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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Ou les Amants Brouillés

La Mère Coquette

Philippe Quinault· créée en 1665· 5 actes· 1 690 vers· 8 personnages

Représenté pour la première fois au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne le 15 octobre 1665

Personnages

  • LAURETTE, servante d'Ismène
  • CHAMPAGNE, valet de chambre d'Acante
  • ACANTE, amant d'Isabelle
  • LE MARQUIS, cousin d'Acante
  • CRÉMANTE, père d'Acante
  • ISABELLE, fille d'Ismène
  • ISMÈNE, mère d'Isabelle
  • Le page du marquis
NOTICE SUR QUINAULT

Philippe Quinault naquit en 1635, à Felletin dans la Marche, d'un père peu fortuné, qui l'envoya à Paris dès l'âge de huit ans. Tristan-l'Ermite, célèbre alors par sa tragédie de Marianne, du même pays que le jeune orphelin, et, suivant quelques-uns, son parrain, prit soin de son éducation. Quinault n'avait pas encore dix-huit ans, lorsqu'il acheva les Rivales, comédie en cinq actes. Tristan présenta cette pièce, comme étant de sa composition, aux comédiens, qui en offrirent cent écus. Mais l'auteur de Marianne, ne voulant pas dérober à son élève la gloire que pouvait lui acquérir son premier ouvrage, ne dissimula plus qu'il était d'un jeune homme. À cette nouvelle, les acteurs ne voulurent plus en donner que cinquante écus. Enfin, par composition, ils accordèrent le neuvième de la recette, et c'est depuis ce moment que les auteurs ont eu dans les recettes une part proportionnée au nombre d'actes que contiennent leurs ouvrages.

Quinault est beaucoup plus connu par ses opéra que par les pièces qu'il a données au théâtre Français ; mais, fidèles au plan que nous nous sommes tracé, nous ne parlerons que des dernières.

La seconde pièce de Quinault, intitulée la Généreuse ingratitude, tragi-comédie pastorale en cinq actes, en vers, fut jouée en 1654.

L'Amant indiscret, ou le Maître étourdi, comédie en cinq actes, en vers, fut représenté dans la même année 1654.

Les coups de l'Amour et de la Fortune, tragi-comédie en cinq actes, en vers, fut donnée en 1656.

Les deux années suivantes virent paraître trois tragédies, totalement oubliées aujourd'hui : ce sont, Cirus, le Mariage de Cambyse, et Amalazonte.

Le feint Alcibiade, tragi-comédie, fut joué en 1658.

Le Fantôme amoureux tragi-comédie, en cinq actes, en vers, fut joué sept fois en 1669.

Quinault fit représenter, en 1660, une tragi-comédie intitulée Stratonice, et une pastorale allégorique, sous le litre des Amours de Lysis et d'Hespérie.

Agrippa, ou le faux Tibérinus, tragédie, parut en 1661. C'est cette tragédie qui eut beaucoup de succès en 1663, n'en eut aucun à ses reprises.

La Mère coquette, comédie en cinq actes, en vers, la meilleure de toutes les pièces que Quinault ait composées pour le théâtre Français, et la seule que l'on trouve dans cette collection, parut pour la première fois le 15 octobre 1665.

Pausanias tragédie, fut donné le 16 novembre 1668 et n'eut point de succès.

Bellérophon, tragédie, est le dernier ouvrage que Quinault composa pour le théâtre Français. Elle fut jouée en 1670, et eut beaucoup de succès.

Il est à remarquer qu'à cette époque Quinault n'avait encore composé aucun opéra.

Un négociant, grand amateur de théâtre, ayant donné à Quinault un appartement dans sa maison, vint à mourir laissant plus de cent mille livres de biens à sa veuve. Celle-ci par reconnaissance des conseils utiles que le poète lui avait donnés dans la conduite de ses affaires, crut devoir assurer sa fortune en l'épousant.

À cette époque, Quinault acheta une charge d'auditeur des comptes. La compagnie ayant fait quelques difficultés de le recevoir sous prétexte qu'il avait composé des comédies, on fit à cette occasion les vers suivants :

« Quinault, le plus grand des auteurs, Dans votre corps, messieurs, a dessein de paraître : Puisqu'il a tant fait d'auditeurs, Pourquoi l'empêchez-vous de l'être ? »

L'Académie s'empressa de l'admettre dans son sein ; il y fut reçu en 1670.

Vers la fin de sa vie, Quinault entreprit un poème sur l'extinction en France de la religion prétendue réformée. Il mourut à Paris le 19 novembre 1688.

ACTE I

SCÈNE I. Laurette, Champagne.

CHAMPAGNE

Oh ! que non.

CHAMPAGNE

Ma faute ?

CHAMPAGNE

Toi-même.

CHAMPAGNE, lui faisant signe de se taire

Donc... au moins.

LAURETTE

Comment ?

CHAMPAGNE

N'importe.

SCÈNE II. Acante, Laurette, Champagne.

ACANTE

Qui ?

CHAMPAGNE

Là, dis.

SCÈNE III. Le Marquis, Acante, Champagne, Laurette.

LE MARQUIS

Eh, Laurette !

ACANTE

Mais...

SCÈNE IV. Crémante, Le Marquis.

LE MARQUIS

Sans compliment.

LE MARQUIS

Mettez.

CRÉMANTE

Eh !

LE MARQUIS

Laissez-moi.

LE MARQUIS

Non.

LE MARQUIS

Morbleu, non.

CRÉMANTE

Vous laisser chapeau bas ! Moi, souffrir d'un marquis ce respect !

Sous l'Ancien Régime, les règles de bienséances voulaient que la personne la plus titrée ne se découvre pas devant une peronne de moindre rang et a forciori un roturier.

CRÉMANTE

Un soufflet ?

Soufflet : est un aussi un coup donné du plat de la main sur la joue. Le soufllet est des plus grands affronts que l'on puisse faire à un gentilhomme. [F]

LE MARQUIS

Point du tout.

CRÉMANTE

Quoi ! la dame en faveurs vous aurait racquitté ?

Raquitter : Qui se dit communément par le pronom personnel. Regagner ce qu'on a perdu. Se dit figurément en choses morales. [F]

CRÉMANTE

Jadis...

LE MARQUIS

Sans perdre temps en des raisons frivoles, De grâce, allons chez vous pour prendre cent pistoles.

Pistole : monnaie d'or étrangère battue en Espagne, et en quelques endroits d'Italie. La pistole est maintenant d'une valeur de onze livres, et du poids des Louis, et du même titre est remède.

ACTE II

SCÈNE I. Ismène, Isabelle, Laurette.

ISABELLE, sortant de sa chambre, et trouvant Ismène qui sort de la sienne

Jallais à votre chambre.

SCÈNE II. Imsène, Laurette

ISMÈNE, se regardant dans son miroir de poche

Comment suis-je aujourd'hui ? Mais dis la vérité.

SCÈNE III. Champagne, Laurette.

LAURETTE

Elle avait oublié de serrer quelque chose ; Elle va l'enfermer, et doit sortir bientôt.

Serrer : Se dit aussi, enfermer, arranger, mettre à couvert en lieu sûr. [F]

SCÈNE IV. Ismène, Laurette, Champagne.

LAURETTE, feignant de pleurer

Quelle nouvelle ! Ah ! Ah !

ISMÈNE, se laissant choir sur un siège

Je n'aurais plus d'époux ! Serait-il bien possible ?

CHAMPAGNE, prenant le diamant

Eh !

ISMÈNE

Ciel !

SCÈNE V. Ismène, Laurette.

LAURETTE

Quel ?

SCÈNE VI. Crémante, Ismène, Laurette.

CRÉMANTE

Qu'a-t-elle ?

ISMÈNE

Oh !

ISMÈNE

Ah !

ACTE III

SCÈNE I. Isabelle, Laurette.

LAURETTE

J'entends.

ISABELLE

Surtout...

SCÈNE II. Champagne, Laurette.

LAURETTE

Eh bien ?

LAURETTE

Oh !

CHAMPAGNE

Ce poulet va sans doute au marquis ?

Poulet : signifie aussi un peit billet amoureux qu'on envoye aux dames galantes, ainsi nommé, parce qu'en le pliant on y faisait deux pointes qui représentaient les ailes d'un poulet. Autrefois les prudes faisaient grand scrupule de recevoir des poulets ; maintenant elles en ont de pleines cassettes. [F]

LAURETTE

Tu devines.

SCÈNE III. Acanten Champagne, Laurette.

LAURETTE

Nullement.

CHAMPAGNE, tirant le billet du sein de Laurette

Le voilà.

ACANTE, arrachant le billet des mains de Champagne

Donne

LAURETTE

Comment...

LAURETTE

Il n'importe, ou vrai marquis, ou non, S'il épouse Isabelle, elle aura ce grand nom, Un grand train, et surtout, comme c'est la coutume, Un page à lui porter la queue en grand volume.

Queue : Signifie encore cette partie superflue des habits longs qui traîne à terre, qui est marque de qualité, et qu'on étend beaucoup dans les grandes cérémonies. Cette femme est de qualité, on lui porte le queue. [F]

CHAMPAGNE

Monsieur est libéral, mais il n'a pas le double : Peut-être quelque jour que son père mourra.

Libéral : Qui donne avec raison et jugement, en sorte qu'il en soit ni prodigue, ni avare. Il y a des gens qui donne beaucoup et qui ne sont point libéraux. On est libéral que quand on donne sans intérêt. On confond souvent l''inclinaison libérale avec l''humeur dépensière.

LAURETTE

Où ?

ACANTE

Va donc.

CHAMPAGNE

Va.

ACANTE

Sortons.

ACANTE, déchirant le billet

Tiens.

SCÈNE IV. Isabelle, Laurette.

LAURETTE

Vous voyez.

SCÈNE V. Crémante, Laurette.

CRÉMANTE, courant après Isabelle

Ah ! Notre belle enfant !

ACTE IV

SCÈNE I. Champagne, Laurette.

LAURETTE

Ton babil est terrible. Ne dis donc rien.

Babil : Abondance de paroles sur des choses de néant ou superflues ; un parler continuel et importun. [F]

SCÈNE II. Le Marquis, Laurette.

LAURETTE

Vous riez ?

LE MARQUIS

Comment ?

LAURETTE

Mais...

LE MARQUIS

Mon page...

SCÈNE III. La Page, La Marquis, Laurette.

LE MARQUIS, prenant un manteau gris des mains de son page

Donnez, Page ?

LE PAGE

Monsieur ?

LE PAGE

Monsieur ?

LE MARQUIS

En cas qu'on me vînt demander, Qu'on dise, et que surtout mon suisse s'en souvienne, Qu'on ne croit pas ce soir que chez moi je revienne. Que j'ai dit que j'irais coucher peut-être ailleurs ; Et si l'on demande où, dites, Chez les Baigneurs. Page ? Et cela d'un ton... Vous m'entendez bien, page ? Bon, il suffit, allez.

Baigneur : est aussi celui qui fait profession de baigner les autres, qui tient chez lui des bains pour le public, et qui est d'ordinaire aussi perruquier, barbier, et estuviste. Les gens de qualité vont loger chez les Baigneurs. [F]

LAURETTE

Quel prix ?

LE MARQUIS

Entrons, l'occasion ne peut être meilleure.

Ils entrent dans la chambre d'Isabelle.

SCÈNE IV. Acante, Champagne

CHAMPAGNE

Mais, monsieur.

ACANTE

Heurtons. On n'ouvre pas ?

Heurter : Signifie aussi, frapper à une porte pour se faire ouvrir. [F]

ACANTE, après avoir regardé par le trou de la serrure

Qu'elle ait si peu de honte !

CHAMPAGNE

Où ?

SCÈNE V. Laurette, Acante, Champagne.

ACANTE

Isabelle ose ainsi... Mais à tort je m'emporte. Non, non ; elle a raison de me traiter ainsi : Je l'incommoderais, et le galant aussi.

Le « et » est ajouté à la main dans le texte de l''édition des oeuvres de Quinault tome III, page 216.

CHAMPAGNE

Eh...

LAURETTE

Quoi ?

ACANTE

La voici.

SCÈNE VI. Isabelle, Acante, Laurette, Champagne.

ACANTE, à Champagne

Elle est tout interdite.

ISABELLE, à Laurette

Il paraît furieux.

SCÈNE VII. Acante, Laurette, Champagne.

SCÈNE VIII. Ismène, Acante, Laurette, Champagne.

LAURETTE, arrêtant Acante qui veut passer par la chambre d'Ismène

Par où donc allez-vous ?

SCÈNE IX. Ismène, Laurette.

ISMÈNE

Hélas !

ACTE V

SCÈNE I. La Marquis, Champagne, Laurette.

LAURETTE, voyant Champagne au guet, qui se retire dès qu'il aperçoit le Marquis

L'avez-vous vu, monsieur ?

SCÈNE II. Acanten Champagne, La Marquis.

ACANTE, empêchant Champagne d'avancer

Laisse-nous, je le vois.

Au marquis, en lui ôtant son manteau.

Non, non, ne croyez pas m'échapper de la sorte.

LE MARQUIS

Comment ?

LE MARQUIS

Tout de bon ?

ACANTE

Hem ?

LE MARQUIS

Non.

LE MARQUIS

Fort bien.

ACANTE, mettant l'épée à la main

Je cède enfin à ma colère.

LE MARQUIS

Eh ! cousin.

SCÈNE III. Crémante, La Marquis, Acante.

LE MARQUIS, tirant l'épée

Maintenant...

CRÉMANTE

Qu'est-ce ici ! Quel désordre nouveau ! Une brette à la main contre un petit couteau ! Lâche ! Attaquer monsieur avec cet avantage !

Brette : Estocade, épée qui est plus longue que celle que les Gentilhommes portent d'ordinaire. [F]

SCÈNE IV. Crémante, Arcante.

CRÉMANTE

À moi.

CRÉMANTE

Oui.

ACANTE

Vous ?

CRÉMANTE

Moi-même.

CRÉMANTE

Isabelle, il est vrai, vous était destinée : Jadis son père et moi, comme amis dès longtemps, Nous nous étions promis d'unir nos deux enfants. S'il était revenu, vous auriez eu sa fille ; Mais sa mort change enfin l'état de sa famille, Et pour plusieurs raisons je trouve qu'en effet. Tout bien considéré, ce n'est pas votre fait. Sa veuve l'est bien mieux : vous aimez la dépense ; Isabelle pour dot n'a qu'un peu d'espérance ; Sa mère maintenant jouit de tout le bien, Et n'entend pas encor se dépouiller de rien ; Elle ne lui promet qu'une légère somme. Il faut qu'un mariage établisse un jeune homme, Qu'il trouve en s'engageant du bien pour vivre heureux, Ou pour toute sa vie il est sûr d'être gueux. L'amour perd la jeunesse, et pour une jeune âme Rien n'est si dangereux qu'une trop belle femme ; C'est ce qui rend souvent le coeur efféminé. Pour moi qui suis d'un âge au repos destiné, Je ne suis pas en droit d'être si difficile, Et je puis préférer l'agréable à l'utile : Après tant de travaux, tant de soins importants. Où j'ai sacrifié les plus beaux de mes ans, Il est bien juste enfin que suivant mon envie Je tâche de sortir doucement de la vie. Et qu'avant que d'entrer au cercueil où je cours. J'essaie à bien user du reste de mes jours. Je vois que ces raisons ne vous contentent guère ; Mais enfin je suis libre, et de plus votre père : Je n'ai pas, dieu merci, besoin de votre aveu, Et que je l'aie ou non, cela m'importe peu.

SCÈNE V. Isabelle, Crémante, Acante.

CRÉMANTE

Plaît-il ?

SCÈNE VI. Crémante, Champagne, Isabelle, Acante.

CHAMPAGNE, tirant Crémante par le bras

Monsieur !

CRÉMANTE

Aie !

CRÉMANTE

Bonsoir.

SCÈNE VII. Acante, Isabelle.

ACANTE, revenant sur ses pas

L'ingrate encor ne s'est pas retirée.

SCÈNE VIII. Isabelle, Laurette, Acante.

ACANTE

Fourbe !

ISABELLE

Oui, dis.

ISABELLE

Mon père ?

ISABELLE

Allons.

1 690 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0