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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Tragi-Comédie en Cinq Actes et en Vers

Le Feint Alcibiade

Philippe Quinault· créée en 1658· 5 actes· 1 682 vers· 12 personnages

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, en 1658.

Personnages

  • CHARILAS, fils d'un Roi de Sparte
  • MINDATE, Chef de la garde d'Agis
  • AGIS, Roi de Sparte
  • LISANDRE, Favori d'Agis
  • TIMÉE, femme d'Agis
  • CLÉONE, soeur d'Alcibiade, déguisée sous le nom et l'habit de son frère
  • LÉONIDE, soeur d'Agis
  • TRASIMÈNE, Suivante de Timée
  • HERMODORE, Suivante de Léonide
  • SALCEDON, personnage muet
  • SUITE
  • GARDES
MONSEIGNEUR

À MONSEIGNEUR FOUQUET, PROCUREUR GÉNÉRAL, Surintendant des Finances, et Ministre d'État.

Je n'affecterai point de paraître modeste, en diminuant le prix de l'approbation publique a donné, peut-être trop favorablement, au FAINT ALCIBIADE, que je prends la liberté de vous dédier, je n'ai pas la force de d'avouer beaucoup de défauts que les ornements du théâtre ont pu cacher dans cette pièce ; le désir ardent que j'ai de vous l'offrir, ne me permet pas de combattre les applaudissement dont elle a été honorée par la plus belle Cour de l'Europe, et le plaisir que vous avez témoigné recevoir de sa représentation, et sans doute un avantage assez glorieux pour m'inspirer sans injustice quelques mouvements de vanité. Je sais que tout ce qui paraît devant vous doit avoir beaucoup d'excellence pour mériter votre estime, et si je ne me laissais emporter à quelque espèce de témérité, je n'aurais jamais osé vous demander votre protection pour l'ouvrage que je vous présente. Je ne prétends pas, MONSEIGNEUR, obtenir cet honneur de vous par le voie ordinaire, je veux dire en m'efforçant de vous louer ; les louanges communes qui remplissant assez souvent de semblables lettres, sont trop au dessous d'un mérite aussi extraordinaire que le vôtre ; et quand je serais capable d'en inventer qui ne fussent pas indignes de vous être adressées, vous avez des sentiments si délicats qu'il vous serait impossible de les souffrir. Mais si j'osais entreprendre de parler sur une si noble matière ; l'éclat du rang où vous êtes justement élevé ne serait pas ce que je voudrais faire voir en vous de plus brillant ; ce serait par un bien que l'on de saurait jamais faire perdre, que j'essayerais de montrer que vous devez être admiré de toute le Terre, et votre vertu serait enfin la seule source dont je tirerais vos éloges les plus éclatants. Afin toutefois de ne pourvoir être soupçonné de flatterie en la matière, je ne voudrais pas vous assurer que vous ne dussiez qu'à vous-même tous les avantages qui vous rendent véritablement louables ; il est vrai, MONSEIGNEUR, que vous n'auriez pas eu moins de clarté dans l'esprit, ni moins de force dans l'âme, quand vous auriez eu moins de bonheur, mais on a sujet de croire que la prudence active dont vous soutenez tout seulsi hautement deux des plus importantes dignités de l'État, n'aurait pas sans doute produit tant de merveilles,si l'on ne vous avait donné de moindres emplois , et l'on peut dire qu'entre les qualités admirables que vous avez reçues de la Nature, on en peut conter plusieurs que vous n'aurez pu jamais exercer avec tant de splendeur, sans la secours de la Fortune. Cette vérité que tout autre que vous trouverait trop hardie, vous est trop avantageuse pour vous déplaire ; c'est elle qui oblige tous ceux qui connaissent seulement votre réputation, de contribuer aux moins leurs souhaits à votre Grandeur ; on est informé partout que l'on ne peut désirer de bien à personne qui prenne plus de plaisir que vous d'en faire, et que l'on ne vous peut souhaiter de prospérité qui ne soit généralement utile à tout le Monde. Pour moi, MONSEIGNEUR, je me sens encore trop faible pour m'étendre sur un sujet si vaste que votre mérite, et dans le dessein que j'ai de vous supplier très humblement de souffrir de cette tragi-comédie emprunte quelque chose de la gloire de votre nom, je ne vous promets que de continuer ce que j'ai commencé de faire, depuis que le bruit de la renommée fait de vous, est venu jusqu'à moi, c'est à dire de joindre mes voeux à ceux que toute le France ajoute au cours de votre Bonheur, et de mêler ma voix à celle des plus honnêtes gens du royaume, en publiant avec respect que je suis

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Charilas, Mindate.

SCÈNE II. Agis, Lisandre, Mindate, Salcedon.

SCÈNE III. Timée, Agis, Lisandre, Mindate, Suite.

SCÈNE IV. Cléone, sous le nom et l'habit d'Alcibiade, Timée, Agis, Lisandre, Mindate, Suite.

CLÉONE

Seigneur, quoique banni d'une célèbre ville, Sans honte et sans terreur je vous demande asile : L'exil, qui m'est enjoint par une injuste loi, Est honteux pour Athènes, et ne l'est point pour moi ; Et je prends pour refuge un Prince trop auguste, Pour craindre qu'il rejette une demande juste. Toute la Grèce a su que mon pays ingrat Doit à mes seuls travaux tout ce qu'il a d'éclat, Et que tous les auteurs d'une rigueur si grande Demanderaient sans moi ce que je vous demande. Ce n'est pas que je bute à murmurer contr'eux ; L'injustice, sans doute, est un vice honteux : Mais on n'acquiert pas moins, par un effet contraire, De gloire à la souffrir que de honte à la faire. Quand Athènes a commis ses armes à mes soins, Les Grecs de ma valeur ont tous été témoins ; Et si j'ai su montrer, d'une ardeur peu commune Ce que peut la vertu dans la bonne fortune, Je ne ferai pas voir avec moins de chaleur Ce que peut la vertu dans le plus grand malheur. Ma patrie, en causant mes disgrâces cruelles, Offre à ma gloire encor des matières nouvelles. Un grand revers peut rendre un grand coeur signalé, Et c'est m'avoir servi que m'avoir exilé. Ma constance rendra, dans le cours de ma vie, Mon malheur si célèbre et si digne d'envie, Qu'il fera, d'un exil pour moi si glorieux, Un supplice nouveau pour tous mes envieux. Réduit à demander asile à des Monarques, J'ai du mérite seul considéré les marques ; Et pour mon protecteur, dans mon malheur pressant, J'ai choisi le plus digne et non le plus puissant. Si vous n'eussiez point eu de guerre avec Athènes, Je n'eusse pas d'abord passé près de la Reine, Et dedans votre camp j'eusse été partager De Votre Majesté la gloire et le danger : Mais je n'ai jamais pu consentir à paraître Ingrat pour mon pays, tout ingrat qu'il puisse être ; Et n'ai pu me résoudre à voir aussi mon bras Forcé d'être inutile où vous ne l'étiez pas. Je ne vous dirai point quelles raisons puissantes Vous pressent d'arrêter mes disgrâces errantes : Pour peu qu'à mes souhaits vous vouliez résister ; Je suis trop glorieux pour vous solliciter ; Et pour peu qu'aux bienfaits la vertu vous excite, Vous n'avez pas besoin que je vous sollicite. Vous aurez, si j'obtiens votre protection, Le plaisir qui provient d'une belle action ; Et si, par un succès à mes désirs contraire, Vous ne m'accordez pas l'asile que j'espère, J'aurai confusion d'un si cruel refus ; Mais ce n'est pas pour moi que j'en serai confus Et je supporterai cette rigueur insigne D'un air qui prouvera que je n'en suis pas digne.

LISANDRE

Seigneur, Alcibiade avec raison assure Que je n'ai pas une âme insensible à l'injure. Mon coeur, par ses mépris fortement irrité, N'a pas, pour vouloir feindre, assez de lâcheté. Je le hais, je l'avoue, et vous le pouvez croire ; Mais je le hais bien moins que je n'aime la gloire. Ma haine à mon devoir doit céder aujourd'hui, Et j'aime mieux parler pour vous que contre lui. Toujours nos premiers soins sont dus aux diadèmes ; Nous sommes à nos Rois avant qu'être à nous-mêmes ; C'est trahir son devoir que le suivre à demi : On doit comme sujet plus que comme ennemi. C'est donc votre intérêt qui m'oblige à vous dire Qu'on lui doit accorder l'asile qu'il désire, Et que l'honneur défend à Votre Majesté De souscrire à l'exil qu'il n'a pas mérité. Jamais par le malheur la gloire n'est flétrie ; Le vertueux partout doit trouver sa patrie ; Et dans un ennemi, des Grecs si renommé, Vous devez protéger le mérite opprimé. Oui, si l'injuste Athènes, à soi-même cruelle, Bannit honteusement la vertu de chez elle, Sparte doit faire voir, quoi qu'il puisse avenir ; Qu'elle l'estime trop pour la vouloir bannir. La paix, qui pour l'État doit être avantageuse, N'exige point de vous d'injustice honteuse, Un traité glorieux, en cette occasion, Né vous peut ordonner une lâche action ; Et si la paix l'ordonne, et vous y doit contraindre C'est un traité honteux que vous devez enfreindre. Sparte a trop eu d'honneur en nos derniers combats, Pour faire, par terreur, rien d'injuste ou de bas, Et ne vous permet pas, si vous l'en voulez croire, D'acheter son repos aux dépens de sa gloire. Enfin, je trouve juste, à ne déguiser rien, Que l'on accorde asile à cet Athénien.

TIMÉE

J'ai pour cet étranger une estime équitable : Le mérite a partout un charme inévitable ; Et puisque, par le droit qu'il a de tout charmer, Il est toujours aimable, on doit toujours l'aimer. Ce qui me charme en vous me doit plaire en tout autre ; J'estime sa vertu comme j'aime la vôtre ; Et, de quelque façon qu'un grand coeur puisse agir, L'amour de la vertu ne fait jamais rougir. C'est cette même ardeur qui m'oblige à vous dire Qu'on lui doit refuser l'asile qu'il désire, Et que l'honneur permet à Votre Majesté De souscrire à l'exil qu'il n'a pas mérité. Chaque État a ses lois, et par quelque maxime On condamne en un lieu ce qu'en l'autre on estime ; Et si l'arrêt d'Athènes est trop injurieux, Elle est libre, et ne doit en répondre qu'aux Dieux. Des malheurs assez grands ont troublé cette terre ; Recevoir ce banni, c'est accepter la guerre. Athènes est trop encline aux nouveaux démêlés, Pour souffrir pour amis ceux de ses exilés. Quelqu'illustre que soit ce Grec que l'on renomme, Il vaut mieux conserver un État qu'un seul homme ; Un bien particulier doit passer pour un mal, S'il détruit le repos et le bien général. Il est beau d'obliger ; mais un bon Roi doit croire Que le bonheur public fait sa plus grande gloire, Et doit incessamment songer que quelquefois Les communes vertus sont les vices des Rois. Alcibiade ailleurs peut rencontrer des Princes Qui le pourront servir sans nuire à leurs provinces. Enfin, je trouve juste, à ne déguiser rien, Que l'on refuse asile à cet Athénien.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Léonide, Timée.

SCÈNE II. Dorise, Timée, Léonide.

SCÈNE III. Cléone, Timée.

TIMÉE

Vous le pouvez bien croire et ne vous pas tromper Je sens que mon secret pour vous va m'échapper, Et qu'à votre vertu, que partout je remarque, Je dois de mon estime une dernière marque. La source de vos maux est plus en vous qu'ailleurs ; Votre mérite ici sait encor vos malheurs, Et troublant tout le cours d'une si belle vie, Dans Athènes à vous nuire il obligea l'envie. C'est lui qui dans ces lieux, loin de vous assister, Force la vertu même à vous persécuter. À votre abord ici je ne pus me défendre D'une inclination aussi forte que tendre, Et tout-à-coup pour vous je ressentis en moi L'instinct qui sait aimer sans qu'on sache pourquoi. Je pris ce mouvement de mon âme interdite Pour la simple pitié qu'un malheureux excite Mais sentant augmenter ce mouvement confus, Je craignis tôt après quelque chose de plus. En vain à vous voir moins je me suis résolue ; Malgré moi, sans regret, j'ai souffert votre vue ; Et pour bannir enfin mes soins entièrement, Je n'ai plus espéré qu'en votre éloignement. Je l'obtiens ; vous partez, et j'ose encor vous dire Que vous ne partez pas sans que mon coeur soupire : Mais il soupire en vain, quand j'agis contre vous, C'est un remède amer dont l'effet sera doux. Ce n'est pas que, malgré cette aveugle tendresse, Ma raison de mon coeur craigne quelque faiblesse Non ; mais quand on prétend éviter un malheur, Le moyen le plus sûr est toujours le meilleur ; Et, quoique l'on se sente une vertu parfaite, Chercher trop le péril, c'est chercher sa défaite. Une âme qui s'expose en cet état fatal, D'un ennemi qui plaît se défend toujours mal : Le combat est fâcheux, l'issue en est douteuse, Et la victoire même en est toujours honteuse. La gloire d'un péril consiste à l'éviter ; Un coeur cherche à faillir, s'il se laisse tenter, Et n'est pas innocent, quelqu'ardeur qui l'anime, Tant qu'il est en danger de pouvoir faire un crime.

TIMÉE

Fille !

CLÉONE

Oui ; je vous dois trop pour vous déguiser rien : J'ai su votre secret, sachez aussi le mien. Je ne suis que la soeur, mais l'image vivante, De l'illustre banni qu'ici je représente. Notre mère, pour prix d'un légitime amour, D'un seul enfantement nous mit ensemble au jour ; Et la nature en nous mit tant de ressemblance, Que notre sexe seul en fut la différence. Nous n'eûmes en deux coeurs qu'une inclination ; Si la guerre lui plut, ce fut ma passion. Dans l'ardeur d'imiter sa valeur sans seconde, Je fis dans les forêts ce qu'il fit dans le monde ; Et contre les humains rien ne m'étant permis, Des plus fiers animaux je fis mes ennemis. Je n'aimais que la chasse : enfin, quand, pour ma peine, Lisandre fut de Sparte envoyé dans Athènes, Il me vit, je lui plus ; il avait des appas ; Il tâcha de me plaire, et ne me déplut pas : Mais je connus bientôt que, quoi qu'on puisse faire, Quand on ne déplaît pas, on peut aisément plaire. Je souffris qu'il m'aimât ; mais je m'aperçus bien Qu'on aime quelquefois sans qu'on en sache rien, Et que la différence, en une âme charmée, N'est pas grande entre aimer et souffrir d'être aimée. Mon orgueil empêchant ma voix de me trahir, J'avouai seulement de ne le pas haïr : Mais quand au fond de l'âme on sent un trouble extrême, Dire je ne hais pas, n'est-ce pas dire j'aime ? Et quand il demandait mon coeur au lieu du sien, Pouvais-je dire plus que de ne dire rien ? Sa naissance et son rang étant considérables, Tous mes parents d'abord lui surent favorables : Mais alors pour Straton, qui mourut tôt après, Mon frère avait sur moi sait des desseins secrets ; Et prenant pour Lisandre une invincible haine, Il rendit, par ses soins, sa prétention vaine, Et, par son grand crédit, il obtint aisément Un ordre du Sénat pour son éloignement. Incontinent après je fus que l'infidèle Aimait en cette Cour une Beauté nouvelle. Un si prompt changement semblait trop m'outrager, Pour ne m'inspirer pas l'ardeur de m'en venger ; Et lorsque le Sénat, par un arrêt sévère, D'Athènes, par envie, eut exilé mon frère, Je le fis consentir d'enfreindre cette loi, Changeant de nom, de sort et d'habit avec moi. Il se trouvait sort jeune, et notre ressemblance De tous ses ennemis trompa la défiance. Sous mon nom dans Athènes enfin il fit séjour, Tandis que sous le sien je vins en cette Cour. Cependant qu'en secret il a formé ses brigues, J'ai rendu dans ces lieux, par d'heureuses intrigues, La Beauté dont Lisandre ose espérer la foi, Infidèle pour lui, comme il le fut pour moi. Jugez en quels ennuis mon absence m'engage, Joint que c'est pour mon frère un éclatant outrage. Je crains que Léonide, encline au changement, Ne cesse d'être ingrate à mon ingrat amant, Et, le rendant heureux, ne m'ôte, en mon absence, Les douceurs qu'un grand coeur trouve dans la vengeance.

SCÈNE IV. Agis, Timée.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Mindate, Lisandre.

SCÈNE II. Léonide, Mindate, Lisandre.

LÉONIDE

Ciel !

SCÈNE III. Hermodore, Léonide, Lisandre.

SCÈNE IV. Cléone, Lisandre, Léonide.

CLÉONE, à part

Quel tourment !

CLÉONE

Hélas !

LISANDRE, sortant de l'endroit où il était caché

Ah ! C'est trop se cacher.

SCÈNE V. Lisandre, Cléone.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Timée, Trasimène.

SCÈNE II. Timée, Agis, Trasimène, Suite.

AGIS

Il n'a pu l'éviter : Jugez par ce récit si j'ai lieu d'en douter. Alors que dans les bois notre troupe assemblée A senti son ardeur à l'envi redoublée, Nous avons fait un cercle, et sommes tous d'abord Pour attaquer le monstre, allez jusqu'à son fort. Après être sortis d'une route épineuse, Nous l'avons vu paraître auprès d'une eau bourbeuse Où sur un lit de jonc il s'était retiré, Assez proche d'un corps fraîchement massacré. Au bruit qu'ont fait nos chiens, cet animal superbe Du sang des plus hardis ayant fait rougir l'herbe, Tenant ces ennemis indignes de ses coups, A tourné fièrement ses défenses vers nous ; Mais il m'a choisi seul, comme s'il eût pu croire Qu'en un moindre péril il eût eu moins de gloire, Et s'il eût dédaigné, ne s'adressant qu'à moi, D'avoir quelque ennemi moins illustre qu'un Roi. Tous ceux qui près de moi se sont lors venus rendre De fou approche en vain ont voulu me défendre : Tous leurs traits sur sa hure ont semblé s'émousser ; Et n'ayant rien trouvé qu'il n'ait pu terrasser, Il est venu sur moi fondre la gueule ouverte, Teinte d'un sang livide et d'une écume verte ; Il a voulu me joindre, et, lorsqu'il s'est lancé, Dans son flanc découvert j'ai mon dard enfoncé : Mais moins intimidé qu'aigri par cet outrage, Le monstre loin de perdre a redoublé sa rage, Et, cherchant à pouvoir aisément m'approcher, A crevé mon cheval et m'a fait trébucher, Jetant lors, m'ayant fait tomber dans une haie, Plus de feu par ses yeux que de sang par sa plaie. Avecque promptitude et sans aucun effort, Il allait achever sa vengeance et ma mort, Si Lisandre, s'offrant à sa perte assurée, Ne l'eût frappé dans l'oeil d'une flèche acérée, Et, par ce noble effort de zèle et de valeur, N'eût attiré sur lui sa rage et mon malheur. D'abord, sentant son sang sur sa hure s'épandre, Il s'est, en bondissant, avancé vers Lisandre, Et l'eût blessé sans doute alors, si son cheval N'eût point, en se cabrant, reçu le coup fatal. Mais le monstre ayant vu que, malgré sa conduite, Son cheval effrayé sous lui prenait la fuite, Animé de vengeance et de sang altéré, Il a suivi Lisandre et l'aura déchiré. Nos chasseurs, arrêtés près de moi par ma chute, Aux coups du sanglier l'ont laissé seul en_butte ; Et tous voulant m'aider, aucun n'a pris le soin D'aller à son secours qu'il n'ait été bien loin. Voyant la nuit fort proche et ma peine inutile, Sans l'avoir pu trouver, j'ai regagné la ville, Où, confus de ma chute et sûr de son malheur, Je reviens accablé de honte et de douleur.

SCÈNE III. Lisandre, Agis, Timée, Suite.

SCÈNE IV. Timée, Agis.

SCÈNE V. Lisandre, Cléone, Timée, Agis.

SCÈNE VI. Lisandre, Cléone.

LISANDRE

Souffrez...

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Timée, Trasimène.

SCÈNE II. Timée, Cléone.

TIMÉE

De vous.

CLÉONE

Aux intérêts du sang j'ai joint ceux de l'honneur ; Je dois leur immoler mes soins et mon bonheur : Que dis-je, mon bonheur ? Hélas ! Puis-je en prétendre ? Mon amitié pour vous ne peut être plus tendre : Mais, pour me rendre heureuse, il faudrait, sans erreur, Que cette amitié seule occupât tout mon coeur ; Il faudrait que Lisandre, après son inconstance, N'excitât que ma haine ou mon indifférence, Et me fît perdre un feu que mon coeur abusé, De peur de le connaître, a toujours déguisé. Cependant c'est à tort que je me suis flattée ; J'ai trop d'émotion pour n'être qu'irritée ; Et l'amour, malgré moi, qui me reste en ce jour, Sous le nom du dépit n'en est pas moins amour. Le bonheur de vous voir pour moi serait extrême ; Je vois que vous m'aimez, je sens que je vous aime ; Et je sais qu'il n'est rien qui doive plus charmer Que de voir ce qu'on aime et de s'en voir aimer. Mais je verrais aussi l'infidèle Lisandre ; Il me trahit, je l'aime et ne m'en puis défendre, Et je sais qu'il n'est rien qui fasse plus souffrir Que de voir ce qu'on aime et de s'en voir trahir. Ce n'est pas que le soin que pour lui j'ai su prendre Ne l'ait touché pour moi d'un sentiment plus tendre ; Mais bien que mon secours ait semblé l'émouvoir, C'est encor me trahir que m'aimer par devoir. Il est toujours ingrat, et toujours il m'offense, Si je ne dois son coeur qu'à sa reconnaissance ; Et pour le recevoir, mon amour glorieux Voudrait le devoir moins à mon bras qu'à mes yeux.

SCÈNE III. Trasimène, Cléone.

SCÈNE IV. Charilas, Mindate, Timée, Gardes.

MINDATE, à Chaulas qu'il désarme

Il faut rendre l'épée...

SCÈNE V. Timée, Mindate.

MINDATE

J'obéis.

Il se retire.

SCÈNE VI. Trasimène, Timée.

TIMÉE

Quoi ?

SCÈNE VII. Agis, Mindate, Timée, Trasimène.

AGIS

Je veux entrer.

Il entre dans le cabinet avec Mindate.

SCÈNE VIII. Léonide, Lisandre, Agis, Timée, Trasimène.

AGIS, sortant l'épée à la main

Périsse ainsi quiconque aura la même envie.

SCÈNE IX. Lisandre, Cléone, Agis, Timée, Léonide, Trasimène.

CLÉONE

Moi.

1 682 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0