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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Alexandre le Grand

Jean Racine· créée en 1665, imprimée en 1697· 5 actes· 1 551 vers· 7 personnages

Représenté pour la première fois au Théâtre du Palais-Royal, le 4 décembre 1665.

Personnages

  • ALEXANDRE
  • PORUS, roi dans les Indes
  • TAXILE, roi dans les Indes
  • AXIANE, reine d'une autre partie des Indes
  • CLÉOFILE, soeur de Taxile
  • ÉPHESTION
  • SUITE D'ALEXANDRE
SIRE,

AU ROI

Voici une seconde entreprise qui n'est pas moins hardie que la première. Je ne me contente pas d'avoir mis à la tête de mon ouvrage le nom d'Alexandre, j'y ajoute encore celui de VOTRE MAJESTÉ, c'est-à-dire que j'assemble tout ce que le siècle présent et les siècles passés nous peuvent fournir de plus grand. Mais, SIRE, j'espère que VOTRE MAJESTÉ ne condamnera pas cette seconde hardiesse, comme elle n'a pas désapprouvé la première. Quelques efforts que l'on eût faits pour lui défigurer mon héros, il n'a pas plutôt paru devant elle, qu'elle l'a reconnu pour Alexandre. Et à qui s'en rapportera-t-on, qu'à un roi dont la gloire est répandue aussi loin que celle de ce conquérant, et devant qui l'on peut dire que tous les peuples du monde se taisent comme l'Écriture l'a dit d'Alexandre ? Je sais bien que ce silence est un silence d'étonnement et d'admiration, que jusques ici la force de vos armes ne leur a pas tant imposé que celle de vos vertus. Mais, SIRE, votre réputation n'en est pas moins éclatante, pour n'être point établie sur les embrasements et sur les ruines ; et déjà VOTRE MAJESTÉ est arrivée au comble de la gloire par un chemin plus nouveau et plus difficile que celui par où Alexandre y est monté. Il n'est pas extraordinaire de voir un jeune homme gagner des batailles, de le voir mettre le feu par toute la terre. Il n'est pas impossible que la jeunesse et la fortune l'emportent victorieux jusqu'au fond des Indes. L'histoire est pleine de jeunes conquérants ; et l'on sait avec quelle ardeur VOTRE MAJESTÉ elle-même a cherché les occasions de se signaler dans un âge où Alexandre ne faisait encore que pleurer sur les victoires de son père. Mais elle me permettra de lui dire que devant elle, on n'a point vu de roi qui, à l'âge d'Alexandre, ait fait paraître la conduite d'Auguste ; qui, sans s'éloigner presque du centre de son royaume, ait répandu sa lumière jusqu'au bout du monde ; et qui ait commencé sa carrière par où les plus grands princes ont tâché d'achever la leur. On a disputé chez les anciens si la fortune n'avait point eu plus de part que la vertu dans les conquêtes d'Alexandre. Mais quelle part la fortune peut-elle prétendre aux actions d'un roi qui ne doit qu'à ses seuls conseils l'état florissant de son royaume, et qui n'a besoin que de lui-même, pour se rendre redoutable à toute l'Europe ? Mais, SIRE, je ne songe pas qu'en voulant louer VOTRE MAJESTÉ je m'engage dans une carrière trop vaste et trop difficile. Il faut auparavant m'essayer encore sur quelques autres héros de l'antiquité ; et je prévois qu'à mesure que je prendrai de nouvelles forces, VOTRE MAJESTÉ se couvrira elle-même d'une gloire toute nouvelle ; que nous la reverrons peut-être, à la tête d'une armée, achever la comparaison qu'on peut faire d'elle et d'Alexandre, et ajouter le titre de conquérant à celui du plus sage roi de la terre. Ce sera alors que vos sujets devront consacrer toutes leurs veilles au récit de tant de grandes actions, et ne pas souffrir que VOTRE MAJESTÉ ait lieu de se plaindre, comme Alexandre, qu'elle n'a eu personne de son temps qui pût laisser à la postérité la mémoire de ses vertus. Je n'espère pas être assez heureux pour me distinguer par le mérite de mes ouvrages, mais je sais bien que je me signalerai au moins par le zèle et la profonde vénération avec laquelle je suis,

SIRE DE VOTRE MAJESTÉ, Le très humble, très obéissant, et très fidèle serviteur et sujet,

RACINE.

