Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Le Fantome Amoureux

Philippe Quinault· créée en 1659, imprimée en 1657· 5 actes· 1 748 vers· 12 personnages

Représenté pour la première fois en 1659, au Théâtre du Palais-Royal.

Personnages

  • CARLOS, amant d'Isabelle, et ami de Fabrice
  • CLARINE, suivante d'Isabelle
  • FABRICE, amant de Climène
  • CLIMÈNE, maîtresse de Fabrice et du Duc
  • JACINTE, suivante de Climène
  • FERDINAND, Duc de Ferrare
  • VALÈRE, Capitaine des Gardes du Duc
  • ISABELLE, soeur de Fabrice
  • ALPHONSE, père de Fabrice et d'Isabelle
  • LICASTE, domestique d'Alphonse
  • CELIN, domestique de Carlos
  • GARDES
Monseigneur,

ÉPITRE A MONSEIGNEUR, MONSEIGNEUR LE COMTE DE SAINT AIGNAN, CONSEILLER DU ROI EN SES CONSEILS D'ÉTAT, Lieutenant Général en ses Armées, et premier Gentilhomme de la Chambre.

C'est avec beaucoup de crainte et et de trouble que j'ose prendre la liberté de vous offrir cette tragi-comédie ; Je n'ai pas assez tiré de vanité du bonheur qu'elle a eu de ne pas déplaire sur le théâtre, pour m'assurer qu'elle soit autant heureuse en se présentant à vous sur le papier ; Je suis persuadé que vous avez des lumières peu communes pour la connaissance des belles choses : Je sais que vous en savez parfaitement discerner les beautés, les artifices et les défauts ; et que cet Ouvrage n'a rien qui ait été trouvé juste, que vous ne puissiez trouver défectueux avec justice, si vous l'examinez avec rigueur : Mais quand je serais assuré qu'il ne recevrait de vous que du mépris, je ne changerais le dessein que j'ai fait de vous l'offrir ; et n'aurais pas de honte de vous faire connaître ma faiblesse, pourvu que j'eusse au moins l'honneur de vous faire paraître mon zèle. La passion, MONSEIGNEUR, qui m'oblige à vous honorer, n'est pas une passion nouvelle : Aussitôt que j'ai commencé d'avoir quelque connaissance de ce que l'on appelle mérite, j'ai commencé d'avoir des sentiments de vénération pour vous : J'ai ensuite appris tout ce que je sais de la belle Poésie, en vous entendant louer : je suis même obligé d'avoir des ressentiments éternels d'un grand nombre de libéralités que vous avez faites, et j'estime que vous n'en douterez pas, quand vous saurez que j'ai Art où il était sans doute admirable, puis qu'il y a mérité votre estime. Encore que cet homme excellent vous ait consacré ses veilles les plus laborieuses, et qu'il ait rendu son nom immortel en voulant éterniser le vôtre, il n'a pas laissé de reconnaître en mourant que les louanges n'étaient pas encore en si grand nombre que vos bienfaits : je suis témoin que dans ses derniers moments, il a témoigné moins de regret de voir sa vie achevée, que de laisser sa reconnaissance imparfaite et je croirais commettre une espèce de larcin, si je ne vous offrais, pour l'acquitter, toutes les lumières dont je lui suis redevable. Quelque juste défiance que j'aie de mon peu d'artifice, j'ose toutefois m'assurer de ne dire que des choses extraordinaires , pourvu que vous ayez la bonté de me permettre de parler de vous ; et je crois n'avoir pas besoin d'être fort ingénieux pour réussir dans ce dessein, puisque pour n'écrire rien de vous que de merveilleux, il suffit de n'écrire rien que de véritable. Mais ce n'est pas en cet endroit que je prétends commencer à former quelques traits à votre gloire, c'est dans un Ouvrage beaucoup plus fort et plus étendu qu'une Lettre, que je me propose de faire une peinture éclatante de toutes vos admirables qualités, et de vos actions toutes héroïques. Je me contenterai seulement de vous oser ici demander avec respect la permission de me dire,

MONSEIGNEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur, QUINAULT.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Carlos, Clarine, dans une rue.

SCÈNE II. Carlos, Fabrice.

CARLOS

Ami...

SCÈNE III. Clarine, Fabrice, Carlos.

CLARINE, s'adressant à Fabrice, croyant parler à Carlos

Entrez, entrez, Seigneur, ma maîtresse Isabelle Vous attend en sa chambre, et veut...

SCÈNE IV. Climène, Jacinte, Carlos, Fabrice.

FABRICE

Entrons...

SCÈNE V. Carlos, Fabrice.

CARLOS

Bien donc, crois que pour toi je ferai l'impossible, Souffre que je te parle ; et dedans un moment Tu perdras ta douleur et ton étonnement : Tu sais depuis quel temps l'Italie affligée, Entre deux factions se trouve partagée, Dont en chaque cité les partisans mutins Se nomment hautement Guelphes et Gibelins ; Souviens-toi que mon père, et celui de Climène Prirent, pour ce sujet, une immortelle haine, Et que, par leur crédit et leur condition Chacun d'eux se rendit chef d'une faction : Le Duc l'ayant appris, et redoutant l'issue De cette inimitié, si fortement conçue, Il les fit arrêter avec quelque raison, Laissant à chacun d'eux son logis pour prison. Mon père qui voyait sa prétention vaine, Sachant que sa maison de l'autre était prochaine Eut recours à l'adresse, et se crut tout permis Pour perdre le plus grand de tous ses ennemis ; Et lors, pour avancer en secret sa ruine, Jusques sous son jardin fit creuser une mine ; Déjà même elle était achevée à-peu-près, Lorsqu'il tomba malade, et mourut tôt après : Je fus, comme tu sais, par le droit de naissance, Héritier de ses biens, et non de sa vengeance : Et quand je haïrais Climène dans ce jour. Je voudrais immoler ma haine à ton amour, En ouvrant cette mine avec un peu d'adresse, Tu peux, sans qu'on te voie, entrer chez ta maîtresse, Et pour l'exécuter en toute sûreté Nous ferons croire à tous que tu t'es absenté.

Gibelins : Partisans de la maison impériale de Souaben opposés aux Guelfes. [B]

Guelphes et Gibalins : Partis puissants qui divisèrent l'Allemegna et l'Italie au XII, XIII, et XIVème siècle. (...) En général les Gibelins étient partisans de la domination impériale [Germanique] et de la hiérarchie féodale ; les Guelfes, de la domination de l'Eglise et de l'indépendance nationale. [B]

SCÈNE VI. Le Duc, Valère, Fabrice, Jacinte, Gardes.

LE DUC

Faites ce que j'ai dit.

Valère frappe à la porte du logis de Climène.

SCÈNE VII. Le Duc, Climène, Fabrice, Jacinte, Valère, Gardes.

CLIMÈNE, s'adressant au Duc, et croyant parler à Fabrice

Que peux-tu souhaiter ? Où viens-tu, cher amant.

FABRICE, à part

Le puis-je croire, ô Ciel, suis-je point enchanté ?

Enchanter : Ensorceler, user de magie, d'art diabolique, pour opérer quelque merveille qui arrête le cours de la nature. [F]

FABRICE, à part

Ô trop heureux rival !

FABRICE, à part

Je le connaissais mal.

FABRICE, à part

Que je suis misérable.

FABRICE, en s'enfuyant

En vain je ferais résistance.

LE DUC

Qu'on le suive et qu'il meure.

Valère et les gardes vont après Fabrice.

SCÈNE VIII. Valère, Le Duc, Jacinte, Gardes.

JACINTE, sortant du logis de Climène

Ah ! Seigneur arrêtez.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Isabelle, Clarine, dans une chambre.

SCÈNE II. Carlos, Isabelle, Clarine.

CLARINE

Hélas tout est perdu, Possible il s'est douté de votre intelligence, Dedans ce cabinet entrez en diligence.

Diligence : Activité, promptitude à exécuter notre devoir, ou nos desseins. [F]

SCÈNE III. Alphonse, Clarine, Isabelle.

ISABELLE

J'avoue...

SCÈNE IV. Licaste, Alphonse, Isabelle, Clarine.

SCENE V. Clarine, Alphonse, Isabelle.

CLARINE

J'ai vu.

SCÈNE VI. Alphonse, Fabrice, Isabelle.

FABRICE

C'est un témoin bien faux qu'une belle apparence, Je m'assurais trop bien de la persévérance, Et croirais même encor ses désirs innocents, Si je pouvais douter du rapport de mes sens. J'ai de sa perfidie un trop sûr témoignage ; J'ai de sa propre bouche appris qu'elle est volage, L'ingrate entretenait mon rival fortuné, D'un air si peu commun et si passionné, Que le respect du Duc, ni les soins de ma vie, De marquer mon dépit n'ont pu m'ôter l'envie : Le Duc aux premiers mots plein de haine et d'amour A donné l'ordre exprès de me priver du jour ; Et, connaissant alors ma défense inutile, Sous un portail obscur j'ai cherché mon asile, Tandis qu'un inconnu, marchant de ce coté Que l'on a pris pour moi parmi l'obscurité, S'est trouvé, tout-à-coup, environné de gardes, Et s'est senti percer de coups de hallebardes. Dès que ces assassins ont été retirés, Pour tirer de péril mes jours mal assurés , Et rendre cette erreur encor plus vraisemblable, J'ai pris l'habit sanglant de ce corps déplorable ; Et j'étais déjà prêt à lui laisser le mien, Dans le courant du fleuve ayant jeté le sien, Alors qu'un bruit de voix, traversant mon envie, M'a fait laisser ce corps sans habits et sans vie, Pour me rendre en ces lieux près de vous promptement, Et vous donner avis de cet événement.

Hallebardes : Arme d'attitude offensive, constitué d'un long fût ou bâton d'environ cinq pieds, qui a un crochet ou un fer plat et échancré aboutissant en pointe, et au bout une grande lame de fer forte et aigue. [F]

ALPHONSE

N'importe.

FABRICE

Ma soeur.

SCÈNE VII. Alphonse, Isabelle.

SCÈNE VIII. Fabrice, Alphonse, Isabelle.

FABRICE

Seigneur...

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Le Duc, Valère, Alphonse, Carlos, Gardes

ALPHONSE, à Carlos

Que ne vous dois-je point ?

SCÈNE XI. Alphonse, Fabrice, Isabelle.

FABRICE

Seigneur...

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Le Duc, Jacinte dans le jardin de CLimène.

SCÈNE II. Climène, Jacinte, Le Duc.

JACINTE

Madame...

SCÈNE III.

CLIMÈNE, seule

STANCES.

Et tu vis dans mes feux ! Ah ! Que dis-je insensée, Ton image vivante en mon âme est tracée, Mais ces traits immortels, qui me flattent si fort, Sont les traits de Fabrice , et de Fabrice mort. Était-il raisonnable, injuste destinée ! Que la mort l'attendît si près de l'hyménée ? Mais ne raisonnons point en de si grands malheurs, Étouffons nos sanglots ; interdisons nos pleurs, Et, pour de nos ennuis envenimer l'atteinte, Ne nous accordons pas l'usage de la plainte. Nourrissons notre deuil ; et, par des soins prudents, De peur de l'affaiblir, renfermons-le au-dedans, Signalons nos regrets, mieux qu'avec la parole : Lorsqu'on a tout perdu, qui se plaint, se console ? Oui, cher amant, pour mieux déplorer ton trépas : Mais, quel bruit effroyable entends-je sous mes pas, Pour me joindre à Fabrice, il semble qu'un tonnerre Se prépare à sortir du centre de la terre .

Il se fait un grand bruit sous le théâtre.

Ciel ! Le bruit redouble, et par des coups nouveaux Je sens que sous mes pieds on creuse des tombeaux, Je vois tomber les fleurs, déraciner les plantes, Des arbres les plus forts, les souches sont tremblantes, Fuyons ; mais je ne puis ; la peur me le défend. Dieu ! Le désordre augmente, et la terre se fend ? Ô Ciel ! Fabrice en sort, la force ici me laisse, Je n'en puis plus, je meurs de crainte et de faiblesse.

Elle tombe sur un gazon évanouie.

SCÈNE IV. Fabrice, Climène.

SCÈNE V. Le Duc, Climène.

CLIMÈNE

Hélas...

LE DUC

SCÈNE VI. Jacinte, Fabrice, Climène.

SCÈNE VII. Fabrice, Jacinte.

FABRICE

'Arrête...

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Climène, Fabrice.

CLIMÈNE

Fabrice.

SCÈNE III. Le Duc, Valère, CLimène ; Fabrice, Gardes.

SCÈNE IV. Carlos, Valère, Le Duc, suite.

SCÈNE V. Carlos, Climène.

CARLOS

Non...

SCÈNE VI. Jacinte, Isabelle.

ISABELLE

Laisse-moi...

SCÈNE VII. Fabrice, Jacinte, Isabelle.

SCÈNE VIII. Le Duc, Carlos, Isabelle , Suite.

SCÈNE IX. Climène, Fabrice, Le Duc.

CLIMÈNE

Fabrice...

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Carlos, Isabelle, dans une salle du logis de Carlos.

CARLOS

Je n'ai...

SCÈNE II. Alphonse, Isabelle, Carlos.

ISABELLE, à part

Dieu ! Qu'entends-je ?

CARLOS, à part

Ô sort trop inhumain.

SCÈNE III. Fabrice, Alphonse, Climène, Carlos, Isabelle.

ALPHONSE

Et de qui ?

FABRICE

De l'amour.

ALPHONSE

À te suivre.

FABRICE

Vous.

SCÈNE IV. Célin, Alphonse, Carlos, Fabrice, Climène, Isabelle.

SCÈNE V. Le Duc, Fabrice.

FABRICE

L'épouser.

FABRICE, à part

Qu'ai-je dit ?

SCÈNE VI. Le Duc, Carlos, Alphonse, Valère, Climène, Isabelle, Gardes.

ALPHONSE, en parlant à Carlos

Ah ! Carlos, que je crains !...

CARLOS, s'adressant à Alphonse

Ne craignez rien, vous dis-je.

SCÈNE DERNIÈRE. Fabrice, Le Duc, Alphonse, Carlos, Climène, Isabelle, Valère, Gardes.

1 748 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0