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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Stratonice

Philippe Quinault· créée en 1660· 5 actes· 1 744 vers· 11 personnages

Réprésenté pour la première fois le 2 janvier 1660 au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • BARSINE, fille d'Eumenes et nièce d'Attale, rois de Pergame
  • CÉPHISE, confidente de Barsine
  • SÉLEUCUS, roi de Syrie
  • POLICRATE, confident de Séleucus
  • ANTIOCHUS, fils de Séleucus
  • TIMANTE, favori d'Antiochus
  • PHILIPPE, oncle de Stratonice
  • STRATONICE, fille de Demetrius, roi de Macédoine
  • ZÉNONE, suivante de Stratonice
  • ZABAS, courtisan de Seleucus
  • SUITE

ACTE I

SCÈNE I.

BARSINE

Orgueilleux mouvement des âmes généreuses, Qui jamais sans régner ne peuvent être heureuses, Passion des grands cours, dont les soins glorieux Ne sauraient rien souffrir qui soit au dessus d'eux ; Superbe ambition, dont l'ardeur sans seconde Ne se laisse borner que des bornes du monde : Tu me flattais d'un rang que l'on me vient ravir, Une autre va régner, et nous allons servir, Et Stratonice enfin en Syrie arrivée Doit ce soir être au trône à mes yeux élevée Que me peut maintenant servir ton vain transport ? Que fais-tu dans mon cour lorsque l'espoir en sort ? Va laisse-moi tomber dans un sort plus tranquille, Ne me tourmente plus par un soin inutile, Et souffre dans mes maux que j'ai au moins le bien De ne rien désirer quand je ne suis plus rien. Mais, ô voeux superflus ! C'est en vain que je tente De bannir de mon cour le soin qui me tourmente ; Le ciel, de qui nous vient notre inclination, Avec l'âme en mon sein versa l'ambition, Et cette ardeur aveugle à mon âme attachée, Par mes propres efforts n'en peut être arrachée. En vain de ce torrent je m'en veux détourner, Si je ne le veux suivre il saura m'entraîner ; J'en veux toujours au sceptre, et n'ai pas le puissance D'en perdre la désir quand j'en perds l'espérance. Mais s'il te faut souffrir, au moins, cruelle ardeur, Fais place à d'autres feux, passe au fond de mon cour ; Pour arriver au trône où tu pousses mon âme, Souffre qu'à ton secours j'appelle une autre flamme, Et puisque ton pouvoir est trop faible en ce jour , Permets-moi d'emprunter les forces de l'amour. Nous pourrons triompher encore avec nos armes : Pour tout le sang royal mon visage a des charmes, Et je vois sous mes lois également soumis Et le roi de Syrie, et le prince son fils. Si je veux m'abaisser jusqu'à feindre que j'aime, Stratonice n'a pas encore le diadème, Et Seleucus pour moi pourra tout aujourd'hui, Pour peu que mes regards s'adoucissent pour lui. Le sort devait un sceptre au sang du grand Eumenes, Dont toute la chaleur a passé dans mes veines, Mais malgré le refus du sort injurieux, Je n'ai pour l'obtenir besoin que de mes yeux. Il est doux de porter au front une couronne, Quand le faveur des Dieux en naissant nous la donne ; Mais il est bien plus doux, et bien plus glorieux, De la devoir encore à soi-même, qu'aux Dieux.

SCÈNE II. Céphise, Barsine.

BARSINE

Moi.

BARSINE

Apprends pour t'expliquer ce choix qu'on m'a vu faire, Que j'aime Antiochus et que je hais son père, Mon cour pour Seleucus, malgré sa passion Est naturellement rempli d'aversion, Et tu sais que jamais un coeur n'est bien le maître De ces instincts qu'en nous la Nature fait naître. D'abord voyant le roi sans femme, et déjà vieux, Et le prince assuré de régner en ces lieux, Je croyais l'acceptant, toucher au diadème, Fuir une main haïe, obtenir ce que j'aime, Et satisfaire enfin dans mon cour, par ce choix, L'ambition, la haine, et l'amour à la fois. Mais, hélas ! Cet espoir m'avait bien abusée, Une autre a pris la main que j'avais refusée ; le roi sur la frontière a vu Demetrius, Où pour mieux confirmer les articles conclus, Étant sollicité d'entrer dans sa famille, Comme sceau de la paix, il a reçu sa fille. S'il épouse ce soir, juge de mon effroi : Le prince est en péril de n'être jamais roi, Et le roi peut donner, pour comble de misère, Des maîtres à son fils, en lui donnant des frères. Entre les successeurs d'Alexandre le Grand, Qui de tout l'univers fut jadis conquérant, Je vois Demetrius dans la peur qui m'accable, Le plus entreprenant, et le plus redoutable. Il soutiendra sa fille, et mettra ses enfants, Après la mort du roi, dans le trône où je tends, Et je serai, sans prendre une plus haute marque, Toujours femme d'un prince, et jamais d'un monarque. Je sens bien que mon cour en effet est surpris De haine pour le père, et d'amour pour le fils ; Mais rien n'étant plus doux que le titre de reine, J'ai plus d'ambition que d'amour, ni de haine. Le prince quoique aimable, est indigne de moi, Son père a peu d'appas, mais enfin il est roi, Et le sceptre qu'il tient, et dont l'éclat m'emporte, Communique son charme à celui qui le porte.

SCÈNE III. Séleucus, Policrate, Barsine, Céphise.

SCÈNE IV. Séleucus, Policrate.

POLICRATE

Jugez-en mieux.

SCÈNE V. Séleucus, Antiochus, Policrate, Timante.

SCENE VI. Antiochus, Timante.

ANTIOCHUS

Mon mal est bien plus grand que tu ne peux penser, Je me sens tout de flamme, et toujours sans relâche Une fièvre maligne à mes humeurs s'attache ; Mon âme a su partout répandre sa langueur, Mon sang a pris sa part du trouble de mon cour, Et mes esprits brûlants, par leurs courses soudaines Ont enfin fait couler mon feu jusqu'en mes veines ; Mais rougissant de voir ce qui me fait brûler, J'aime encore beaucoup mieux en mourir qu'en parler, Mon amour fait mon mal, Timante, et je m'expose, En découvrant l'effet, à découvrir la cause ; Je me sens si honteux, et j'ai tant de regret De n'aimer plus qui m'aime, et d'aimer qui me hait, Qu'aussi bien je mourrais de honte et de tristesse, Si l'ingrate que j'aime avait su ma faiblesse. Quoi ? L'orgueilleuse aurait le plaisir de savoir Que malgré moi mon âme est toute en son pouvoir ? Qu'elle peut sur mon cour beaucoup plus que moi-même, Qu'elle me hait enfin bien moins que je ne l'aime, Et que c'est en effet pour elle que je meurs ? Ah, ce serait pour moi le plus grand des malheurs. Elle n'aura jamais cette barbare joie, Si je ne la hais pas, je veux qu'elle le crois ; Je veux, malgré l'amour dont je me sens surpris, Montrer haine pour haine, et mépris pour mépris, Et que l'indigne ardeur dont j'ai l'âme enflammée, Soit une honte au moins dans mon cour renfermée. Dussai-je de douleur en mourir à l'instant, Je veux voir son hymen d'un visage content, Et conclure à ses yeux le fatal mariage Où je sais qu'aussi bien ma parole m'engage, Je réponds que Barsine aura ma main ce soir. Mais je me sens encore trop faible pour la voir. Rentrons.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Philippe, Stratonice, Zénone.

SCÈNE II. Stratonice, Zénone.

SCÈNE III. Stratonice, Zabas, Zénone.

SCÈNE IV. Stratonice, Barsine, Zénone, Céphise.

SCÈNE V. Stratonice, Zénone.

SCÈNE VI. Antiochus, Stratonice, Timante, Zénone.

TIMANTE à Antiochus

Vous avancez toujours.

ZÉNONE à Stratonice

Vous demeurez encore.

ANTIOCHUS à Stratonice

Hé quoi, vous me fuyez ?

STRATONICE

Achevez...

ANTIOCHUS

Dites tout.

SCÈNE VII. Antiochus, Timante.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Stratonice, Séleucus, Policrate, Zénone.

SCÈNE II. Séleucus, Policrate.

SCÈNE III. Séleucus, Barsine, Céphise, Policrate.

BARSINE

Et ne savez-vous pas qu'elle est la peine extrême Qu'une fille a toujours pour avouer qu'elle aime, Et que ce sexe fier qui se rend à regret, Refuse bien souvent ce qu'il veut en secret ? J'ai toujours su le prix d'un cour tel que le vôtre ; Et quand j'ai refusé ce bien qu'obtient une autre, Je n'ai pas cru le perdre, et j'osais me flatter De l'espoir de me voir contraindre à l'accepter. Mais cet espoir cessa lorsque je vis votre âme, Pour plaire à votre fils, renoncer à ma flamme, Car enfin qui renonce à l'objet de son feu, Ou n'aime point du tout, ou n'aime que bien peu. Le ciel sait quels tourments mon âme dépitée Souffrit pour vous quitter quand vous m'eûtes quittée, Et quels furent alors les efforts que je fis Pour m'arracher au père et me promettre au fils ; Oui, voyant qu'à ce fils vous me vouliez soumettre, Je lui promis mon cour, mais l'ai-je pu promettre, Et dois-je être forcée à lui tenir ma foi Si j'ai promis un bien qui n'était pas à moi ? Puisqu'il veut être à vous, souffrez qu'il y demeure, Je ne demande point de fortune meilleure, Endurez ma faiblesse, et dispensez ma foi D'achever un hymen qui me comble d'effroi. Dégagez-moi, Seigneur, de l'injustice extrême De ne pouvoir aimer ce qu'il faudra que j'aime, Et vous-même rompez des noeuds mal assortis, De peur de dérober mon cour à votre fils. Mais enfin si ma voix faiblement vous touche, Mes yeux pour vous fléchir se joignent à ma bouche, Et pour avoir le droit de n'aimer point ailleurs, Je confonds à vos pieds ma prière et mes pleurs.

SCÈNE IV. Séleucus, Barsine, Zabas, Policrate, Céphise.

SCÈNE V. Barsine, Céphise.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Timante, Antiochus.

SCÈNE II. Séleucus, Antiochus, Timante.

ANTIOCHUS

Elle m'aime ?

SCÈNE III. Stratonice, Séleucus, Zénone, Policrate.

SCÈNE IV. Policrate, Stratonice, Séleucus, Zénone.

SCÈNE V. Zénone, Stratonice.

SCÈNE VI. Antiochus, Stratonice, Zénone, Timante, Zabas.

SCÈNE VII. Antiochus, Zabas, Timante.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Barsine, Céphise.

SCÈNE II. Séleucus, Barsine, Céphise.

SÉLEUCUS

Jugez par ce récit si j'ai pu m'abuser. Dès le premier avis envoyé par Timante, Que le prince tombait dans une fièvre ardente, Accablé de douleur, avec empressement, J'ai passé tout ému dans son appartement. Il était en faiblesse, et sa langueur mortelle Eut touché de pitié l'âme la plus cruelle, Et l'eussiez-vous haï, l'excès de ses malheurs À vos yeux comme aux miens eut arrachés des pleurs. Je l'ai trouvé sans force, et sans marque de vie, Son visage était pâle, et sa fraîcheur ternie, Ses lèvres conservaient encore quelque couleur ; Mais par l'effort mourant d'un reste de chaleur, Dessus sa bouche seule un dernier trait de flamme Semblait avoir laissé des traces de son âme. Il était étendu sans aucun sentiment, Son pouls même déjà perdait le mouvement ; Il ne lui restait rien de sa vigueur première ; Ses yeux, quoiqu'entrouverts, n'avaient plus de lumière, Et dans leurs feux éteints on remarquait d'abord L'absence de la vie et l'ombre de la mort. De mon fils toutefois l'âme presque envolée A semblé tout_à_coup par mes cris rappelée, Et la vie et le jour que j'ai su lui donner, N'ont par respect, ce semble, osé l'abandonner. Ses sens sont revenus, mais sa vue agitée Ne s'est sur nul objet de longtemps arrêtée, Et pressé d'expliquer ses maux et ses désirs, Son cour n'a répondu que par de longs soupirs, Mais qui, tous déguisés qu'ils aient essayé d'être, Pour des soupirs d'amour se sont fait reconnaître. A ma vue emporté d'un trouble sans égal, Il n'a pu me cacher que je suis son rival : Son transport l'a forcé de m'avouer lui-même Qu'il meurt pour me céder la princesse qu'il aime Qu'il la donne au devoir, mais qu'au moins son amour La force en la perdant de perdre aussi le jour. Après ces mots sa fièvre a paru redoublée, Je n'ai rien su de plus, sa raison s'est troublée A prendre aucun repos il n'a pu consentir, Et même de sa chambre il a voulu sortir. Mais le peu qu'il m'a dit trop clairement s'explique ; Son mal est un effet de notre amour tragique, Et je viens vous presser par les noeuds les plus doux De sauver par pitié mon fils qui meurt pour vous. Aussi bien Stratonice à nos voeux est contraire ; Accordez-vous au fils, ne pouvant être au père, Et lui donnant la main pour sortir du tombeau, De mon sang qui s'éteint ranimez le plus beau. Si mon amour vous plaît, dans cet autre moi-même C'est la meilleure part de mon cour qui vous aime. Et tout ce qu'en effet j'ai d'esprits aujourd'hui, N'est qu'un reste de ceux qui sont passés en lui.

SCÈNE III. Antiochus, Séleucus, Barsine, Policrate, Timante.

ANTIOCHUS, fuyant ceux qui le suivent et se voulant tuer

C'est trop souffrir, mourons.

ANTIOCHUS

Hélas !

SCÈNE IV. Philipe, Stratonice, Séleucus, Antiochus, Barsine, Zénone, Céphise, Policrate, Timante.

1 744 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0