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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Iphigénie

Jean Racine· créée en 1674, imprimée en 1675· 5 actes· 1 803 vers· 11 personnages

Représentée pour la première fois le 18 août 1674 à Versailles

Personnages

  • AGAMEMNON
  • ACHILLE
  • ULYSSE
  • CLYTEMNESTRE, femme d'Agamemnon
  • IPHIGÉNIE, fille d'Agamemnon
  • ÉRIPHILE, fille d'Hélène et de Thésée
  • ARCAS, domestique d'Agamemnon
  • EURYBATE, domestique d'Agamemnon
  • AEGINE, femme de la suite de Clytemnestre
  • DORIS, confidente d'Ériphile
  • TROUPE DE GARDES
Préface

Il n'y a rien de plus célèbre dans les poètes que le sacrifice d'Iphigénie. Mais ils ne s'accordent pas tous ensemble sur les plus importantes particularités de ce sacrifice. Les uns, comme Eschyle dans "Agamemnon", Sophocle dans "Electra", et après eux Lucrece, Horace, et beaucoup d'autres, veulent qu'on ait en effet répandu le sang d'Iphigénie fille d'Agamemnon, et qu'elle soit morte en Aulide. Il ne faut que lire Lucrece au commencement de son premier livre,

Aulide quo pacto Triviai Virginis aram Iphianassaï turparunt sanguine foede Ductores Danaum etc.

Et Clytemnestre dit dans Eschyle, qu'Agamemnon son mari qui vient d'expirer, rencontrera dans les Enfers Iphigénie sa fille qu'il a autrefois immolée.

D'autres ont feint que Diane ayant eu pitié de cette jeune princesse, l'avait enlevée et portée dans la Tauride, au moment qu'on l'allait sacrifier, et que la déesse avait fait trouver en sa place ou une biche, ou une autre victime de cette nature. Euripide a suivi cette fable, et Ovide l'a mise au nombre des Métamorphoses.

Il y a une troisième opinion, qui n'est pas moins ancienne que les deux autres, sur Iphigénie. Plusieurs auteurs, et entre autres Stesichorus, l'un des plus fameux et des plus anciens poètes lyriques, ont écrit qu'il était bien vrai qu'une Princesse de ce nom avait été sacrifiée, mais que cette Iphigénie était une fille qu'Hélène avait eu de Thesée. Hélène, disent ces auteurs, ne l'avait osé avouer pour sa fille, parce qu'elle n'osait déclarer à Ménélas, qu'elle eut été mariée en secret avec Thesée. Pausanias* rapporte te le témoignage et les noms des poètes qui ont été de ce sentiment. Et il ajoute que c'était la créance commune de tout le pays d'Argos.

Homère enfin le père des poètes a si peu prétendu qu'Iphigénie fille d'Agamemnon eut été ou sacrifiée en Aulide, ou transportée dans la Scythie, que dans le neuvième livre de l'Iliade, c'est à dire prés de dix ans depuis l'arrivée des Grecs devant Troie, Agamemnon fait offrir en mariage à Achille, sa fille Iphigénie, qu'il a, dit-il, laissée à Mycène dans sa maison.

J'ai rapporté tous ces avis si différents, et surtout le passage de Pausanias, parce que c'est à cet Auteur que je dois l'heureux personnage d'Ériphile, sans lequel je n'aurais jamais osé entreprendre cette tragédie. Quelle apparence que j'eusse souillé la scène par le meurtre horrible d'une personne aussi vertueuse et aussi aimable qu'il fallait représenter Iphigénie ? Et quelle apparence encore de dénouer ma Tragédie par le secours d'une déesse et d'une machine, et par une métamorphose qui pouvait bien trouver quelque créance du temps d'Euripide, mais qui serait trop absurde et trop incroyable parmi nous ?

Je puis dire donc que j'ai été très heureux de trouver dans les Anciens cette autre Iphigénie, que j'ai pu représenter telle qu'il m'a plu, et qui tombant dans le malheur où cette amante jalouse voulait précipiter sa rivale, mérite en quelque façon d'être punie, sans être pourtant tout-à-fait indigne de compassion. Ainsi le dénouement de la pièce est tiré du fond même de la pièce. Et il ne faut que l'avoir vu représenter, pour comprendre quel plaisir j'ai fait au spectateur, et en sauvant à la fin une princesse vertueuse pour qui il s'est si fort intéressé dans le cours de la tragédie, et en la sauvant par une autre voie que par un miracle, qu'il n'aurait pu souffrir, parce qu'il ne le saurait jamais croire.

Le voyage d'Achille à Lesbos, dont ce héros ce rend maître et d'où il enlève Ériphile avant que de venir en Aulide, n'est pas non plus sans fondement. Euphorion de Chalcide, poète très connu parmi les Anciens, et dont Virgile** et Quintilien font une mention honorable, parlait de ce voyage de Lesbos. Il disait dans un de ses poèmes, au rapport de Parthenius, qu'Achille avait fait la conquête de cette île avant que de joindre l'armée des Grecs, et qu'il y avait même trouvé une princesse qui s'était éprise d'amour pour lui.

Voilà les principales choses en quoi, en quoi je me suis un peu éloigné de l'économie et de la fable d'Euripide. Pour ce qui regarde les passions, je me suis attaché à le suivre plus exactement. J'avoue que je lui dois un bon nombre des endroits qui ont été les plus approuvés dans ma Tragédie. Et je l'avoue d'autant plus volontiers, que ces approbations m'ont confirmé dans l'estime et dans la vénération que j'ai toujours eu pour les ouvrages qui nous restent de l'Antiquité. J'ai reconnu avec plaisir par l'effet qu'à produit sur notre théâtre tout ce que j'ai imité ou d'Homère, ou d'Euripide, que le bon sens et la raison étaient les mêmes dans tous les siècles. Le goût de Paris s'est trouvé conforme à celui d'Athènes. Mes spectateurs ont été émus des mêmes choses qui ont mis autrefois en larmes le plus savant peuple de la Grèce, et qui ont fait dire, qu'entre les poètes, Euripide était extrêmement tragique, c'est à dire qu'il savait merveilleusement exciter la compassion et la terreur, qui sont les véritables effets de la tragédie.

Je m'étonne après cela que des Modernes aient témoigné depuis peu tant de dégoût pour ce grand poète dans le jugement qu'ils ont fait de son Alceste. Mais en vérité j'ai trop d'obligation à Euripide pour ne pas prendre quelque soin de sa mémoire, et pour laisser échapper l'occasion de le réconcilier avec ces messieurs. Je m'assure qu'il n'est si mal dans leur esprit, que parce qu'ils n'ont pas bien lu l'ouvrage sur lequel ils l'ont condamné. J'ai choisi la plus importante de leurs objections pour leur montrer que j'ai raison de parler ainsi. Je dis la plus importante de leur objections. Car ils la répètent à chaque page, et ils ne soupçonnent pas seulement que l'on y puisse répliquer.

Il y a dans l'Alceste d'Euripide une scène merveilleuse, où Alceste qui se meurt et qui ne peut plus se soutenir, dit à son mari les derniers Adieux. Admete tout en larmes la prie de reprendre ses forces et de ne se point abandonner elle-même. Alceste qui a l'image de la mort devant les yeux, lui parle ainsi,

Je vois déjà la rame, et la barque fatale. J'entends le vieux Nocher sur la rive infernale. Impatient il crie ; On t'attend ici bas, Tout est prêt, descends, viens, ne me retarde pas.

J'aurais souhaité de pouvoir exprimer dans ces vers les grâces qu'ils ont dans l'original. Mais au moins en voilà le sens. Voici comme ces messieurs les ont entendus. Il leur est tombé entre les mains une malheureuse édition d'Euripide, où l'imprimeur a oublié de mettre dans le latin, à côté de ces vers un Al. qui signifie que c'est Alceste qui parle, et à côté des vers suivants un Ad. qui signifie que c'est Admete qui répond. Là dessus il leur est venu dans l'esprit la plus étrange pensée du monde. Ils ont mis dans la bouche d'Admete les paroles qu'Alceste dit à Admete, et celles qu'elle se fait dire par Charon. Ainsi ils supposent qu'Admete (quoiqu'il soit en parfaite santé) pense voir Charon qui le vient prendre. Et au lieu que dans ce passage d'Euripide, Charon impatient presse Alceste de le venir trouver ; selon ces Messieurs c'est Admete effrayé qui est l'impatient, et qui presse Alceste d'expirer de peur que Charon ne le prenne. Il l'exhorte,ce sont leurs termes, à avoir courage, à ne pas faire une lâcheté, et à mourir de bonne grâce, il interrompt les adieux d'Alceste pour lui dire de se dépêcher de mourir. Peu s'en faut à les entendre, qu'il ne la fasse mourir lui-même. Ce sentiment leur a paru fort vilain. Et ils ont raison. Il n'y a personne qui n'en fût très scandalisé. Mais comment l'ont-ils pu attribuer à Euripide ? En vérité, quand toutes les autres éditions où cet Al. n'a point été oublié, ne donneraient pas un démenti au malheureux Imprimeur qui les a trompés ; la suite de ces quatre vers et tous les discours qu'Admete tient dans le même scène, étaient plus que suffisants pour les empêcher de tomber dans une erreur si déraisonnable. Car Admete bien éloigné de presser Alceste de mourir, s'écrie "que toutes les morts ensemble lui seraient moins cruelles, que de la voir dans l'état où il la voit. Il la conjure de l'entraîner avec elle. Il ne peut plus vivre si elle meurt. Il vit en elle. Il ne respire que pour elle."

Il ne sont pas plus heureux dans les autres objections. Ils disent, par exemple, qu'Euripide a fait deux époux surannés d'Admete et d'Alceste, que l'un est un vieux mari, et l'autre une princesse déjà sur l'âge. "Euripide a pris soin de leur répondre en un seul vers, où il fait dire par le Choeur, qu'Alceste toute jeune et dans la première fleur de son âge expire pour son jeune époux."

Ils reprochent encore à Alceste qu'elle a deux grands enfants à marier. Comment n'ont-ils point lu le contraire en cent endroits, et surtout dans ce beau récit, "où l'on dépeint Alceste mourante au milieu de ses deux petits enfants qui la tirent en pleurant par la robe, et qu'elle prend sur ses bras l'un après l'autre pour les baiser."

Tout le reste de leurs critiques est à peu près de la force de celles-ci. Mais je crois qu'en voilà assez pour la défense de mon auteur. Je conseille à ces messieurs de ne plus décider si légèrement sur les ouvrages des Anciens. Un homme tel qu'Euripide méritait au moins qu'ils l'examinassent puisqu'ils avaient envie de le condamner. Ils devaient se souvenir de ces sages paroles de Quitilien ; "Il faut être extrêmement circonspect et très retenu à prononcer sur les ouvrages de ces grands hommes, de peur qu'il ne nous arrive, comme à plusieurs, de condamner ce que nous n'entendons pas. Et s'il faut tomber dans quelque excès, encore vaut-il mieux pécher en admirant tout dans leurs écrits, qu'en y blâmant beaucoup de choses." Modestè tamen et circumspectio judicio de tantis viris pornuntiandum est, ne ( quod plerisque accedit ) damnent quae non intelligunt. Ac si necesse est in alteram errare partem, omnia eorum legentibus placere, quàm multa displicere paluerim.

* Corinth. p. 125

** Eclog 10 Instit l. 10

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Agamemnon, Arcas.

AGAMEMNON

Heureux ! qui satisfait de son humble fortune, Libre du joug superbe où je suis attaché, Vit dans l'état obscur où les dieux l'ont caché.

État : Position sociale. Il ne faut pas avoir des goûts au-dessus de son état. [L]

AGAMEMNON

Surpris, comme tu peux penser, Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer, Je demeurai sans voix, et n'en repris l'usage, Que par mille sanglots qui se firent passage. Je condamnai les dieux, et sans plus rien ouïr, Fis voeu sur leurs autels de leur désobéir. Que n'en croyais-je alors ma tendresse alarmée ? Je voulais sur-le-champ congédier l'Armée. Ulysse en apparence approuvant mes discours, De ce premier torrent laissa passer le cours. Mais bientôt rappelant sa cruelle industrie, Il me représenta l'honneur et la Patrie, Tout ce peuple, ces rois à mes ordres soumis, Et l'Empire d'Asie à la Grèce promis. De quel front immolant tout l'État à ma fille, Roi sans gloire, j'irais vieillir dans ma famille ! Moi-même ( je l'avoue avec quelque pudeur ) Charmé de mon pouvoir, et plein de ma grandeur, Ces noms de Roi des rois, et de chef de la Grèce Chatouillaient de mon coeur l'orgueilleuse faiblesse. Pour comble de malheur, les Dieux toutes les nuits, Dès qu'un léger sommeil suspendait mes ennuis, Vengeant de leurs autels le sanglant privilège, Me venaient reprocher ma pitié sacrilège, Et présentant la foudre à mon esprit confus, Le bras déjà levé menaçaient mes refus. Je me rendis, Arcas, et vaincu par Ulysse, De ma fille en pleurant j'ordonnai le supplice. Mais des bras d'une mère il fallait l'arracher. Quel funeste artifice il me fallut chercher ! D'Achille, qui l'aimait, j'empruntai le langage, J'écrivis en Argos, pour hâter ce voyage, Que ce guerrier, pressé de partir avec nous, Voulait revoir ma fille, et partir son époux.

Industrie : Habileté à faire quelque chose, à exécuter un travail manuel. Fig. Invention, savoir-faire. [L]

AGAMEMNON

Achille était absent. Et son père Pélée, D'un voisin ennemi redoutant les efforts, L'avait, tu t'en souviens, rappelé de ces bords, Et cette guerre, Arcas, selon toute apparence, Aurait dû plus longtemps prolonger son absence. Mais qui peut dans sa course arrêter ce torrent ? Achille va combattre, et triomphe en courant. Et ce vainqueur suivant de près sa Renommée, Hier avec la nuit arriva dans l'Armée. Mais des noeuds plus puissants me retiennent le bras. Ma fille qui s'approche, et court à son trépas, Qui loin de soupçonner un arrêt si sévère, Peut-être s'applaudit des bontés de son père, Ma fille... Ce nom seul, dont les droits sont si saints, Sa jeunesse, mon sang, n'est pas ce que je plains. Je plains mille vertus, une amour mutuelle, Sa piété pour moi, ma tendresse pour elle, Un respect, qu'en son coeur rien ne peut balancer, Et que j'avais promis de mieux récompenser. Non je ne croirai point, ô ciel ! que ta justice Approuve la fureur de ce noir sacrifice. Tes oracles sans doute ont voulu m'éprouver, Et tu me punirais si j'osais l'achever. Arcas, je t'ai choisi pour cette confidence. Il faut montrer ici ton zèle et ta prudence. La Reine, qui dans Sparte avait connu ta foi, T'a placé dans le rang que tu tiens près de moi. Prends cette lettre. Cours au devant de la Reine. Et suis, sans t'arrêter, le chemin de Mycènes. Dès que tu la verras défends-lui d'avancer. Et rends-lui ce billet que je viens de tracer. Mais ne t'écarte point. Prends un fidèle guide. Si ma fille une fois met le pied dans l'Aulide, Elle est morte. Calchas qui l'attend en ces lieux, Fera taire nos pleurs, fera parler les Dieux, Et la Religion contre nous irritée Par les timides Grecs sera seule écoutée. Ceux même, dont ma gloire aigrit l'ambition, Réveilleront leur brigue et leur prétention, M'arracheront peut-être un pouvoir qui les blesse... Va, dis-je, sauve-la de ma propre faiblesse. Mais surtout ne va point par un zèle indiscret Découvrir à ses yeux mon funeste secret. Que s'il se peut ma fille à jamais abusée Ignore à quel péril je l'avais exposée. D'une mère en fureur épargne-moi les cris, Et que ta voix s'accorde avec ce que j'écris. Pour renvoyer la fille, et la mère offensée Je leur écris qu'Achille a changé de pensée, Et qu'il veut désormais jusques à son retour Différer cet hymen, que pressait son amour. Ajoute, tu le peux, que des froideurs d'Achille On accuse en secret cette jeune Ériphile, Que lui-même captive amena de Lesbos, Et qu'auprès de ma fille on garde dans Argos. C'est leur en dire assez. Le reste, il le faut taire. Déjà le jour plus grand nous frappe, et nous éclaire. Déjà même l'on entre, et j'entends quelque bruit. C'est Achille. Va, pars. Dieux ! Ulysse le suit.

SCÈNE II. Agamemnon, Achille, Ulysse.

ACHILLE

Non, non, tous ces détours sont trop ingénieux. Vous lisez de trop loin dans le secret des Dieux. Moi je m'arrêterais à de vaines menaces ? Et je fuirais l'honneur qui m'attend sur vos traces ? Les Parques à ma mère, il est vrai, l'ont prédit, Lorsqu'un époux mortel fut reçu dans son lit. Je puis choisir, dit-on, ou beaucoup d'ans, sans gloire, Ou peu de jours suivis d'une longue mémoire. Mais puisqu'il faut enfin que j'arrive au tombeau, Voudrais-je, de la Terre inutile fardeau, Trop avare d'un sang reçu d'une Déesse, Attendre chez mon père une obscure vieillesse, Et toujours de la Gloire évitant le sentier, Ne laisser aucun nom, et mourir tout entier ? Ah ! Ne nous formons point ces indignes obstacles. L'honneur parle, il suffit, ce sont là nos Oracles. Les Dieux sont de nos jours les maîtres souverains. Mais, Seigneur, notre gloire est dans nos propres mains. Pourquoi nous tourmenter de leurs ordres suprêmes ? Ne songeons qu'à nous rendre immortels comme eux-mêmes, Et laissant faire au sort, courons où la valeur Nous promet un destin aussi grand que le leur. C'est à Troie, et j'y cours. Et quoi qu'on me prédise, Je ne demande aux Dieux, qu'un vent qui m'y conduise. Et quand moi seul enfin il faudrait l'assiéger, Patrocle et moi, Seigneur, nous irons vous venger. Mais non, c'est en vos mains que le destin la livre. Je n'aspire en effet qu'à l'honneur de vous suivre. Je ne vous presse plus d'approuver les transports D'un amour, qui m'allait éloigner de ces bords : Ce même amour soigneux de votre Renommée, Veut qu'ici mon exemple encourage l'Armée, Et me défend surtout de vous abandonner Aux timides conseils qu'on ose vous donner.

Patrocle : Héros légendaire de l'Iliade. Cousin et ami d'Achille, il est tué par Hector.

SCÈNE III. Agamemnon, Ulysse.

AGAMEMNON

Hélas !

