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un seul est le mot juste.

Pastorale en vers

Les Fêtes de l'Amour et de Bacchus

Philippe Quinault· créée en 1682, imprimée en 1672· 4 actes· 597 vers· 12 personnages

Représenté par l'Académie royale de musique, le 17 avril 1782 au Théâtre du Palais-Royal.

Personnages

  • DEUX HOMMES DU BEL-AIR
  • DEUX FEMMES DU BEL-AIR
  • UN GENTILHOMME GASCON
  • LE BARON D'ARBARAT
  • UN SUISSE
  • UN VIEUX BOURGEOIS BABILLARD
  • UNE VIEILLE BOURGEOISE BABILLARDE
  • LE FILS DU BOURGEOIS ET DE LA BOURGEOISE
  • TROUPE DE GENS DE DIFFÉRENTES PROVINCES et de TOUTES SORTES DE CONDITION
  • POLYMNIE
  • MELPOMÈNE
  • EUTERPE

PROLOGUE

Le théâtre représente une grande Salle de Spectacle, où l'on voit une troupe de Peuples de différents Provinces, qui forment le début de ce Prologue.

AUTRE FEMME DU BEL AIR

Ils n'ont des livres et des bancs Que pour Mesdames les Grisettes.

Grisette : femme ou fille jeune vêtue de gris. On le dit par mépris de toutes celles qui sont de basse condition, de quelque étoffe qu'elles soient vêtues. Des gens de qualité s'amusent souvent à frequenter des grisettes. [F]

AUTRE GASCON

Eh, cadedis, Monseu, boyez qui l'on peut être, Un livret, je bous prie, au Baron Dasbarat ; Je pense, mordi, que le fat N'a pas l'honneur dé mé connaître.

Cadédis : Jurement qu'on met habituellement dans la bouche des Gascons. On dit aussi cadédiou. Etymologie : Cap, tête, de Dis, de Dieu. [L]

LE GASCON

Je murs.

Les quatre importuns ayant pris des livres des mains de celui qui les donne, les distribuent aux acteurs qui en demandent ; cependant le donneur de livres danse, et les quatre importuns se joignent avec lui, et forment ensemble la première entrée.

PREMIÈRE ENTRÉE. Le donneur de livres, quatre importuns.

La muse Polymnie qui préside aux Arts dépendant de la Géométrie, et qui a trouvé l'invention d'introduire sur le théâtre des personnages qui expriment par les actions et par les danses ce que les autres expliquent par des paroles, s'avance environnée d'un nuage qui paraît d'abord fermé, et qui s'ouvrant peu à peu découvre la Muse au milieu de plusieurs ornements de peinture et d'architecture. Elle excite ceux qui ont commencé de chanter d'une manière comique à rechercher avec soin tout ce qui l'on peut retrouver de plus noble et de plus délicat dans le chant.

POLYMNIE

Élevez vos concerts Au dessus du chant ordinaire ; Songez que vous avez à plaire Au plus grand ROI de l'Univers. Le grand titre de Roi n'est que sa moindre gloire, Il est encor plus grand par les travaux guerriers ; Et sa propre valeur a cueilli les lauriers Dont il est couronné des mains de la Victoire. Suivez la noble ardeur Qu'il vous inspire ; Tout ce qu'on voit dans son Empire Se doit sentir de sa grandeur.

Melpomène qui préside à la tragédie et Euterpe qui a inventé l'Harmonie pastorale s'avancent sur deux nuages. Melpomène paraît au milieu de plusieurs trophées d'armes ; et Euterpe environnée de festons et de couronnes de fleurs. Elles sont précédées de deux symphonies opposées, dont l'une est très forte, et l'autre extrêmement douce, et qui forment une espèce de combat, tandis que les deux muses viennent se placer aux deux côtés de Polymnie pour la prier d'embellir les divertissements qu'elles veulent préparer.

Des héros, des pâtres, et des ouvriers des Arts qui servent aux spectacles, obéissent aux ordres des Muses. Les héros font une manière de combat avec leurs armes, les pâtres jouent avec leurs bâtons, les ouvriers travaillent aux décorations de la Pastorale que l'on prépare, et accordent le bruit de leurs marteaux, scies et rabots, avec l'harmonie des violons et des haut-bois, et tous ensemble forment le seconde entrée.

SECONDE ENTRÉE. Quatre héros, quatre Pâtres et quatre ouvriers.

Toute la troupe qui avait commencé de chanter d'une manière comique avant l'arrivée des trois muses, se sentant animée par leur présence, répond à leurs chants par des choeurs.

EUTERPE

Faisons entendre nos hautbois.

Les hautbois et les musettes répondent et cependant les héros et les pâtres rentrent sur le théâtre avec les ouvriers qui apportent des ornements qu'ils ont faits pour servir la pièce qui va commencer, et autour desquels les héros et les pâtres dansent, tandis que le smuses et tous les choeurs continuent leurs chants. Ce qui forme un jeu concerté des Muses qui chantent dans leurs machines au milieu des nuages, de la troupe qui leur répond, placée dans les balcons, et des héros, pâtres, et ouvriers, qui dansent sur le théâtre.

ACTE I

Le Théatre représente une épaisse forêt, où ces chutes d'eaux coulent entre les arbres : on voit dans l'enfoncement deux montagnes séparées par une belle vallée où tombe une rivière par diverses cascades qui produisent plusieurs effets agréables et différents.

SCÈNE I.

SCÈNE II. Licaste, Ménandre, Tircis.

LICASTRE et MÉNANDRE, ensemble

Ah, Tircis !

CALISTE et MÉNANDRE

Prends sur toi plus d'empire.

CALISTE et MÉNANDRE

C'est trop, c'est trop céder.

CALISTE et MÉNANDRE

Quelle faiblesse !

CALISTE et MÉNANDRE

Il faut prendre courage.

SCÈNE III. Climène, Caliste.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Tircis, Licaste, Ménandre, Caliste, endormie.

SCÈNE VI. Forestan, Silvandre, Caliste, Tircis.

Quatre faunes sortent avec de petits tambours, et quatre driades avec des festons de fleurs. Ils forment ensemble une entrée qui finit le premier acte.

TROISIÈME ENTRÉE.

Quatre faunes, quatre driades.

ACTE II

Le théâtre représente un vieux château qui était autrefois la demeure des Seigneurs du prochain village, et qui tombe entièrement en ruines. On y voit en plusieurs endroits des arbres et des ronces, et dans l'enfoncement, au travers d'une arcade à demie rompue, on découvre les vestiges de trois grandes allées de cyprès à perte de vue.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Forestan, Deux magiciens, Trois sorcières, Six démons dansants, et sept autres démons volants.

C'est dans cette scène que les lutins déguisés font une cérémonie magique pour feindre d'embellir Forestan, et pour se moquer de lui. Deux magiciens paraissent chacun une baguette à la main, ils frappent, la Terre en dansant, et font sortir six démons qui se joignent avec eux. Trois sorcières sortent aussi de dessous terre, et faisant asseoir Forestan au milieu d'elles, mêlent leur chants aux danses des Magiciens et des Démons, pour former une manière d'enchantement.

QUATRIÈME ENTRÉE. Deux magiciens, Six démons.

LES TROIS SORCIÈRES, ensemble

Déesse des appas, Ne nous refuse pas La grace qu'implorent nos bouches : Nous t'en prions par tes rubans, Par tes boucles de diamants, Ton rouge, ta poudre, tes mouches, Ton masque, ta coiffe et tes gants.

Mouche : Petit morceau de taffetas noir, de la grandeur d'environ l'aile d'une mouche, que les dames se mettent sur le visage. Une boîte à mouches. [L]

UNE SORCIÈRE, seule

Ô toi ? Qui peux rendre agréables Les villages les plus mal faits, Répand, Vénus, de tes attraits Deux ou trois doses charitables Sur ce museau tondu tout frais.

Les démons habillent Forestan d'une manière bizarre et ridicule, tandis que les magiciens et les autres démons dansent, les trois sorcières chantent.

LES TROIS SORCIÈRES, ensemble

Ah qu'il est beau Le jouvenceau, Ah qu'il est beau. Qu'il va faire mourir de belles : Auprès de lui les plus cruelles Ne pourront tenir dans leur peau. Ah qu'il est beau Le jouvenceau, Ah qu'il est beau ! Ho, ho, ho, ho, ho, ho... Qu'il est joli ! Gentil, poli ! Qu'il est joli ! Est-il des yeux qu'il ne ravisse ! Il passe en beauté feu Narcisse Qui fut un blondin accompli. Qu'il est joli ! Gentil, poli ! Qu'il est joli ! Hi, hi, hi, hi, hi, hi...

Les trois sorcières qui chantent s'enfoncent dans la Terre, les deux magiciens et les six démons qui dansent disparaissent, et dans le même temps quatre autres démons qui partent de quatre côtés différents, croisent dans l'air, et trois autres petits démons qui sortent de Terre, et qui tous trois s'élèvent en rond, après avoir fait trois tours en volant, se vont perdre dans les nuages au milieu du théâtre.

Narcisse : Fils du fleuve de Céphise et de la nymphe Liriope, était d'une beauté remarquable. Aprsè avoir méprisé l'maour de la nymphe Echo, il devint amoureux de sa propre image, qui était reflétée par sa propre image, et, de chgrin de ne pouvoir la posséder, se noya dans le source où il l'apercevait.

Blondin : qui a les cheveux blonds, ou une perruque blonde. "Les coquettes aiment fort les blondins, ce sont de vrais séducteurs de femmes." Molière [F]

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Silvandre, Forestan.

SILVANDRE

Quel badinage ! Tu n'es pas sage ; La fête de Bacchus commencera bientôt. Allons, sans tarder davantage, Allons-y boire comme il faut.

Foringestan affecte de faire l'agréable, et quitte son ton naturel de basse pour chanter en fausset.

SILVANDRE

Consulte la Fontaine La plus prochaine, Mire-toi dans son eau.

Forestan s'approche d'une Fontaine qui paraît au milieu du théâtre, et dans le moment qu'il se baisse pour le regarder dans l'eau, il en sort deux sirènes qui lui présentent un grand miroir. Forestan s'y voit aussi laid qu'il était avant la cérémonie magique ; et dans la rage qu'il a de la tromperie qu'on lui a faite, il veut frapper de sa massue les deux sirènes qui se moquent de lui, mais elles évitent ses coups, en se plongeant et en se perdant dans la Fontaine, qui disparaît en un moment.

Ah qu'il est beau ! Ho, ho, ho, ho, ho, ho...

FORESTAN

Je suis digne de railleries ; On m'a fait une fourberie : Mais, si je la mets en oubli... Non, non, les imposteurs n'auront pas lieu de rire.

Deux sorcières affreuses paraissent aux deux côtés du théâtre, et présentent chacun un miroir à Forestan.

FORESTAN

Ah ! Je vais vous payer de m'avoir embelli.

Forestan s'avance vers une des sorcières, et la veut frapper de sa massue, mais la sorcière évite le coup en s'envolant, le Satire ne frappe que l'air, et sa massue lui échappe des mains. Il court vers l'autre sorcière, il l'attrape, mais dans le moment qu'il se jette sur elle, et qu'il la tient, il ne lui demeure entre les mains qu'une figure de sorcière qui lui fait la grimace, et lui présente un miroir, tandis qu'un petit lutin qui était enfermé dedans, s'envole en se moquant du Satire.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Damon, Silvandre, Forestan

SCÈNE VI. Damon, Climène.

SCÈNE VII. Troupe de bergers et de bergères, Damon, Climène.

Une troupe de bergers et de bergères qui voient Damon et Climène raccommodés en témoignent leur joie.

SCÈNE VIII. Arcas, Damon, Climène, Troupe de bergers et de bergères.

ACTE III

Le théâtre se change et représente une grande allée d'arbres d'une extrême hauteur, lesquels mêlent leurs branches les unes avec les autres, et forment une manière de voûte de verdure, où plusieurs pasteurs jouant de différents instruments, se retrouvent placés ; un grand nombre de bergers et de bergères paraissent sous cette voûte et commencent la fête de l'Amour, par ces chansons où les danses se mêlent de temps en temps.

SCÈNE I. Troupes de pasteurs, de bergers et de bergères.

CINQUIÈME ENTRÉE. Quatre bergers, quatre bergères.

Les bergers et les bergères continuent de mêler les danses aux chansons.

TOUS ENSEMBLE

Chantons tous de l'Amour le pouvoir adorable, Chantons dans ces lieux, Ses attraits glorieux, Il est le plus aimable, Et le plus grand des Dieux.

La perspective s'ouvre, et laisse paraître dans le fond du théâtre un autre manière de voûte de treille, sous laquelle une multitude de suivants de Bacchus sont placés, les uns dans des tonneaux, et les autres sur une espèce d'Amphithéâtre couvert de pampres de vigne, qui tous jouent de différents instruments, tandis que plusieurs autres satires et silvains s'avancent au milieu du théâtre pour interrompre la fête de l'Amour, et pour en célébrer une plus solennelle à la gloire de Bacchus.

SCÈNE II. Troupes de satires, de bacchantes, et de silvains, jouant de différents instruments, chantants, et dansants, Silvandre, Aminte, Forestan, Troupes de bergers et de bergères, et de suivants de l'Amour.

CHOEURS

Nous suivons de Bacchus le pouvoir adorable Nous suivons en tous lieux, Ses attraits précieux ; Il est le plus aimable Et le plus grand des Dieux.

Les suivants de Bacchus qui dansent font un combat contre les danseurs du parti de l'Amour, tandis que les bergers et les satires disputent en chantant en faveur du Dieu que chacun veut honorer.

SIXIÈME ENTRÉE. Quatre satires, quatre bacchantes.

PARTI DE L'AMOUR

Aimables fers !

PARTI DE BACCHUS

Douce victoire !

PARTI DE L'AMOUR

C'est l'Amour.

PARTI DE BACCHUS

C'est Bacchus.

SCÈNE III et DERNIÈRE.

Le berger Licaste se mêle entre les deux partis, et les accorde.

LES DEUX CHOEURS, ensemble

Mêlons donc leurs douceurs aimables, Mêlons nos voix dans ces lieux agréables, Et faisons répéter aux Échos d'alentour, Qu'il n'est rien de plus doux que Bacchus et l'Amour.

Tandis que les voix et les instruments des deux choeurs s'unissent, tous les danseurs des deux partis forment ensemble la dernière entrée, et terminent agréablement les Fêtes de l'Amour et de Bacchus.

SEPTIÈME et DERNIÈRE ENTRÉE.

Quatre bergers, quatre bergères, quatre satires, et quatre Bacchantes.

597 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica