Opéra en vers· Tragédie
Cadmus et Hermione
Représenté pour la première fois le 1 février 1673 devant sa majesté à Jeu de Paume de Bel-Air.
Personnages
- PALÈS
- MÉLISSE
- Troupe de NYMPHES
- Troupe de PASTEURS
- LE DIEU PAN
- ARCAS, Compagnon de Pan
- SUIVANTS DE PAN, qui dansent
- SUIVANTS DE PAN, qui jouent de la flûte
- L'ENVIE
- QUATRE VENTS SOUTERRAINS
- QUATRE VENTS DE L'AIR
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSQIUE AU ROI
GRAND ROI, dont la valeur étonne l'Univers, J'ai préparé pour vous mes plus charmants concerts ; Mais je viens vainement vous en offrir les charmes, Vous ne tournez les yeux que du côté des armes ; Vous suivez une voix plus aimable pour Vous Que les faibles appas des mes chants les plus doux, Vous courez où la Gloire aujourd'hui vous appelle, Et dès qu'elle a parlé, vous n'écoutez plus qu'Elle. Vous destinez ici mes chansons, et mes jeux, Aux divertissement de vos peuples heureux ; Et lorsque vous allez jusqu'au bout de la Terre, Combler vos ennemis des malheurs de la Guerre, Vous laissez zen cherchant la peine, et les combats, Les plaisirs de la Paix au coeur de vos États. Mais croyez-vous, Grand Roi, que la France inquiète Puisse trouver sans Vous quelque douceur parfaite. Et que rien de charmant attire ses regards, Quand son bonheur s'expose aux plus heureux hasards ? Non, l'on de craint que trop votre ardeur héroïque, Jusques à Vos sujets l'effroi s'en communique, Ceux que Vous attaquez ont moins à se troubler, Nous avons plus à perdre, et devons plus trembler. L'Empire où Vous régnez sans chercher à s'accroître ; Trouve assez de grandeur à Vous avoir pour maître, Votre règne suffit à sa félicité, Souffrez qu'il en jouisse avec tranquillité. Soyez content de voir au seul bruit de vos armes Tant d'États agités de mortelles alarmes, Vos plus fiers ennemis abattus pour jamais, Et l'Univers tremblant Vous demander la Paix. Qu'un peuple dont l'orgueil attira la tempête Par son abaissement l'écarte de sa tête, Et quand il n'est plus rien qui puisse résister, Que la foudre en Vos mains dédaigne d'éclater. D'un regard adouci calmez la Terre et l'Onde, Ne Vous contentez pas d'être l'Effroi du Monde, Et songez que le ciel Vous donne à nos désirs, Pour être des Humains l'Amour et les Plaisirs.LE SERPENT PYTHON
PROLOGUE. Palès, Melisse, Troupe de Nymphes, Troupe de Pasteurs.
Le sujet de ce prologue est pris du premier livre et de la huitième fable des Métamorphoses d'Ovide, où Ovide décrit la naissance et la mort du monstrueux serpent Python, que le Soleil fit naître par sa chaleur du limon bourbeux qui était resté sur la Terre après le déluge, et qui devint un monstre si terrible qu'Apollon lui-même fut obligé de le détruire.
Le sens allégorique de ce sujet est si clair qu'il est inutile de l'expliquer. Il suffit de dire que LE ROI s'est mis au dessus des louanges ordinaires, et que pour former quelque idée de la grandeur et de l'éclat et de la Gloire, il a fallu s'élever jusques à la Divinité même de la lumière qui est le corps de sa devise.
Le théâtre s'ouvre et représente une campagne où l'on découvre des hameaux des deux côtés et un marais dans le fonds : le ciel fait voir une aurore éclatante, qui est suivie du lever du soleil, dont le globe brilant s'élève sur l'horizon, dans le temps que les instruments achèvent de jouer l'ouverture.
Palès, déesse des pasteurs, Mélisse divinité des forêts et des montagnes, sortent des deux côtés du théâtre, et appellent les troupes champêtres qui sont accoutumée de les suivre.
MÉLISSE
Nos coteaux sont dorés.PALÈS et MÉLISSE
Que l'Astre qui nous luit rend la nature belle ! Ne perdons pas un seul moment D'un jour si doux et si charmant.Le choeur répète les deux derniers vers.
LE CHOEUR continue à chanter
Admirons, admirons l'Astre qui nous éclaire, Chantons la gloire de son cours ; Que tout le Monde revère Le Dieu qui fait nos beaux jours.Pan, Dieu des Bergers paraît accompagné de joueurs d'instruments champêtres, et de danseurs rustiques, qui viennent prendre part à la réjouissance des nymphes et des pasteurs, et tous ensemble commencent à former une manière de fête à l'honneur du Dieu qui donne le jour.
PAN
Que chacun se ressente De la douceur charmante, Que le Soleil répand sur ces heureux climats. Il n'est rien qui n'enchante Dans ces lieux pleins d'appas, Tout y rit, tout y chante, Hé pourquoi ne rirons-nous pas ?Les danseurs rustiques qui ont suivi le Dieu Pan, commencent une fête qui est interrompue par des bruits souterrains, et par une espèce de Nuit qui obscurcit le théâtre entièrement, et tout_à_coup ; ce qui de frayeur qui sont une manière de concert affreux, avec les bruits souterrains.
CHOEURS
Quel désordre soudain ! quel bruit affreux redoutable ! Que épouvantable fracas ! Quels gouffres s'ouvrent sous nos pas ! Le jour palît, le Ciel se trouble ; La Terre va vomir tout l'Enfer en courroux : Fuyons, fuyons, sauvons-nous, sauvons-nous.Dans cette obscurité soudaine, l'Envie sort de son antre qui s'ouvre au milieu du théâtre : elle évoque le monstrueux Serpent Python, qui paraît dans son marais bourbeux, jettant des feux par la gueule et par les yeux, qui sont la seule lumière qui éclaire le théâtre : elle appelle les Vents les plus impétueux pour seconder sa fureur, elle en fait sortir quatre de ceux qui sont renfermez dans les cavernes souterraines, et elle en fait descendre quatre autres de ceux qui forment les orages, qui tous après avoir volé et s'être croisés dans l'air, viennent se ranger autour d'elle, pour l'aider à troubler les beaux jours que le Soleil donne au monde.
L'ENVIE
C'est trop voir le Soleil briller dans sa Carrière, Les Rayons qu'il lance en tous lieux, Ont trop blessé mes yeux ; Venez, noirs ennemis de sa vive lumière, Joignons nos transports furieux. Que chacun me seconde : Paraissez, Monstre affreux. Sortez ? Vents souterrains, des antres les plus creux, Volez, Tyrans des airs, troublez la Terre et l'Onde, Répandons la terreur ; Qu'avec nous le Ciel gronde : Que l'Enfer nous réponde ; Remplissons la Terre d'horreur : Que la Nature se confonde : Jetons dans tous les coeurs du monde La jalouse fureur Qui déchire mon coeur.L'Envie distribue des Serpents aux Vents, qui forment autour d'elle de manières de tourbillons.
L'envie continue à chanter.
Et vous Monstre, armez-vous pour nuire À cet astre puissant qui vous a su produire : Il répand trop de biens, il reçoit trop de voeux. Agitez vos marais bourbeux : Excitez contre lui mille vapeurs mortelles : Déployez, étendez vos ailes, Que tous les Vents impétueux S'efforcent d'éteindre ses feux.Ces vents forment de nouveaux tourbillons, tandis que le serpent Python l'élève en l'air, par un rond qu'il fait en volant.
L'Envie continue.
Osons tous obscurcir ses clartés les plus belles, Osons nous opposer à son cours trop heureux : Quels traits ont crevé le Nuage ? Quel Torrent enflammé s'ouvre un brillant passage ! Tu triomphes, Soleil ? Tout cède à ton pouvoir ? Que d'honneurs tu vas recevoir ! Ah quelle rage ! Ah quelle rage ! Quel désespoir ! Quel désespoir !Des traits enflammés percent l'épaisseur des nuages, et fondent sur le Serpent Python, qui après s'être débattu quelque temps en l'Air, tombe enfin tout embrasé dans son marais bourbeux ; une pluie de feu se répand sur toute la scène, et contraint l'Envie de s'abîmer avec les quatre Vents souterrains, tandis que les Vents de l'Air s'envolent, et dans le même instant les Nuages se dissipent et le théâtre devient entièrement éclairé. L'Assemblée champêtre que la frayeur avait chassée revient, pour célébrer la Victoire du Soleil, et pour lui préparer des trophées, et des sacrifices.
LE CHOEUR
Conservons la mémoire De sa victoire. Par mille honneurs divers, Répandons le bruit de sa gloire Jusqu'au bout de l'univers., sur son char
Ce n'est point par l'éclat d'un pompeux sacrifice, Que je me plais à voir mes soins recompensés ; Pour prix de mes travaux ce me doit être assez, Que chacun en jouisse ; Je fais les plus doux de mes voeux De rendre tout le monde heureux. Dans ces lieux fortunés, les Muses vont descendre, Les jeux galants suivront leurs pas ; J'inspire les chants plein d'appas Que vous allez entendre : Tandis que je suivrai mon cours, Profitez des beaux jours.Le soleil s'élève dans les Cieux, et toute l'Assemblée champêtre forme des jeux, où les chansons sont mêlées avec les danses.
LE CHOEUR
Profitons des beaux jours.LE CHOEUR
Profitons des beaux jours.MÉLISSE
Aimons, tout nous y convie.LE CHOEUR
Profitons des beaux jours.LE CHOEUR
Profitons des beaux jours.Tandis que les Nymphes et les Dieux champêtres dansent avec les bergers et les bergères, Palès, Melisse et Pan, mêlent leurs voix avec les instruments rustiques.
PALÈS, MÉLISSE et PAN ensemble
Heureux qui peut plaire ! Heureux les amants ! Leurs jours sont charmants : L'Amour sait leur faire Mille doux moments. Que sert la jeunesse Aux coeurs sans tendresse ? Qui n'a point d'amour N'a pas un beau jour.Second couplet
En vain l'Hiver passe, En vain dans les champs Tout charme nos sens, Une âme de glace N'a point de Printemps. Il faut se défaire d'un coeur trop sévère, Qui n'a point d'Amour N'a pas un beau jour.Archas un des Dieux des forêts chante, et tous les instruments et toutes les voix lui répondent, tandis que l'Asseemblée champêtre danse, et se joue avec des branches de chêne, dont elle forme plusieurs figures agréables.
ARCHAS
Peut-on mieux faire, Quand on sait plaire, Peut-on mieux faire Que d'aimer bien ; Quelque embarras que l'Amour fasse C'est toujours un charmant lien ; Trop de repos bien souvent embarrasse, Que fait-on d'un coeur qui n'aime rien ?Second couplet
L'Amour contente, Sa peine enchante, L'Amour contente, Tout en est bon. Dans les beaux jours de notre vie Les plaisirs sont dans leur saison, Et quelque peur d'amoureuse folie Vaut souvent mieux que trop de raison.ACTE I
SCÈNE I. Cadmus, deux princes Tiriens, un page.
Le théâtre change et représente un jardin.
PREMIER PRINCE TYRIEN
Quoi, Cadmus, fils d'un roi qui tient sous sa puissance Les bords féconds du Nil et les climats brûlés ; Cadmus, après deux ans loin de Tyr écoulés, Étranger chez les grecs, n'a point d'impatience De revoir un pays dont il est l'espérance ? Et laisse sans regrets tant de coeurs désolés ?LES DEUX PRINCES TYRIENS, ensemble
Nous suivons vos destins partout sans résistance : Faudra-t-il que toujours nous soyons exilés ?CADMUS
J'aimerais à revoir les lieux de ma naissance ; Mais avant que je puisse en goûter la douceur, J'ai juré d'achever une juste vengeance.CADMUS
Après avoir erré sur la Terre et sur l'Onde Sans trouver Europe ma Soeur ; Après avoir en vain cherché son ravisseur, Le ciel termine ici ma course vagabonde ; Et c'est pour obéir aux oracles des Dieux Qu'il faut m'arrêter en ces lieux.PREMIER PRINCE TYRIEN
Si vous trouvez des Dieux dont l'ordre vous engage À choisir ce séjour ; Le dieu que votre coeur consulte davantage Est peut-être l'Amour.CADMUS
Quel coeur n'est pas fait pour aimer ? Et pour être un héros doit-on être insensible ? Que sert contre Hermione un courage indompté ? Qui peut n'en pas être enchanté ? Le Dieu Mars est son père, Elle en a la noble fierté ; La mère d'Amour est sa mère, Elle en a la beauté.PREMIER PRINCE TYRIEN
À quoi sert un amour qui n'a point d'espérance ; Hermione est sous la puissance.SCÈNE II. Cadmus, Arbas, les deux Princes, le Page.
CADMUS
Où sont nos africains ? Que leur troupe s'avance : La Princesse veut voir leur plus galante danse. D'où vient qu'aucun d'eux ne paraît ?ARBAS
Vos ordres sont suivis, Seigneur, et tout est prêt ! Mais le tyran s'est mis en tête Qu'il faut que ses géans dansent dans cette fête.ARBAS
Quand on lui dit, Comment ? Il répond, je le veux, Ces grands Hommes pleins de chimères Sont d'un raisonnement fâcheux, Et fiers d'être au-dessus des Hommes ordinaires Pensent que la Raison doit être au-dessous d'eux ; Je n'ai pu garder des mesures, J'ai pesté contre lui, j'ai vomi des injures, Je l'ai nommé tyran, cent fois.ARBAS
Eut-il du m'étrangler, je n'aurais pu me taire : J'étais trop en colère ; Si je n'avais rien dit, J'aurais étouffé de dépit.CADMUS
Contentons le Géant, il est ici le maître ; Hermione est soumise à son cruel pouvoir : Ce divertissement, tel enfin qu'il puisse être, Me vaudra quelque temps le plaisir de la voir. S'il ne m'est pas permis de lui parler moi-même Et d'oser lui dire que je l'aime ; Du moins nos africains, par leurs chants les plus doux Pourront l'entretenir de mon amour extrême, En dépit d'un rival jaloux. Préparons tout en diligence, Hâtons-nous, la princesse avance.ARBAS
Allons.SCÈNE III. Hermione, Charite, Aglante, La Nourrice d'Hermione, un page.
HERMIONE
Cet aimable séjour Si paisible et si sombre, Offre du silence et de l'ombre À qui veut éviter le bruit, et le grand jour. Ah ! Que n'est-il aussi facile De trouver un asile Pour éviter l'Amour ! L'impitoyable tyrannie, Dont je suis les barbares lois, Ne défend pas d'aimer le chant et l'harmonie : Vous qui me faites compagnie Répondez à ma voix.AGLANTE
On a beau fuir l'Amour, on ne peut l'éviter, On n'oppose à ses traits qu'une défense vaine, On s'épargne bien de la peine, Quand on se rend sans résister.CHARITE
La peine d'aimer est charmante, Il n'est point de coeur qui s'exempte De payer ce tribut fatal. Si l'Amour épouvante Il fait plus de peur que de mal.LA NOURRICE
Vous êtes sans espoir du côté de la Terre : Le roi qui vous retient dans ce charmant séjour, A pour lui le Dieu de la Guerre ; Il a rassemblé dans sa Cour Les restes des Géants échappés du tonnerre. Gardez-vous pour Cadmus d'un malheureux amour, Le don de votre coeuur lui coûterait le jour.SCÈNE IV. Hermione, Charite, Aglante, Le Nourrice, Cadmus, deux princes tyriens, neuf Africains dansants, deux autres africains dansants, deux autres africains chantants, Arbas, le Géant, Quatre autres Géants, trois pages.
Un des Africains plante un grand palmier au milieu du Théâtre : cet arbre est orné de plusieurs festons et guirlandes : les quatre géants se mêlent avec les Africains, et forment ensemble une danse mêlée de chansons.
ARBAS, chante avec les deux Africains
Suivons, suivons l'Amour, laissons-nous enflammer, Ah ! Ah ! Ah ! qu'il est doux d'aimer !PREMIER AFRICAIN
Quand l'Amour vous l'ordonne, Souffrons les rigueurs, Chérissons les langueurs, Il n'exempte personne De ses traits vainqueurs ; Quel péril nous étonne ? Laissons trembler les faibles coeurs.ARBAS, et les DEUX AFRICAINS
Suivons, suivons l'Amour, laissons-nous enflammer, Ah ! Ah ! Ah ! qu'il est doux d'aimer !DEUXIÈME AFRICAIN chantant
Deux amants peuvent feindre Quand ils sont d'accord ; Plus l'Amour trouve à craindre, Plus il fait d'effort ; On a beau le contraindre, Il en est le plus fort.ARBAS et LES DEUX AFRICAINS
Suivons, suivons l'Amour, laissons-nous enflammer, Ah ! Ah ! Ah ! Qu'il est doux d'aimer !TOUS TROIS ENSEMBLE
On n'a rien de charmant Aisément, Et sans alarmes : Mais tout plaît, en aimant, Il n'est point de tourment Qui n'ai des charmes ; Suivons, suivons l'Amour, laissons-nous enflammer, Ah ! Ah ! Ah ! Qu'il est doux d'aimer !Après l'entrée, Hermione se lève de la place où elle était assise près du géant, qui la suit et l'arrête dans le temps qu'elle se veut retirer.
LE GÉANT
Il est temps de finir ma peine Après tant d'injustes refus. Où voulez-vous aller ? Vous fuyez, inhumaine ?LE GÉANT
Rien ne doit plus m'être contraire : Mars est pour moi, c'est votre père, C'est lui qui veut unir votre coeur et le mien.HERMIONE
Je suis soeur de l'Amour, et Vénus est ma mère, S'ils ne sont pas pour vous, les contez-vous pour rien ?SCÈNE V. Cadmus, deux princes tiriens, un page.
CADMUS
C'est trop l'abandonner à ce cruel supplice : Il est temps d'éclater, Et d'oser tout tenter Contre tant d'injustice.PREMIER PRINCE TYRIEN
C'est exposer vos jours à d'horribles hasards, Vous aurez à dompter l'affreux dragon de Mars.DEUXIÈME PRINCE TYRIEN
Il faut semer ses dents, et voir soudain la Terre En former des soldats pour vous faire la guerre.LES DEUX PRINCES TYRIENS, ensemble
Voyez à quels dangers vous allez vous offrir.SCÈNE VI. Junon, Pallas, cadmus, les deux princes.
JUNON, sur son char
Où vas-tu téméraire ? Où cours-tu te précipiter ? C'est l'épouse et la soeur du maître du tonerre, La mère du Dieu de la guerre, C'est Junon qui vient t'arrêter.PALLAS, sur son char
Va, Cadmus, que rien ne t'étonne, Va, ne crains ni Junon, ni le Dieu des Combats : Ose secourir Hermione, Tu vois dans ton parti la guerrière Pallas, Cours aux plus grands dangers, je vais suivre tes pas, C'est Jupiter qui me l'ordonne.ACTE II
SCÈNE I. Arbas, Charite.
Le théâtre change, et représente un Palais.
ARBAS
Charite, il est trop vrai, Cadmus veut entreprendre De remettre Hermione en pleine liberté : Il l'a dit au tyran, et je viens de l'entendre !ARBAS
Il rit de sa témérité, Mon maître doit voir la Princesse Avant d'attaquer le dragon furieux qui veille pour garder ces lieux ; Et l'Amour qui pour toi me presse Veut que je vienne aussi te faire mes adieux. En te voyant, belle Charite, J'avais cru que l'Amour fût un plaisir charmant ; Mais lorsqu'il faut que je te quitte, J'éprouve qu'il n'est point un plus cruel tourment. La douleur me saisit, je ne puis plus rien dire ; Quand je pleure, quand je soupire, Tu ris, et rien n'émeut ton coeur indifférent ?CHARITE
Au moins si tu te plains de me voir insensible, Tu dois être content de ma sincérité ; Puisqu'enfin pour te satisfaire Je ne puis pleurer avec toi ; Si tu voulais me plaire Tu rirais avec moi.ARBAS
C'est trop railler de mon martyre, Le dépit m'en doit délivrer ; N'est-on pas bien fou de pleurer Pour qui n'en fait que rire ?CHARITE
Guéris-toi, si tu peux, J'approuve ta colère ; Quand on désespère Un coeur amoureux ; C'est par un dépit heureux Qu'il faut se tirer d'affaire.CHARITE et ARBAS ensemble
Quand on désespère Un coeur amoureux ; C'est par un dépit heureux Qu'il faut se tirer d'affaire.SCÈNE II. La nourrice, Arbas, Charite.
LA NOURRICE
Quoi ! Dès que je parais, tu fuis au même instant ? Lorsqu'on a des amis, est-ce ainsi qu'on les quitte ?SCÈNE III. La Nourrice, Charite.
LA NOURRICE
Il me quitte, l'ingrat, il me fuit, l'infidèle ! Ne crains pas que je te rappelle ! Va, cours, je te laisse partir : Va, je n'ai plus pour toi qu'une haine mortelle : Puisses-tu rencontrer la mort la plus cruelle, Puisse le dragon t'engloutir.CHARITE
Crois-moi, modère L'éclat de ta colère ; Un dépit qui fait tant de bruit Fait trop d'honneur à qui nous fuit.LA NOURRICE
Ah ! Vraiment je vous trouve bonne ? Est-ce à vous, peite Mignonne, De reprendre ce que je dis ? Attendez l'âge Où l'on est sage, Pour donner des avis.CHARITE
Je suis jeune, je le confesse, Trouves-tu ce défaut si digne de mépris ? N'a-t-on point de bons sens qu'en perdant la jeunesse ? Il serait bien cher à ce prix.SCÈNE IV. Cadmus, Hermione.
CADMUS
Je vais partir, belle Hermione, Je vais exécuter ce que l'Amour m'ordonne, Malgré le péril qui m'attend : Je veux vous délivrer, ou me perdre moi-même ; Je vous vois, je vous dit enfin que je vous aime, C'est assez pour mourir content.HERMIONE
Ah ! Cadmus, pourquoi m'aimez-vous ? Pourquoi vouloir chercher une mort trop certaine ? Eh ! Que peut la valeur humaine Contre le dieu Mars en courroux ? Voyez en quels périls votre Amour nous entraîne ! J'aurais mieux aimer votre haine : Ah ! Cadmus, pourquoi m'aimez-vous ?CADMUS
Vous m'aimez, il suffit, ne soyez point en peine ? Mon destin, tel qu'il soit, ne peut être que doux.HERMIONE
Vivons pour nous aimer, et cesser de poursuivre Le funeste dessein que vous avez formé : Il doit être bien doux de vivre, Lorsqu'on aime, et qu'on est aimé.CADMUS
Sous une injuste loi je vous vois asservie ; Serait-ce vous aimer que le pouvoir souffrir ? Lorsque pour ce qu'on aime on s'expose à périr, La plus affreuse mort a de quoi faire envie.HERMIONE
Mais vous ne songez pas qu'il y va de la vie : Faut-il que pour mes jours vous soyez sans effroi ? Je vivrais sous l'injuste loi Où mon cruel destin me livre. Mais si vous périssez pour moi, Je ne pourrai pas vous survivre.CADMUS
J'ai besoin de secours, voulez-vous m'accabler ? Ah ! Princesse, est-il temps de me faire trembler ?HERMIONE
Soyez sensible à mes alarmes !HERMIONE
Quoi, vous m'allez quitter ?CADMUS
Je vais vous secourir.HERMIONE
Ah ! vous allez périr ! Vous cherchez une mort horrible ; Mon amour me dit trop que vous perdrez le jour.CADMUS
L'Amour que j'ai pour vous ne croit rien d'impossible : Il me flatte en partant d'un bienheureux retour.HERMIONE et CADMUS, ensemble
Croyez en mon amour,CADMUS
Le temps presse.CADMUS
Espérons.HERMIONE
Vous fuyez ?CADMUS
Il le faut.HERMIONE
Demeurez ?HERMIONE
Ah ! Cadmus !CADMUS
Hermione !HERMIONE et CADMUS, ensemble
Adieu.SCÈNE V.
SCÈNE VI. L'Amour, Hermione.
L'AMOUR, sur un nuage
Calme tes déplaisirs, dissipe tes alarmes, L'Amour vient essuyer tes larmes, Il n'abandonne pas ceux qui suivent ses lois. Souviens-toi que tout m'est possible : Que rien à mon abord ne demeure insensible ? Que pour la divertir tout s'anime à ma voix ?Des statues d'or sont animées par l'Amour et sautent de leur piédestaux pour danser. L'Amour descend et vient chanter au milieu des statues animées.
Cessez de vous plaindre De souffrir en aimant ; Amants, vous devez ne rien craindre, Si vous souffrez, votre prix est charmant. Après des rigueurs inhumaines On aime sans peines, On rit des jaloux ; Un bien plein de charmes Qui coûte des larmes, En devient plus doux.Second couplet.
Tout doit rendre hommage À l'Empire amoureux ; Il faut tôt ou tard qu'on s'engage, Sans rien aimer on ne peut être heureux. Après des rigueurs inhumaines, etc...L'amour reprend sa place sur le nuage qui l'a apporté, les statues se remettent sur leurs piédestaux, tandis que dix petits amours d'or, qui tiennent des corbeilles pleines de fleurs, sont à leur tour animés par l'Amour, et viennent par son ordre jeter des fleurs en volant autour d'Hermione.
Amours, venez semer mille fleurs sous ses pas.HERMIONE
Laissez-moi ma douleur, j'y trouve des appas. Dans l'horreur d'un péril extrême, Est-ce là le secours que l'on me doit offrir ? Peut-être ce que j'aime Est tout prêt de périr.L'AMOUR, s'envole au milieu des dix Amours
Je vais le secourir.ACTE III
SCÈNE I. Les deux Princes Tyriens, Arbas, deux Afriquains.
Le théâtre change et représente un désert et une grotte.
PREMIER PRINCE TYRIEN
Tu détournes bien tes regards ?DEUXIÈME PRINCE TYRIEN
As-tu peur du dragon de Mars ?ARBAS
La défiance est nécessaire, Il est bon de prévoir un fâcheux accident, On ne doit point marcher ici en téméraire.PREMIER PRINCE TYRIEN
C'est très bien fait d'être prudent.DEUXIÈME PRINCE TYRIEN
Qui voudrait s'attaquer à toi ?PREMIER PRINCE TYRIEN
On te croit vaillant sur ta foi. Mais la couleur de ton visage Répond mal à ta valeur !ARBAS
C'est qu'il vous le semble : Chacun croit que l'on lui ressemble, C'est peut-être vous qui tremblez ? Que maudit soit l'Amour funeste Qui nous fait tant souffrir dans ce malheureux jour ! On se soulage quand on peste, Et l'on ne saurait trop pester contre l'Amour.LES DEUX PRINCES et ARBAS, ensemble
Gardons-nous bien d'avoir envie D'être jamais amoureux : De tous les maux de la vie L'Amour est le plus dangereux.PREMIER PRINCE TYRIEN
Cadmus veut essayer de rendre Mars propice, C'est ici qu'il prétend offrir un sacrifice.DEUXIÈME PRINCE TYRIEN
Pour des soins différents il faut nous séparer.LES PRINCES, ensemble
Allons nous préparer.SCÈNE II. Arbas, Deux Africains.
ARBAS
Acquittons-nous des soins où Cadmus nous engage. Quel bruit ! Non, ce n'est rien, courage amis, courage ! Qu'on a peine à donner du courage en tremblant Il ne tient pas à moi que je ne sois vaillant, Je tâche au moins de le paraître ; Je ne suis pas le seul qui se pique de l'être, Et qui n'en fait que le semblant. Il faut puiser de l'eau pour la cérémonie ; Avancez, je vous suis. Quel dragon furieux !LES DEUX AFRICAINS
Ô Dieux ! Ô Dieux !Dans le temps que les deux Africains veulent puiser de l'eau, le Dragon s'élance sur eux, et les entraîne.
SCÈNE III. Cadmus, Arbas.
CADMUS
Où vas-tu ?ARBAS
Le Dragon...CADMUS
Hé bien ?CADMUS
Parle donc ?ARBAS
Le Dragon...ARBAS
Seigneur, vous jugez mal de moi, Si je suis interdit, ce n'est que de colère. Mes pauvres compagnons ! Hélas ! Le dragon n'en a fait qu'un fort léger repas.ARBAS
Quelle hâte avez-vous que le Dragon vous mange ? Laissez-le se cacher. Ah ! Le voilà qui sort ! Au secours ! Au secours ! Je suis mort ! Je suis mort ! Ô ciel ! Où sera mon asile ? La frayeur me rend immobile ; Je ne saurais plus faire un pas : Ah ! cachons-nous, ne soufflons pas.Arbas se cache et Cadmus combat contre le dragon.
SCÈNE IV.
ARBAS, sortant de l'endroit où il était caché
Le Dragon assouvi de sang et de carnage, S'est enfin retiré dans quelque antre sauvage : Tout est calme en ces lieux, et je n'entends plus rien. Je sens revenir mon courage, Allons conter partout le trépas de mon maître Que je plains son funeste sort ! Allons, mais que vois-je paraître ! Le Dragon étendu ! Ne fait-il point le mort ? Non, je le vois percé, son sang coule, ah ! Le traître ! Je ne puis contre lui retenir mon courroux, Et je lui veux donner au moins les derniers coups.Arbas met l'épée à la main et va percer le Dragon, qui fait encore quelque mouvement qui oblige Arbas de retourner sur le devant du théâtre.
SCÈNE V. Les deux princes tiriens, Arbas.
PREMIER PRINCE TYRIEN
Quoi l'épée à la main ! Que faut-il entreprendre ?DEUXIÈME PRINCE TYRIEN
De quel péril es-tu pressé ?LES PRINCES, ensemble
Nous aurons soin de te défendre.PREMIER PRINCE TYRIEN
As-tu suivi Cadmus ?DEUXIÈME PRINCE TYRIEN
As-tu part à sa gloire ?LES PRINCES, ensemble
Conte-nous ce combat.ARBAS
J'en suis si hors d'haleine. Que je ne puis encore m'exprimer qu'avec peine. Il est bon d'essuyer ce fer ensanglanté, De crainte qu'il ne soit gâté.LES PRINCES, ensemble
Ah ! Quels chagrins pour nous de manquer l'avantage De signaler notre courage !SCÈNE VI. Cadmus, les deux princes tyriens, Arbas, le Grand Sacrificateur, dix sacrificateurs chantants, un timbalier, huit sacrificateur dansants.
Quatre des sacrificateurs dansants, dressent un autel, et les quatre autres portent un trophée d'armes qui couvre le Grand sacrificateur en marchant, jusques au milieu du théâtre
LE CHOEUR DES SACRIFICATEURS
Ô mars ! Reçois nos voeux.LE GRAND SACRIFICATEUR
Ton funeste courroux n'est pas moins dangereux Que l'éclat fatal du tonnerre : Ô Mars ! Reçois nos voeux.LE CHOEUR DES SACRIFICATEURS
Ô Mars ! Reçois nos voeux.LE GRAND SACRIFICATEUR
Les combats sanglants sont tes jeux ; Tu sais, quand il te plaît, remplir toute la Terre De ravages affreux. Ô Mars ! Reçois nos voeux.LE CHOEUR DES SACRIFICATEURS
Ô Mars ! Reçois nos voeux.Les sacrificateurs chantants demeurent prosternés, les sacrificateurs dansants font cependant une entrée au son des timbales et au bruit des Armes, après quoi les sacrificateurs chantants se relèvent et chantent.
LE GRAND SACRIFICATEUR
Ô Mars impitoyable : Est-il révocable Que ta haine implacable Accable Une âme inébralable Au milieu des hasards.LE GRAND SACRIFICATEUR
Que les tumultes des alarmes, Que le bruit, que le choc, que le fracas des armes, Retentisse de toutes parts.SCÈNE VII.
Mars paraît sur son char, et interrompt les sacrificateurs.
MARS
C'est vainement que l'on espère Que d'inutiles voeux apaisent ma colère ; Je ne révoque point mes lois. Si Cadmus veut me satisfaire Qu'il achève, s'il peut, de mériter mon choix ! Un vain respect ne peut me plaire, On ne satisfait Mars que par de grands exploits. Vous, que l'enfer a nourries Venez, cruelles Furies, Venez, brisez l'autel en cent morceaux épars !LE CHOEUR
Ô Mars ! ô Mars ! ô Mars !Quatre Furies descendent qui brisent l'Autel, et s'envolent ensuite, tenant chacune un tison du sacrifice à la main. Le char de Mars tourne dans un même temps, et l'emporte au fonds du théâtre, où l'on le perd de vue, et tous les sacrificateurs et les assistants se retirent, criant, ô Mars !
ACTE IV
SCÈNE I. Cadmus, Arbas.
Le théâtre change, et représente le Champ de Mars.
CADMUS
Voici le Champ de Mars, il faut que sans remise J'achève ici mon entreprise ; J'ai les dents du dragon, et je vais les semer.ARBAS
Ce sont des ennemis que vous verrez former : Tant de soldats armés vont naître, Que vous serez d'abord accablé de leurs coups ; Et vous ne songez pas, peut-être, Que vous n'avez ici que moi seul avec vous.CADMUS
Je ne veux exposer personne Au péril où je m'abandonne ; Je dois combattre seul, et ne retiens que toi : Tu connais mon amour, je suis sûr de ta foi, Je veux bien que tu sois le dernier qui me quitte.CADMUS
Si je ne fais qu'un vain effort, Accompli ce que je t'ordonne : Sitôt que tu sauras ma mort, Hâtes-toi de voir Hermione : Va, porte-lui mes derniers voeux. Qu'elle vive, il suffit de plaindre un malheureux : Qu'elle ait soin de garder le souvenir fidèle D'une flamme si belle ; C'est l'unique prix que je veux De ce que j'aurai fait pour elle. Je ne prétends plus t'arrêter. Laisse-moi.CADMUS
Je le veux : obéis.SCÈNE II. L'Amour, Cadmus.
L'AMOUR, sur un nuage brillant
Cadmus reçoit le don que je viens t'apporter ! C'est l'ouvrage du Dieu qui forge le tonnerre ; Ne manque pas de le jeter ; Il faut faire voir en ce jour Ce que peut un grand coeur secondé par l'Amour. Achève le dessein où mon ardeur t'engage.L'AMOUR et CADMUS, ensemble
Il faut faire voir en ce jour Ce que peut un grand coeur secondé par l'Amour.L'Amour s'envole, et Cadmus sème les dents du Dragon, dont la terre produit des soldats armés qui se préparent d'abord à tourner leurs armes contre Cadmus, mais il jette au milieu d'eux une manière de grenade, que l'Amour lui a apporté, qui se brise en plusieurs éclats, et qui inspire aux combattants une fureur qui les oblige à combattre les uns contre les autres, et à s'entregorger eux-mêmes. Huit soldats armés nés de la Terre. Les cinq derniers qui demeurent vivants, viennent apporter leurs armes aux pieds de Cadmus.
SCÈNE III. Cadmus, les combattants nés de la Terre.
ECHION, combattant
Arrêtons un transport funeste ; Pourquoi nous immoler en naissant dans ces lieux ? Réservons le sang qui nous reste, Pour servir un héros favorisé des Dieux.CADMUS
Allez : que dans ces murs chacun de vous s'empresse De rendre hommage à la princesse Qui doit donner ici des ordres absolus ; Vos premiers respects lui sont dûs, Je vous suivrai de près, c'est ma plus douce envie.Les combattants obéissent à Cadmus qui demeure pour chercher et pour rassembler les tyriens.
Cherchons nos tiriens, ils tremblent pour ma vie. Allons les rassurer, voyons de toutes parts.SCÈNE IV. Le Géant, Cadmus.
LE GÉANT
Non, ce n'est point assez d'avoir satisfait Mars : Tu vois un ennemi qu'il faut encore abbattre, Au lieu de triompher recommence à combattre.CADMUS
Combattons.SCÈNE V. Le géant, trois autres géants, Pallas, Cadmus.
PALLAS, assise sur un hibou volant
Cadmus fermez les yeux. Perfides arrêtez.Pallas découvre son bouclier et le présente aux yeux des quatre géants, qui demeurent immobiles et deviennent dans un instant quatre statues de pierre.
SCÈNE VI. Cadmus, Hermione, Suite d'Hermione et de Cadmus.
CADMUS
Ma princesse !HERMIONE
Cadmus !CADMUS
Quel bonheur !HERMIONE
Quelle gloire !HERMIONE
Je vous revois vainqueur ?HERMIONE
Quelle favorable victoire !CADMUS
Que c'est un charmant avantage Que de pouvoir sauver d'un cruel esclavage La beauté dont on est charmé !HERMIONE
Que c'est un sort digne d'envie Que de pouvoir tenir le bonheur de sa vie, De la main d'un vainqueur aimé !CADMUS et HERMIONE, ensemble
Après des rigueurs inhumaines, Le ciel favorise nos voeux ; Ah ! Que le souvenir des peines Est doux quand on devient heureux.CADMUS
Dieux ! Je ne vois plus Hermione ! Quel nuage épais l'environne !Un nuage s'élève de la Terre qui enveloppe Hermione.
SCÈNE VII. Junon, Camdus, Hermione, Suite.
JUNON, sur un paon
Tu vois l'effet de mon courroux, Il faut combattre encore Junon et sa puissance. Le soin que prend pour toi mon infidèle époux Attire sur tes feux l'éclat de ma vengeance. Iris, détruis l'espoir de cet audacieux ! Enlève sur ton arc Hermione à ses yeux. Exécute à l'instant ce que Junon t'ordonne.HERMIONE, enlevée sur l'arc en ciel
Ô Ciel !TOUS ENSEMBLE
Ô Ciel, ô ciel ! Hermione, Hermione.ACTE V
SCÈNE I.
Le théâtre change, et représente le Palais que Pallas a préparé pour les noces de Cadmus et d'Hermione.
CADMUS, seul
Belle Hermione, hélas, puis-je être heureux sans vous ? Que sert dans ce palais la pompe qu'on prépare ? Tout espoir est perdu pour nous ? Le bonheur d'un amour si fidèle, et si rare, Jusques entre les Dieux a trouvé des jaloux. Belle Hermione, hélas, puis-je être heureux sans vous ? Nous nous étions flattés que notre sort barbare Avait épuisé son courroux : Quelle rigueur quand on sépare Deux coeurs prêts d'être unis par des Liens si doux ? Belle Hermione, hélas, puis-je être heureux sans vous.SCÈNE II. Pallas, Cadmus.
SCÈNE III.
Les Cieux s'ouvrent, et tous les dieux paraissent et s'avancent pour accompagner Hermione qui descend dans un trône à côté de l'Hyménée, qui donne la place à Cadmus, et se met au milieu des deux époux.
La suite de Cadmus et celle d'Hermione viennent prendre part à la réjouissance des Dieux, et Jupiter commence à inviter les Cieux et la Terre à contribuer au bonheur de ces deux amants.
JUPITER
Que ce qui suit les lois du Maître du tonnerre, Que les Cieux, et la Terre, S'accordent pour combler vos voeux. Après un sort si rigoureux, Après tant de peines cruelles, Amants fidèles, Vivez heureux.TOUS LES CHOEURS, répondent
Après un sort si rigoureux, Après tant de peines cruelles, Amants fidèles, Vivez heureux.LES CHOEURS
Après un sort si rigoureux, Après tant de peines cruelles, Amants fidèles, Vivez heureux.L'HYMEN
Venez, Dieu des festins, aimables Jeux, venez ; Comblez de vos douceurs ces époux fortunés Tandis que tout le ciel prépare Les dons qu'il leur a destinés, La terre y doit mêler ce qu'elle a de plus rare. Venez, Dieu des festins, aimables jeux, venez ; Comblez de vos douceurs ces époux fortunés.Comus, Dieu des festins, s'avance accompagné de ses suivantes ordinaires, six hamadryades sortent de la terre, avec des corbeilles pleines de fruits. Comus commence à danser seul, ses suivants dansent ensuite, et après que les Hamadryades ont été présenter leurs fruits aux deux époux, elle viennent danser avec les suivants de Comus : cependant Arbas et la nourrice ne peuvent retenir les transports de leur joie et viennent mêler leurs chants avec les danse.
ARBAS et LA NOURRICE, ensemble
Serons-nous dans le silence Quand on rit, et quand on danse : Les chagrins ont eu leur temps, Pour jamais le Ciel les chasse, Les plaisirs ont pris leur place ; Lorsque deux coeurs sont constants Tôt ou tard ils sont contents. Qu'il est doux quand on soupire, De sortir d'un long martyre : Les chagrins ont eu leur temps, Pour jamais le Ciel les chasse, Les plaisirs ont pris leur place ; Lorsque deux coeurs sont constants Tôt ou tard ils sont contents.Des Amours font descendre du Ciel sous un espèce de petit pavillon, les présents des Dieux, attachés à des chaînes galantes. Les hamadriades et les suivants de Comus les portent aux deux époux, et forment une danse, où Charite mêle une chanson.
CHARITE
Amants, aimez vos chaînes, Vos soins et vos soupirs ; L'Amour suivant vos peines, Mesure vos plaisirs. Il cause des alarmes, Il vend bien cher ses charmes ; Mais pour un si grand bien Tous les maux ne sont rien. Sans une aimable flamme La vie est sans appas ; Qui peut toucher une âme Qu'Amour ne touche pas ? Il cause des alarmes, Il vend bien cher ses charmes ; Mais pour un si grand bien Tous les maux ne sont rien.Tous les Dieux du Ciel et de la Terre recommencent à chanter : les hamadriades et les suivants de Bacchus continuent à danser ; et ce mélange de chants et de danses forme une réjouissance générale, qui achève la fête des noces de Cadmus et Hermione.
907 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0