ULYSSE

De ce soupir que faut-il que j'augure ? Du sang qui se révolte est-ce quelque murmure ? Croirai-je qu'une nuit a pu vous ébranler ? Est-ce donc votre coeur qui vient de nous parler ? Songez-y. Vous devez votre fille à la Grèce, Vous nous l'avez promise. Et sur cette promesse Calchas par tous les Grecs consulté chaque jour Leur a prédit des vents l'infaillible retour. À ses prédictions si l'effet est contraire, Pensez-vous que Calchas continue à se taire, Que ses plaintes, qu'en vain vous voudrez apaiser, Laissent mentir les Dieux, sans vous en accuser ? Et qui sait ce qu'aux Grecs frustrés de leur victime Peut permettre un courroux, qu'ils croiront légitime ? Gardez-vous de réduire un peuple furieux, Seigneur, à prononcer entre vous, et les Dieux. N'est-ce pas vous enfin, de qui la voix pressante Nous a tous appelés aux campagnes du Xanthe ? Et qui de ville en ville attestiez les serments Que d'Hélène autrefois firent tous les amants, Quand presque tous les Grecs, rivaux de votre frère La demandaient en foule à Tyndare son père ? De quelque heureux époux que l'on dût faire choix, Nous jurâmes dès lors de défendre ses droits, Et si quelque insolent lui volait sa conquête, Nos mains du ravisseur lui promirent la tête. Mais sans vous, ce serment que l'amour a dicté, Libres de cet amour, l'aurions-nous respecté ? Vous seul nous arrachant à de nouvelles flammes Nous avez fait laisser nos enfants et nos femmes. Et quand de toutes parts assemblés en ces lieux, L'honneur de vous venger brille seul à nos yeux, Quand la Grèce déjà vous donnant son suffrage, Vous reconnaît l'auteur de ce fameux ouvrage, Que ses Rois, qui pouvaient vous disputer ce rang, Sont prêts pour vous servir de verser tout leur sang, Le seul Agamemnon refusant la victoire, N'ose d'un peu de sang acheter tant de gloire ? Et dès le premier pas se laissant effrayer, Ne commande les Grecs, que pour les renvoyer ?

Xanthe : Fleuve proche de Troie. Son autre nom est Scamandre.

SCÈNE IV. Agamemnon, Ulysse, Eurybate.

EURYBATE

Seigneur...

AGAMEMNON

Ciel !

SCÈNE V. Agamemnon, Ulysse.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Ériphile, Doris.

SCÈNE II. Agamemnon, Iphigénie, Ériphile, Doris.

AGAMEMNON

Je ne puis.

AGAMEMNON

Hélas !

SCÈNE III. Iphigénie, Ériphile, Doris.

IPHIGÉNIE

Je ne m'en défends point. Mes pleurs, belle Ériphile, Ne tiendraient pas longtemps contre les soins d'Achille. Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir Lui donnent sur mon âme un trop juste pouvoir. Mais de lui-même ici que faut-il que je pense ? Cet amant, pour me voir brûlant d'impatience, Que les Grecs de ces bords ne pouvaient arracher, Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher, S'empresse-t-il assez pour jouir d'une vue Qu'avec tant de transports je croyais attendue : Pour moi, depuis deux jours, qu'approchant de ces lieux Leur aspect souhaité se découvre à nos yeux, Je l'attendais partout, et d'un regard timide Sans cesse parcourant les chemins de l'Aulide, Mon coeur pour le chercher volait loin devant moi, Et je demande Achille à tout ce que je vois. Je viens, j'arrive enfin sans qu'il m'ait prévenue. Je n'ai percé qu'à peine une foule inconnue. Lui seul ne paraît point. Le triste Agamemnon Semble craindre à mes yeux de prononcer son nom. Que fait-il ? Qui pourra m'expliquer ce mystère ? Trouverai-je l'amant glacé comme le père ? Et les soins de la guerre auraient-ils en un jour Éteint dans tous les coeurs la tendresse et l'amour. Mais non. C'est l'offenser par d'injustes alarmes. C'est à moi que l'on doit le secours de ses armes. Il n'était point à Sparte entre tous ces amants, Dont le père d'Hélène a reçu les serments. Lui seul de tous les Grecs, maître de sa parole, S'il part contre Ilion, c'est pour moi qu'il y vole, Et satisfait d'un prix qui lui semble si doux, Il veut même y porter le nom de mon époux.

SCÈNE IV. Clytemnestre, Ériphile, Doris.

SCÈNE V. Iphigénie, Ériphile, Doris.

SCÈNE VI. Achille, Ériphile, Doris.

SCÈNE VII. Achille, Ériphile, Doris.

SCÈNE VIII. Ériphile, Doris.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Agamemnon, Clytemnestre.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Achille, Clytemnestre.

SCÈNE IV. Achille, Clytemnestre, Iphigénie, Ériphile, Doris, AEgine.

SCÈNE V. Clytemnestre, Achille, Iphigénie, Ériphile, Arcas, AEgine, Doris.

ACHILLE

Lui !

CLYTEMNESTRE

Sa fille !

IPHIGÉNIE

Mon père !

ACHILLE, la relevant

Ah, Madame !

SCÈNE VI. Achille, Iphigénie.

SCÈNE VII. Clytemnestre, Iphigénie, Achille, AEgine.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Ériphile, Doris.

ÉRIPHILE

Jamais rien de plus vrai n'est sorti de ma bouche. Jamais de tant de soins mon esprit agité Ne porta plus d'envie à sa félicité. Favorables périls ! Espérance inutile ! N'as-tu pas vu sa gloire, et le trouble d'Achille ? J'en ai vu, j'en ai fui les signes trop certains. Ce héros si terrible au reste des humains, Qui ne connaît de pleurs que ceux qu'il fait répandre, Qui s'endurcit contre eux dès l'âge le plus tendre, Et qui, si l'on nous fait un fidèle discours, Suça même le sang des lions et des ours, Pour elle de la crainte a fait l'apprentissage, Elle l'a vu pleurer et changer de visage. Et tu la plains, Doris ? Par combien de malheurs Ne lui voudrais-je point disputer de tels pleurs ? Quand je devrais comme elle expirer dans une heure... Mais que dis-je, expirer ? Ne crois pas qu'elle meure. Dans un lâche sommeil crois-tu qu'enseveli Achille aura pour elle impunément pâli ? Achille à son malheur saura bien mettre obstacle. Tu verras que les Dieux n'ont dicté cet oracle Que pour croître à la fois sa gloire et mon tourment, Et la rendre plus belle aux yeux de son amant. Hé quoi ! Ne vois-tu pas tout ce qu'on fait pour elle ? On supprime des dieux la sentence mortelle, Et quoique le bûcher soit déjà préparé, Le nom de la victime est encore ignoré. Tout le camp n'en sait rien. Doris, à ce silence Ne reconnais-tu pas un père qui balance ? Et que fera-t-il donc ? Quel courage endurci Soutiendrait les assauts qu'on lui prépare ici. Une mère en fureur, les larmes d'une fille, Les cris, le désespoir de toute une famille, Le sang à ces objets facile à s'ébranler, Achille menaçant tout prêt à l'accabler. Non, te dis-je, les Dieux l'ont en vain condamnée, Je suis, et je serai la seule infortunée. Ah ! Si je m'en croyais !

SCÈNE II. Clytemnestre, AEgine.

SCÈNE III. Agamemnon, Clytemnestre, AEgine.

AGAMEMNON

Moi, Madame ?

SCÈNE IV. Iphigénie, Agamemnon, Clytemnestre, AEgine.

IPHIGÉNIE

Mon père, Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi. Quand vous commanderez vous serez obéi. Ma vie est votre bien. Vous voulez le reprendre, Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre. D'un oeil aussi content, d'un coeur aussi soumis Que j'acceptais l'époux que vous m'aviez promis, Je saurai, s'il le faut, victime obéissante, Tendre au fer de Calchas une tête innocente, Et respectant le coup par vous-même ordonné, Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné. Si pourtant ce respect, si cette obéissance Paraît digne à vos yeux d'une autre récompense, Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis ; J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis, Peut-être assez d'honneurs environnaient ma vie, Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie, Ni qu'en me l'arrachant un sévère destin Si près de ma naissance en eût marqué la fin. Fille d'Agamemnon, c'est moi qui la première, Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père. C'est moi qui si longtemps le plaisir de vos yeux, Vous ai fait de ce nom remercier les Dieux, Et pour qui tant de fois prodiguant vos caresses, Vous n'avez point du sang dédaigné les faiblesses. Hélas ! Avec plaisir je me faisais conter Tous les noms des pays que vous allez dompter, Et déjà d'Ilion présageant la conquête D'un triomphe si beau je préparais la fête. Je ne m'attendais pas que pour le commencer Mon sang fût le premier que vous dussiez verser. Non que la peur du coup, dont je suis menacée, Me fasse rappeler votre bonté passée. Ne craignez rien. Mon coeur de votre honneur jaloux Ne fera point rougir un père tel que vous. Et si je n'avais eu que ma vie à défendre J'aurais su renfermer un souvenir si tendre. Mais à mon triste sort, vous le savez, Seigneur, Une mère, un amant attachaient leur bonheur. Un roi digne de vous a cru voir la journée Qui devait éclairer notre illustre hyménée. Déjà sûr de mon coeur à sa flamme promis, Il s'estimait heureux, vous me l'aviez permis. Il sait votre dessein, jugez de ses alarmes. Ma mère est devant vous, et vous voyez ses larmes. Pardonnez aux efforts que je viens de tenter, Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

CLYTEMNESTRE

Vous ne démentez point une race funeste. Oui, vous êtes le sang d'Atrée et de Thyeste. Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfin Que d'en faire à sa mère un horrible festin. Barbare ! c'est donc là cet heureux sacrifice Que vos soins préparaient avec tant d'artifice. Quoi l'horreur de souscrire à cet ordre inhumain N'a pas en le traçant arrêté votre main ? Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse ? Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse ? Où sont-ils ces combats que vous avez rendus ? Quels flots de sang pour elle avez-vous répandus ? Quel débris parle ici de votre résistance ? Quel champ couvert de morts me condamne au silence ? Voilà par quels témoins il fallait me prouver, Cruel, que votre amour a voulu la sauver. Un Oracle fatal ordonne qu'elle expire. Un Oracle dit-il tout ce qu'il semble dire ? Le Ciel, le juste ciel par le meurtre honoré Du sang de l'innocence est-il donc altéré ? Si du crime d'Hélène on punit sa famille, Faites chercher à Sparte Hermione sa fille. Laissez à Ménélas racheter d'un tel prix Sa coupable moitié, dont il est trop épris. Mais vous, quelles fureurs vous rendent sa victime ? Pourquoi vous imposer la peine de son crime ? Pourquoi moi-même enfin me déchirant le flanc, Payer sa folle amour du plus pur de mon sang ? Que dis-je ? Cet objet de tant de jalousie, Cette Hélène, qui trouble et l'Europe, et l'Asie, Vous semble-t-elle un prix digne de vos exploits ? Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de fois ? Avant qu'un noeud fatal l'unît à votre frère, Thésée avait osé l'enlever à son père. Vous savez, et Calchas mille fois vous l'a dit, Qu'un hymen clandestin mit ce prince en son lit, Et qu'il en eut pour gage une jeune princesse, Que sa mère a cachée au reste de la Grèce. Mais non, l'amour d'un frère, et son honneur blessé Sont les moindres des soins, dont vous êtes pressé. Cette soif de régner, que rien ne peut éteindre, L'orgueil de voir vingt rois vous servir et vous craindre, Tous les droits de l'empire en vos mains confiés, Cruel, c'est à ces Dieux que vous sacrifiez. Et loin de repousser le coup qu'on vous prépare, Vous voulez vous en faire un mérite barbare. Trop jaloux d'un pouvoir qu'on peut vous envier, De votre propre sang vous courez le payer, Et voulez par ce prix épouvanter l'audace De quiconque vous peut disputer votre place. Est-ce donc être père ? Ah ! toute ma raison Cède à la cruauté de cette trahison. Un prêtre environné d'une foule cruelle, Portera sur ma fille une main criminelle ? Déchirera son sein ? Et d'un oeil curieux Dans son coeur palpitant consultera les Dieux ? Et moi, qui l'amenai triomphante, adorée, Je m'en retournerai, seule, et désespérée ! Je verrai les chemins encor tout parfumés Des fleurs, dont sous ses pas on les avait semés ! Non, je ne l'aurai point amenée au supplice, Ou vous ferez aux Grecs un double sacrifice. Ni crainte, ni respect ne m'en peut détacher. De mes bras tout sanglants il faudra l'arracher. Aussi barbare époux qu'impitoyable père, Venez, si vous l'osez, la ravir à sa mère. Et vous, rentrez, ma fille, et du moins à mes lois Obéissez encor pour la dernière fois.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Achille, Agamemnon.

ACHILLE

Moi !

ACHILLE

Juste ciel ! Puis-je entendre, et souffrir ce langage ? Est-ce ainsi qu'au parjure on ajoute l'outrage ? Moi, je voulais partir aux dépens de ses jours ! Et que m'a fait à moi cette Troie où je cours ? Au pied de ses remparts quel intérêt m'appelle ? Pour qui, sourd à la voix d'une mère immortelle, Et d'un père éperdu négligeant les avis, Vais-je y chercher la mort, tant prédite à leur fils ? Jamais vaisseaux partis des rives du Scamandre Aux champs Thessaliens osèrent-ils descendre ? Et jamais dans Larisse un lâche ravisseur Me vint-il enlever ou ma femme, ou ma soeur ? Qu'ai-je à me plaindre ? Où sont les pertes que j'ai faites ? Je n'y vais que pour vous, barbare que vous êtes, Pour vous, à qui des Grecs moi seul je ne dois rien, Vous, que j'ai fait nommer et leur chef, et le mien, Vous, que mon bras vengeait dans Lesbos enflammée, Avant que vous eussiez assemblé votre armée. Et quel fut le dessein qui nous assembla tous ? Ne courons-nous pas rendre Hélène à son époux ? Depuis quand pense-t-on qu'inutile à moi-même Je me laisse ravir une épouse que j'aime ? Seul d'un honteux affront votre frère blessé A-t-il droit de venger son amour offensé ? Votre fille me plut, je prétendis lui plaire. Elle est de mes serments seule dépositaire. Content de son hymen, vaisseaux, armes, soldats, Ma foi lui promis tout, et rien à Ménélas. Qu'il poursuive, s'il veut, son épouse enlevée. Qu'il cherche une victoire à mon sang réservée. Je ne connais Priam, Hélène, ni Pâris. Je voulais votre fille, et ne pars qu'à ce prix.

Scamandre : un fleuve côtier de Troade et le dieu-fleuve.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Agamemnon, Eurybate, Gardes.

EURYBATE

Seigneur.

SCÈNE IX. Agamemnon, Gardes.

SCÈNE X. Agamemnon, Clytemnestre, Iphigénie, Ériphile, Eurybate, Doris, Gardes.

CLYTEMNESTRE

Ah Seigneur !

IPHIGÉNIE

Ah mon père !

SCÈNE XI. Ériphile, Doris.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Iphignéie, AEgine.

SCÈNE II. Achille, Iphigénie.

SCÈNE III. Clytemnestre, AEgine, Eurybate, Gardes.

SCÈNE IV. Clytemnestre, AEgine, Gardes.

SCÈNE V. Clytemnestre, AEgine, Arcas, Gardes.

SCÈNE DERNIÈRE. Ulysse, Arcas, AEgine, Gardes.

ULYSSE

Vous m'en voyez moi-même en cet heureux moment Saisi d'horreur, de joie, et de ravissement. Jamais jour n'a paru si mortel à la Grèce. Déjà de tout le camp la Discorde maîtresse Avait sur tous les yeux mis son bandeau fatal, Et donné du combat le funeste signal. De ce spectacle affreux votre fille alarmée Voyait pour elle Achille, et contre elle l'Armée. Mais quoique seul pour elle, Achille furieux Épouvantait l'Armée, et partageait les Dieux. Déjà de traits en l'air s'élevait un nuage. Déjà coulait le sang prémices du carnage. Entre les deux partis Calchas s'est avancé, L'oeil farouche, l'air sombre, et le poil hérissé, Terrible, et plein du Dieu, qui l'agitait sans doute. « Vous, Achille, a-t-il dit, et vous, Grecs, qu'on m'écoute. Le Dieu, qui maintenant vous parle par ma voix, M'explique son Oracle, et m'instruit de son choix. Un autre sang d'Hélène, une autre Iphigénie Sur ce bord immolée y doit laisser sa vie. Thésée avec Hélène uni secrètement Fit succéder l'hymen à son enlèvement. Une fille en sortit, que sa mère a celée. Du nom d'Iphigénie elle fut appelée. Je vis moi-même alors ce fruit de leurs amours. D'un sinistre avenir je menaçai ses jours. Sous un nom emprunté sa noire destinée, Et ses propres fureurs ici l'ont amenée. Elle me voit, m'entend, elle est devant vos yeux, Et c'est elle en un mot que demandent les Dieux. » Ainsi parle Calchas. Tout le camp immobile L'écoute avec frayeur, et regarde Ériphile. Elle était à l'autel, et peut-être en son coeur Du fatal sacrifice accusait la lenteur. Elle-même tantôt d'une course subite Était venue aux Grecs annoncer votre fuite. On admire en secret sa naissance, et son sort. Mais puisque Troie enfin est le prix de sa mort, L'armée à haute voix se déclare contre elle, Et prononce à Calchas sa sentence mortelle. Déjà pour la saisir Calchas lève le bras. « Arrête, a-t-elle dit, et ne m'approche pas. Le sang de ces héros, dont tu me fais descendre, Sans tes profanes mains saura bien se répandre. » Furieuse elle vole, et sur l'autel prochain Prend le sacré couteau, le plonge dans son sein. À peine son sang coule et fait rougir la terre ; Les Dieux font sur l'autel entendre le tonnerre, Les vents agitent l'air d'heureux frémissements, Et la mer leur répond par ses mugissements. La rive au loin gémit blanchissante d'écume. La flamme du bûcher d'elle-même s'allume. Le ciel brille d'éclairs, s'entr'ouvre, et parmi nous Jette une sainte horreur, qui nous rassure tous. Le soldat étonné dit que dans une nue Jusque sur le bûcher Diane est descendue, Et croit que s'élevant au travers de ses feux, Elle portait au ciel notre encens et nos voeux. Tout s'empresse, tout part. La seule Iphigénie Dans ce commun bonheur pleure son ennemie. Des mains d'Agamemnon venez la recevoir. Venez, Achille et lui brûlants de vous revoir, Madame, et désormais tous deux d'intelligence Sont prêts à confirmer leur auguste alliance.

1 803 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica