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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Opéra en vers· Tragédie en musique

Roland

Philippe Quinault· créée en 1685· 6 actes· 1 109 vers· 5 personnages

Représenté par l'Académie royale de musique, le 17 avril 1782 à Versailles. Et remise au théâtre le quinzième Novembre 1709.

Personnages

  • DÉMOGORGON, roi des Fées. Monsieur Hardouin
  • TROUPE DE FÉES
  • TROUPE DE GÉNIES DE LA TERRE
  • LA PRINCIPALE FÉE, Mademoiselle Dujardin
  • UNE FÉE, Mademoiselle d'Huqueville

PROLOGUE

Le théâtre représente le palais de Démogorgon. Demogorgon est sur son trône, accompagné d'une troupe de génies, et d'une troupe de fées.

DÉMOGORGON, LA PRINCIPALE FÉE, ET LES CHOEURS DES GÉNIES ET DES FÉES

On n'entend plus le bruit des armes. Doux plaisirs, reprenez vos charmes. Jeux innocents, venez vous rassembler ; Rien ne vous peut troubler.

Les Fées témoignent leur joie en dansant et en chantant.

DÉMOGORGON, LA PRINCIPALE FÉE ET LES CHOEURS

Allons faire entendre nos voix Sur les bords heureux de la Seine, Allons faire entendre nos voix Au vainqueur dont tout suit les lois.

Les Génies et les Fées font un essai des danses et des chansons qu'ils veulent préparer.

DÉMOGORGON, LA PRINCIPALE FÉE, et LES CHOEURS DES GÉNIES et des FÉES, chantent ensemble

Le vainqueur a contraint la guerre D'éteindre son flambeau : Il rend le repos à la terre, Quel triomphe est plus beau !

ACTE I

SCÈNE I.

Le théâtre représente un hameau.

SCÈNE II. Angélique, Temire.

TEMIRE

Médor !

SCÈNE III.

SCENE IV. Médor, Angélique, Temire.

SCÈNE V. Angélique, Temire.

TEMIRE et ANGÉLIQUE

Le secours de l'absence

SCÈNE VI. Ziliante. Troupe d'insulaires orientaux.

ACTE II

SCÈNE I. Angélique, Temire, suite d'Angélique.

Le théâtre change, et représente la fontaine enchantée de l'amour, au milieu d'une forêt.

ANGÉLIQUE

Il se flatte d'un vain espoir. Cet anneau quand je veux peut me rendre invisible.

Angelique met dans sa bouche un anneau dont la puissance magique la rend invisible.

SCÈNE II. Roland, Angélique devenue invisible, Temire, Suite d'Angélique.

ROLAND

Que devient ma vertu ? Ma force est inutile. Eh ! Que me sert-t-il aujourd'hui D'avoir les dons du ciel qu'eut autrefois Achille ? Je laisse mon roi sans appui. Il n'a plus désormais que Paris pour asile ; Les cruels africains vont triompher de lui. Je vois le sort affreux de ma triste patrie ; Elle est prête à tomber sous de barbares lois : J'entends sa gémissante voix : Mais c'est vainement qu'elle crie, Un malheureux amour m'enchante dans ces bois. Angélique. En vain je l'appelle ; Elle est sans pitié la cruelle, Eh ! Pourquoi tant souffrir ! Pourquoi N'aurai-je pas pitié de moi ? C'en est fait, et je veux que l'ingrate le sache : C'en est fait pour jamais, mes liens sont rompus ; Non, je ne la chercherai plus, C'est vainement qu'elle se cache. Non, je ne veux plus voir sa fatale beauté, Il ne m'en a que trop coûté. Le dépit éteint ma flamme : Heureuse la cruauté Qui rend la paix à mon âme ! Heureuse la cruauté Qui me rend la liberté ! Malheureux ! Je me flatte, et ma colère est vaine. Lâche ! Ne puis-je rompre une honteuse chaîne ? Que je sens de troubles secrets ! Mon coeur suit malgré moi de funestes attraits, Je cède au charme qui m'entraîne. Angélique, ingrate, inhumaine, Quel plaisir trouvez-vous dans mes tristes regrets ? Angélique, ingrate, inhumaine, Quel barbare plaisir trouvez-vous dans ma peine ?

Angélique voyant Roland éloigné ôte son anneau magique de sa bouche, et se montre à Temire.

SCÈNE III. Angelique, Temire.

SCÈNE IV. Médor, Angélique, Temire.

TEMIRE, voulant arrêter Angélique

Quoi, vous le verrez ?

ANGÉLIQUE

Vivez, Medor.

SCÈNE V. L'Amour, troupe d'Amours, troupe de Sirènes, troupe de Dieux des eaux, troupe de Nymphes et de Sylvains, troupe d'Amants enchantés, et d'Amantes enchantées.

CHOEUR DES AMOURS, qui sont autour de la fontaine

Aimez, aimez-vous.

ANGÉLIQUE, MÉDOR, et LES CHOEURS

Aimons, aimons-nous.

ANGÉLIQUE, MÉDOR, et LES CHOEURS

Quel bien est plus doux Qu'un amour fidèle ?

CHOEUR DES AMOURS

Aimez, aimez-vous.

LE GRAND CHOEUR

Tendres amours, Enchantez-nous toujours.

Les amants enchantés, et les amantes enchantées, accompagnent en dansant, Médor et Angélique ; l'Amour et les Amours volent, et leur servent de guides.

ACTE III

SCÈNE I. Médor, Temire.

Le théâtre change, et représente un port de mer.

MÉDOR

Je le veux observer, en dussai-je périr.

Médor se tient à l'écart, et écoute Roland et Angélique.

SCÈNE II. Roland, Angélique.

ANGÉLIQUE

Hélas !

SCÈNE III. Angélique, Médor, Temire.

ANGÉLIQUE

Laisse-moi calmer son transport, Vois, si Roland ne peut point nous entendre.

Temire va du côté où Roland est passé.

SCÈNE IV. Angélique, Médor.

MÉDOR et ANGÉLIQUE, répètent ensemble ces trois derniers vers

Vivons l'amour nous y convie, Réservons-nous Pour un amour si doux.

SCÈNE V. Troupe de peuples de Catay, sujets d'Angélique, Angélique, Médor.

ANGÉLIQUE parlant à ses sujets

Vous qui voulez faire paraître Le zèle ardent que vous avez pour moi, Reconnaissez Médor pour votre maître, Rendez hommage à votre roi.

Angélique va retrouver Roland pour l'éloigner du port où elle veut venir s'embarquer avec Médor.

SCÈNE VI. Les peuples de Catay, sujets d'Angélique, rendent hommage à Médor.

Ils l'élèvent sur un trône, et témoignent par leurs chants et par leurs danses la joie qu'ils ont de le reconnaître pour leur souverain.

ACTE IV

SCÈNE I. Roland, Astolfe.

Le théâtre change, et représente une grotte au milieu d'un bocage.

SCÈNE II.

ROLAND, seul

Ah ! J'attendrai longtemps ! La nuit est loin encore. Quoi le soleil veut-il luire toujours ? Jaloux de mon bonheur, il prolonge son cours, Pour retarder la beauté que j'adore. Ô nuit, favorisez mes désirs amoureux. Pressez l'astre du jour de descendre dans l'onde ; Dépliez dans les airs vos voiles ténébreux : Je ne troublerai plus par mes cris douloureux Votre tranquillité profonde : Le charmant objet de mes voeux N'attend que vous pour rendre heureux Le plus fidèle amant du monde ; Ô nuit, favorisez mes désirs amoureux. Que ces gazons sont verts ! Que cette grotte est belle ?

Roland lit tout bas des vers écrits sur la grotte.

Ce que je lis m'apprend que l'amour a conduit Dans ce bocage, loin du bruit, Deux amants qui brûlaient d'un ardeur mutuelle. J'espère qu'avec moi l'amour bientôt ici Conduira la beauté que j'aime. Enchantez d'un bonheur extrême, Sur ces grottes bientôt nous écrirons aussi ?

Roland répète tout haut ce qu'il a lu tout bas.

Beau lieu, doux asile De nos heureuses amours, Puissiez-vous être toujours Charmant et tranquille. Voyons tout... qu'est-ce que je vois ! Ces mots semblent tracés de la main d'Angélique...

Roland lit tout bas deux vers qu'Angélique a écrits.

Ciel c'est pour un autre que moi Que son amour s'explique.

Roland répète tout haut ce qu'il a leu tout bas.

« Angélique engage son coeur ? Médor en est vainqueur ! » Elle m'aurait flatté d'une vaine espérance ? L'ingrate !... N'est-ce point un soupçon qui l'offense ? Médor en est vainqueur ! Non, je n'ai point encor Entendu parler de Médor. Mon amour aurait lieu de prendre des alarmes, Si je trouvais ici le nom De l'intrépide fils d'Aymon, Où d'un autre guerrier célèbre par les armes. Angélique n'a pas osé Avouer de son coeur le véritable maître, Et je puis aisément connaître, Qu'elle parle de moi sous un nom supposé. C'est pour moi seul qu'elle soupire, Elle me l'a trop dit et j'en suis trop certain. Lisons ces autres mots ; ils sont d'une autre main...

Roland lit deux vers que Médor a écrits.

Qu'ai-je lu... Ciel... Il faut relire...

Roland répète tout haut ce qu'il a leu tout bas.

Que Médor est heureux ! Angélique a comblé ses voeux. Ce Médor, quel qu'il soit, se donne ici la gloire D'être l'heureux vainqueur d'un objet si charmant. Angélique a comblé les voeux d'un autre amant ! Elle a pu me trahir !... Non, je ne le puis croire. Non, non, quelque envieux a voulu par ces mots Noircir l'objet que j'aime, et troubler mon repos.

On entend un bruit de musettes et Roland continue.

J'entends un bruit de musique champêtre. Il faut chercher Angélique en ces lieux. Au premier regard de ses yeux Mes noirs soupçons vont disparaître. Elle s'arrêtera, peut-être, À voir danser au son des chalumeaux Les bergers des prochains hameaux.

Une troupe de bergers et de bergères, prend part à la joie de Coridon et de Bélise, qui doivent être mariés le lendemain, et s'approche de la grotte en dansant et en chantant. Roland n'aperçoit point Angélique, et va la chercher dans les lieux d'alentour.

Chalumeau : se dit aussi d'un instrument de musique champêtre, soit d'un, soit de plusieurs tuyaux de blé, soit de quelque matière déliée. [F]

SCÈNE III. Coridon, Bélise, Troupe de bergers et de bergères.

SCÈNE IV. Roland, Coridon, Bélise, troupe de bergers et de bergères.

Roland n'ayant point trouvé Angélique, revient pour en demander des nouvelles aux bergers.

CORIDON

Reposez-vous sur ce lit de verdure. Vous paraissez chagrin ; écoutez à loisir De ces heureux amants l'agréable aventure, Vous l'entendrez avec plaisir.

Roland accablé de douleur s'assied sur un gazon, et écoute avec inquiétude ce que Coridon et Bélise lui racontent.

ROLAND, se levant avec précipitation

Où suis-je ? Juste ciel ! Où suis-je malheureux.

SCÈNE V. Tersandre. Roland, Coridon, Belise, le Choeur.

TERSANDRE, parle à Coridon et à Bélise

Angélique a voulu passer notre espérance. Voyez ce bracelet.

ROLAND

Ciel !

CORIDON et BÉLISE

Ô ciel !

CORIDON

Il s'agite.

BÉLISE

Il menace.

CORIDON

Il pâlit.

BÉLISE

Il soupire.

TERSANDRE

Il murmure.

CORIDON, BÉLISE, et LE CHOEUR

Ah ! Fuyons, fuyons tous.

SCÈNE VII.

ACTE V

SCÈNE I. Astolfe, Logistille.

Le théâtre change, et représente le palais de la sage fée Logistille.

SCÈNE II. Logistille, Roland endormi, Troupe de feés.

LE CHOEUR DES FÉES

Heureux qui se défend toujours Du charme fatal des amours !

Les fées dansent autour de Roland, et font des cérémonies mystérieuses, pour lui rendre la raison.

LOGISTILLE et LE CHOEUR DES FÉES

Heureux qui se défend toujours Du charme fatal des amours !

Les fées continuent leurs danses autour de Roland, et Logistille évoque les ombres des anciens héros, pour l'aider à faire sortir Roland de son égarement.

SCÈNE III. Logistille, Troupe de Feés, Troupe d'Ombres de Héros.

LOGISTILLE et LE CHOEUR DES OMBRES DES HÉROS

Roland, courez aux armes. Que la gloire a de charmes !

À la voix des héros, Roland sort de son sommeil, et recommence à se servir de sa raison.

LE CHOEUR DES FÉES et LE CHOEUR DES OMBRES ET DES HÉROS

Roland, courez aux armes Que la gloire a de charmes.

Les fées, et les ombres des héros, témoignent par des danses, la joie qu'elles ont de la guérison de Roland, la Gloire suivie de la Renommée et précédée de la Terreur vient presser Roland d'aller délivrer son pays.

SCÈNE IV. La Gloire, la Renommée, la Terreur, suite de la Gloire, Roland, Logistille, troupe de Feés, Troupe d'Ombres de Héros.

LA GLOIRE

Roland il faut armer votre invincible bras. La Terreur se prépare à devancer vos pas Sauvez votre pays d'une guerre cruelle Ne suivez plus l'amour c'est un guide infidèle Non, n'oubliez jamais Les maux que l'amour vous a faits.

Roland reprend ses armes que les fées et les héros lui présentent, il témoigne l'impatience qu'il a de partir pour obéir à la Gloire, et la Terreur vole devant lui. Les fées et les héros dansent pour témoigner leur joie ; et Logistille, le choeur de la suite de la Gloire, les choeurs des fées et des héros chantent ensemble.

1 109 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica