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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Dédiée à son Altesse de Guise

Les Coups de l'Amour et de la Fortune.

Philippe Quinault· créée en 1665, imprimée en 1655· 5 actes· 1 742 vers· 11 personnages

Représenté pour la première fois au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne le 15 octobre 1665

Personnages

  • ROGER, Parent d'Aurore
  • GUSMAN, Écuyer de Roger
  • STELLE, soeur d'Aurore
  • LE COMTE D'URGEL
  • AURORE, Comtesse de Barcelone
  • LOTHAIRE, Comte de Roussillon
  • DIANE, soeur de Roger
  • LAZARILLE, Écuyer de Lothaire
  • ELVIRE, Suivante d'Aurore
  • CARLOS, Soldat de l'Armée d'Aurore
  • Suite
MONSEIGNEUR,

À TRÈS-HAUT ET TRÈS PUISSANT PRINCE HENRY DE LORRAINE. DUC DE GUISE, PRINCE DE JOINVILLE, Comte d'Eu, Sénéchal héréditaire de Champagne, Pair et grand Chambellan de France, etc.

C'est avec une juste confusion, que j'ose vous choisir pour le glorieux Protecteur d'une Pièce de Théâtre, qui ne doit être considérable que pour avoir eu la gloire de paraître devant VOTRE ALTESSE, et de n'avoir pas eu le malheur de lui déplaire. Je ne cèlerai point que c'est le dernier ordre que j'ai reçu de feu l'Illustre Monsieur Tristan, qui s'est occupé toute sa vie à vous honorer dans ses Ouvrages, et qui jusqu'à la mort a reçu des marques de votre estime, et de votre libéralité. Il me souviendra toujours de la tendresse avec laquelle cet homme admirable à qui je dois tout ce que j'ai de connaissances dans les belles-Lettres, m'assura que vous auriez la bonté de ne me refuser pas votre protection ; et sans doute il ne s'est point trompé, puisque vous m'avez déjà fait l'honneur de me dire d'une manière toute charmante, que vous prendrez quelque soin de ma fortune. Je ne me servirai pas ici de la méthode ordinaire des Écrivains les plus estimés, qui ne manquent jamais de comparer les Personnes qu'ils honorent, aux Grands Hommes qu'ils introduisent dans leurs Écrits ; je vous abaisserais sans doute, au lieu de vous élever, si je prétendais chercher quelque rapport entre VOTRE ALTESSE et le héros de cette tragi-comédie. L'imagination la plus vive et la plus heureuse ne peut rien inventer qui soit du prix de votre Mérite. Et j'oserai seulement vous dire en vous offrant les COUPS DE L'AMOUR ET DE LA FORTUNE, que vous êtes le Prince du Monde le plus accompli, et pour qui l'Amour et la Fortune doivent faire les plus grands coups. Vous sortez d'une Maison si fameuse, que l'on ne saurait parcourir l'Histoire d'aucune Monarchie, sans y rencontrer celle de quelques-uns de vos illustres Ancêtres. Mais l'éclat de votre Naissance doit encore céder aux brillants de votre Personne. La Nature libérale a pris autant de soin pour favoriser VOTRE ALTESSE, que pour former le Grand Alexandre. Ce Conquérant célèbre, n'a jamais été ni plus brave ni plus charmant que vous, et vous ne serez pas un jour moins renommé, si vous n'êtes pas moins heureux que lui. Il est à croire que le dernier péril que vous avez bravé, sera le dernier de vos malheurs. La Fortune n'est pas moins inconstante dans ses rigueurs, qu'elle est inégale dans ses caresses ; et l'on doit s'assurer qu'elle vous sera bientôt autant favorable qu'elle fut autrefois contraire. J'ose espérer qu'alors vous aurez la bonté de souffrir que j'ajoute quelque éclat au bruit que fera la Renommée en faveur de vos grandes actions, et que je laisse à la Postérité des marques immortelles du Voeu que j'ai fait d'être toute ma vie avec un zèle peu commun, et des respects très profonds,

MONSEIGNEUR,

DE VOTRE ALTESSE,

Le très humble, et très obéissant Serviteur,

QUINAULT.

ODE

À SON ALTESSE DE GUISE.

Je prétends louer dans mes Vers Un PRINCE, à qui les Destinées Doivent un rang dans l'Univers Entre les Têtes couronnées. MUSES, mes divines Amours, De qui j'implore le secours Pour une Personne si chère, Quittez le liquide cristal Qui sort de votre Mont natal, Et me conduisez à portraire* D'un Art qui ne soit point vulgaire, Un HÉROS qui n'a point d'égal. Mais votre secours n'est pas loin, Je vous vois, Nymphes immortelles, Et pour m'assister au besoin Vous ne fûtes jamais si belles. Parlons d'un Style relevé Du PRINCE le plus achevé Qui parut jamais sur la Terre, Qui des Peuples, et de la Cour, Est l'Espoir, l'Honneur, et l'Amour, Qui peut passer pour un Tonnerre, Et n'est pas moins Dieu de la Guerre Que le Soleil est Dieu du jour. Ce HEROS brave et glorieux, Dont les charmes sont sans mesure, Reçut mille présents des Cieux, Et mille dons de la Nature. Son Coeur ne se peut comparer, Son Esprit se fait admirer Des plus Éclairés de la France : Bien qu'il ait la valeur de Mars, Des belles-Lettres, et des Arts, Il possède la connaissance, Et la grandeur de sa Naissance Brille jusques dans ses regards. Il descend de mille Guerriers, Dont la gloire n'est pas commune ; Son père a cueilli des Lauriers Jusques sur le front de Neptune. La Renommée à haute voix, Du bruit de ses fameux exploits A souvent frappé nos oreilles ; Mais ce Demi-Dieu sans pareil, Pour le Combat et le Conseil Après ses travaux et ses veilles, Effaça toutes ses merveilles Lorsqu'il produisit ce SOLEIL. La Fortune au Cerveau léger, Qui sans raison flatte, ou s'irrite, En l'affligeant, crut affliger La Vertu même, et le Mérite. Mais il a bravé son courroux D'un air qui doit apprendre à tous Que sa gloire ne peut s'accroître. César fit voir moins de valeur, D'esprit de force et de chaleur, Quand de Rome il devint le Maître ; Que ce PRINCE en a fait paraître Dans le plus fort de son malheur. La Seine, à son retour fatal, Le Corps nu jusqu'à la ceinture ; Lui fit de ses mains de cristal Une Couronne de verdure. Et comme elle la lui tendit, Sur ses Rives on entendit Qu'elle prononça des Oracles : La Nymphe en élevant sa voix Nous assura qu'en mille endroits Triomphant des plus grands obstacles, Il fera dans peu des Miracles, Qui feront soupirer des Rois. Crois en espoir comme en vigueur, (Dit-elle, à ce PRINCE admirable) La fermeté de ton grand Coeur Fait trembler le Sort qui t'accable. J'ai feuilleté tout ce matin, Le Livre secret du Destin Où j'ai trouvé tes aventures ; Les Astres de tes maux lassés, Doivent être bientôt forcés À rouler après tant d'injures, Pour tes prospérités futures Plus que pour tes malheurs passés. Tu dois si hautement porter La gloire de tes Destinées, Qu'en ta Vie on pourra conter Plus de victoires que d'années. Je vois des Aigles couronnés, Je vois des Lions déchaînés, Que d'abord ta Valeur étonne : Et qui d'épouvante surpris, Par la menace et le mépris, Que tu leur dois faire en personne ; De plus d'une illustre Couronne Te laissent les riches débris. La Nymphe en achevant ces mots Rentra dedans son Lit tranquille, Et par ces merveilleux propos Anima ce nouvel Achille. Cet Oracle fut écouté, Par l'inconstante Déité, Qui promit d'être favorable, Mais, PRINCE, suivant les clartés Et les brillantes qualités Qui vous rendent Incomparable, La Fortune n'est pas solvable Pour les biens que vous méritez.

Portraire : Faire la représentation d'une personne avec le pinceau, la plume, le crayon, etc. [F]

QUINAULT.

ACTE I.

SCÈNE I. Gusman, Roger.

GUSMAN

Si j'ai failli, Seigneur, mes fautes sont forcées, J'étais dans Barcelone en état de partir Quand par mer, et par terre, on la fit investir, Et dans ce jour marqué, pour une conférence, J'allais prendre la poste et faire diligence.

Poste : Il se dit de l'établissement des relais, pour faire diligemment des courses et des voyages. [FC]

Diligence : Faire diligence, se dépêcher, se hâter. [L]

GUSMAN

Sachez que Léonor de votre amour se moque, Qu'avec elle Dom-Juan doit être marié. Et qu'il vous coupe enfin l'herbe dessous le pied.

Herbe : Fig. et familièrement. Couper l'herbe sous le pied à quelqu'un, le supplanter. [L]

SCÈNE II. Stelle, Le Comte, Roger, Gusman.

SCÈNE III. Aurore, Lothaire, Stelle, Le Comte, Roger, Gusman.

AURORE

Cette offre est trop injuste, et je puis me vanter Que j'ai droit de la faire et non de l'accepter, Le trône du feu Comte appartient à l'aînée De votre mère propre avant vous je fus née ; Et l'Hymen succédant à leurs feux clandestins Autorisa nos droits et jugea nos destins : Vous condamnez à tort l'Auguste Marguerite De qui toute l'Europe admira le mérite, Et lui devant le jour, avez-vous bien l'orgueil D'attaquer sa vertu jusques dans le cercueil ? J'étais encore à naître alors que notre mère, Reçut secrètement la Foi de notre père ; Et puisque sur la Foi l'Hymen se doit fonder, Je naquis légitime et dois lui succéder. Vous savez que ce Prince avait encore à peine Reçu le dernier coup de la Parque inhumaine, Que les Grands du pays de sa perte troublés Furent incontinent au Palais assemblés. Là chacun de nos droits eut connaissance entière, Chacun du Prince mort me nomma l'héritière, Condamna votre brigue et vous dût enseigner Que je suis votre Aînée, et que je dois régner : Mais bien que vous sachiez que malgré l'artifice J'ai toute l'équité, vous toute l'injustice, Que par mes mains le Sceptre a droit d'être occupé, Que s'il était à vous il serait usurpé ; Et qu'enfin je ne puis vous souffrir qu'avec honte, Sur un trône où nos lois ordonnent que je monte, Quelque juste que ce soit ce point d'honneur fatal, Je l'immole au repos de mon pays natal, Je veux par ma tendresse étouffer votre haine, Et vous traiter en soeur, et non en Souveraine. Mon amitié s'accorde à ne plus contester Ce que mon droit d'aînesse a lieu de vous ôter, Enfin suivant les lois que le sang nous inspire Unissons nos Esprits, et partageons l'Empire.

Les vers 191 et 192 ne sont pas ceux de l'édition 1655 qui ne mimaient pas avec ORGEUIL, le version 1660, les vers retenus sont ceux de l'édition de 1660.

Incontinent : adv. de temps. Aussitôt, au même instant, sur-le-champ. [L]

LE PARTI DE STELLE

Vive Stelle, Soldats.

LE PARTI D'AURORE

Vive plutôt Aurore.

ACTE II.

SCÈNE I. Aurore, Diane.

SCÈNE II. Elvire, Diane, Aurore, Roger, Gusman.

AURORE, à Diane

Il aime Léonor.

ROGER

Arrêtez.

SCÈNE III. Roger, Gusman, Lothaire, Lazarille.

LOTHAIRE, sortant l'épée à la main

C'est trop, ma retenue est enfin dissipée.

SCÈNE IV. Aurore, Roger, Gusman, Lothaire, Lazarille.

ROGER

Madame.

ROGER

J'ai...

ROGER

Sachez...

SCÈNE V. Roger, Gusman.

ACTE III

SCÈNE I. Gusman, Roger, dans le Jardin.

SCÈNE II. Aurore, Diane, Elvire.

SCÈNE III. Aurore, Elvire, Lothaire.

SCÈNE IV. Aurore, Roger, Gusman.

GUSMAN, sortant d'une allée

Je le vois.

GUSMAN

Approchez.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Elvire, Aurore.

SCÈNE VII. Lothaire, Aurore, Elvire.

SCÈNE VIII. Roger, Gusman, Aurore, Lothaire.

AURORE, à Lothaire

Hé bien qu'en dites-vous ?

SCÈNE IX. Roger, Gusman.

ACTE IV

SCÈNE I. Roger, Aurore.