Première préface (édition 1666 et 1672)

[Note : Les parties entre crochets de cette préface sont supprimées dans l'édition de 1672]

Je ne rapporterai point ici ce que l'histoire dit de Porus, il faudrait copier tout le huitième livre de Quinte-Curce ; et je m'engagerai moins encore à faire une exacte apologie de tous les endroits qu'on a voulu combattre dans ma pièce. Je n'ai pas prétendu donner au public un ouvrage parfait : je me fais trop justice pour avoir osé me flatter de cette espérance. Avec quelque succès qu'on ait représenté mon Alexandre, et quoique les premières personnes de la terre et les Alexandres de notre siècle se soient hautement déclarés pour lui, je ne me laisse point éblouir par ces illustres approbations. Je veux croire qu'ils ont voulu encourager un jeune homme, et m'exciter à faire encore mieux dans la suite ; mais j'avoue que, quelque défiance que j'eusse de moi-même, je n'ai pu m'empêcher de concevoir quelque opinion de ma tragédie, quand j'ai vu la peine que se sont donnée certaines gens pour la décrier. On ne fait point tant de brigues contre un ouvrage qu'on n'estime pas ; on se contente de ne plus le voir quand on l'a vu une fois, et on le laisse tomber de lui-même, sans daigner seulement contribuer à sa chute. [Cependant j'ai eu le plaisir de voir plus de six fois de suite à ma pièce le visage de ces censeurs ; ils n'ont pas craint de s'exposer si souvent à entendre une chose qui leur déplaisait ; ils ont prodigué libéralement leur temps et leurs peines pour la venir critiquer, sans compter les chagrins que leur ont peut-être coûté les applaudissements que leur présence n'a pas empêché le public de me donner.] Ce n'est pas, comme j'ai déjà dit, que je croie ma pièce sans défauts. On sait avec quelle déférence j'ai écouté les avis sincères de mes véritables amis, et l'on verra même que j'ai profité en quelques endroits des conseils que j'en ai reçus. Mais je n'aurais jamais fait si je m'arrêtais aux subtilités de quelques critiques, qui prétendent assujettir le goût du public aux dégoûts d'un esprit malade, qui vont au théâtre avec un ferme dessein de n'y point prendre de plaisir, et qui croient prouver à tous les spectateurs, par un branlement de tête et par des grimaces affectées, qu'ils ont étudié à fond la Poétique d'Aristote.

En effet, que répondrais-je à ces critiques qui condamnent jusques au titre de ma tragédie, et qui ne veulent pas que je l'appelle Alexandre, quoique Alexandre en fasse la principale action, et que le véritable sujet de la pièce ne soit autre chose que la générosité de ce conquérant ? Ils disent que je fais Porus plus grand qu'Alexandre. Et en quoi paraît-il plus grand ? Alexandre, n'est-il pas toujours le vainqueur ? Il ne se contente pas de vaincre Porus par la force de ses armes, il triomphe de sa fierté même par la générosité qu'il fait paraître en lui rendant ses États. Ils trouvent étrange qu'Alexandre, après avoir gagné la bataille, ne retourne pas à la tête de son armée, et qu'il s'entretienne avec sa maîtresse, au lieu d'aller combattre un petit nombre de désespérés qui ne cherchent qu'à périr. Cependant, si l'on en croit un des plus grands capitaines de ce temps, Éphestion n'a pas dû s'y trouver lui-même. [Ils ne peuvent souffrir qu'Éphestion fasse le récit de la mort de Taxile en présence de Porus, parce que ce récit est trop à l'avantage de ce prince. Mais ils ne considèrent pas que l'on ne blâme les louanges que l'on donne à une personne en sa présence, que quand elles peuvent être suspectes de flatterie, et qu'elles font un effet tout contraire quand elles partent de la bouche d'un ennemi et que celui qu'on loue est dans le malheur. Cela s'appelle rendre justice à la vertu, et la respecter même dans les fers. Il me semble que cette conduite répond assez bien à l'idée que les historiens nous donnent du favori d'Alexandre. Mais au moins, disent-ils, il devrait épargner la patience de son maître, et ne pas tant vanter devant lui la valeur de son ennemi. Ceux qui tiennent ce langage ont sans doute oublié que Porus vient d'être défait par Alexandre, et que les louanges qu'on donne au vaincu retournent à la gloire du vainqueur.] Je ne réponds rien à ceux qui blâment Alexandre de rétablir Porus en présence de Cléofile. C'est assez pour moi que ce qui passe pour une faute auprès de ces esprits qui n'ont lu l'histoire que dans les romans, et qui croient qu'un héros ne doit jamais faire un pas sans la permission de sa maîtresse, a reçu des louanges de ceux qui, étant eux-mêmes de grands héros, ont droit de juger de la vertu de leurs pareils. Enfin la plus grande objection que l'on me fasse, c'est que mon sujet est trop simple et trop stérile.

Je ne représente point à ces critiques le goût de l'antiquité ; [je vois bien qu'ils le connaissent médiocrement]. Mais de quoi se plaignent-ils, si toutes mes scènes sont bien remplies, si elles sont bien liées nécessairement les unes aux autres, si tous mes acteurs ne viennent point sur le théâtre que l'on ne sache la raison qui les y fait venir et si, avec peu d'incidents et peu de matière, j'ai été assez heureux pour faire une pièce qui les a peut-être attachés malgré eux depuis le commencement jusqu'à la fin ? Mais ce qui me console, c'est de voir mes censeurs s'accorder si mal ensemble : les uns disent que Taxile n'est point assez honnête homme, les autres, qu'il ne mérite point sa perte ; les uns soutiennent qu'Alexandre n'est point assez amoureux, les autres, qu'il ne vient sur le théâtre que pour parler d'amour. Ainsi je n'ai pas besoin que mes amis se mettent en peine de me justifier, je n'ai qu'à renvoyer mes ennemis à mes ennemis, et je me repose sur eux de la défense d'une pièce qu'ils attaquent en si mauvaise intelligence, et avec des sentiments si opposés.

Seconde préface (édition 1674 et suivantes)

Il n'y a guère de tragédie, où l'Histoire soit plus fidèlement suivie que dans celle-ci. Le sujet en est tiré de plusieurs auteurs, mais surtout du huitième Livre de Quinte-Curce. C'est-là qu'on peut voir tout ce qu'Alexandre fit lorsqu'il entra dans les Indes, les Ambassades qu'il envoya aux Rois de ce pays-là, les différentes réceptions qu'ils firent à ses envoyés, l'alliance que Taxile fit avec lui, la fierté avec laquelle Porus refusa les conditions qu'on lui présentait, l'inimitié qui était entre Porus et Taxile, et enfin la victoire qu'Alexandre remporta sur Porus, la réponse généreuse que ce brave Indien fit au vainqueur qui lui demandait comment il voulait qu'on le traitât, et la générosité avec laquelle Alexandre lui rendit tous ses états, et en ajouta beaucoup d'autres.

Cette action d'Alexandre a passé pour une des plus belles que ce prince ait faites en sa vie ; et le danger que Porus lui fit courir dans la bataille, lui parut le plus grand où il se fût jamais trouvé. Il le confessa lui-même, en disant qu'il avait trouvé enfin un péril digne de son courage. Et ce fut en cette même occasion qu'il s'écria : « Ô Athéniens, combien de travaux j'endure pour me faire louer de vous ! » J'ai tâché de représenter en Porus un ennemi digne d'Alexandre. Et je puis dire que son caractère a plu extrêmement sur notre théâtre ; jusques-là, que des personnes m'ont reproché que je faisais ce prince plus grand qu'Alexandre. Mais ces personnes ne considèrent pas que dans la bataille et dans la victoire Alexandre est en effet plus grand que Porus ; qu'il n'y a pas un vers dans la tragédie qui ne soit à la louange d'Alexandre, que les invectives même de Porus et d'Axiane sont autant d'éloges de la valeur de ce conquérant. Porus a peut-être quelque chose qui intéresse davantage, parce qu'il est dans le malheur. « Car, comme dit Sénèque, nous sommes de telle nature, qu'il n'y a rien au monde qui se fasse tant admirer qu'un homme qui sait être malheureux avec courage. » Ita affecti sumus, ut nihil aequè magnam apud nos admirationem occupet, quàm homo fortiter miser.

Les amours d'Alexandre et de Cléofile ne sont pas de mon invention. Justin en parle aussi bien que Quinte-Curce. Ces deux historiens rapportent qu'une reine dans les Indes nommée Cléofile, se rendit à ce prince avec la ville où il la tenait assiégée, et qu'il la rétablit dans son royaume en considération de sa beauté. Elle en eut un fils, et elle l'appela Alexandre. Voici les paroles de Justin : Regna Cleofidis Reginae petit : Quae cum se dedisset ei, Regnum ab Alexandro recepit, illecebris consecuta quod virtute non potuerat, Filiumque ab eo genitum, Alexandrum nominavit, qui postea Regnum Indorum potitus est. [à partir de ce point le texte suivant est supprimé à partir de 1687] Il paraît par la suite de ce passage que les indiens regardaient cette Cléofile comme les Romains depuis regardèrent Cléopâtre. Aussi y a-t-il quelque conformité entre les aventures de ces deux reines ; et Cléofile en usa envers César. L'une eut un fils, qu'elle appelait Césarion. On pouvait ajouter cette ressemblance au parallèle que l'on a fait de ces deux conquérants, d'autant plus qu'ils se ressemblaient beaucoup dans la manière dont ils étaient amoureux. Cette passion ne les a jamais tourmentés plus que de raison. Et quand Cléofile aurait été soeur de Taxile, comme elle l'est dans ma tragédie, je suis persuadé que l'amour qu'Alexandre avait pour elle ne l'aurait pas empêché de rétablir Porus en présence de cette présence.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Taxile, Cléofile.

SCÈNE II. Porus, Taxile.

SCÈNE III. Porus, Axiane.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Cléofile, Éphestion.

SCÈNE II. Porus, Taxile, Éphestion.

TAXILE

Seigneur, ne croyez point qu'une fierté barbare Nous fasse méconnaître une vertu si rare, Et que dans leur orgueil nos peuples affermis, Prétendent malgré vous être vos ennemis. Nous rendons ce qu'on doit aux illustres exemples, Vous adorez des dieux qui nous doivent leurs temples. Des héros qui chez vous passaient pour des mortels, En venant parmi nous, ont trouvé des autels. Mais en vain l'on prétend chez des peuples si braves, Au lieu d'adorateurs, se faire des esclaves, Croyez-moi, quelque éclat qui les puisse toucher, Ils refusent l'encens qu'on leur veut arracher. Assez d'autres États devenus vos conquêtes, De leurs rois sous le joug ont vu ployer les têtes. Après tous ces États qu'Alexandre a soumis, N'est-il pas temps, Seigneur, qu'il cherche des amis ? Tout ce peuple captif, qui tremble au nom d'un maître, Soutient mal un pouvoir qui ne fait que de naître. Ils ont, pour s'affranchir, les yeux toujours ouverts. Votre empire n'est plein que d'ennemis couverts. Ils pleurent en secret leurs rois sans diadèmes. Vos fers trop étendus se relâchent d'eux-mêmes ; Et déjà dans leur coeur les Scythes mutinés, Vont sortir de la chaîne, où vous nous destinez. Essayez, en prenant notre amitié pour gage, Ce que peut une foi qu'aucun serment n'engage ; Laissez un peuple au moins qui puisse quelquefois Applaudir sans contrainte au bruit de vos exploits. Je reçois à ce prix l'amitié d'Alexandre. Et je l'attends déjà, comme un roi doit attendre Un héros dont la gloire accompagne les pas, Qui peut tout sur mon coeur, et rien sur mes États.

PORUS

Je croyais, quand l'Hydaspe assemblant ses provinces Au secours de ses bords fit voler tous ses princes, Qu'il n'avait avec moi, dans des desseins si grands, Engagé que des rois ennemis des tyrans. Mais puisqu'un roi flattant la main qui nous menace, Parmi ses alliés brigue une indigne place, C'est à moi de répondre aux voeux de mon pays, Et de parler pour ceux que Taxile a trahis. Que vient chercher ici le roi qui vous envoie ? Quel est ce grand secours que son bras nous octroie ? De quel front ose-t-il prendre sous son appui Des peuples qui n'ont point d'autre ennemi que lui ? Avant que sa fureur ravageât tout le monde, L'Inde se reposait dans une paix profonde ; Et si quelques voisins en troublaient les douceurs, Il portait dans son sein d'assez bons défenseurs. Pourquoi nous attaquer ? Par quelle barbarie A-t-on de votre maître excité la furie ? Vit-on jamais chez lui nos peuples en courroux Désoler un pays inconnu parmi nous ? Faut-il que tant d'États, de déserts, de rivières, Soient entre nous et lui d'impuissantes barrières ? Et ne saurait-on vivre au bout de l'univers, Sans connaître son nom, et le poids de ses fers ? Quelle étrange valeur, qui ne cherchant qu'à nuire, Embrase tout, sitôt qu'elle commence à luire, Qui n'a que son orgueil pour règle et pour raison, Qui veut que l'univers ne soit qu'une prison, Et que maître absolu de tous tant que nous sommes, Ses esclaves en nombre égalent tous les hommes. Plus d'États, plus de rois. Ses sacrilèges mains Dessous un même joug rangent tous les humains. Dans son avide orgueil je sais qu'il nous dévore. De tant de souverains nous seuls régnons encore. Mais que dis-je nous seuls ? Il ne reste que moi, Où l'on découvre encor les vestiges d'un roi. Mais c'est pour mon courage une illustre matière. Je vois d'un oeil content trembler la terre entière, Afin que par moi seul les mortels secourus, S'ils sont libres, le soient de la main de Porus, Et qu'on dise partout dans une paix profonde : « Alexandre vainqueur eût dompté tout le monde, Mais un roi l'attendait au bout de l'univers, Par qui le monde entier a vu briser ses fers. »

SCÈNE III. Porus, Taxile.

SCÈNE IV. Axiane, Porus, Taxile.

SCÈNE V. Axiane, Porus.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Axiane, Cléofile.

SCÈNE II. Taxile, Axiane, Cléofile.

SCÈNE III. Taxile, Cléofile.

SCÈNE IV. Alexandre, Taxile, Cléofile, Éphestion, Suite d'Alexandre.

SCÈNE V. Alexandre, Taxile, Cléofile.

SCÈNE VI. Alexandre, Cléofile.

SCÈNE VII. Alexandre, Cléofile, Éphestion.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

AXIANE, seule

N'entendrons-nous jamais que des cris de victoire, Qui de mes ennemis me reprochent la gloire ? Et ne pourrai-je au moins en de si grands malheurs M'entretenir moi seule avecque mes douleurs ? D'un odieux amant sans cesse poursuivie, On prétend malgré moi m'attacher à la vie. On m'observe, on me suit. Mais, Porus, ne crois pas Qu'on me puisse empêcher de courir sur tes pas. Sans doute à nos malheurs ton coeur n'a pu survivre, En vain tant de soldats s'arment pour te poursuivre, On te découvrirait au bruit de tes efforts, Et s'il te faut chercher ce n'est qu'entre les morts. Hélas ! En me quittant, ton ardeur redoublée Semblait prévoir les maux dont je suis accablée, Lorsque tes yeux aux miens découvrant ta langueur, Me demandaient quel rang tu tenais dans mon coeur ; Que sans t'inquiéter du succès de tes armes Le soin de ton amour te causait tant d'alarmes. Et pourquoi te cachais-je avec tant de détours Un secret si fatal au repos de tes jours ? Combien de fois tes yeux forçant ma résistance Mon coeur s'est-il vu prêt de rompre le silence ? Combien de fois sensible à tes ardents désirs M'est-il en ta présence échappé des soupirs ? Mais je voulais encor douter de ta victoire. J'expliquais mes soupirs en faveur de la gloire, Je croyais n'aimer qu'elle. Ah ! Pardonne, grand Roi, Je sens bien aujourd'hui que je n'aimais que toi. J'avouerai que la gloire eut sur moi quelque empire. Je te l'ai dit cent fois. Mais je devais te dire Que toi seul en effet m'engageas sous ses lois. J'appris à la connaître en voyant tes exploits ; Et de quelque beau feu qu'elle m'eût enflammée, En un autre que toi je l'aurais moins aimée. Mais que sert de pousser des soupirs superflus, Qui se perdent en l'air et que tu n'entends plus ? Il est temps que mon âme au tombeau descendue, Te jure une amitié si longtemps attendue. Il est temps que mon coeur pour gage de sa foi Montre qu'il n'a pu vivre un moment après toi. Aussi bien penses-tu que je voulusse vivre Sous les lois d'un vainqueur à qui ta mort nous livre ? Je sais qu'il se dispose à me venir parler, Qu'en me rendant mon sceptre il veut me consoler. Il croit peut-être, il croit que ma haine étouffée À sa fausse douceur servira de trophée. Qu'il vienne. Il me verra toujours digne de toi Mourir en reine ainsi que tu mourus en roi.

SCÈNE II. Alexandre, Axiane.

SCÈNE III. Axiane, Taxile.

SCÈNE IV. Taxile, Cléofile.

SCÈNE V.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Alexandre, Cléofile.

SCÈNE II. Alexandre, Axiane, Cléofile.

SCÈNE III. Alexandre, Porus, Axiane, Cléofile, Éphestion, Gardes d'Alexandre.

ALEXANDRE

Oui.

ALEXANDRE

Quoi Taxile ?

PORUS

En roi.

1 551 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0