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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Bellérophon

Philippe Quinault· créée en 1671, imprimée en 1715· 5 actes· 1 447 vers· 9 personnages

Représenté pour la première fois le 01 janvier 1671 à l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • PROETUS, roi d'Argos
  • LICAS, Confident de Proetus
  • BÉLLÉROPHON, prince d'Ephyre réfugié auprès de Proetus
  • STENOBÉE, fille aînée d'Iobas roi de Lycie
  • MÉGARE
  • PHILONOE, soeur de Stenobée
  • LADICE, confidente de Philonoé
  • TIMANTE, capitaine des gardes du roi de Lycie
  • GARDES

ACTE I

SCÈNE I. Proetus, Lycas.

PROETUS

La colère du Ciel par vos yeux adoucie Commence à dissiper l'effroi de la Lycie ; Et si l'on croit des Dieux les Oracles sacrés Nous en seront bientôt pleinement délivrés. Le peuple rassuré par cet espoir propice, Content de notre hymen, presse qu'on l'accomplisse ; Et ma princesse enfin favorable à mes voeux, M'en laisse avec le roi choisir le jour heureux. Mais, s'il faut dire tout, quelqu'heureux qu'on me voit, Mon seul bonheur n'est pas ma plus parfaite joie, L'ambition, l'amour n'en font que la moitié ; Et j'en dois en effet le comble à l'amitié. Un précieux ami dans son sort m'intéresse, Et pour Béllérophon tu connais ma tendresse. Chassé de sa patrie, errant, et sans appui, Il trouva plus chez moi qu'il ne perdit chez lui. La douceur dont me flatte un nouveau diadème, N'est que pour en jouir dans un autre moi-même, Et je ne puis au trône être heureux qu'à demi, A moins que d'y pouvoir élever mon ami. La couronne d'Argos à mes voeux peut suffire ; C'est pour lui qu'en ces lieux je cherche un autre empire. Iobas accablé du faix de ses vieux ans, S'il peut régner encore, ne peut régner longtemps ; A deux filles ici sa famille est bornée, Et j'ose me promettre en épousant l'aînée, De voir notre amitié pour comble de douceurs Se serrer de nouveau par l'hymen des deux soeurs. De cet espoir charmant en secret je me flatte, Mais il n'est pas encore à propos qu'il éclate ; Cette jeune princesse a des rois pour amants, Dont il faut ménager les mécontentements. L'aveu de Sténobée est sur tout nécessaire ; C'est elle qui gouverne et l'état, et son père ; L'hymen a commencé déjà de nous unir, Et bientôt mon amour pourra tout obtenir. Alors pour mon ami j'espère avec adresse... Mais il vient.

SCÈNE II. Béllérophon, Proetus.

BÉLLÉROPHON

Trouvez bon, Seigneur, que l'on nous laisse.

Licas se retire

BÉLLÉROPHON

Seigneur...

BÉLLÉROPHON

Hé bien...

SCÈNE III. Sténobée, Proetus, Mégare.

PROETUS

Madame ...

SCÈNE IV. Sténobée, Mégare.

ACTE II

SCÈNE I. Sténobée, Mégare.

SCÈNE II. Sténobée, Philonoe, Mégare, Ladice.

SCÈNE III. Philonoe, Ladice.

PHILONOE

Ah Ladice !

SCÈNE IV. Béllérophon, Philonoe, Ladice.

BÉLLÉROPHON

Ah Madame !

PHILONOE

Adieu.

PHILONOE

Hélas !

ACTE III

SCÈNE I. Proetus, Sténobée, Mégare.

SCÈNE II. Mégare, Sténobée.

MÉGARE

Irai-je ?

SCÈNE III. Béllérophon, Stenobee, Mégare.

STÉNOBÉE

Levez-vous.

SCÈNE IV. Stenobee, Mégare.

ACTE IV

SCÈNE I. Philonoe, Proetus, Ladice, Licas.

SCÈNE II. Sténobée, Proetus, Philonoe, Mégare, Ladice, Licas.

STÉNOBÉE

Ô Dieux !

PROETUS

Achevez !

STÉNOBÉE

Je ne puis.

PROETUS

L'ingrat !

SCÈNE III. Proetus, Philonoe, Ladice, Licas.

SCÈNE IV. Béllérophon, Philonoe, Proetus, Licas, Ladice.

SCÈNE V. Béllérophon, Proetus, Licas.

SCÈNE VI. Timante, Béllérophon, Gardes.

TIMANTE

C'est...

BÉLLÉROPHON

Ne m'arrêtez point.

ACTE V

SCÈNE I. Sténobée, Mégare.

SCÈNE II. Sténobée, Philonoe, Ladice, Mégare.

PHILONOE

Ciel !

SCÈNE III. Sténobée, Philonoe, Timante, Mégare, Ladice.

TIMANTE

C'en est fait, il est mort. Par votre arrêté, Seul, dans un char couvert, de soldats escorté, Je le faisais conduire au fort en diligence : Nous marchions au grand pas, dans un profond silence, Quand à côté de nous du fond du bois prochain. D'horribles hurlements ont retenti soudain. À ce bruit qui pénètre, et transit jusqu'à l'âme, À travers des bouillons de fumée et de flamme, Paraît ce monstre affreux que le ciel en courroux A tiré des enfers pour s'armer contre nous. Il se fait reconnaître à la confuse forme D'un corps prodigieux d'une grandeur énorme. Lion, chèvre, dragon, composé de tous trois C'est en un monstre seul trois monstres à la fois : Il n'est sur son passage endroit qu'il ne désole, Il rugit crie, et siffle, il court, bondit, et vole : Des yeux il nous dévore, il ouvre avec fureur De sa gueule béante un gouffre plein d'horreur, Et pour fondre sur nous s'excitant au carnage Sur des rochers qu'il brise il aiguise sa rage. À l'entendre, à le voir, tout tremble, tout frémit : Le jour même est troublé des noirs feux qu'il vomit. À ce terrible objet, de mortelle alarmes Font fuir tous nos soldats, leur font jeter les armes. Le seul Béllérophon ferme dans ce danger D'un regard intrépide ose l'envisager. Je fais tourner son char pour regagner la ville ; Mais il rend malgré moi tout mon soin inutile, Il s'élance, et saisit en se jetant à bas, Des armes que la peur fait jeter aux soldats ; Non, par un vain espoir de faire résistance Contre un monstre au dessus de l'humaine puissance : Mais pour chercher encore dans un trépas L'honneur d'être immolé les armes à la main. C'est ainsi que lui-même s'il s'offre en sacrifice, Laisse-moi, m'a-t-il dit, abréger mon supplice ; Va, retourne à la reine, annoncer mon trépas ; Dis-lui, quoi qu'elle ait fait, que je ne me plain pas. Pourvu qu'au moins rendant justice à ma mémoire Elle ait après ma mort quelque soin de ma gloire.

LADICE, retenant Philonoé

Madame...

SCÈNE IV. Proetus, Philonoe, Ladice.

SCÈNE V. Timante, Proetus, Philonoe, Ladice.

TIMANTE

Seigneur...

PROETUS

Achève.

TIMANTE

Expire.

PROETUS

Ah Dieux !

SCÈNE VI. Béllérophon, Philonoe, Ladice, Timante.

1 447 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0