ROGER, posant Aurore évanouie sur un gazon, après l'avoir retirée du Palais qui paraît embrasé

Enfin grâce à l'amour, j'ai sauvé de la flamme Celle qui fit entrer tant de feux dans mon Âme ! Mais, ô de tant de soins fatal événement ! Cette rare beauté reste sans mouvement, Et tous mes vains efforts dans ces débris funestes, D'un objet si charmant n'ont sauvé que les restes ; Les Astres de la nuit par leurs sombres clartés Ne me font que trop voir ces tristes vérités ; Ses appas ont perdu leur grâce accoutumée, Sa bouche sans couleur est à demi fermée, Ses charmes sont éteints, et la Mort à son tour Triomphe insolemment, où triomphait l'Amour ! Ô Destins ennemis, eût-on pu jamais croire Que vous m'eussiez réduit à détester ma gloire, Et sentir des douleurs pires que le trépas, Après m'avoir fait voir Aurore entre mes bras ! Faut-il qu'une beauté si charmante et si fière Dans un embrasement perde ainsi la lumière ? Elle qui savait l'art de s'émouvoir si peu Alors que ses beaux yeux mettaient les coeurs en feu : Mais c'est trop quereller les Destins de sa perte, On doit me l'imputer, puisque je l'ai soufferte ; J'ai dû pour conserver le fil de ses beaux jours, Prévoir mieux son péril et hâter mon secours, Et mon retardement qui lui coûte la vie, Est une trahison qui doit être punie : Je me suis fait coupable en la laissant périr, Pour elle j'ai vécu, pour elle il faut mourir, Et joindre avec ce fer pour signaler ma flamme, Mon trépas, à sa mort, et mon âme à son âme : Toutefois différons ce dessein d'un moment : Je n'ai fait de sa mort qu'un douteux jugement, Possible par bonheur qu'elle n'est que pâmée. Ce peut être un effet de la seule fumée. Aucuns de ses habits ne se trouvent brûlés, Et ses esprits pourront être encore rappelés : Mais je mettrais fort mal ce secours en usage, Cherchons quelqu'un des siens sans tarder davantage, Et venons dans ces lieux après, au gré du sort, Ou lui rendre la vie, ou me donner la mort.

Il sort.

SCÈNE II. Lothaire, Lazarille, Aurore.

SCÈNE III. Lothaire, Aurore.

AURORE, revenant de sa pâmoison

Où suis-je et qui m'appelle ?

SCÈNE IV. Diane, Lothaire, Aurore.

SCÈNE V. Roger, Elvire, Gusman, Aurore, Diane.

AURORE

Non Roger, c'est moi-même :

L'original porte "Mon Roger", cette familiarité entre les deux personnages est peu vraisemblable.

ROGER

Je me tais ; car pour vous mon respect est extrême, À d'éternels mépris je me sens destiné, Lothaire est trop heureux, moi trop infortuné.

Nous retenons le version de l'édition 1660 qui substitue Lothaire à Roger en premier mot du vers.

SCÈNE VI. Lazarille, Aurore, Roger, Gusman, Diane, Elvire.

SCÈNE VII. Diane, Roger, Gusman.

SCÈNE VIII. Roger, Gusman.

ACTE V

SCÈNE I. Elvire, Aurore, dans le Palais.

SCÈNE II. Diane, Aurore, Stelle, Elvire.

SCÈNE III. Lazarille, Le Comte, Aurore, Stelle, Diane, Elvire.

SCÈNE IV. Lothaire, Lazarille.

SCÈNE V. Lothaire, Roger, Gusman.

LOTHAIRE

De vos combats.

L'édition originale tiens "mes combats", l'édition 1660 corrige par "vos", plus logique.

LOTHAIRE

Vous ?

SCÈNE VI. Aurore, Lothaire, Roger, Stelle, Diane, Le Comte.

GUSMAN

Tirez.

GUSMAN

Le voici.

SCÈNE VII. Carlos, Lothaire, Aurore, Roger, Stelle, Le Comte, Gusman, Lazarille, Elvire, Diane.

LAZARILLE

Attendez.

LOTHAIRE

Sortez.

CARLOS

Lui-même.

LOTHAIRE

Parle mieux.

LOTHAIRE

Si...

CARLOS

Comme il rouille les yeux ! Chacun me l'a bien dit, Qu'on ne doit point aux grands donner rien à crédit. Un Homme bien Armé dont j'étais assez proche, En tirant son mouchoir, l'a fait choir de sa poche.

Rouiller : Terme aujourd'hui inusité qui ne s'employait qu'avec oeil et qui signifiait rouler les yeux, les faire aller çà et là. [L]

AURORE, à Lothaire

Serait-il point à vous ?

1 742 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0