presse. Mon ennemi, peut-être, est prêt à me punir, Tâchons de le connaître, et de le prévenir. J'ai trop fait, pour laisser ma fortune douteuse : L'injustice imparfaite est la plus périlleuse ; C'est erreur de tenter des crimes superflus, Et de n'en pas jouir, pour un crime de plus. Je me trouve en un rang où je dois me défendre De tout ce qui pourrait me forcer d'en descendre : Adraste, et ses deux fils, pourraient m'en faire choir, Et j'ai cru que leur perte était de mon devoir. J'eusse épargné leur sang, s'il m'eut été possible ; Le sang versé toujours de lui-même est horrible : La vertu résistait sans doute à leur trépas ; Mais ma perte était sûre, en ne les perdant pas ; Et la raison d'État veut souvent qu'on préfère À la vertu nuisible, un crime nécessaire. Cette même raison exige encore de moi, La mort du dernier fils de ce malheureux Roi. Il ne m'est plus permis de m'épargner ce crime ; Mon destin me demande encor cette victime Le sort de ma maison, plus fort que mes souhaits, M'arrache à l'innocence, et m'enchaîne aux forfaits. Il m'en fait un devoir, et me force à connaître Qu'on n'est pas toujours juste autant qu'on voudrait l'être ; Qu'il est des Ascendants, dont la fatalité Nous impose du crime une nécessité ; Et qu'en nous quelquefois, par un pouvoir suprême, Il entre du destin jusqu'en la vertu même. Épousez donc mon sort, comme moi votre Fils, Et souffrez des forfaits dont il reçoit le prix. Cherchez, avecque moi l'ennemi qui me reste : Ma chute désormais vous deviendrait funeste. Songez que sans vous nuire on ne peut m'attaquer.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Élise, Corisbe.

SCÈNE II. Agénor, Élise, Corisbe.

AGÉNOR

Un transport violent m'agite et me possède, Je l'avoue, il m'emporte, et tout mon coeur lui cède ; Mais n'en redoutez rien qui vous blesse en ce jour, Ce n'est pas le dépit, Madame, c'est l'amour. Je n'entends que trop bien tout ce que me veut dire Le délai rigoureux du bonheur où j'aspire ; Je vois ce qui vous rend mon hymen sans appas ; L'hymen déplaît toujours, quand l'époux ne plaît pas : Mais à quoi que m'expose un si cruel supplice, Faut-il pas se connaître, et se faire justice ? Dois-je m'en prendre à vous, puis-je vous en blâmer ? Si je n'ai pu vous plaire, avez-vous dû m'aimer ? Et s'il manque à mes feux le secours d'un mérite Dont la force en secret pour moi vous sollicite ; Si je n'ai pas su l'art de toucher votre coeur ; Si vous n'y sentez rien qui parle en ma faveur, Rien qui cherche à répondre à mon amour extrême, La faute en peut-elle être ailleurs que dans moi-même ? Bien que l'ordre d'un Prince ait flatté mon espoir, Je n'aime pas si mal que de m'en prévaloir ; J'en veux à votre coeur plutôt qu'à votre Empire ; Et quoi qu'en ma faveur votre père ait pu dire, Quoi qu'il vous ait prescrit au point de son trépas, Le don du coeur est libre et ne se prescrit pas. Pour peu que de son choix la loi vous semble dure, Vous pouvez au délai joindre encor la rupture ; Eussé-je mille droits pour être votre époux, Mon amour y renonce et vous rend toute à vous : Je vous mets en pouvoir de vous choisir un maître ; Qui n'a pas vos désirs n'est pas digne de l'être ; Votre coeur seul doit faire un choix si glorieux, Et le vrai droit du trône, est de plaire à vos yeux. Vous pouvez me l'ôter, et ne devez pas craindre Que j'aime mon bonheur jusqu'à vous y contraindre : Désormais contre vous, malgré votre rigueur, La révolte n'est plus au pouvoir de mon coeur : Pour ne me pas soumettre, ainsi que bon vous semble, La couronne et vos yeux sont trop fort joints ensemble ; J'ai de subir vos lois un double engagement, C'est peu d'être sujet, je suis encore amant : Quelque dure toujours que soit la servitude, L'amour m'en a fait faire une douce habitude, Et l'on doit craindre peu que rien puisse en ce jour Ébranler le devoir soutenu par l'amour. Disposez donc enfin du trône et de vous-même : Seulement, s'il se peut, songez que je vous aime, Et mériterais mieux que d'éternels tourments, Si l'amour tenait lieu de mérite aux amants. Je ne vous dis plus rien, Madame, et vais attendre L'arrêt que, sur mon sort il vous plaira de rendre. Pour laisser votre choix en pleine liberté, Je ne vous verrai plus qu'il ne soit arrêté ; Et veux vous épargner jusqu'à la violence Que peut, même en secret, vous faire ma présence.

SCÈNE III. Corisbe, Élise.

SCÈNE IV. Astrate, Élise, Corisbe.

ÉLISE

Ah !

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Bélus, Astrate.

SCÈNE II. Corisbe, Astrate.

ASTRATE

Pour moi ?

SCÈNE III. Astrate, Agénor, Nerbal.

SCÈNE IV. Agénor, Astrate, Géraste, Gardes.

AGÉNOR, à Géraste

Assurez-vous d'Astrate.

GÉRASTE

Seigneur...

GÉRASTE

À regret...

SCÈNE V. Sichée, Astrate.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Bazore, Sichée, Nicogène.

SCÈNE II. Astrate, Sichée.

SCÈNE III. Élise, Astrate, Corisbe.

SCÈNE IV. Géraste, Élise, Astrate, Corisbe.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Élise, Corisbe.

SCÈNE II. Sichée, Nicogène, Bazore, Nerbal, Élise, Corisbe, Soldats.

SCÈNE III. Astrate, Sichée, Soldats.

SICHÉE, empêchant Astrate de se saisir de son épée

Seigneur !

SCÈNE IV. Nicogène, Nerbal, Sichée, Astrate, Soldats.

NICOGÈNE, à Sichée

Seigneur, tout le peuple murmure.

SICHÉE

Par moi ?

SCÈNE DERNIÈRE. Corisbe, Élise, Bazore, Nerbal, Astrate, Sichée, Nicogène, Soldats.

ASTRATE

Madame !

ASTRATE

Ah !...

1 662 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica