Opéra en vers· Tragédie
Persée
Représenté par l'Académie royale de musique, le 17 avril 1782 au Théâtre du Palais-Royal.
Personnages
- LA VERTU
- PHRONIME, suivant La Vertu
- MEGATHYME, autre suivant de La Vertu
- TROUPE de SUIVANTS DE LA VERTU
- TROUPE de SUIVANTES DE LA VERTU
- L'INNOCENCE
- LES PLAISIRS INNOCENTS
- LA FORTUNE
- LA MAGNIFICENCE
- L'ABONDANCE
- TROUPE de SUIVANTS DE LA FORTUNE
- TROUPE de SUIVANTES DE LA FORTUNE
PROLOGUE
Le théâtre représente un bocage.
SCÈNE I. Phronime et Megathyme.
PHRONIME
La Vertu veut choisir ce lieu pour sa retraite : C'est un heureux séjour ; tout y plaît à mes yeux.PHRONIME
Sans la Vertu, sans son secours, On n'a point de bien véritable. Elle est toujours aimable ; Il faut l'aimer toujours.MEGATHYME
Elle éternise la mémoire D'un héros qui la suit. La gloire où la Vertu conduit Est la parfaite gloire.PHRONIME et MEGATHYME
Suivons partout ses pas, On ne peut la connaître Sans aimer ses appas. Le bonheur ne peut être Où la Vertu n'est pas.La Vertu s'avance au milieu d'un troupe de suivants et de suivantes. L'innocence et les Plaisirs innocents accompagnent la Vertu.
PHRONIME, MEGATHYME et le CHOEUR
Ô Vertu charmante ! Votre empire est doux. Avec vous, tout nous contente ; On n'est point heureux sans vous. Ô Vertu charmante, Votre empire est doux.LA VERTU
Ne vous abusez point par une vaine attente : On n'a pas aisément les prix que je présente ; Ils coûtent mille efforts ils font mille jaloux. L'inconstante Fortune à ma nuire est constante ; Lorsque l'on suit mes pas on s'expose à mes coups. On trouve en son fatal courroux Une hydre toujours renaissante.MEGATHYME
Avec vous rien n'épouvante.MEGATHYME, PHRONIME et le CHOEUR
Ô Vertu charmante, etc.LA VERTU
Fuyons de la grandeur la pompe embarrassante ; La retraite a des biens dont la douceur enchante Et qui sont réservés pour nous. Jouissons du bonheur d'une vie innocente ; C'est le bien le plus grand de tous.MEGATHYME, PHRONIME et le CHOEUR
Ô Vertu charmante, etc.L'innocence, les Plaisirs innocents, et toute la suite de la Vertu témoignent leur joie en dansant et en chantant.
PHRONIME et MEGATHYME
La grandeur brillante, qui fait tant de bruit, N'a rien qui nous tente : Le repos la fuit. Malheureux qui la suit... ! Fortune volage, Laissez-nous en paix ! Vous ne donnez jamais Qu'un pompeux esclavage : Tous vos biens n'ont que de faux attraits. Dans un doux asile Nous bornons nos voeux : Notre sort est tranquille ; C'est un bien qui doit nous rendre heureux. La Vertu couronne Ses amants constant : Heureux qui lui donne Ses soins et son temps ; Ses voeux seront contents... Fortune volage, etc.Le lieu champêtre que la Vertu a choisi pour retraite est tout-à-coup embelli d'ornements magnifiques. On voit sortir de terre un parterre de fleurs, deux rangs de statues, des berceaux dorés et des fontaines jaillissantes.
LA VERTU
Qui nous fait voir ici tant de magnificence.. ? C'est la Fortune qui s'avance.On entend le bruit éclatant d'un grand nombre d'instruments. La Fortune s'approche : l'Abondance et la Magnificence l'accompagnent, avec une suite richement parée. Tout se réjouit et tout danse autour de la Fortune.
Me cherchez-vous quand je vous fuis. Fortune, je sais trop que vous m'êtes contraire. Non, ce n'est pas un soin qui vous soit ordinaire D'embellir les lieux où je suis.LA FORTUNE
Effaçons du passé la mémoire importune ; J'ai toujours contre vous vainement combattu : Un auguste héros ordonne à la Fortune D'être en paix avec la Vertu.LA FORTUNE
Lui seul pour vous pouvait vaincre ma haine ; Il vous révère, et je le sers. Je l'aime constamment, moi qui suis si légère. Partout suivant ses voeux avec ardeur je cours. Vous paraissez toujours sévère, Et vous êtes toujours Ses plus chères amours.LA VERTU
Mes biens brillent moins que les vôtres. Vous trouverez tant de coeurs qui n'adorent que vous ! Vous les enchantez presque tous.LA FORTUNE
Vous régnez sur un coeur qui vaut seul tous les autres. Ah ! S'il m'eût voulu suivre, il eût tout surmonté. Tout tremblait, tout cédait à l'ardeur qui l'anime. C'est vous, Vertu trop magnanime ; C'est vous qui l'avez arrêté.LA VERTU
Son grand coeur s'est mieux fait connaître, Il a fait sur lui-même un effort généreux : Il veut rendre le monde heureux. Il préfère au bonheur d'en devenir le maître, La gloire de montrer qu'il mérite de l'âtre.LA VERTU, LA FORTUNE et les CHOEURS
Les Dieux ne l'ont donné que pour le bien du monde, Que ses travaux sont grands ! que ses destins sont beaux ! Dans une paix profonde Il trouve une source féconde De triomphes nouveaux. Les Dieux ne l'ont donné que pour le bien du monde.LA VERTU
Que jusque dans les jeux tout nous parle de lui. Les Dieux, qui méditaient leur plus parfait ouvrage, Autrefois dans Persée en tracèrent l'image : J'obtiendrai qu'Apollon le ranime aujourd'hui.LA VERTU et LA FORTUNE
Mille nouveaux concerts doivent se faire entendre : Tout promet au mérite un favorable sort. Quel bien ne doit-on pas attendre De notre heureux accord ?La suite de la Vertu et le suite de la Fortune se réunissent, et témoignent leur joie par leurs danses et par leurs chants.
