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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Andromaque

Jean Racine· créée en 1667, imprimée en 1697· 5 actes· 1 683 vers· 9 personnages

Représenté la première fois 17 novembre 1667, dans l'Appartement de la Reine, et sans doute reprise le 18 novembre 1667 (selon Georges Forestier) au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • ANDROMAQUE, veuve d'Hector, captive de Pyrrhus
  • PYRRHUS, fils d'Achille roi d'Épire
  • ORESTE, fils d'Agamemnon
  • HERMIONE, fille d'Hélène, accordée avec Pyrrhus
  • PYLADE, ami d'Oreste
  • CLÉONE, confidente d'Hermione
  • CÉPHISE, confidente d'Andromaque
  • PHOENIX, gouverneur d'Achille, et ensuite de Pyrrhus
  • Suite d'Oreste
MADAME,

À MADAME

Ce n'est pas sans sujet que je mets votre illustre nom à la tête de cet ouvrage. Et de quel autre nom pourrais-je éblouir les yeux de mes lecteurs, que de celui dont mes spectateurs ont été si heureusement éblouis ? On savait que VOTRE ALTESSE ROYALE avait daigné prendre soin de la conduite de ma tragédie ; on savait que vous m'aviez prêté quelques-unes de vos lumières pour y ajouter de nouveaux ornements ; on savait enfin que vous l'aviez honorée de quelques larmes dès la première lecture que je vous en fis. Pardonnez-moi, MADAME, si j'ose me vanter de cet heureux commencement de sa destinée. Il me console bien glorieusement de la dureté de ceux qui ne voudraient pas s'en laisser toucher. Je leur permets de condamner l'Andromaque tant qu'ils voudront, pourvu qu'il me soit permis d'appeler de toutes les subtilités de leur esprit au coeur de VOTRE ALTESSE ROYALE.

Mais, Madame, ce n'est pas seulement du coeur que vous jugez de la bonté d'un ouvrage, c'est avec une intelligence qu'aucune fausse lueur ne saurait tromper. Pouvons-nous mettre sur la scène une histoire que vous ne possédiez aussi bien que nous ? Pouvons-nous faire jouer une intrigue dont vous ne pénétriez tous les ressorts ? Et pouvons-nous concevoir des sentiments si nobles et si délicats qui ne soient infiniment au-dessous de la noblesse et de la délicatesse de vos pensées ?

On sait, MADAME, et VOTRE ALTESSE ROYALE a beau s'en cacher, que, dans ce haut degré de gloire où la Nature et la Fortune ont pris plaisir de vous élever, vous ne dédaignez pas cette gloire obscure que les gens de lettres s'étaient réservée. Et il semble que vous ayez voulu avoir autant d'avantage sur notre sexe, par les connaissances et par la solidité de votre esprit, que vous excellez dans le vôtre par toutes les grâces qui vous environnent. La Cour vous regarde comme l'arbitre de tout ce qui se fait d'agréable. Et nous qui travaillons pour plaire au public, nous n'avons plus que faire de demander aux savants si nous travaillons selon les règles. La règle souveraine est de plaire à VOTRE ALTESSE ROYALE.

Voilà sans doute la moindre de vos excellentes qualités. Mais, MADAME, c'est la seule dont j'ai pu parler avec quelque connaissance ; les autres sont trop élevées au-dessus de moi. Je n'en puis parler sans les rabaisser par la faiblesse de mes pensées, et sans sortir de la profonde vénération avec laquelle je suis,

MADAME, DE VOTRE ALTESSE ROYALE, Le très humble, très obéissant, et très fidèle serviteur,

RACINE.

PREMIÈRE PRÉFACE (édition 1668 et 1673)

Virgile au troisième livre de l'Enéide (c'est Enée qui parle) :

Littoraque Epiri legimus, portuque subimus Chaonio, et celsam Buthroti ascendimus urbem... Solemnes tum forte dapes et tristia dona... Libabat cineri Andromache, Manesque vocabat Hectoreum ad tumulum, viridi quem cespite inanem, Et geminas, causam lacrymis, sacraverat aras... Dejecit vultum, et demissa voce locuta est : "O felix una ante alias Priameïa virgo, Hostilem ad tumulum, Trojae sub moenibus altis, Jussa mori, quae sortitus non pertulit ullos, Nec victoris heri tetigit captiva cubile ! Nos, patria incensa, diversa per aequora vectae, Stirpis Achilleae fastus, juvenemque superbum, Servitio enixae, tulimus, qui deinde secutus Ledaeam Hermionem, Lacedaemoniosque hymenaeos... Ast illum, ereptae magno inflammatus amore Conjugis, et scelerum Furiis agitatus, Orestes

Voilà, en peu de vers, tout le sujet de cette tragédie. Voilà le lieu de la scène, l'action qui s'y passe, les quatre principaux acteurs, et même leurs caractères, excepté celui d'Hermione dont la jalousie et les emportements sont assez marqués dans l'Andromaque d'Euripide.

Mais véritablement mes personnages sont si fameux dans l'antiquité, que, pour peu qu'on la connaisse, on verra fort bien que je les ai rendus tels que les anciens poètes nous les ont donnés. Aussi n'ai-je pas pensé qu'il me fût permis de rien changer à leurs moeurs. Toute la liberté que j'ai prise, ç'a été d'adoucir un peu la férocité de Pyrrhus, que Sénèque, dans sa Troade, et Virgile, dans le second livre de l'Enéide, ont poussée beaucoup plus loin que je n'ai cru le devoir faire.

Encore s'est-il trouvé des gens qui se sont plaints qu'il s'emportât contre Andromaque, et qu'il voulût épouser une captive à quelque prix que ce fût. J'avoue qu'il n'est pas assez résigné à la volonté de sa maîtresse, et que Céladon a mieux connu que lui le parfait amour. Mais que faire ? Pyrrhus n'avait pas lu nos romans. Il était violent de son naturel, et tous les héros ne sont pas faits pour être des Céladons.

Quoi qu'il en soit, le public m'a été trop favorable pour m'embarrasser du chagrin particulier de deux ou trois personnes qui voudraient qu'on réformât tous les héros de l'antiquité pour en faire des héros parfaits. Je trouve leur intention fort bonne de vouloir qu'on ne mette sur la scène que des hommes impeccables mais je les prie de se souvenir que ce n'est point à moi de changer les règles du théâtre. Horace nous recommande de peindre Achille farouche, inexorable, violent, tel qu'il était, et tel qu'on dépeint son fils. Aristote, bien éloigné de nous demander des héros parfaits, veut au contraire que les personnages tragiques, c'est-à-dire ceux dont le malheur fait la catastrophe de la tragédie, ne soient ni tout à fait bons, ni tout à fait méchants. Il ne veut pas qu'ils soient extrêmement bons, parce que la punition d'un homme de bien exciterait plus l'indignation que la pitié du spectateur ; ni qu'ils soient méchants avec excès, parce qu'on n'a point pitié d'un scélérat. Il faut donc qu'ils aient une bonté médiocre, c'est-à-dire une vertu capable de faiblesse, et qu'ils tombent dans le malheur par quelque faute qui les fasse plaindre sans les faire détester.

SECONDE PRÉFACE (édition 1674 et suivantes)

Virgile au troisième livre de l'Enéide ; c'est Enée qui parle :

Littoraque Epiri legimus, portuque subimus Chaonio, et celsam Buthroti ascendimus urbem... Solemnes tum forte dapes et tristia dona... Libabat cineri Andromache, Manesque vocabat Hectoreum ad tumulum, viridi quem cespite inanem, Et geminas, causam lacrymis, sacraverat aras... Dejecit vultum, et demissa voce locuta est : "O felix una ante alias Priameïa virgo, Hostilem ad tumulum, Trojae sub moenibus altis, Jussa mori, quae sortitus non pertulit ullos, Nec victoris heri tetigit captiva cubile ! Nos, patria incensa, diversa per aequora vectae, Stirpis Achilleae fastus, juvenemque superbum, Servitio enixae, tulimus, qui deinde secutus Ledaeam Hermionem, Lacedaemoniosque hymenaeos... Ast illum, eraptae magno inflammatus amore Conjugis, et scelerum Furiis agitatus, Orestes Excipit incautum, patriasque obtruncat ad aras".

Voilà, en peu de vers, tout le sujet de cette tragédie, voilà le lieu de la scène, l'action qui s'y passe, les quatre principaux acteurs, et même leurs caractères, excepté celui d'Hermione dont la jalousie et les emportements sont assez marqués dans l'Andromaque d'Euripide.

C'est presque la seule chose que j'emprunte ici de cet auteur. Car, quoique ma tragédie porte le même nom que la sienne, le sujet en est cependant très différent. Andromaque, dans Euripide, craint pour la vie de Molossus, qui est un fils qu'elle a eu de Pyrrhus et qu'Hermione veut faire mourir avec sa mère. Mais ici il ne s'agit point de Molossus : Andromaque ne connaît point d'autre mari qu'Hector, ni d'autre fils qu'Astyanax. J'ai cru en cela me conformer à l'idée que nous avons maintenant de cette princesse. La plupart de ceux qui ont entendu parler d'Andromaque ne la connaissaient guère que pour la veuve d'Hector et pour la mère d'Astyanax. On ne croit point qu'elle doive aimer ni un autre mari, ni un autre fils ; et je doute que les larmes d'Andromaque eussent fait sur l'esprit de mes spectateurs l'impression qu'elles y ont faite, si elles avaient coulé pour un autre fils que celui qu'elle avait d'Hector.

Il est vrai que j'ai été obligé de faire vivre Astyanax un peu plus qu'il n'a vécu ; mais j'écris dans un pays où cette liberté ne pouvait pas être mal reçue. Car, sans parler de Ronsard, qui a choisi ce même Astyanax pour le héros de sa Franciade, qui ne sait que l'on fait descendre nos anciens rois de ce fils d'Hector, et que nos vieilles chroniques sauvent la vie à ce jeune prince, après la désolation de son pays, pour en faire le fondateur de notre monarchie ?

Combien Euripide a-t-il été plus hardi dans sa tragédie d'Hélène ! Il y choque ouvertement la créance commune de toute la Grèce : il suppose qu'Hélène n'a jamais mis le pied dans Troie, et qu'après l'embrasement de cette ville, Ménélas trouve sa femme en Égypte, d'où elle n'était point partie ; tout cela fondé sur une opinion qui n'était reçue que parmi les Égyptiens, comme on le peut voir dans Hérodote.

Je ne crois pas que j'eusse besoin de cet exemple d'Euripide pour justifier le peu de liberté que j'ai prise. Car il y a bien de la différence entre détruire le principal fondement d'une fable et en altérer quelques incidents, qui changent presque de face dans toutes les mains qui les traitent. Ainsi Achille, selon la plupart des poètes, ne peut être blessé qu'au talon, quoique Homère le fasse blesser au bras, et ne le croie invulnérable en aucune partie de son corps. Ainsi Sophocle fait mourir Jocaste aussitôt après la reconnaissance d'Oedipe ; tout au contraire d'Euripide qui la fait vivre jusqu'au combat et à la mort de ses deux fils. Et c'est à propos de quelques contrariétés de cette nature qu'un ancien commentateur de Sophocle remarque fort bien "qu'il ne faut point s'amuser à chicaner les poètes pour quelques changements qu'ils ont pu faire dans la fable ; mais qu'il faut s'attacher à considérer l'excellent usage qu'ils ont fait de ces changements, et la manière ingénieuse dont ils ont su accommoder la fable à leur sujet".

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Oreste, Pylade.

ORESTE

Hélas ! Qui peut savoir le destin qui m'amène ? L'amour me fait ici chercher une inhumaine. Mais qui sait ce qu'il doit ordonner de mon sort, Et si je viens chercher, ou la vie, ou la mort ?

Inhumaine : En poésie amoureuse, on appelle une beauté inhumaine, celle qui ne veut écouter aucune déclaration d'amour, ou qui n'y veut point répondre ; celle qui ne se laisse point aller aux caresses, aux prières des amants, qui ne leur accorde aucune faveur. [F]

ORESTE

Je me trompais moi-même. Ami, n'accable point un malheureux qui t'aime. T'ai-je jamais caché mon coeur et mes désirs ? Tu vis naître ma flamme et mes premiers soupirs. Enfin quand Ménélas disposa de sa fille En faveur de Pyrrhus, vengeur de sa famille, Tu vis mon désespoir, et tu m'as vu depuis Traîner de mers en mers ma chaîne et mes ennuis. Je te vis à regret en cet état funeste, Prêt à suivre partout le déplorable Oreste, Toujours de ma fureur interrompre le cours, Et de moi-même enfin me sauver tous les jours. Mais quand je me souvins, que parmi tant d'alarmes Hermione à Pyrrhus prodiguait tous ses charmes, Tu sais de quel courroux mon coeur alors épris Voulut, en l'oubliant, punir tous ses mépris. Je fis croire, et je crus ma victoire certaine. Je pris tous mes transports pour des transports de haine ; Détestant ses rigueurs, rabaissant ses attraits, Je défiais ses yeux de me troubler jamais. Voilà comme je crus étouffer ma tendresse. En ce calme trompeur j'arrivai dans la Grèce ; Et je trouvai d'abord ses princes rassemblés, Qu'un péril assez grand semblait avoir troublés. J'y courus. Je pensai que la guerre, et la gloire, De soins plus importants rempliraient ma mémoire ; Que mes sens reprenant leur première vigueur, L'amour achèverait de sortir de mon coeur. Mais admire avec moi le sort dont la poursuite Me fait courir alors au piège que j'évite. J'entends de tous côtés qu'on menace Pyrrhus. Toute la Grèce éclate en murmures confus. On se plaint qu'oubliant son sang, et sa promesse, Il élève en sa Cour l'ennemi de la Grèce, Astyanax, d'Hector jeune et malheureux fils, Reste de tant de rois sous Troie ensevelis. J'apprends que pour ravir son enfance au supplice, Andromaque trompa l'ingénieux Ulysse, Tandis qu'un autre enfant arraché de ses bras, Sous le nom de son fils fut conduit au trépas. On dit, que peu sensible aux charmes d'Hermione, Mon rival porte ailleurs son coeur et sa couronne ; Ménélas, sans le croire, en paraît affligé, Et se plaint d'un hymen si longtemps négligé. Parmi les déplaisirs où son âme se noie, Il s'élève en la mienne une secrète joie. Je triomphe ; et pourtant je me flatte d'abord Que la seule vengeance excite ce transport. Mais l'ingrate en mon coeur reprit bientôt sa place, De mes feux mal éteints je reconnus la trace, Je sentis que ma haine allait finir son cours, Ou plutôt je sentis que je l'aimais toujours. Ainsi de tous les Grecs je brigue le suffrage. On m'envoie à Pyrrhus. J'entreprends ce voyage. Je viens voir si l'on peut arracher de ses bras Cet enfant, dont la vie alarme tant d'États. Heureux si je pouvais dans l'ardeur qui me presse, Au lieu d'Astyanax lui ravir ma princesse ! Car enfin n'attends pas que mes feux redoublés, Des périls les plus grands puissent être troublés. Puisque après tant d'efforts ma résistance est vaine, Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne, J'aime, je viens chercher Hermione en ces lieux, La fléchir, l'enlever, ou mourir à ses yeux. Toi qui connais Pyrrhus, que penses-tu qu'il fasse ? Dans sa Cour, dans son coeur, dis-moi ce qui se passe. Mon Hermione encor le tient-elle asservi ? Me rendra-t-il, Pylade, un bien qu'il m'a ravi ?

SCÈNE II. Pyrrhus, Oreste, Phoenix.

PYRRHUS

La Grèce en ma faveur est trop inquiétée, De soins plus importants je l'ai crue agitée, Seigneur, et sur le nom de son ambassadeur, J'avais dans ses projets conçu plus de grandeur. Qui croirait en effet, qu'une telle entreprise Du fils d'Agamemnon méritât l'entremise ; Qu'un peuple tout entier, tant de fois triomphant, N'eût daigné conspirer que la mort d'un enfant ? Mais à qui prétend-on que je le sacrifie ? La Grèce a-t-elle encor quelque droit sur sa vie ? Et seul de tous les Grecs ne m'est-il pas permis D'ordonner d'un captif que le sort m'a soumis ? Oui, Seigneur, lorsqu'au pied des murs fumants de Troie, Les vainqueurs tout sanglants partagèrent leur proie, Le sort, dont les arrêts furent alors suivis, Fit tomber en mes mains Andromaque et son fils. Hécube, près d'Ulysse, acheva sa misère ; Cassandre, dans Argos, a suivi votre père. Sur eux, sur leurs captifs, ai-je étendu mes droits ? Ai-je enfin disposé du fruit de leurs exploits ? On craint, qu'avec Hector Troie un jour ne renaisse : Son fils peut me ravir le jour que je lui laisse. Seigneur, tant de prudence entraîne trop de soin. Je ne sais point prévoir les malheurs de si loin. Je songe quelle était autrefois cette ville : Si superbe en remparts, en héros si fertile, Maîtresse de l'Asie, et je regarde enfin Quel fut le sort de Troie, et quel est son destin. Je ne vois que des tours, que la cendre a couvertes, Un fleuve teint de sang, des campagnes désertes, Un enfant dans les fers, et je ne puis songer Que Troie en cet état aspire à se venger. Ah ! Si du fils d'Hector la perte était jurée, Pourquoi d'un an entier l'avons-nous différée ? Dans le sein de Priam n'a-t-on pu l'immoler ? Sous tant de morts, sous Troie il fallait l'accabler. Tout était juste alors. La vieillesse et l'enfance En vain sur leur faiblesse appuyaient leur défense. La victoire et la nuit, plus cruelles que nous, Nous excitaient au meurtre, et confondaient nos coups. Mon courroux aux vaincus ne fut que trop sévère. Mais que ma cruauté survive à ma colère ? Que malgré la pitié dont je me sens saisir, Dans le sang d'un enfant je me baigne à loisir ? Non, Seigneur. Que les Grecs cherchent quelque autre proie, Qu'ils poursuivent ailleurs ce qui reste de Troie, De mes inimitiés le cours est achevé, L'Épire sauvera ce que Troie a sauvé.

Épire : Contrée de l'Ancienne Grèce, située au sud de l'Albanie, bornée au nord par l'Illyrie, à l'ouest par le mer Ionnienne, à l'Est par la Thessalie.

SCÈNE III. Pyrrhus, Phoenix.

PHOENIX

Seigneur...

SCÈNE IV. Pyrrhus, Andromaque, Céphise.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Hermione, Cléone.

SCÈNE II. Hermione, Oreste, Cléone.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Pyrrhus, Oreste, Phoenix.

SCÈNE V. Pyrrhus, Phoenix.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Oreste, Pylade.

SCÈNE II. Hermione, Oreste, Cléone.

SCÈNE III. Hermione, Cléone.

SCÈNE IV. Andromaque, Hermione, Cléone, Céphise.

SCÈNE V. Andromaque, Céphise.

SCÈNE VI. Pyrrhus, Andromaque, Phoenix, Céphise.

ANDROMAQUE, à Céphise

Tu vois le pouvoir de mes yeux.

CÉPHISE

Madame...

SCÈNE VII. Pyrrhus, Andromaque, Céphise.

SCÈNE VIII. Andromaque, Céphise.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Andromaque, Céphise.

CÉPHISE

Hélas !

SCÈNE II. Hermione, Cléone.

SCÈNE III. Oreste, Hermione, Cléone.

ORESTE

Qui ?

HERMIONE

Pyrrhus.

SCÈNE IV. Hermione, Cléone.

SCÈNE V. Pyrrhus, Hermione, Phoenix.

PYRRHUS

Vous ne m'attendiez pas, Madame, et je vois bien Que mon abord ici trouble votre entretien. Je ne viens point armé d'un indigne artifice, D'un voile d'équité couvrir mon injustice. Il suffit que mon coeur me condamne tout bas, Et je soutiendrais mal ce que je ne crois pas. J'épouse une Troyenne. Oui, Madame, et j'avoue Que je vous ai promis la foi, que je lui voue. Un autre vous dirait que dans les champs troyens Nos deux pères sans nous formèrent ces liens, Et que sans consulter ni mon choix ni le vôtre, Nous fûmes sans amour engagés l'un à l'autre. Mais c'est assez pour moi que je me sois soumis. Par mes ambassadeurs mon coeur vous fut promis. Loin de les révoquer, je voulus y souscrire. Je vous vis avec eux arriver en Épire. Et quoique d'un autre oeil l'éclat victorieux Eût déjà prévenu le pouvoir de vos yeux, Je ne m'arrêtai point à cette ardeur nouvelle, Je voulus m'obstiner à vous être fidèle. Je vous reçus en reine, et jusques à ce jour J'ai cru que mes serments me tiendraient lieu d'amour. Mais cet amour l'emporte. Et par un coup funeste, Andromaque m'arrache un coeur qu'elle déteste. L'un par l'autre entraînés, nous courons à l'autel Nous jurer, malgré nous, un amour immortel. Après cela, Madame, éclatez contre un traître, Qui l'est avec douleur, et qui pourtant veut l'être. Pour moi, loin de contraindre un si juste courroux, Il me soulagera peut-être autant que vous. Donnez-moi tous les noms destinés aux parjures, Je crains votre silence, et non pas vos injures ; Et mon coeur soulevant mille secrets témoins, M'en dira d'autant plus que vous m'en direz moins.

HERMIONE

Seigneur, dans cet aveu dépouillé d'artifice, J'aime à voir que du moins vous vous rendiez justice. Et que voulant bien rompre un noeud si solennel, Vous vous abandonniez au crime en criminel. Est-il juste après tout, qu'un conquérant s'abaisse Sous la servile loi de garder sa promesse ? Non, non, la perfidie a de quoi vous tenter. Et vous ne me cherchez que pour vous en vanter. Quoi, sans que ni serment, ni devoir vous retienne, Rechercher une Grecque, amant d'une Troyenne ? Me quitter, me reprendre, et retourner encor De la fille d'Hélène, à la veuve d'Hector ? Couronner tour à tour l'esclave et la princesse, Immoler Troie aux Grecs, au fils d'Hector la Grèce ? Tout cela part d'un coeur toujours maître de soi, D'un héros qui n'est point esclave de sa foi. Pour plaire à votre épouse, il vous faudrait peut-être Prodiguer les doux noms de parjure, et de traître. Vous veniez de mon front observer la pâleur Pour aller dans ses bras rire de ma douleur. Pleurante après son char vous voulez qu'on me voie. Mais, Seigneur, en un jour ce serait trop de joie. Et sans chercher ailleurs des titres empruntés, Ne vous suffit-il pas de ceux que vous portez ? Du vieux père d'Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirante à sa vue, Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche un reste de sang que l'âge avait glacé ; Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée, De votre propre main Polyxène égorgée Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous : Que peut-on refuser à ces généreux coups ?

HERMIONE

Je ne t'ai point aimé, cruel ? Qu'ai-je donc fait ? J'ai dédaigné pour toi les voeux de tous nos princes. Je t'ai cherché moi-même au fond de tes provinces. J'y suis encor, malgré tes infidélités, Et malgré tous mes Grecs honteux de mes bontés. Je leur ai commandé de cacher mon injure. J'attendais en secret le retour d'un parjure. J'ai cru que tôt ou tard à ton devoir rendu, Tu me rapporterais un coeur qui m'était dû. Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle ? Et même en ce moment où ta bouche cruelle Vient si tranquillement m'annoncer le trépas, Ingrat, je doute encor si je ne t'aime pas. Mais, Seigneur, s'il le faut, si le Ciel en colère Réserve à d'autres yeux la gloire de vous plaire, Achevez votre hymen, j'y consens. Mais du moins Ne forcez pas mes yeux d'en être les témoins. Pour la dernière fois je vous parle peut-être, Différez-le d'un jour, demain vous serez maître. Vous ne répondez point ? Perfide, je le vois : Tu comptes les moments que tu perds avec moi. Ton coeur impatient de revoir ta Troyenne, Ne souffre qu'à regret qu'un autre t'entretienne. Tu lui parles du coeur, tu la cherches des yeux. Je ne te retiens plus, sauve-toi de ces lieux. Va lui jurer la foi, que tu m'avais jurée. Va profaner des Dieux la majesté sacrée. Ces Dieux, ces justes Dieux n'auront pas oublié, Que les mêmes serments avec moi t'ont lié. Porte aux pieds des autels ce coeur qui m'abandonne. Va, cours. Mais crains encor d'y trouver Hermione.

Inconstant : Particulièrement. Qui cesse d'aimer d'amour une personne. [L]

SCÈNE VI. Pyrrhus, Phoenix.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

HERMIONE, seule

Où suis-je ? Qu'ai-je fait ? Que dois-je faire encore ? Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ? Errante, et sans dessein, je cours dans ce palais. Ah ! Ne puis-je savoir si j'aime, ou si je hais ? Le cruel ! De quel oeil il m'a congédiée ? Sans pitié, sans douleur, au moins étudiée. L'ai-je vu se troubler, et me plaindre un moment ? En ai-je pu tirer un seul gémissement ? Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes, Semblait-il seulement qu'il eût part à mes larmes ? Et je le plains encore ? Et pour comble d'ennui, Mon coeur, mon lâche coeur s'intéresse pour lui ? Je tremble au seul penser du coup qui le menace ? Et prête à me venger je lui fais déjà grâce ? Non, ne révoquons point l'arrêt de mon courroux. Qu'il périsse. Aussi bien il ne vit plus pour nous. Le perfide triomphe, et se rit de ma rage. Il pense voir en pleurs dissiper cet orage. Il croit que toujours faible, et d'un coeur incertain, Je parerai d'un bras les coups de l'autre main. Il juge encor de moi par mes bontés passées. Mais plutôt le perfide a bien d'autres pensées. Triomphant dans le temple, il ne s'informe pas Si l'on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas. Il me laisse, l'ingrat ! Cet embarras funeste. Non, non encore un coup, laissons agir Oreste. Qu'il meure, puisqu'enfin il a dû le prévoir, Et puisqu'il m'a forcée enfin à le vouloir. À le vouloir ? Hé quoi ? C'est donc moi qui l'ordonne ? Sa mort sera l'effet de l'amour d'Hermione ? Ce prince, dont mon coeur se faisait autrefois, Avec tant de plaisir redire les exploits, À qui même en secret je m'étais destinée, Avant qu'on eût conclu ce fatal hyménée ? Je n'ai donc traversé tant de mers, tant d'États, Que pour venir si loin préparer son trépas ? L'assassiner, le perdre ? Ah ! Devant qu'il expire...

SCÈNE II. Hermione, Cléone.

CLÉONE

Je ne sais.

SCÈNE III. Oreste, Hermione, Cléone.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Oreste, Pylade, Soldats d'Oreste.

1 683 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0