Une SUIVANTE DE LA VERTU et une SUIVANTE DE LA FORTUNE, ensemble
Quel heureux jour pour nous ! Tout suit notre envie. Quel heureux jour pour nous ! Que notre sort est doux ! La Vertu voit en paix tous ceux qui l'ont suivie : La Fortune pour eux perd son fatal courroux. Quel heureux jour pour nous, etc. Tous nos jours seront beaux ; goûtons, goûtons la vie. Rien ne trouble nos voeux, le ciel les comble tous. Quel heureux jour pour nous, etc.LA VERTU, LA FORTUNE et les CHOEURS
Heureuse intelligence, Douce et charmante paix, Comblez notre espérance. Douce et charmante paix, Puissiez-vous durer à jamais.ACTE I
Le théâtre représente une place publique, magnifiquement ornée, et disposée pour y célébrer des jeux à l'honneur de Junon.
SCÈNE PREMIÈRE. Céphée, Cassiope, Mérope, suite.
CÉPHÉE
Je crains que Junon ne refuse D'apaiser sa haine pour nous ; Je crains, malgré vos voeux, Que l'affreuse Méduse Ne revienne servir son funeste courroux. L'Ethiopie en vain à mes lois est soumise ; Quelle espérance m'est permise, Si le ciel contre nous veut toujours être armé ? Que me sert toute ma puissance ? Contre ce monstre affreux Mon peuple est sans défense : Qui le voit est soudain en rocher transformé ; Et si Junon, que votre orgueil offense, N'arrête sa vengeance, Je serai bientôt roi d'un peuple inanimé.CASSIOPE
Heureuse épouse, heureuse mère, Trop vaine d'un sort glorieux, Je n'ai pu m'empêcher d'exciter la colère De l'épouse du Dieu de la Terre et des Cieux ! J'ai comparé ma gloire à sa gloire immortelle. La déesse punit ma fierté Criminelle ; Mais j'espère fléchir son courroux rigoureux ; J'ordonne les célèbres Jeux Qu'à l'honneur de Junon en ces lieux on prépare Mon orgueil offensa cette divinité ; Il faut que mon respect répare Le crime de ma vanité.CÉPHÉE
Je vais, avec Persée, implorer l'assistance Du dieu dont il tient la naissance ; Il est fils du plus grand des Dieux. Apaisez de Junon, la colère fatale, Ce serait pour elle en ces lieux Un objet odieux Qu'un fils de sa rivale.CASSIOPE
Par un cruel châtiment Les Dieux vous font voir leur haine ; On les irrite aisément, On les apaise avec peine.CÉPHÉE
Les Dieux punissent la fierté, Ils n'est point de grandeur que le ciel irrité N'abaisse quand il veut, et ne réduisent en poudre, Mais un prompt repentir Peut arrêter la foudre Toute prête à partir.CÉPHÉE, CASSIOPE et MÉROPE
Ô Dieux ! qui punissez l'audace ! Dieux ! redoutables ennemis ! Pardonnez à des coeurs soumis.Céphée sort.
SCÈNE II. Cassiope, Mérope.
CASSIOPE
Aimé et destiné pour épouser ma fille, Vous savez mes desseins pour vous, Ma soeur ; par votre hymen, il m'aurait été doux D'unir Persée à ma famille ; Mais je le veux en vain, l'Amour n'y consent pas : Aux yeux de ce héros, ma fille a trop d'appas.MÉROPE
Le fils de Jupiter l'adore ; Croyez-vous que je sois encore à m'en apercevoir ? J'y prends trop d'intérêt pour ne le pas savoir. Je goûtais une paix heureuse Avant que ce héros parût dans cette Cour ; Par une espérance trompeuse, Allait-il me livrer au pouvoir de l'Amour ?MÉROPE
Mon vainqueur encore aujourd'hui Ignore de mon coeur le funeste esclavage : Je mourrai de honte et de rage Si l'ingrat connaissait l'amour que j'ai pour lui.CASSIOPE
De chagrin et de colère, Votre coeur est déchiré ; Vous perdez l'espoir de plaire ; Peut-on trop se défaire D'un amour désespéré. Appelez le dépit ; que votre amour lui cède ; Sortez par son secours, d'un tourment si fatal.SCÈNE III.
MÉROPE
Ah ! Je garderai bien mon coeur, Si je puis le reprendre. Venez, juste dépit, venez, c'est trop attendre ; Brisez des fers pleins de rigueur, Hâtez-vous de me rendre De mon premier repos la charmante douceur, Ah ! je garderai bien mon coeur, Si je puis le reprendre, Hélas ! Mon coeur soupire, et ce soupir trop tendre Va, malgré mon dépit, rappeler ma langueur ! L'amour est toujours mon vainqueur, Et je veux en vain m'en défendre, Ah ! J'ai trop engagé mon coeur ; Je ne puis le reprendre... Andromède vient voir les Jeux, Phinée avec elle s'avance ; L'espoir de leur hymen flatte encore mes voeux Et c'est ma dernière espérance.SCÈNE IV. Andromède, Phinée, Mérope.
ANDROMÈDE et PHINÉE
Croyez-moi, croyez-moi,ANDROMÈDE
Cessez de craindre.PHINÉE
Cessez de feindre.ANDROMÈDE
Je veux vous aimer, je le dois.ANDROMÈDE
Cessez de craindre.PHINÉE
Cessez de feindre.ANDROMÈDE et PHINÉE
Croyez-moi, croyez-moi.MÉROPE
Vous êtes tous deux aimables, Et vous vous aimez tous deux ; Quels différents sont capables De rompre de si beaux noeuds ? Que ne souffriront point les amants misérables Si l'Amour a des maux pour les amants heureux ?ANDROMÈDE
Sans raison son chagrin éclate.ANDROMÈDE
Condamnez un amant jaloux.PHINÉE
Persée a su lui plaire, et d'une vaine excuse Elle veut éblouir mon amour outragé. Elle m'aimait... Non, je m'abuse, Non, puisqu'elle a si tôt changé, Jamais son coeur pour moi ne fut bien engagé.ANDROMÈDE
Le devoir sur mon coeur vous donne un juste empire. Vous ne devez pas craindre un changement fatal. Un amant assuré d'un bonheur qu'il désire, Peut-il être jaloux d'un malheureux rival ?PHINÉE
Non, je ne puis souffrir qu'il partage une chaîne Dont le poids me parait charmant. Quand vous l'accableriez du plus cruel tourment, Je serais jaloux de sa peine. Mais il ne fait point voir le dépit éclatant. S'il est si malheureux, sa constance m'étonne : L'amour que l'espoir abandonne, Est moins tranquille et moins constant.ANDROMÈDE
Quel plaisir prenez-vous à vous troubler vous-même, Et de quoi votre amour peut-il être alarmé ? Je fuis votre rival avec un soin extrême : Est-on accoutumé de fuir ce que l'on aime ?PHINÉE
Vous suivez à regret la gloire et le devoir, En fuyant un amant à vos yeux trop aimable ; Vous l'avez trouvé redoutable, Puisque vous craignez de le voir.ANDROMÈDE
Tout vous fait peur, tout vous irrite ; Vous m'apprenez à craindre un héros glorieux, Je ne veux point voir son mérite ; Votre importun soupçon veut-il m'ouvrir les yeux ?PHINÉE
Ah ! Si vous le flattiez de la moindre espérance, Le Dieu qu'il vous fait croire auteur de sa naissance ; Dût-il faire éclater son foudroyant courroux, Ne le sauverait pas de mon transport jaloux.ANDROMÈDE
Juste Ciel !ANDROMÈDE
Le ciel n'est que trop en colère, Et vous bravez un Dieu qui peut vous accabler. C'est pour vous que je dois trembler.ANDROMÈDE
Cessez de craindre.PHINÉE
Cessez de feindre.ANDROMÈDE et PHINÉE
Croyez-moi, croyez-moi.MÉROPE
Il craint autant qu'il aime ; Vous devez l'excuser. L'amour extrême Sert d'excuse lui-même Aux craintes qu'il a su causer.SCÈNE V. Cassiope, Andromède, Mérope, Phinée, Troupes de suivants de Cassiope, qui portent les prix ; Quadrilles de Jeunes personnes choisies pour les jeux, Choeur de spectateurs.
CASSIOPE
Ô Junon ! Puissante déesse Qu'on ne peut assez révérer ! J'assemble en votre nom cette aimable jeunesse, Que le flambeau d'Hymen doit bientôt éclairer. Chacun va montrer son adresse Pour disputer les prix que j'ai fait préparer, Ne gardez pas pour nous une haine implacable ; Si l'orgueil me rendit coupable, Je reconnais mon crime et veux le réparer. Voyez d'un regard favorable Les jeux qu'en votre honneur nous allons célébrer.LE CHOEUR
Laissez calmer votre colère. Ô Junon, exaucez nos voeux ! Si nous pouvions vous plaire, Que nous serions heureux !On commence les jeux en disputant le prix de la danse.
SCÈNE VI. Amphimédon, Corité, Protenor, et les acteurs de la scène précédente.
ACTE II
Le théâtre change, et représente les jardins du palais de Céphée.
SCÈNE PREMIÈRE. Cassiope, Mérope, Phinée.
CASSIOPE
Faut-il que contre nous tout le ciel s'intéresse ? Dieux ! ne puis-je espérer de vous fléchir jamais ?CASSIOPE
Elle peut revenir, elle peut nous surprendre. Junon s'obstine à se venger ; Contre elle aucun des dieux n'a soin de nous défendre ; Mon seul espoir est d'engager Jupiter à nous protéger.PHINÉE
Je vous entends ; je sais quelle est votre espérance. Persée a beau vanter sa divine naissance, Après votre promesse, après la choix du roi, Andromède doit être à moi.PHINÉE
Ah ! si le ciel est équitable, Vous trouverait-il moins coupable Si vous m'aviez manqué de foi ?SCÈNE II. Céphée, Cassiope, Phinée, Mérope, suite
PHINÉE
Seigneur, vous m'avez destiné À l'hymen fortuné De l'aimable Andromède. A l'amour de Persée on veut que je la cède ; M'ôterez-vous un bien que vous m'avez donné ?PHINÉE
Et croyez-vous aussi la fable qu'il raconte ? Croyez-vous qu'un dieu souverain, Qui sur tout l'univers préside, Se laisse par l'amour changer en or liquide Pour entrer en secret dans une tour d'airain ? Par ce prodige imaginaire, Persée est révéré du crédule vulgaire : Il se dit fils du dieu dont le ciel suit la loi ; Mais je ne prétends pas l'en croire sur sa foi.CÉPHÉE
Votre incrédulité n'aura donc plus d'excuse, Mon frère ; sa valeur va vous ouvrir les yeux. Reconnaissez le fils du plus puissant des dieux : Il offre de couper le tête de Méduse.MÉROPE, CASSIOPE et PHINÉE
La tête de Méduse ! Ô cieux !CASSIOPE et CÉPHÉE
Quel prix peut trop payer cet effort glorieux ?SCENE III. Céphée, Cassiope, Mérope.
CÉPHÉE
L'espoir dans nos coeurs doit renaître... Dieux, que Junon engage à servir son courroux, Dieux irrités, apaisez-vous ! La vengeance du ciel n'a que trop au paraître. Le fils de Jupiter veut combattre pour nous : Ô ciel ! favorisez le fils de votre maître.Il répètent tous les trois ensemble les deux derniers vers, et puis Cépéhe et Cassiope s'en vont.
SCENE IV.
MÉROPE
Hélas ! Il va périr ! Dois-je en trembler ? Pourquoi Pour l'amant d'Andromède ai-je pris tant d'effroi ? Faut-il que mon dépit s'oublie ? Quel intérêt ai-je à sa vie ? Il vivrait pour une autre, il est perdu pour moi... Cependant quand je songe à son péril extrême, Quand je le vois chercher un horrible trépas, Sans songer qu'il ne m'aime pas, Je sens seulement que je l'aime.SCENE V. Andromède, Mérope.
ANDROMÈDE, à part
Infortunés, qu'un monstre affreux A changés en rochers par ses regards terribles, Vous ne ressentez plus vos destins rigoureux, Et vos coeurs endurcis sont pour jamais paisibles. Hélas ! les coeurs sensibles Sont mille fois plus malheureux.MÉROPE, à part
Andromède semble interdite ; Elle vient rêver en ces lieux : Ah ! je reconnais dans ses yeux Le même trouble qui m'agite.ANDROMÈDE, à part
Il ne m'aime que trop, et tout me sollicite De l'aimer à mon tour ; C'est du plus grand des dieux qu'il a reçu le jour. Dans nos périls mortels l'amour le précipite : Le moyen de tenir contre tant de mérite, Et contre tant d'amour ?MÉROPE, à Andromède
Ah ! Vous aimez Persée ; il cause vos alarmes ; N'en désavouez point vos larmes : Vos tendres sentiments se sont trop exprimés. Vous l'aimez.ANDROMÈDE
Vous l'aimez. L'espoir de son hymen avait charmé votre âme, Et je sais les projet que vous aviez formés : Je vois que le dépit n'éteint pas votre flamme ; Persée est en péril, et vous vous alarmez. Vous l'aimez.MÉROPE
Vous l'aimez.ANDROMÈDE et MÉROPE
Ah ! Qu'un tendre coeur est à plaindre D'être réduit à feindre ! Quel tourment ne fait point souffrir Un malheureux amour que l'on ne peut éteindre, Et que l'on n'ose découvrir ? Ah ! qu'un tendre coeur est à plaindre D'être réduit à feindre !MÉROPE
Il est vrai, le dépit veut en vain m'animer ; Je sens que la pitié désarme ma colère. Persée est un ingrat qui ne me peut aimer ; Il n'a pas laissé de me plaire. Il vous a trop aimée, hélas ! Comment ne l'aimeriez-vous pas ?ANDROMÈDE
L'amour qu'il a pour moi l'engage À chercher à se perdre avec empressement : Ne me reprochez point ce funeste avantage ; Je le paierai bien chèrement.MÉROPE
Unissons nos regrets, le même amour nous lie. Qu'importe à qui de nous Persée offre ses voeux ! Nous allons perdre toutes deux ; Son péril nous réconcilie.ANDROMÈDE et MÉROPE
Ce héros s'expose pour nous : Sa perte est infaillible, Ah ! Qu'il vive, s'il est possible, Quand il vivrait pour vous.SCENE VI. Persée, Andromède.
PERSÉE
Vous voulez me faire savoir Que je ne dois ce bien qu'à votre obéissance. N'importe, rien ne peut ébranler ma constance. J'ai su jusqu'à ce jour vous aimer sans espoir. Je vais avec plaisir prendre notre défense, Quand j'aurais pour récompense Que la seule douceur que je sens à vous voir.ANDROMÈDE
Non, ne vous flattez pas ; je peux ne vous rien taire : Vous m'aimez vainement ; Phinée a su ma plaire ; Il est choisi pour être mon époux ; Nos deux coeurs sont unis ; quel prix espérez-vous D'une entreprise dangereuse ? Quand nous seriez dangereuse ? Quand vous seriez vainqueur, votre âme est généreuse, Et vous ne voudrez pas rompre des noeuds si doux.ANDROMÈDE
Ô dieux !PERSÉE
De mes regards vos beaux yeux sont blessés ; Vous souffrez à me voir, mon amour vous outrage. Je vais chercher Méduse, et je vous aime assez Pour ne vous pas contraindre à souffrir davantage.ANDROMÈDE
Ah ! par l'excès de mes douleurs Connaissez, s'il se peut, l'excès de ma tendresse. Voyez à quoi j'avais recours Pour vous ôter l'ardeur qui vous fait entreprendre Un combat funeste à vos jours. Hélas ! que l'ai-je pu me rendre Indigne de votre secours ? Que n'êtes-vous magnanime ? Méduse d'un regard porte un trépas certain.PERSÉE
J'ignorais votre amour, et j'aillais vous défendre ; Puis-je à vous secourir être moins animé, Quand je sais que je suis aimé ?ANDROMÈDE
Quoi ! vous partez ?PERSÉE
L'amour m'appelle.ANDROMÈDE
Hélas ! nous ne vous verrons plus !SCÈNE VII. Mercure, sortant des enfers ; Persée.
PERSÉE
Un peuple infortuné m'engage à le défendre ; C'est à la gloire que je cours. Si je meurs, mon trépas sera digne d'envie ; Je laisse le soin de mes jours Au dieu qui m'a donné la vie.MERCURE
Ce dieux juste et puissant favorise vos voeux, Et c'est par ma voix qu'il s'explique : Il reconnaît son sang à l'effort généreux Que vous allez tenter, d'une ardeur héroïque, Pour secourir des malheureux ; Mais ce n'est point en téméraire Qu'il faut dans le péril précipiter vos pas. L'assistance des dieux vous sera nécessaire : Ils veulent vous l'offrir, ne le négligez pas. Je viens d'apprendre à toute la nature Que Jupiter s'intéresse à vos jours : La jalouse Junon vainement en murmure, Et tout, jusqu'aux enfers, vous promet du secours.SCÈNE VIII. Mercure, Persée, troupe de cyclopes.
Des cyclopes viennent en dansant donner à Persée, de la part de Vulcain, une épée et des talonnières ailées semblables à celles de Mercure.
SCÈNE IX. Mercure, Persée, Troupe de nymphes guerrières, troupe de cyclopes.
Une des Nymphes guerrières, présente à Persée, de la part de Pallas, un bouclier de diamant ; elle chante en lui faisant ce présent, et les autres nymphes guerrières dansent.
Une NYMPHE GUERRIÈRE
Le plus vaillant guerrier s'abuse D'oser tout espérer de l'effort de son bras. Si vous voulez vaincre Méduse, Portez le bouclier de la sage Pallas. Que la valeur et la prudence, Quand elles sont d'intelligence, Achèvent d'exploits glorieux ! Le monstre le plus furieux Leur fait vainement résistance. La paix ne peut régner que par leur assistance ; L'univers leur doit son bonheur. Rien ne peux mieux donner un immortel honneur Que la valeur et la prudence, Quand elles sont d'intelligence.SCÈNE X. Mercure, Persée, Troupes de divinités infernales, de cyclopes, et de nymphes guerrières.
Les divinités infernales sortent des enfers, et apportent le casque de Pluton, qu'elles présentent à Persée. Une de ces Divinités chante, et les autres dansent.
Une DIVINITÉ INFERNALE
Ce casque vous est présenté Au nom du souverain de l'empire des Ombres. Au milieu du péril, pour votre sûreté, Il répandra sur vous l'épaisse obscurité Qui règne en nos demeures sombres. Ce don mystérieux doit apprendre aux humains Comme on peut s'assurer d'un succès favorable : Il faut cacher de grands desseins Sous un secret impénétrable.MERCURE, les choeurs des CYLCOPES, des NYMPHES GUERRIÈRES, et de DIVINITÉS INFERNALES
Que l'enfer, la terre et les cieux, Votre généreuse entreprise ! Que l'enfer, la terre et les cieux, Que tout l'univers favorise Le fils du plus puissant des lieux !MERCURE
Votre conduite à mes soins est commise. L'impatience éclate dans vos yeux ; La gloire qui vous est promise Ne peut plus souffrir de remise. Suivez-moi ; partons de ces lieux.Mercure et Persée s'envolent.
Les CHOEURS
Que l'enfer, la terre et les cieux, etc.ACTE III
Le théâtre change, et représente l'antre des Gorgones.
SCÈNE PREMIÈRE. Méduse, Euryale, Sténone
MÉDUSE
J'ai perdu la beauté qui me rendit si vaine : Je n'ai plus ces cheveux si beaux Dont autrefois le dieu des eaux Sentit lier son coeur d'une si douce chaîne. Pallas, la barbare Pallas, Fut jalouse de mes appas, Et me rendit affreuse autant que j'étais belle ; Mais l'excès étonnant de la difformité Dont me punit sa cruauté, Fera connaître, en dépit d'elle, Quel fut l'excès de ma beauté. Je ne puis trop montrer sa vengeance cruelle ; Ma tête est fière encor d'avoir pour ornement Des serpents dont le sifflement Excite une frayeur mortelle. Je porte l'épouvante et la mort en tous lieux ; Tout se change en rocher à mon aspect horrible : Les traits que Jupiter lance du haut des cieux N'ont rien de si terrible Qu'un regard de mes yeux. Les plus grands dieux du ciel, de la terre et de l'onde, Du soin de se venger se reposent sur moi : Si je perds la douceur d'être l'amour du monde, J'ai le plaisir nouveau d'en devenir l'effroi.MÉDUSE, EURYALE et STÉNONE
Ô le doux emploi, pour la rage, De causer un affreux ravage. Heureuse la fureur Qui remplit l'univers d'horreur !Les trois Gorgones entendent un doux concert.
Dans ce triste séjour qui peut nous faire entendre Le doux bruit qui nous vient surprendre ? Jamais ici mortel avec impunité Ne porta sa vue indiscrète. Quels concerts ! quelle nouveauté ! Qui peut chercher l'horreur secrète De notre fatale retraite... ? C'est Mercure qui vient dans cet antre écarté.SCÈNE II. Mercure, Méduse, Euryale, Sténone.
MÉDUSE
Mon terrible secours vous est-il nécessaire ? De superbes mortels osent-ils vous déplaire ? Faut-il vous en venger ? Faut-il armer contre eux Le funeste courroux de mes serpents affreux ? Où faut-il que ma fureur vole ? Vous n'avez qu'à nommer l'empire malheureux Que vous voulez que je désole.MERCURE
C'est toujours mon plus cher désir De voir tout l'univers dans une paix profonde. Ne vous lassez-vous point du barbare plaisir De troubler le repos du monde !MÉDUSE
Puis-je causer jamais des malheurs assez grands Au gré de la fureur qui de mon coeur s'empare ? C'est des dieux que j'apprends À devenir barbare.MERCURE
Il est vrai qu'un fatal courroux A trop éclaté contre vous ; Vous n'avez eu que trop de charmes. Sans Pallas, sans ses rigueurs, Vous n'auriez troublé les coeurs Que par de douces alarmes.MÉDUSE
Que sert-il de m'entretenir D'un bien trop tôt passé, qui ne peut revenir ? Je n'en ressens que trop la perte irréparable ! Ah ! quand on se trouve effroyable, Que c'est un cruel souvenir De songer que l'on fut aimable !MERCURE
Ô tranquille sommeil, que vous êtes charmant ! Que vous faites sentir un doux enchantement Dans la plus triste solitude ! Votre divin pouvoir calme l'inquiétude Vous savez adoucir le plus cruel tourment. Ô tranquille sommeil, que vous êtes charmant !Aux Gorgornes.
Jouissez du repos dans ce lieux solitaire.LES TROIS CORGONES
Non, ce n'est que pour la colère Que nos coeurs malheureux sont faits : Non, le repos ne peut nous plaire ; Nous y renonçons pour jamais. Non, ce n'est que pour la colère, etc.MERCURE, touchant les trois Gorgones de son caducée
Il faut céder, il faut vous rendre Au charme qui va vous surprendre.LES TROIS CORGONES
Il faut nous rendre malgré nous Au charme d'un sommeil trop doux.Les trois Gorgones s'endorment.
SCÈNE III. Persée, Mercure, les Gorgones, endormies.
MERCURE
Persée, approchez-vous ; Méduse est endormie. Avancez sans bruit ; surprenez Une si terrible ennemie. Si vous osez la voir, c'est fait de votre vie.MERCURE
Je vous laisse au milieu d'un péril redoutable ; Je ne puis plus rien pour vos jours ; Cherchez votre dernier secours Dans un courage inébranlable.PERSÉE
Un prix qui me doit charmer M'est offert par la Victoire : Quel péril peut m'alarmer ? L'amour et la gloire S'unissent pour m'animer.Mercure se retire, Persée, tenant son bouclier devant ses yeux, approche de Méduse ; il lui coupe la tête, et la cacha dans une écharpe pour l'emporter avec lui.
SCÈNE IV. Persée, les Gorgones.
EURYALE et STÉNONE s'éveillant au bruit de la voix de Persée, et courant à l'endroit où elles l'ont entendu parler
Tu fais périr Méduse ! Ah ! Traître ! Tu mourras.. Qu'il meure d'un trépas horrible !Les deux Gorgones veulent attaquer Persée ; mais la vertu secrète du casque qu'il porte les empêche de le voir.
Mais qui peut le rendre invisible... ? Méduse après sa mort trouble encor l'univers ; C'est son sang qui produit tant de monstres divers,Chrysaor, Pégase et plusieurs autres monstres de figure bizarre et terrible, se forment du sang de Méduse. Chrysaor et Pégase volent, quelques-uns des autres monstres s'élèvent aussi dans l'air, quelques autres rampent, les autres courent, et tous cherchent Persée, qui est caché à leurs yeux par la vertu du casque.
Monstres, cherchez votre victime ; Vengez le sang qui vous anime, Servez nos fureurs, armez-vous ; Vengeons Méduse ; vengeons-nous.SCÈNE V. Mercure, Persée, Euryale, Sténone.
MERCURE
Persée allez, volez où l'amour vous appelle... Gorgones, désormais vous serez sans pouvoir : Ce lieu n'est pas pour vous un séjour assez noir, Venez dans la nuit éternelle.Persée vole, et emporte la tête de Méduse. Les monstres qui s'efforcent de la suivre tombent avec Euryale et Sténone dans les enfers, où Mercure les contraint de descendre.
ACTE IV
Le théâtre change, et représente la mer et un rivage bordé de rochers.
SCÈNE PREMIÈRE. Phinée, Mérope, troupes d'éthiopiens.
PHINÉE
Persée est de retour, chacun court l'honorer ; Et le bonheur public va me désespérer ! Non, non, il n'est plus temps qu'un vain espoir m'abuse.MÉROPE
Allons en secret soupirer : Non, je ne puis plus me montrer, Triste comme je suis, interdite et confuse.TROISIÈME TROUPE D'ÉTHIOPIENS
Courons, courons tous admirer Le vainqueur de Méduse.Les Éthiopiens sortent.
SCÈNE II. Phinée, Mérope.
PHINÉE
Nous ressentons mêmes douleurs, Fuyons une foule importune : D'une plainte commune Déplorons nos communs malheurs.MÉROPE
Que l'amour a pour moi de chagrins et d'alarmes. Que Persée à mon coeur coûte de déplaisirs ! Son départ, ses dangers m'ont fait verser des larmes, Et son heureux retour m'arrache des soupirs. Persée est revenu, mais c'est pour Andromède. Pour m'offrir à ses yeux l'ardeur qui me possède M'a fait empresser vainement : Il n'a rien vu que ce qu'il aime ; Il n'a pas daigné même S'apercevoir de mon empressement, Et tous les soins de mon amour extrême N'ont pas été payés d'un regard seulement.PHINÉE
Que le ciel pour Persée est prodigue en miracles ! Qui n'eût pas cru qu'un monstre furieux M'aurait débarrassé d'un rival odieux. Cependant, malgré mille obstacles, Mon rival est victorieux. Il s'est fait des routes nouvelles : Il a volé pour hâter son retour ; Et Mercure et l'Amour Ont pris soin à l'envi de lui prêter des ailes. Le peuple croit lui tout devoir : On entend de son nom retentir ce rivage, Le roi s'est empressé d'honorer son courage, Chacun jusqu'en ces lieux l'est venu recevoir. Qu'Andromède a paru contente de la voir ! Quel triomphe pour lui ! quel charmant avantage ! Et pour moi quelle rage, Et quel horrible désespoir !La mer s'irrite, les flots s'élèvent et s'étendent sur le rivage.
PHINÉE et MÉROPE
Les vents impétueux s'échappent de la chaîne Qui le forçait d'être en repos. Une tempête soudaine Soulève les flots... Mer vaste, mer profonde, Dont les flots sont émus par les vents en courroux, Les coeurs amoureux et jaloux Sont plus agites que votre onde ; Les coeurs amoureux et jaloux Sont cent fois plus troublés que vous.SCÈNE III. Idas, Phinée, Mérope, troupe d'éthiopiens.
PHINÉE et MÉROPE, à part
Qui pourrait traverses ces trop heureux amants ?Aux Éthiopiens.
D'où naissent vos gémissements ?IDAS
L'implacable Junon cause notre infortune ; Elle arme contre nous l'empire de Neptune ; Un monstre en doit sortir, qui viendra dévorer L'innocente Andromède ; Et Thétis et ses soeurs viennent de déclarer Qu'il n'est plus permis d'espérer De voir finir nos maux sans ce cruel remède. Les Tritons ont saisi la princesse à nos yeux ; Et le pouvoir des dieux Nous a rendus tous immobiles. C'est sur ces bords qu'au monstre on la doit exposer. Pour son secours Persée en vain veut tout oser ; Ses efforts seront inutiles : Il faut céder aux dieux ; il faut céder au sort Dont Andromède est poursuivie. Croyait-on voir fini une si belle vie Par une si terrible mort ?Les Éthiopiens se placent sur les rochers qui bordent le rivage.
IDAS et les ÉTHIOPIENS
Ô sort inexorable ! Ô malheur déplorable ! Princesse infortunée, hélas ! Vous méritiez un sort plus favorable ; Vous ne mériteriez pas Un si cruel trépas... Ô sort inexorable ! Ô malheur Déplorable !PHINÉE
Est-ce à moi que la mort l'arrache ? C'est à Persée à s'affliger. L'amour meurt dans mon coeur, la rage lui succède ; J'aime mieux voir un monstre affreux Dévorer l'ingrate Andromède, Les appas, les douceurs d'une amour mutuelle, Sont de mon sort fatal les plus terribles coups ; Le fils de Jupiter eût été mon époux ; Ah ! Que ma vie eût été belle ! Dieux ! Qui me destinez une mort si cruelle, etc.UN TRITON
Tremblez, superbe reine... Tremblez, mortels audacieux : Que votre orgueil apprenne Combien votre grandeur est vaine, Tremblez, mortels audacieux : Redoutez le courroux des dieux.CÉPHÉE
Andromède !CASSIOPE
Ma fille !ANDROMÈDE
Ô cieux !CÉPHÉE
Andromède !CASSIOPE
Ma fille !CÉPHÉE, CASSIOPE et les ÉTHIOPIENS
Le monstre approche de ces lieux, Ah, quelle vengeance inhumaine !Les NÉRÉIDES et les TRITONS
Tremblez, mortels audacieux, etc.CÉPHÉE, CASSIOPE et les ÉTHIOPIENS
Voyez voler ce héros glorieux.SCÈNE IV. Cassiope, Céphée, Troupe d'Ethiopiens, placés sur les rochers.
CASSIOPE et CÉPHÉE
Ah ! quel effroyable supplice ! Dieux, ô dieux ! quelle cruauté ! Je perds ma fille, hélas ! Le ciel propice Me la donna pour ma félicité, Aujourd'hui le Ciel irrité Veut qu'un monstre me la ravisse. Ciel ! Que j'ai toujours respecté Ne m'avez-vous longtemps conservé la clarté Que pour me faire voir cet affreux sacrifice ? Ah ! Quel effroyable supplice ! Dieux, ô dieux ! Quelle cruauté ! C'est ma funeste vanité, C'est mon crime, grands dieux ! Qu'il faut que l'on punisse. Ma fille n'est pas complice, Et vos foudres vengeurs contre elle ont éclaté ! Dieux ! Pouvez-vous vouloir qu'Andromède périsse ? Sa jeunesse ni sa beauté N'ont-elles rien qui vous fléchisse ? La vertu, l'innocence a-t-elle mérité Les rigueurs de votre justice ?SCÈNE V. Thétis, Andromède, Cassiope, Céphée, troupe de Néréides, de Tritons et d'Ethiopiens.
CASSIOPE et CÉPHÉE
Que j'expire en mourant un si funeste crime.CASSIOPE
Que par pitié j'obtienne une mort légitime. Cruels ! n'attachez pas ma fille à ce rocher, C'est moi qu'il y faut attacher !LE CHOEUR
C'est notre unique espoir, Faut-il vous l'arracher ? Nos voeux, nos pleurs, nos cris, Rien ne vous peut toucherCASSIOPE et CÉPHÉE
C'est notre unique espoir, Faut-il vous l'arracher ? Nos voeux, nos pleurs, nos cris, Rien ne vous peut toucherANDROMÈDE
Dieux ! Qui me destinez une mort si cruelle Hélas ! Pourquoi flattiez-vous De l'espoir d'un destin si doux ? Vous dont je tiens la vie Et vous peuple fidèle, Jouissez parmi vous d'une paix éternelle, Je vais fléchir les dieux irrités contre vous. Et si ma mère est criminelle, C'est moi qui dois calmer le céleste courroux ! Par le sang que j'ai reçu d'elle, Heureuse de périr pour le salut de tous. Un souvenir charmant qu'en mourant je rappelle. Les appas, les douceurs d'une amour maternelle Sont de mon triste sort les plus terribles coups. Le fils de Jupiter eut été mon époux ! Ah ! Que ma vie eut été belle ! Dieux ! Qui me destinez une mort si cruelle Hélas ! Pourquoi me flattiez-vous De l'espoir d'un destin si doux ? Tremblez ! Superbe Reine. Tremblez ! Mortels audacieux ! Que votre orgueil apprenne Combien votre grandeur est vaine : Tremblez mortels audacieux ! Redoutez le courroux de DieuxCÉPHÉE
Andromède !CASSIOPE
Ma fille !ANDROMÈDE
Ô cieux !CÉPHÉE
Andromède !CASSIOPE
Ma fille !CÉPHÉE, CASSIOPE et les ÉTHIOPIENS
Le monstre approche de ces lieux, Ah, quelle vengeance inhumaine !Les NÉRÉIDES et les TRITONS
Tremblez, mortels audacieux, etc.SCÈNE VI. Persée, en l'air, et les acteurs acteurs de la scène précédente, sur le rivage, sur les rochers, et dans la mer.
CÉPHÉE, CASSIOPE et les ÉTHIOPIENS
Magnanime héros, combattez, remportez Le prix que l'amour vous destine.Les NÉRÉIDES et les TRITONS
Le fils de Jupiter brave notre courroux.TOUS ENSEMBLE
Le monstre expire sous ses coups.Une NÉRÉIDE et un TRITON
Junon a vainement cherché notre assistance ; Nous nous vantions en vain d'achever sa vengeance. Et Persée a pour lui des dieux plus forts que nous,Les NÉRÉIDES et les TRITONS
Descendons sous les ondes : Notre honte se doit cacher ; Allons chercher Des retraites profondes, Descendons sous les ondes.La mer s'apaise ; les flots s'abaissent et se retirent. Les Néréides et les Tritons disparaissent.
SCENE VII. Persée, Andromède et Céphée.
Les ÉTHIOPIENS répètent ces deux vers, pendant que Persée délie Andromède
Le monstre est mort ; Persée en est vainqueur ; Persée est invincible.PERSÉE et ANDROMÈDE
Ah ! Que votre danger me paraissait terrible !Les ÉTHIOPIENS
Le monstre est mort, etc.Les Éthiopiens descendent des rochers, et témoignent leur joie en chantant et en dansant. Des matelots et des matelottes se mêlent dans la réjouissance publique. Un des éthiopiens chante au milieu des matelots qui dansent.
Un des ÉTHIOPIENS
Notre espoir allait faire naufrage ; Nous goûtons enfin un heureux sort. Quel bonheur d'échapper à l'orage ! Quel plaisir d'en retracer l'image, Quand on est au port !CÉPHÉE
Honorons à jamais le glorieux héros Qui nous donne un heureux repos. Sa valeur, à son gré, fait voler la victoire : Tour-à-tour la terre et les flots Sont le théâtre de sa gloire. Honorons à jamais, etc.Andromède, Cassiope et les Éthiopiens, répètent les vers que Céphée a chantés et les Matelots et les Matelottes dansent en réjouissance de la délivrance d'Andromède.
Un des ÉTHIOPIENS
Que n'aimez-vous ? Coeurs insensibles ! Que n'aimez-vous ? Rien n'est si doux ! Non, ne vous vantez pas d'être invincibles ; Les dieux, les plus grands dieux, ont aimé tous.LE CHOEUR
Que n'aimez-vous, etc.LE CHOEUR
Que n'aimez-vous, etc.Un des ÉTHIOPIENS
Pour un amant Tendre et fidèle ; Pour un amant Tout est charmant. L'espoir nourrit ses feux ; sa chaîne est belle ; Il se fait un plaisir de son tourment.LE CHOEUR
Pour un amant, etc.LE CHOEUR
Pour un amant, etc.ACTE V
Le théâtre change et représente les lieux préparés pour les noces de Persée et d'Andromède.
SCÈNE PREMIÈRE.
MÉROPE
Ô mort ! Venez finir mon destin déplorable. Ma rivale jouit d'un sort trop favorable, Et je souffrirais trop, si je ne mourais pas. Son bonheur m'a rendu le jour insupportable ; La nuit affreuse du trépas Me paraît moins épouvantable. Ô mort ! Venez finir mon destin déplorable. Hélas ! Funeste mort, hélas ! Pour les coeurs fortunés vous êtes effroyable ; Mais vos horreurs ont des appas Pour un coeur que l'amour a rendu misérable. Ô mort ! Venez finir mon destin déplorable.SCENE II. Phinée, Mérope.
PHINÉE
Ce n'est point à des pleurs qu'il faut avoir recours. Junon veut qu'aujourd'hui je me venge avec elle. Iris, de son vouloir l'interprète fidèle, Vient, par son ordre exprès, de m'offrir son secours.PHINÉE
Que ne pourra point sa colère Unie à mon transport jaloux ? Heureux qui peut goûter une douce vengeance ! C'est l'unique espérance Des malheureux amants. Pour servir ma fureur on s'arme en diligence. Mon rival n'aura pas mon bien pour récompense ; S'il triomphe de moi, c'est pour peu de moments. C'est en vain qu'Andromède a trahi ma constance ; L'Amour est avec eux en vain d'intelligence ; Je briserai ses noeuds charmants. L'Hymen me livrera l'ingrate qui m'offense ; Elle a vu ma douleur avec indifférence : Je veux être sensible à ses gémissements ; Et, si je ne puis voir son coeur en ma puissance, Je jouirai de ses tourments. Heureux qui peut goûter une douce vengeance, etc. ! Il faut nous éloigner du peuple qui s'avance ; Ce superbe appareil, ces riches ornements, Tout ici de ma rage accroît la violence : Allons hâter l'éclat de nos ressentiments.SCÈNE III. Céphée, Cassiope, Persée, Andromède, le grand-prêtre du dieu Hyménée, Suite du grand-prêtre, troupe de courtisans de Céphée, magnifiquement parés pour assister aux noces de Persée et Andromède.
LE GRAND PRÊTRE
Hymen ! Ô doux Hymen ! sois propice à nos voeux ; Viens unir ces amants fidèles, Viens les rendre à jamais heureux. Prends soin de conserver leurs ardeurs mutuelles, Allume en leur faveur les plus beaux de tes feux : Que leurs coeurs soient comblés de douceurs éternelles ; Qu'ils soient toujours contents et toujours amoureux. Charmant hymen, que tes chaînes sont belles, Lorsque l'amour en a formé les noeuds ! Hymen ! Ô doux Hymen ! Sois propice à nos voeux, etc.Le choeur répète les trois derniers vers.
Les cérémonies du mariage de Persée et d'Andromède que le grand-prêtre de l'Hyménée et sa suite veulent commencer, sont interrompues par Mérope.
SCÈNE IV. Mérope, et les acteurs de la scène précédente.
MÉROPE
Persée, il n'est plus temps de garder le silence : J'avais cru vouloir votre mort ; Mais mon coeur avec vous est trop d'intelligence, Et, prêtre à me venger, je ressens un transport Cent fois plus pressant et plus fort Que le transport de la vengeance. Votre rival approche, il en veut à vos jours : Mille ennemis vous environnent. Évitez leur fureur, servez-vous du secours Que les dieux propices vous donnent. Volez ne trouverez plus d'autres chemins ouverts.SCÈNE V. Phinée, suite de Phinée, et les acteurs de la scène précédente.
PHINÉE et sa suite
Persée, il faut périr ; meurs, et laisse Andromède Au pouvoir d'un heureux rival !CÉPHÉE, PERSÉE et leur suite
Perfides ! Recevez le châtiment fatal De la fureur qui vous possède ! Tous les combattants Cédez, cédez à notre effort ; Vous n'éviterez pas la mort.Persée, Céphée et leur suite poursuivent Phinée et sa suite.
CASSIOPE et ANDROMÈDE
Quelles horreurs ! quelles alarmes ! Dieux ! soyez touchés de mes larmes ! Tous les combattants Cédez, cédez à notre effort, etc.Les combattants s'éloignent.
SCÈNE VI. Céphée, Cassiope, Andromède.
CÉPHÉE, à Cassiope
Le soin de vous défendre en ces lieux me rappelle. Craignez tout d'un peuple rebelle ; Quel sang n'ose-t-il point verser ? Un trait, que sur Persée on a voulu lancer, A frappé votre soeur d'une atteinte mortelle. Junon, implacable pour nous, Anime les mutins de son fatal courroux. Leur rage croît, leur nombre augmente : Persée en vain toujours combat avec chaleur. Que servent les efforts qu'il tente ? Le nombre tôt ou tard accable la valeur.SCÈNE VII. Persée, suite de Persée ; Phinée, suite de Phinée, et les acteurs de la scène précédente.
PHINÉE et sa suite
Qu'il n'échappe pas, qu'il périsse, Cet étranger audacieux Qui prétend régner en ces lieux !CÉPHÉE, CASSIOPE et ANDROMÈDE
Ciel ! Ô ciel soyez-nous propice !PHINÉE et sa suite
Qu'il n'échappe, qu'il périsse !CÉPHÉE, CASSIOPE et ANDROMÈDE
Défendez-nous, ô justes dieux !PERSÉE, à ceux de son parti
Ne craignez rien ; fermez les yeux, Je vais punir leur injustice.Persée pétrifie Phinée et sa suite, en leur montrant la tête de Méduse.
Voyez leur funeste supplice.CÉPHÉE, CASSIOPE et ANDROMÈDE
Quel prodige ! Quel changement !SCENE VIII. Vénus, l'Amour, L'Hyménée, Céphée ; Cassiope, Andromède, les Graces, les Amours, et les Jeux, Troupe de Courtisans de Céphée, Troupe d'Éthiopiens et d'Éthiopiennes.
VÉNUS
Mortels, vivez en paix ; vos malheurs sont finis. Jupiter vous protège en faveur de son fils ; À ce dieu si puissant tous les dieux veulent plaire, Et Junon même enfin apaise sa colère. Cassiope, Céphée, et vous, heureux époux, Prenez place au ciel avec nous. Les souverains destins ordonnent Que des feux éclatants toujours vous environnent.Céphée, Cassiope, Persée, et Andromède, sont élevés dans le ciel, et des étoiles brillantes les environnent.
VÉNUS, L'AMOUR, L'HYMÉNÉE ET LES CHOEURS
Héros victorieux, Andromède est à vous ; Votre Valeur et l'Hymen vous la donnent : La gloire et l'Amour vous couronnent ; Fut-il jamais un triomphe plus doux ? Héros victorieux, Andromède est à vous.Les courtisans de Céphée, les Éthiopiens et les Éthiopiennes témoignent leur joie par leurs danses.
1 036 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica